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Full text of "Les merveilles célestes: lectures du soir"

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BIBLIOTHÈQUE 

DES MERVEILLES 

tVWLtin SOVS I.A DIILICTIOV ^ y/ 

D£ M. EDOUARD GHARTON / 



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( 



MERVEILLES CÉLESTES 






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MERVEILLES CÉLESTES 

LECTURES DU SOIR 



CAMILLE JLAMMARION 

Aatear de la PlurcUité des Mondes habités 
DEUXIEME ÉDITION 

ILLUSTais DB 46 YlaHBTTSS ASTAOROMIQUBS BT DB DBDX rLARCHBS 



''paris 

LIBRAIRIE DE L HACHETTE ET G'* 

BOOLBTABD SAmT-OBRUAIN , H* 77 

1867 
Droit de traduction réservé 




Isly.f/i^"-^-^ 






PHESERy AJiOH MASTER 
AThMRVARO 



PRÉFACE 

DE LA SECONDE ÉDITION. 



En relisant, au milieu des silences du soir, la 
première édition des Merveilles célestesy nous avons 
observé que les trop nombreuses citations de vers 
nuisaient, malgré leur éloquence, à l'impression 
générale. Nous nous sommes trouvé d'accord en 
cela avec quelques journaux qui, dans leurs cri- 
tiques, avaient bien voulu nous faire la même re- 
marque. Cette nouvelle édition est affranchie de 
cette surabondance de poésie rimée. Nous avons 
remplacé les citations effacées par un nouveau choix 
de dessins spéciaux, reproduisant le plus fidèlement 
qu'il est possible les vraies magnificences du ciel 
étoile. La poésie du spectacle direct est en effet 
préférable à toute interprétation littéraire. 



U PRÉFACE. 

Nous devons cependant faire observer que ce 
petit livre d'exposition était et reste plutôt une 
œuvre littéraire qu'un traité scientifique. Notre but 
ici lest moins d'instruire que de répandre le goût 
de l'étude et de montrer combien il doit être 
agréable d'être instruit. Nous le demandons en 
effet à nos jeunes lecteurs : qu'ils permettent à 
leurs intelligences de s'approcher seulement au 
bord du panorama révélé par la science, ils ne tar- 
deront pas à deviner que les plus pures jouissances 
de notre vie sont dans la contemplation de la na- 
ture, et bientôt leur ardeur frémissante se sentira 
capable de comprendre les grandes vérités de la 
création. 

Donner le goût des saines études, c'est là notre 
fervent désir. Nous espérons que le succès de cet 
ouvrage aura servi à créer ou à développer ce goût 
si nécessaire dans les esprits qui s'ouvrent pour la 
première fois au spectacle des révélations scienti- 
fiques. Puissent les dix mille exemplaires répandus 
avec cette nouvelle édition, allumer dans autant 
d'âmes le feu de l'admiration pour les découvertes 
positives, qui font la gloire de notre époque et l'in- 
dépendance de son progrès. 

Montigny-le-Roi, octobre 1866. 



L'ENSEMBLE 



LA NUIT. 



naît 1 que ton langage est sublime pour moi, 
Lorsque, seul et pensif, aussi ealme que toi, 
Contemplant les soleils dont ta robe est parée. 
J'erre et médite en paix sous toii ombre sacrée 1 
De Fontanes. 



nuit, que ton langage est sublime pour moi!... 
Quelles sont les âmes pour lesquelles le spectacle 
des nuits étoilées n'est pas un éloquent discours? 
Quelles sont celles qui ne se sont pas arrêtées 
quelquefois en présence des mondes rayonnants 
qui planent sur nos tètes et qui n'ont pas cherché 
le mot de la grande énigme de la création ? Les 
heures solitaires de la nuit sont véritablement les 
plus belles d'entre toutes nos heures, celles où 
nous avons la faculté de nous mettre en com« 
munication intime avec la grande et sainte na- 
ture. Loin de répandre des voiles sur l'univers, 
comme on le dit quelquefois, elles effacent celles 



4 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

que le soleil répand dans Tatmosphère. L'astre du 
jour nous dérobe les splendeurs du firmament : 
c'est pendant la nuit que les panoramas du ciel 
nous sont ouverts. < k l'heure de minuit, disait 
lord Byron, la voûte des deux est parsemée d'é- 
toiles semblables à des lies de lumière au milieu 
d*un océan suspendu sur nos têtes. Qui peut les 
contempler et ramener ses regards sur la terre 
sans éprouver un triste regret, et sans désirer des 
ailes pour prendre l'essor et se confondre parmi 
leurs clartés immortelles? » 

Au sein des ténèbres, nos regards s'élèvent li- 
brement dans le ciel, perçant l'azur foncé de la 
voûte apparente, au-dessus de laquelle les astres 
resplendissent. Ils traversent les blanches régions 
constellées, visitant les contrées lointaines de l'es- 
pace où les étoiles les plus brillantes perdent leur 
éclat par la distance ; ils franchissent cette étendue 
inexplorée et gravissent plus haut encore, jusqu'à 
ces nébuleuses pâlissantes dont la clarté diffuse 
semble marquer les bornes du visible. Dans cet 
immense trajet du regard, la pensée aux ailes ra- 
pides accompagne le rayon visuel avant-coureur, 
jsé laissant porter par son essor et contemplant 
avec étonnement ces lointaines splendeurs. La 
pureté des regards célestes réveille cette éternelle 
prédisposition à la mélancolie qui réside au fond 
de nos âmes, et bientôt le spectacle de la nature 
nous absorbe dans une rêverie vague et indéfinis- 
sable. C'est alors que mille questions naissent dans 
notre esprit, et que mille points d'interrogation se 



LA NUIT. 5 

dressent devant notre regard. Le problème de la 
création est un grand problème I La science des 
étoiles est une science immense; sa mission est 
d'embrasser l'universalité des choses créées! Au 
souvenir de ceis impressions ne semble-t-il pas que 
rhomme qui ne ressent aucun sentiment d'admi- 
ration devant le tableau des splendeurs étoilées, 
n'est pas encore digne de recevoir sur son front la 
couronne de rinteïligence? 

La nuit est véritablement l'heure de la solitude, 
(OÙ l'âme contemplative se régénère dans la paix 
universelle. On redevient soi-même, on s'isole de 
la vie factice du monde, on se met en communica- 
tion plus intime avec la nature, avec la vérité. Une 
femme poète, Mme de Girardin, a décrit ces im- 
pressions avec une grande délicatesse : 

Voici l'hjBure où tombe le voile 
Qui, le jour, cache mes ennuis : . 
Mon cœur à la première étoile 
S'ouvre comme une fleur de nuit. 

On nage, on plane dans l'espace, 
Par l'esprit du soir emporté ; 
On n'est plus qu'une ombre qui passe, 
Une âme dans l'immensité. 

D'un monde trompeur rien ne reste : 
Ni chaîne, ni loi, ni douleur ; 
Et Târae, papillon céleste. 
Sans crime peut choisir sa fleur. 

nuit! pour moi brillante et sombre, 
Je trouve tout dans ta beauté ; 
Tu réunis l'étoile et l'ombre. 
Le mystère et la vérité. 



6 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

Celui Cfui chanta les Nuits, dans la langue de 
Newton, Edouard Young, s'est quelquefois élevé 
dans ses hymnes à de magnifiques pensées. « nuit 
majestueuse, s'écriait-il, auguste ancêtre de l'uni- 
vers, toi qui née avant l'astre des jours dois lui 
survivre encore, toi que les mortels et les immor- 
tels ne contemplent qu'avec respect, où commen- 
cerai-je, où dois-je finir t^ louange? Ton front té- 
nébreux est couronné d'étoiles : les nuages nuancés 
par les ombres et repliés en milles contours divers 
composent l'immense draperie de ta robe éclatante ; 
elle flotte sur tes pas et se déploie le long des cieux 
azurés. nuit! ta sombre grandeur est ce que la 
nature a de plus touchant et de plus auguste. Ma 
muse reconnaissante te doit des vers. Eh! quel 
sujet est plus digne d'être chanté par l'homme ? 
En quel autre essai pouvons-nous mieux préparer 
nos sens à soutenir les ravissements de la félicité 
céleste? L'Éternel, destinant l'homme à contempler 
la majesté de sa face éblouissante, expose ici-bas à 
ses regards cette scène de merveilles pour accou- 
tumer ses yeux à l'étude des grands objets.... 
J*élance ma pensée au-dessus de la terre.... Quel 
fastueux appareil I quelle profusion de merveilles ! 
quel luxe et quelle pompe le Créateur a déployés 
sur ce théâtre 1 Quel œil peut en embrasser l'éten- 
due? Quel est cet art inconnu qui enchante l'âme, 
l'attache à ce spectacle par un charme inépuisable 
et la force de contempler sans cesse î Le jour n'a 
qu'un soleil; la nuit en a des milliers, dont la 
clarté conduit nois regards jusqu'au sein de l'Éter- 



LA NUIT. 7 

nel, au travers des routes illimitées où sont em- 
preints Jes magnifiques vestiges de sa puissance. 
Quels torrents de feu versés de ces urnes innom- 
brables tombent ensemble des hauteurs du firma- 
ment I Transporté et confondu, je me sens à la fois 
terrassé dans la poussière et ravi dans les cieox. 
Oh I laissez-moi .voir. . . . laissez-moi promener mes 
pensées.... Mais ma vue ne peut trouver de terme, 
et ma pensée s'égare dans un désert. Au milieu de 
son vol, mon imagination succombe. Elle veut en- 
core se ranimer. Elle ne peut ni résister à l'attrait 
qui l'entraîne, ni atteindre au terme qui la fuit ; 
tant son bonheur est grand, tant son voyage est 
immense.... Ambition, vante maintenant l'étendue 
de tes conquêtes sur cet atome où nous sommes 
cachés!» 

De toutes les sciences, l'astronomie est celle qui 
peut le mieux nous éclairer sur notre valeur rela- 
tive et nous faire le mieux connaître les rapports 
qui relient la Terre au reste de la création. Sans 
elle, comme l'histoire des siècles passés en garde 
le témoignage, il nous est impossible de savoir où 
nous sommes ni qui nous sommes, ni d'établir une 
comparaison instructive entre le lieu que nous oc- 
cupons dans l'espace et la totalité de l'univers; 
sans elle nous ignorons à la fois, et l'étendue réelle 
de notre patrie, et sa nature^ et l'ordire auquel elle 
appartient. Enfermés dans les langes ténébreux 
de l'ignorance, nous ne pouvons nous former la 
moindre idée de la disposition générale du monde; 
un brouillard épais couvre l'horizon étroit qui 



8 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

nous enserre, et notre pensée demeure incapable 
de s'élever au-dessus du spectacle journalier de la 
vie, et de franchir la sphère étroite tracée par les 
limites de l'action 'de nos sens. Au contraire, lors- 
que le flambeau de la science du monde nous illu* 
mine, la scène change, les vapeurs qui obscurcis- 
saient l'horizon s'évanouissent, nos yeux dessillés 
contemplent dans la sérénité d*un ciel pur l'œuvre 
immense du Créateur. La Terre apparaît comme un 
globe se balançant sous nos pas ; mille globes sem- 
blables jsont bercés dans l'éther, le monde s'agran- 
dit à mesure que s'accroit la puissance de notre 
regard, et dès lors la création universelle se déve- 
loppe devant nous dans sa réalité, établissant à la 
fois notre rang et notre relation avec la multitude 
de mondes semblables qui constituent l'univers. 

C'est à la nuit qu'il faut demander ce spectacle, 
c'est la nuit qu'il faut invoquer de concert avec les 
bardes sacrés dont la lyre est digne de chanter ses 
grandeurs. 

nuit ! déroulez en silence 
Les pages du livre des deux ; 
Astres, gravitez en cadence 
Dans vos sentiers harmonieux ; 
Durant ces heures solennelles, 
Aquilons, repliez vos ailes; 
Terre, assoupissez vos échos ; 
Étend tes vagues sur les plages, 
mer! et berce les images 
Du Dieu qui t'a donné tes flots '. 

1. Lamartine. 



LA NUIT. 9 

Le silence et la profonde paix des nuits étoilées 
offrent à notre faculté contemplative la scène qui 
lui convient, et nulle heure n'est plus propice à 
l'élévation de l'âme vers les beautés du ciel. Mais 
la poésie du spectacle de ces apparences sera bien- 
tôt surpassée par la magnificence de la réalité. Et 
c'est sur ce point que nous allons insister tout 
d'abord, afin de lever avant tout les illusions cau- 
sées par les sens. Il me semble convenable d'éloi- 
gner les causes d'erreur qui peuvent laisser dans 
l'esprit de fausses impressions; il est complète- 
ment inutile, sinon dangereux, de passer les pre- 
miers instants d'une causerie astronomique à dé- 
crire des phénomènes apparents dont il faudra 
ensuite démontrer la fausseté. Ne suivons pas cette 
voie fâcheuse ; éloignons-nous de cette marche or- 
dinaire, et commençons au contraire par lever le 
voile, afin de laisser la réalité resplendir. La 
poésie « dont le souffle harmonieux berçait tout 
à l'heure notre âme suspendue, ne s'évanouira 
pas pour cela; elle reprendra au contraire un nou- 
vel aspect et une nouvelle vie, et surtout une force 
plus puissante. La fiction ne saurait être supérieure 
à la réalité; celle-ci va devenir pour nous une 
source d'inspiration, plus riche et plus féconde 
que la première. 



Il 



LE CIEL. 



oh ! depuis cette terre où rampent les mortels, 
De l'espace fuyant les vides éternels. 
Qui sondera des cieux Tinsondable distance, 
Quand après rinfini, l'infini recommence ! 



L'ombre répandue sur Thémisphère en l'absence 
du soleil, de son coucher à son lever, n'est qu'un 
phénomène partiel circonscrit à la Terre, et au- 
quel le reste de l'univers ne participe pas. Lorsque 
nous sommes enveloppés par le calme silencieux 
d'une nuit profonde, nous sommes portés à étendre 
à l'univers tout entier la scène qui nous entoure , 
comme si notre Monde était le centre et le pivot de 
la création. Quelques instants de réflexion suffiront 
pour nous montrer combien cette illusion est gros- 
sière , et pour nous préparer à la conception de 
l'ensemble du monde. 

Il est évident, en effet , que le soleil ne pouvant 



LE CIEL. 11 

éclairer à la fois tous les côtés d'un même objet, 
mais seulement ceux qui sont tournés vers lui , 
n'éclaire à la fois que la moitié du globe terrestre, 
il suit de là que la nuit n'est autre chose que l'état 
de la partie non éclairée. Si nous considérons le 
globe terrestre suspendu dans le vide de l'espace, 
nous reconnaîtrons que le côté tourné vers le soleil 

est le seul éclairé , tan- 
dis que l'hémisphère op- 
posé reste dans l'ombre, 
et que cette ombre offre 
l'aspect d'un cône. De 
plus, comme la Terre 
tourne sur elle-même , 
toutes ses parties se pré- 
sentent successivement 
au soleil et passent suc- 
cessivement dans cette 
onibrè, et c'est là ce 
qui constitue la succes- 
sion des jours et des 
nuits pour chaque pays 
du monde. Ce simple 
coup d'œil suffit pour 




Fig. 1 . La nuit et le jour. 



montrer que le phénomène auquel nous donnons le 
nom de nuit appartient en propre à la terre , et 
que le ciel, le reste de l'univers en est indépen- 
dant. 

C'est pourquoi, si à une heure quelconque de la 
nuit nous nous élevons en esprit au-dessus de la 
surface terrestre, il arrivera que loin de rester 



12 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

toujours dans la nuit , nous retrouverons le soleil 
versant ses flots de lumière dans retendue. Si 
nous nous élevons jusqu'à Tune des planètes qui , 
comme la Terre, roulent dans la contrée de Tespace 
où nous sommes, nous reconnaîtrons que la nuit 
de la terre ne s'étend pas jusqu'en ces autres 
mondes, et que la période qui chez nous est consa- 
crée au repos, n'étend pas jusque-là son influence. 
Tandis qu'ici tous les êtres sont ensevelis dans 
l'immobilité d'une nuit silencieuse , là-haut les 
forces de la nature continuent l'exercice de leurs 
fonctions brillantes , le soleil luit, la vie rayonne , 
le mouvement ne se laisse point suspeqdre , et le 
règne de la lumière poursuit son action dominante 
dans les cieux ( comme sur l'hémisphère opposé au 
nôtre) à la même heure où le sommeil immobilise 
tous les êtres sur l'hémisphère que nous habi- 
tons. 

Il est très-important que nous sachions tout d'a- 
bord nous habituer à cette idée de Visolement de 
la Terre au sein de l'étendue, et à penser que tous 
les phénomènes que nous observons sur ce globe 
lui sont spéciaux, étrangers à tout le reste de l'uni- 
vers. Mille et mille globes semblables roulent 
comme lui dans l'espace. — Je ne démontre pas 
encore maintenant la vérité de mes assertions, mais 
comme mes lecteurs sont de bonne compagnie, ils 
ne les mettront pas en doute et voudront bien me 
croire sur parole , sauf à me rappeler plus tard à 
justifier tout ce que j'aurai dit. Du reste, je leur 
promets de le faire le plus tôt possible; mais je 



LE GI£L. 13 

leur demande la permission de développer de suite 
en esquisse mon idée générale de l'univers. 

L'une des plus funestes illusions dont il soit ur- 
gent de nous désabuser tout d'abord, c'est celle qui 
nous [résente la Terre comme la moitié inférieure 
de l'univers, et le Ciel comme sa moitié supérieure. 
Il n'y a rien au monde de plus faux. Le Ciel et la 
Terre ne font pas deux créations séparées , comme 
on nous l'a répété mille et mille fois : ils ne sont 
qu'un. La Terre est dans le Ciel. Le Ciel c'est 
l'espace immense, l'étendue indéfinie, le vide sans 
bornes ; nulle frontière ne le circonscrit, il n'a ni 
commencement ni fin, ni haut ni bas, ni gauche 
ni droite : c'est l'infini des espaces qui se succèdent 
éternellement dans tous les sens. La Terre , c'est 
un petit globe de matière , placé dans cet espace , 
sans soutien d'aucune sorte, comme un boulet qui 
se tiendrait seul dans l'air, comme ces petits bal- 
lons captifs qui s'élèvent et planent dans l'atmo- 
sphère lorsqu'on a coupé le mince cordon qui lesT 
retenait. La Terre est un astre du Ciel, elle en fait 
partie, elle le peuple, en compagnie d'un grand 
nombre de globles semblables à elle, elle est isolée 
en lui , et tous ces autres globes planent de même 
isolément dans l'espace. Cette conception de l'uni- 
vers est non-seulement très-importante, mais c'est 
encore une vérité qu'il est éminemment nécessaire 
de se bien fixer dans l'esprit. Autrement les trois 
quarts des découvertes astronomiques resteraient 
incompréhensibles. Ainsi voilà ce premier point 
bien entendu et surtout bien établi dans notre 



14 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

pensée. Le Ciel, c'est l'espace qui nous environne 
de toutes parts; la Terre est un globe suspendu 
dans cet espace. 

Mais la Terre n'est pas seule dans cet espace. 
/ Toutes ces étoiles qui scintillent dans les cieux sont 
' des globes isolés , des soleils brillant de leur pro- 
pre lumière ; elles sont très-éloignées d'ici ; mais il 
y a des astres plus rapprochés qui ressemblent da- 
vantage à celui que nous habitons, en ce sens qu'ils 
ne sont point des soleils, mais des terres obscures 
recevant comme la nôtre la lumière de notre soleil. 
Ces mondes, nommés planètes, sont groupés en 
famille ; le nôtre est l'un des membres de cette fa- 
mille. Au centre de ce groupe brille notre soleil, 
source de la lumière qui les illumine et de la cha- 
leur qui les échauffe. Planant au sein du vide qui 
l'entoure de toutes parts, ce groupe est comme une 
flotte d'embarcations diverses bercée dans Tocéan 
des cieux. 

Une multitude de soleils, entourés comme le 
nôtre d'une famille dont ils sont les foyers et les 
flambeaux, planent semblablement dans tous tes 
points de l'étendue : ces soleils sont les étoiles dont 
les prairies du ciel sont parsemées. Malgré l'appa- 
rence causée par la perspective de Téloignement , 
d'immenses distances séparent tous ces systèmes 
du nôtre, distances telles que les plus hauts 
chiffres de notre numération si puissante sont à 
peine en état de dénombrer les plus faibles d'entre 
elles. Un éloignement réciproque, que nos chiffres 
ne peuvent exprimer, sépare ces étoiles les unes 



LE CIEL. 15 

des autres, les reculant de profondeurs en pro- 
fondeurs. 

Malgré ces intervalles prodigieux, ces soleils sont 
en nombre si considérable que leur énumération 
surpasse encore elle-même tous nos moyens; les 
millions joints aux millions ne parviennent pas non 
plus à en dénombrer la multitude!... Que la pensée 
essaye, s'il lui est possible, de se représenter à la 
fois ce nombre considérable de systèmes et les dis- 
tances qui les séparent les uns des autres! Confon- 
due et bientôt anéantie à l'aspect de cette richesse 
infinie, elle ne saura qu'admirer en silence cette 
indescriptible merveille. S'élevant sans cesse par 
delà les cieux, franchissant les plages lointaines de 
cet océan sans bornes, elle découvrira toujours un 
nouvel espace et toujours de nouveaux mondes se 
révéleront à son avidité.... les cieux succéderont 
aux cieux, les sphères aux sphères.^., après les dé- 
serts de l'étendue s'ouvriront d'autres déserts, 
après des immensités d'autres immensités.... et 
lors même qu'emportée sans trêve pendant des 
siècles avec la rapidité de la pensée, l'âme perpé- 
tuerait son essor au delà les bornes les plus 
inaccessibles que l'imagination puisse concevoir, là 
même, l'infini d'une étendue inexplorée resterait 
encore ouvert devant elle.... l'infini de l'espace 
s'opposerait à l'intini du temps, rivalisant sans 
ctesse sans que jamais l'un puisse l'emporter sur 
l'autre..-, et l'esprit s'arrêtera exténué de fatigues, 
au vestibule de la création infinie, comme s'il 
n'avait pas avancé d'un seul pas dans l'espace. 



16 LES MERVEILLES CÉLESTES, 

L'imagination suspend son vol et s'arrête anéan- 
tie. « Étoiles, légions brillantes qui avant tous les 
âges avez dressé vos tentes dans vos plaines de 
saphir, qui dira vos myriades brûlantes si ce n'est 
Celui qui commande à vos chars dorés de rouler 
parmi les cieux? Quel est Thabitaht de cette terre 
qui, devant vos armées, peut ne pas ressentir tes 
émotions immortelles, ô Éternité? Qu'y a-t-il de 
merveilleux à ce que l'âme, succombant sous le 
poids de ses propres pensées, et que l'œil perdu 
dans rabtme, voient dans vos lumières la destinée 
d'une gloire sans sommeil*? » 

L'immensité des cieux a été chantée sur plusieurs 
lyres; mais comment le chant de l'homme pour- 
rait-il rendre une telle réalité ? Les poètes ont essayé 
de l'exprimer dans des vers où l'on sent l'insuffi- 
sance de la parole pour noter lespensers immenses 
que développe en nous cette contemplation mer- 
veilleuse. 

N'étais-je pas fondé à avancer plus haut que la 
réalité est supérieure à la fiction, même au point 
de vue du sentiment poétique, et que la contem- 
plation de la nature réelle renferme une source 
d'inspiration plus riche et plus féconde que l'illu- 
sion du spectacle offert par nos sens? Au lieu d'une 
nuit immense s'étendant jusqu'à la voûte d'azur^ 
au lieu d'une robe diaprée de broderies d'or 
ou d'un voile orné d'ornements éclatants, nous 
sommes au sein de la vie et du rayonnenaent uni- 

1. Croly, The stars. 



LE CIEL. 17 

yersels. La nuit n'est plus qu'un accident, un acr- 
cident heureux qui permet à nos regards de s'éten- 
dre au delà des bornes que le jour nous trace.; 
nous sommes semblables au voyageur qui se repo- 
sant dans l'ombre d'une colline contemple le 
paysage éclairé qui se développe jusqu'à l'horizon 
lointain. Au lieu de l'immobilité, du silence de la 
mort, nous assistons au spectacle de la vie sur les 
mondes. A la lumière de la vérité les voûtes arbi- 
traires disparaissent et le Ciel nous ouvre ses pro- 
fondeurs; l'infini de la création se révèle avec l'in- 
fini des espaces , et notre Terre perdant la 
prépondérance dont nos prétentions l'avaient dé- 
corée , se recule sous nos pas et disparaît dans 
Tombre, allant se perdre au sein d'une multitude 
de petits mondes semblables. Dans la liberté de 
notre essor nous franchissons les célestes campa- 
gnes et nous prenons une première esquisse de 
l'univers. C'est ainsi que^ nous désabusant dès le 
premier pas de l'erreur antique. trop longuement 
consacrée par les apparences, nous nous plaçons 
en de bonnes conditions d'étude et nous nous pré- 
parons à recevoir facilement les vérités nouvelles 
que la Nature doit successivement révéler à notre 
studieuse ardeur. 



Laissez-moi, en terminant ce chapitre, vous rapporter un 
épisode di^e d*être plus connu quMl ne l'est encore, parce qu'il 
montre combien le monde réel renferme plus de puissance que 
l'empire des fictions. Il est tiré de la vie du grand mathémati- 



18 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

eien Euler, et c'est Arago lui-même qui Ta raconté à la Chambré 
des députés dans la séaoce du 23 mars 1837. 

« Euler, le grand Euler, était très-pieux ; un de ses amis, mi- 
nistre dans une église de Berlin, vint lui dire un jour : « La 
religicm est perdue, la foi n'a plus de bases, le cœur ne se laisse 
plus émouvoir, même par le spectacle des beautés, des mer- 
veilles de la création. Le croiriez-vous? J*ai représenté cette 
création dans tout ce qu'elle a de plus beau, de plus poétique et 
de plus merveilleux ; j'ai cité les anciens philosophes et la Bible 
elle-même : la moitié de l'auditoire ne m'a pas écouté , l'autre 
moitié a dormi ou a quitté le temple. 

w— Faites l'expérience que je vais vous indiquer, repartit Eu- 
ler : au lieu de prendre la description du monde dans les phi- 
losophes^grecs ou dans la Bible, prenez le monde des astronomes, 
dévoilez le monde tel que les recherches astronomiques l'ont 
constitué. Dans' le sermon qui a été si peu écouté, vous avez 
probablemeot, en suivant Anaxagoras, fait du soleil uoe masse 
égale au Péloponèse. Eh bien I dites à votre auditoire que, 
suivant, des mesures exactes, incontestables, notre soleil est 
1 200 OOU fois plus grand que la terre. 

« Vous avez sans doute parlé de cieuz de cristal emboîtés ; 
dites qu'ils n'existent pas, que les comètes les briseraient; les 
planètes, dans vos explications, ne se sont distinguées des étoiles 
que par le mouvement; avertissez que ce sont des mondes; que 
Jupiter est 1400 fois plus grand que la terre, et Saturne 900 fois; 
décrivez les merveilles de l'anneau ; parlez des lunes multiples 
de ces mondes éloignés. 

« En arrivant aux étoiles, à leurs distances, ne citez pas de 
lieues: les nombres seraient trop grands, on ne les apprécierait 
pas; prenez pour échelle la vitesse de la lumière; dites qu'elle 
parcourt 70 000 lieues par seconde : ajoutez ensuite qu'il n'eiiste 
aucune étoile dont la lumière nous vienne en moins de trois 
ans; qu'il en est quelques-unes à Tégard desquelles on n'a pu 
employer un moyen d'observation particulier et dont la lumière 
ne nous arrive pas en moins de trente ans. 

c En passant des résultats certains à ceux qui n'ont qu'une 
grande probabilité, montrez que, suivant toute apparence, cer- 
taines étoiles pourraient être visibles plusieurs millions d'années 
après avoir été anéanties ; car la lumière qui en émane emploie 
plusieurs millions d'années à franchir l'espace qui les sépare de 
la terre.» 

« Tel fut, Messieurs, en raccourci, et seulement avec quelques 
modifidations dans les chiffres, le conseil que donnait Euler. Le 
conseil fut suivi : au lieu du monde de la fable^ le ministre dé- 



LE CIEL. 19 

couTrit le monde de la science. Euler attendait son ami avec im- 
patience. Il arrive enfin, Tœil terne et dans une tenue qui' pa- 
raissait indiquer le désespoir. Le géomètre, fort étonné, s'écrie: 
« Qu'est-il donc arrivé? — Ah ! monsieur Euler, répond le mi- 
nistre, je suis bien malheureux ; ils ont oublié le respect qu'ils 
devaient au saint temple, ils m'ont appUudi. » 

Le monde de la science était de cent coudées plus grand que le 
monde .qu'avaient rêvé les imaginations les plus ardentes. 11 y 
avait mille fois plus de poésie dans la réalité que dans la fable. 



CuÇu) 



m 



L'ESPACE UNIVERSEL 



Insensé . je croyais embrasser d'an coup d*œil 
Ces déserts où Newton, sar l'aile da gr*nie, ' 
Planait, tenant en main la coupe d'Uranie. 
Je ▼calais révéler çoels sublimes accords 
Promènent dan^Tether tous les célestes corps; 
Mais devant eux s'abtme et s'éteint ma pensée. 

ROt^CHBR. 



11 y a des vérités devant lesquelles la pensée hu- 
maine se sent humiliée et confondue, qu'elle con- 
temple avec effroi et sans pouvoir les regarder 
en face, quoiqu'elle comprenne leur existence et 
leur nécessité: telles sont celles de l'infini de l'es- 
pace et de l'éternité de la durée. 

Impossibles à définir, car toute définition ne 
pourrait qu'obscurcir l'idée primitive qui est en 
nous, ces vérités nous commandent et nous domi- 
nent. Chercher à les expliquer serait une peiné 
stérile : il suffit de les mettre en face de notre at- 
tention pour qu'elles nous révèlent àl'instant toute 
l'immensité de leur valeur. Mille définitions en ont 



L'ESPACE UNIVERSEL. 21 

été données; nous ne voulons en oiter ni même en 
rappeler une seule. Mais nous voulons ouvrir de- 
vant' nous l'espace, et nous y engager pour essayer 
d'en pénétrer la profondeur. 

La vitesse d'un boulet de canon à sa sortie de la, 
bouche à feu est une bonne marche : 400 mètres 
par seconde. Mais celte marche serait encore trop 
lente pour notre voyage dans l'espace, car notre 
vitesse ne serait guère que-de 1440 kilomètres, ou de 
360 lieues à l'heure. C'est trop peu. Il y a, dans la 
nature, des mouvements incomparablement plus 
rapides , par exemple la vitesse de la lumière. Cette 
vitesse est de 77 000 lieues par seconde. Ceci vaut 
mieux : aussi prendrons-nous ce moyen de trans-* 
port. Permettez-moi donc, par une comparaison 
vulgaire, de vous, dire que nous nous mettons 
à cheval sur un rayon de lumière, et que nous 
nous laissons emporter par sa course rapide. 

Prenant la Terre pour point de départ, nous 
nous dirigerons en droite ligne vers un point quel* 
conque du ciel. Nous partons. A la fin de la pre- 
mière seconde, nous avons déjà parcouru 77000 
lieues; à la fin de la deuxième, 154000. Nous con- 
tinuons. Dix secondes, une minute, dix minutes 
sont écoulées.... cinquante millions de lieues ont 
passé. Poursuivons, pendant une neure, pendant 
un jour, pendant une semaine, sans jamais ralentir 
notre marche: pendant des mois entiers, pendant 
un an. La ligne que nous avons parcourue est déjà 
si longue, qu'exprimée en kilomètres ou en lieues, 
le nombre qui la mesure surpasse notre faculté de 



22 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

compréhension et n'indique plus rien à notre es- 
prit: ce sont des trilions, des millions de millions. 
Mais ne suspendons pas notre essor. Emportés sans 
cesse par cette même rapidité de 77000 lieues par 
chaque seconde, perçons l 'étendue en ligne droite 
pendant des années entières, pendant cinquante 
ans, pendant un siècle.... Où sommes-nous? Depuis 
longtenaps nous avons franchi les dernières régions 
étoilées que Ton aperçoifde la Terre, les dernières 
que l'œil du télescope a visitées; depuis longtemps 
nous marchons en d'autres domaines, inconnus, 
inexplorés. Nulle pensée n'est capable de suivre le 
chemin parcouru ; les milliards joints aux milliards 
rie signifient plus rien ; à Taspect de cette étendue 
prodigieuse l'imagination s*arrête, anéantie.... Eh 
bien? et c'est ici le point merveilleux du problème : 
nous n'avons pas avancé d'un seul pas dans l'espace. 
Nous ne sommes pas plus rapprochés d'une li^ 
mite que si nous étions restés à la même place ; 
nous pourrions recommencer la même course à 
partir du point où nous sommes, et ajoutei* à notre 
voyage un voyage de même étendue; nous pour- 
rions joindre les siècles aux siècles dans le même 
itinéraire, dans la même vitesse, — continuer le 
voyage sans fin ni trêve ; — nous pourrions nous 
diriger en quelque endroit de l'espace que ce soit, 
à gauche, à droite, en avant, en arrière, en haut, 
en bas, dans tous les sens; et lor^qu'après- des 
sièdes employés à cette course vertigineuse, nous 
nous arrêterions fascinés ou désespérés devant 
l'immensité éternellement ouverte, éternellement 



L'ESPACE UNIVERSEL. . 23 

renouvelée, nous reconnattrions encore que notre 
vol séculaire ne nous a pas fait mesurer la plus pe- 
tite partie de l'espace, et que nous ne sommes pas 
plus avancés qu'à notre point de départ. En réa- 
lité, c'est l'inGni qui nous enveloppe, et comme 
nous l'exprimions plus haut sur le nombre infini 
des mondes, nous pourrions voguer pendant l'éter- 
nité sans jamais trouver autre chose devant nous 
qu'un infini éternellement ouvert. 

11 suit de là que toutes nos idées sur l'espace n'ont 
qu'une valeur purement relative. Lorsque nous 
disons, par exemple: monter au ciel, descendre 
sous la terre, ces expressions sont fausses en elles- 
mêmes, car étant situés au sein de l'infini, nous 
ne pouvons ni monter ni descendre: il n'y a ni 
haut ni bas; ces mots n'ont qu'une acception rela- 
tive à la surface terrestre que nous habitons. 

Il faut donc se représenter l'univers comme une 
étendue sans bornes, sans rivages, illimitée, in- 
finie, dans le sein de laquelle planent des soleils 
comme celui qui nous éclaire et des terres comme 
celle qui se balance sous nos pas. Ni dôme, ni 
voûtes, ni limites, d'aucune espèce : le vide dans 
tous les sens, et dans ce vide infini, une quantité 
prodigieuse de mondes, que bientôt nous allons 
décrire. C'est cet espace universel que l'auteur du 
Génie de Fhomme a voulu célébrer, lorsqu'il exprima 
les remarquables pensées qui suivent: 

Oui, quand je m'armerais des ailes de TÂurore, 
Pour compter les soleils dont le ciel se décore ; 



24 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

Quand de Pimmensité sondant les profondeurs, 
Ma pensée unirait les nombres aux grandeurs; 
Sous ces gouffres sacrés égarant mon audace, 
Quand j'userais le temps à mesurer l'espace, 
Je verrais s'écouler les siècles réunis, 
£t pressé, sans espoir, entre deux infinis» 
Je ine serais toujours écarté de moi-môme. 
Sans jamais m'approcher de ce vaste problème. 



^ 



IV 

DISPOSITION GÉNÉRALE DE L'UNIVERS. 

LES ÉTOILES SONT DISTRIBUÉES PAR AGGLOMÉRATIONS. 



On a sondé ces régions voilées; 

Les bornes du possible ont été reculées! 

Un mortel a pu voir, armé d'un œil géant, 

Osciller des lueurs aux confins du néant. 

C'est vous dont notre Herschell, à pâles nébuleuses 

Découvrit les clartés qu'on dirait fabuleuses ! 

Il aperçut en vous des germes d'univers. 

Qui, selon leurs aspects et leurs âges divers, 

On contenaient encor leurs semences fécondes, 

Ou déjà répandaient leurs poussières de mondes ! 

Eh bien ! de ces lueurs blanchâtres, que les yeux 

Discernent vaguement aux limites des cieux. 

L'une contient le ciel et le monde où nous sommes. 

Ah ! la terre est trop loinl.... je ne vois plus les hommes- 

J. J. AMPÈRE. 



Au sein de l'espace illimité dont nous avons 
essayé de concevoir Tinsondable étendue, planent 
d'opulentes agglomérations d'étoiles, séparées entre 
elles par des vides immenses. Nous montrerons 
bientôt que toutes les étoiles sont des soleils comme 
le nôtre, brillant de leur propre lumière, foyers 
d'autant de systèmes de mondes. Or les étoiles ne 



26 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

sont pas disséminées au hasard en tous les points 
de l'espace : elles sont groupées comme les mem- 
bres de plusieurs familles. 
' Si nous comparions Tocéan des cieux aux océans 
de la terre, nous dirions que les lies qui parsèment 
cet océan ne s'élèvent pas isolément en tous les en- 
droits de la mer, mais qu'elles sont réunies çà et là 
en archipels plus* ou moins riches. Une puissance 
aussi ancienne que l'existence de la matière a présidé 
à l'éclosion de ces îles dont chaque archipel compte 
un grand nombre; nulle d'entre elles ne s'est éle- 
vée spontanément en une région isolée; elles sont 
toutes agglomérées par tribus, dont la plupart 
comptent leurs membres par millions. 

Ces riches groupements d'étoiles ont reçu le nom 
de nébuleuses. Cette dénomination vient de ce qu'à 
l'invention des lunettes astronomiques on ne dis- 
tinguait ces tribus étoilées que sous un aspect 
diffus, nuageux, qui ne permettait pas au regard de 
remarquer les étoiles composantes. Cette apparence 
n'éveillant en aucune façon l'idée de rassemble- 
ments solaires, on pensait qu'il y avait seulement 
là des vapeurs cosmiques phosphorescentes, des 
tourbillons de substance lumineuse, peut-être des 
fluides primitifs dont la condensation progressive 
amènerait dans l'avenir la formation d'astre^ nou- 
veaux. On croyait assister à la création de mondes 
lointains, et parfois en remarquant ces aspects par- 
venus à des degrés divers de luminosité on crut 
pouvoir en inférer leurs âges relatifs, comme dans 
une forêt on peut reconnaître par approximation 



DISPOSITION GÉNÉRALE DE L'UNIVERS. 27 

l'âge des arbres de la même espèce selon leur gros- 
seur ou selon les cercles concentriques qjii se for- 
ment chaque année sous Técorce. Ainsi, la première 
nébuleuse observée à Taîde d'un télescope et si- 
gnalée comme un objet d'une nature particulière, 
la nébuleuse d'Andromède, fut considérée pendant 
trois siècles et demi comme entièrement dépourvue 
d'étoiles. Simon Marins, de Pranconie, qui de.mu- 
sicien était devenu astronome — goûts très-compa- 
tibles du reste, — décrivant cette apparence ovale 
et blanchâtre, qui, plus brillante au centre, s'affai- 
blissait sur les bords, disait qu'elle ressemblait « à 
la lumière d'une chandelle {candela) vue de loin à 
travers une feuille de corne. » Il y a quelques an- 
nées seulement, un astronome de Cambridge a 
compté dans les limites de cette nébuleuse 1500 pe- 
tites étoiles, et pourtant lé centre garde encore 
malgré les meilleurs instruments l'aspect d'une 
clarté diffuse. Plus tard, l'astronome Halley ne son- 
geait pas davantage à des agglomérations d'étoiles. 
< En réalité, disait-il, ces taches ne sont rien autre 
chose que la lumière venant d'un espace immense 
situé dans les régions de Téther, rempli d'un milieu 
diffus et lumineux par lui-même.» On en vit d'au- 
tres encore penser que c'était là la clarté du ciel 
empyréfe, vue à travers une ouverture du firma- 
ment. C'est ce que disait Derham , l'auteur de l'As- 
tro'iheology. 

Mais lorsque les instruments d'optique furent 
perfectionnés, cette apparence d'une clarté diffuse 
se transforma en un pointillé brillant; à mesure 



28 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

que la puissance du télescope devint plus perçante, 
le nombr^e des nébuleuses apparentes diminua, et 
aujourd'hui, toutes celles qui du temps de Galilée 
étaient regardées comme des nuages cosmiques 
sont résolues en étoiles. Pour être juste, il faut 
ajouter qu'en révélant la composition stellaire des 
premières nébuleuses, le télescope en a découvert 
d'autres dont il n'a pas encore dévoilé la nature ; 
mais l'analogie nous porte à croire que, semblables 
aux premières, ces nébuleuses ne restent à l'état in- 
distinctqueparsuitedeleuréloignementprodigieux, 
que les instruments les plus puissants ne sont pas 
encore parvenus à vaincre ; et que le jour viendra où 
cette distance étant franchie nous montrera là aussi 
d'immenses rassemblements d'étoiles. 

Ainsi l'on doit se représenter l'espace infini 
comme un vide immense au sein duquel sont sus- 
pendus des archipels d'étoiles. Ces archipels sont 
peut-être eux-mêmes en nombre infini ; ils comptent 
par millions les étoiles qui les constituent, et de 
l'un à l'autre la distance est incalculable. Ils sont 
distribués dans l'étendue à toutes les directions, 
dans tous les sens, suivant toutes les directions 
imaginables , et revêtent eux - mêmes toutes les 
formes possibles, comme nous allons en être té* 
moins. 

L'une des nébuleuses les plus remarquables et 
les plus régulières, celle qui peut en même temps 
servir le mieux à l'illustration des raisonnements 
qui précèdent, c'est la nébuleuse du Centaure. — 
Nous étudierons plus loin l'aspect des constella- 



DISPOSITION GÉNÉRALE DE L'UNIVERS. 29 

tiens, et la méthode là plus simple pour trouver les' 
objets célestes les plus dignes de notre attention. 
— Cette ijébuleuse se présente sous l'aspect ci-desr 
sous dans les champs d'un bon télescope. 




Fig. 2. Nébuleuse ou amas du Centaure. 

A l'œil nu, on la distingue à peine, comme un 
point d'une faible clarté; dans le télescope on voit 
briller sous ses yeux une multitude prodigieuse 
d'étoiles fortement condensées vers le centre. Cette 
condensation est une preuve manifeste que l'amas 
d'étoiles n'est pas seulement circulaire, mais en- 
core sphérique. Un instant d'attention suffit , en 
effet, pour montrer que si l'on regarde de loin une 
sphère d'étoiles, le rayon visuel traversera une Ion- 



30 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

gueur moindre s'il regarde les bords de la sphère 
que s'il regarde le centre, et rencontrera moins d'é- 
toiles sur son chemin vers les bords que vers le cen- 
tre. A mesure que ce rayon visuel se rapprochera 
du centre, sa partie comprise dans la sphère de- 
viendra plus longue et le nombre d'étoiles qu'il ren- 
contrera ira en augmentant. Le maximum sera au 
centre même. C'est cet effet d'optique qui avait fait 
croire à une 'condensation de la matière nébuleuse. 
Halley la trouva, en 1679, pendant qu'il travaillait 
au catalogue des détails du ciel austral ; elle est le 
recueil des six nébuleuses connues de son temps. 

Les limites de Cette nébuleuse ne sont pas aussi 
nettement définies que dans celles qui ont particu- 
lièrement reçu la désignation de globulaires. La 
figure 3 représente quelques types choisis parmi 
ces dernières. 

De ces amas d'étoiles les premiers sont certaine- 
ment sphériques ; les autres , allongés, dont nous 
voyons l'épaisseur diminuer de plus en plus, sont 
probablement encore circulaires, mais aplatis sous 
la forme de lentilles ; au lieu de se présenter à nous 
de face, ils se présentent par la tranche. 

A la vuei de ces amas globulaires on peut se de- 
mander avec Arago quel est le nombre des étoiles 
contenues dans certaines de ces nébuleuses. L'as- 
tronome a répondu lui-même à sa question. Il se- 
rait impossible de compter en détail et avec exac- 
titude le nombre total d'étoiles dont certaines 
nébuleuses globulaires se composent; mais on a 
pu arriver à des limites. En appréciant l'espace- 



DISPOSITION GÉNÉRALE DE L'UNIVERS. 31 

ment angulaire des étoiles situées près dés bords, 
c'est-à-dire dans la région où elles ne se projettent 




Fig. 3. Nébuleuses globulaires. 

pas les unes sur les autres, et le comparant avec le 
diamètre total du groupe, on s'est assuré qu'une 
nébuleuse dont l'étendue superficielle apparente 



32 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

est à peine égale au dixième de celle du disque lu- 




s 



naire, ne renferme pas moins de 20 000 étoiles 



DISPOSITION GÉNÉRALE DE L'UNIVERS. 33 

c'est là le minimum. Les conditions dynamiques 
propres à assurer la conservation indéfinie d'une 




Fig. 5. Nébuleuses annulaires. 

semblable fourmilière d'étoiles, ne semblent pas 
faciles à imaginer, ajoute le célèbre astronome. 
Suppose-t-on le système en repos, les étoiles à la 

3 



34 JLES MERVEILLES CÉLESTES. 

longue tomberont les unes sur les autres. Lui 
donne- t-on un mouvement de rotation autour d'un 




Fïg. 6. Nébuleuse du Lion. 

seul axe, des chocs deviendront inévitables. Au 
surplus, est-îl prouvé à priori que les systèmes 
globulaires d'étoiles doivent se conserver indéfini- 



DISPOSITION GÉNÉRALE PE L'UNIVERS. 35 

ment dans Tétat où nous les voyons aujour- 
d'hui?] . 

L'examen des changements survenus dans d*au* 
très systèmes induirait à croire au contraire qu'il 
n'y a là rien d'indéfiniment stable, et que le mou- 
vement gouverne ces agglomérations de soleils 
aussi bien qu'il gouverne chacun des soleils et cha- 
cun des petits*mondes qui les composent. 

Les nébuleuses les plus régulières ne sont pas les 
plus curieuses; pourtant il en est quelques-unes 
dont Taspect laisse un certain étonnement dans 
Tesprit : ce sont des amas d'étoiles qui au lieu 
d'être condensées en un globe immense sont dis- 
tribuées en couronne i offrant l'apparence d'une 
nébuleuse circulaire ou ovale, mais percée à son 
centre. Deux types de ce genre sont représentés aux 
figures 5 et 6.. 

La première est la nébuleuse perforée de la 
Lyre; la seconde est celle d'Andromède. Dans l'une, 
le magnifique télescope de Lord Ross montre des 
bordures étincelantes d'étoiles rapprochées, et des 
franges lumineuses dentelant le bord extérieur; 
dans l'autre deux soleils symétriquement placés de 
part et d'autre de l'ellipse semblent destinés au 
gouvernement de ce système dans sa marche à tra- 
vers l'espace. Les nébuleuses perforées, dit A. de 
Humboldt, sont une des curiosités les plus rares. 
Celle de la Lyre est la plus célèbre ; elle a été dé- 
couverte en 1779, à Toulouse, par d'Arquier, au 
moment où la comète signalée par Bode s'approcha 
de la région qu'elle occupe. Elle a environ la gran- 



36 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

deur apparente du disque de Jupiter, et forme une 
ellipse dont les deux diamètres sont dans le rap- 
port de 4 à 5. L'intérieur de l'anneau n'est pas noir, 
mais faiblement éclairé. Cette partie vide est au 
contraire d'un noir très-foncé dans les belles nébu- 
leuses perforées de Thémisphère austral. Toutes 
sont vraisemblablement des amas d'étoiles en forme 
d'anneau. 

La nébuleuse intéressante des3inée à la page pré- 
cédente nous servira de transition entre les nébu- 
leuses régulières et les nébuleuses irrégùlières : 
c'est l'amas annulaire elliptique de la constellation 
du Lion. Il semble qu'elle possède un noyau cen- 
tral de plus forte condensation, que ce noyau soit 
enveloppé de sphères concentriques plus ou moins 
chargées d'étoiles, séparées entre elles par des vides 
relatifs, et que ces enveloppes se succédant suivant 
un grand axe, s'éloignent également du centre de 
part et d'autre en diminuant d'étendue jusqu'au 
point où elles s'éteignent en cône. 



U^ 



NÉBULEUSES, SUITE. 



« Quand la nuit aux aiUs noires et parsemées 
d'étoiles obscurcit la terre et ieciel) semblable 
an bel oiseau dont le sombre plnma^ étincelle 
d*yeux innombrables; cette sainte obscurité, 
ces feux divins, imposants, infinis, émanent de 
toi^ 6 Créateur ! » 

TnOMAS MOOBE. 



A mesure que s'accroît le pouvoir ampliGcateur 
des télescopes, les contours de ces amas d'étoiles, 
comme leur aspect intérieur, se présentent sous 
une forme de plus en plus irrégulière. Tels de 
ces objets qui semblaient autrefois purement cir- 
culaires ou pureipent elliptiques, ont offert depuis 
une grande irrégularité dans leurs formes aussi 
bien que dans le degré de luminosité qui leur ap- 
partient. Là où des nuages pâles et blanchâtres of- 
fraient un éclat calme et uniforme, Vœil géant du 
télescope a vu s'ouvrir des régions alternativement 
sombres et lumineuses. Les Ggures que nous ve- 



38 • LES MERVEILLES CÉLESTES. 

nons d'observer viennent toutes à l'appui de cette 
remarque ; d'autres la confirment d'une manière 




Fig. 7. Nébuleuse du Taireau. 

plus éclatante encore. Il y a par exemple, dans la 
constellation zodiacale du Taureau, une nébuleuse 
uniforme et ovale qui n'offre pas le moindre ca- 



NÉBULEUSES, SUITE. 39 

ractère de singularité dans les instruments de faible 
puissance. Or, qjand pour la première fois Lord 
koss dirigea sur elle son grand télescope> il ne 
put s'empêcher de lui donner immédiatement le 
nom singulier de Nébuleuse de VEcrevisse (Crab-Ne- 
bula), que sa forme lui décernait d'elle-même. 
L'ellipse s'était transformée en poisson ; les anten- 
nes, les pattes, la queue étaient figurées sui( le ciel 
noir par la silhouette blanche que dessinaient de 
longues traînées d'étoiles. 

Il y a des nébuleuses irrégulières de toutes les 
formes possibles, et sur les millions que l'on a" 




Fig. 8. Le Navire. 

déjà observées, décrites et dessinées, on ne saurait 
en trouver deux qui se ressemblent. Elles ont re- 



40 1,E8 «E^.B.1.1^ "«■^'■^- 

,«„ „s forme, .es pl»» «f "^^0 .^» est 

accompagne dune «u"" 




longue traînée lumineuse : telles sont celles 
à-une j^jgorne, du neuve Éridan, de la Grande 
A® ^* - telle est surtout celle du Navire, dans la- 
Ours« ' 



NÉBULEUSES, SUITE. 41 

quelle on retrouve le type classique des comètes 
les plus régulières. D'autres, comme celles d'O- 
rion, l'une des plus célèbres par les études qui 
l'ont illustrée, ou comme celle des nuées de Ma- 
gellan et du Navire (yi), semblent d'immenses 
nuages vaporeux tourmentés jadis par quelque 
vent tumultueux, percés de déchirures profondes, 
et brisés par places en lambeaux. Celle-ci (constel- 
lation- du Henard), ressemble à ces boulets doubles 
que les gymnasiarqùes anglais soulèvent pour 
exercer la force de leurs bras; celle-là (Ëcu de 
Sobieski), écrit au milieu d'une page du ciel la 
dernière majuscule de l'alphabet grec : Q. 

D'autres nébuleuses se sont offertes en groupe, 
comme si deux ou plusieurs de ces vastes systèmes 
avaient associé leurs destinées. Plusieurs sont 
doubles ;. on voit deux amas sphériques réunis 
par la couronne diffuse qui les enveloppe, ou 
séparés par une faible distance angulaire, ou quel- 
quefois môme enveloppés dans des couches concen- 
triques lumineuses comme deux œufs de neige au 
milieu d'un nid de lumière. Ailleurs encore, dans 
les nuées de Magellan, sous l'hémisphère austral, 
on voit quatre nébuleuses circulaires disposées 
aux quatre angles d'un losange illuminé lui-même 
d'une fine poussière d'étoiles ; à l'un des angles 
eitrémes, la nébuleuse se divise elle-même en 
quatre globes, de sorte qu'en réalité on a sous 
les yeux une immense agglomération d'étoiles, 
dont les limites extrêmes présentent sept conden- 
sations principales. 



42 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

Mais ce n'est pas tout. Non-seulement ces loin- 
tains sjstèmes stellaires peuplés de myriades de 
soleils revêtent les formes les plus variées, non- 




^ 
p 

-§ 



te 



seulement ils offrent une diversité d'aspect supé- 
rieure à celle que l'imagination peut construire ; 
mais encore^quelques-uns d'entre eux dévoilent à 



NÉBULEUSES, SUITE. 43 

l'œil étonné qui les contemple, des nuances va- 
riées et de véritables couleurs. L'une est colorée 
d*un beau bleu indigo ; une autre est rose à son 
centre et bordée de blanc; une autre encore émet 
de magnifiques rayons bleu de ciel. Cette colora- 
tion est produite par la couleur même des étoiles 
qui la composent. On en a vu d'autres dont l'inten- 
sité lumineuse a sensiblement varié ; l'éclat de 
Tune d'entre elles s'est même aflaibli jusqu'au point 
de la rendre complètement invisible. 

Il est difficile de rendre l'impression que l'aspect 
de ces lointains univers fait naître dans Tâme 
lorsqu'on les contemple à travers ces merveilleux 
télescopes qui rapprochent les distances. Les rayons 
de lumière qui nous arrivent de si loin nous met- 
tent teipporairement en communication avec ces 
créations étrangères, et le sentiment de la vie ter- 
restre assoupi dans le silenr-e des nuits profondes , 
semble dominé par l'ascendant que la contempla- 
tipn céleste exerce si facilement sur Pâme captivée. 
Les choses de la terre perdent leur prestige, et 
l'on s'écrie volontiers avec le poète des Mélodies, 
Irlandaises : « Il n'est rien de brillant que le ciel. 
L'éclat des ailes de la gloire est faux et passager 
comme les teintes pâlissantes des rois ; les fleurs 
de l'amour, de l'espérance, de la beauté s'épa- 
nouissent pour la tombe : il n'est rien de brillant 
que le ciel. » On sent que, malgré l'éloignement 
insondable qui sépare notre séjour de ces loin- 
taines demeures, il y a là des foyers lumineux 
et des centres de mouvement ; ce n'est pas le vide, 



44 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

ce n'est pas le désert, c'est « quelque chose, » et ce 
quelque chose sufOt pour attacher notre attention 
et pour éveiller notre rêverie. Une impression in- 
définissable nous est communiquée par les rayons 
stellaires qui descendent silencieusement des abî- 
mes inexplorés, on la subit sans l'analyser , et les 
traces en restent ineffaçables, comme celles que le 
voyageur ressent lo^rsquMl aborde de nouvelles 
terres et voit de nouveaux cieuxse lever sur sa tête. 
C'est ce que décrit l'illustre auteur du Cosmos , 
lorsqu'il présente les nuées de Magellan, vastes 
nébuleuses avoisinant le pôle austral, comme un 
objet unique dans le monde des phénomènes cé- 
lestes, c Les magnifiques zones du ciel austral 
comprises entre les parallèles du 50» et du 80« de- 
gré, dit-il, sont les plus riches en étoiles nébu- 
leuses et en amas de nébulosités irréductiles. Des 
deux nuages magellaniques qui tournent autour 
du pôle austral, de ce pôle si pauvre en étoiles, 
qu'on dirait une contrée dévastée , le plus grand 
surtout paraît être, d'après des recherches récen- 
tes, une étonnante agglomération d'amas sphéri- 
ques, d'étoiles plus ou moins grandes et de nébu- 
leuses irréductiles, dont Téclat général illumine 
le champ de la vision et forme comme le fond du 
tableau. L'aspect de ces nuages , la brillante con- 
stellation du Navire Argo, la Voie Lactée, qui s'é- 
tend entre le Scorpion , le Centaure et la Croix, et, 
j'ose le dire , l'aspect si pittoresque de tout le ciel 
austral, ont produit sur mon âme une impression 
ineffaçable. » 




Fig. 11. Nébuleuse des Chiens de chasse. 



NÉBULEUSES, SUITE. 47 

Cependant Taspect le plus magnifique et le plus 
éloquent des nébuleuses ne s'est pas encore révélé 
dans celles qui précèdent. Pour se former une idée 
de l'importance de ces amas d'étoiles et pour ap- 
précier un peu leur valeur au point de vue de l'es- 
pace qu'ils occupent comme au point de vue du 
temps qui a présidé à leur formation , il faut avoir 
sous les yeux les splendides nébuleuses en spirales 
que le puissant télescope de Parsontown nous a 
dévoilées là où les instruments ordinaires ne mon- 
traient que des apparences semblables à celles que 
nous avons passées en revue. 

Lord Ross, en effet, a reconnu le premier que de 
vastes systèmes de soleils étaient agglomérés, non 
plus simplement autour d'un centre de condensa- 
tion , non plus en amas plus ou moins réguliers , 
mais suivant une distribution qui révèle l'existence 
de forces gigantesques en action par eux. 11 obr 
serva d'immenses agglomérations dont les étoiles 
composantes sont distribuées en longues courbes 
dans un système général de lignes spirales. 

Du centre principal naissent une multitude de 
spires lumineuses, formées d'une' innombrable 
quantité de soleils, contournant le noyau resplendis- 
sant d'où elles sontissues, pour se perdre au loin en 
affaiblissant insensiblement leur éclat et en s'étei- 
gnant conune des traînées de vapeurs phosphores- 
centes. Un noyau secondaire rallie d'un côté les 
extrémités du plus lo'ng rayonnement. Ce sont de 
splendides rubans de lumière constellés, terminés 
pardeux nœuds arrondis. Cette riche nébuleuse spi- 



48 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

raleappartientàlaconstellationdesChiensdechasse. 
Avant la découverte due au puissant télescope quia 
fait disparaître le voile dont elle restait encore enve- 
loppée, les meilleurs instruments ne la montraient 
que sous la forme d'un anneau dédoublé sur la moitié 
de son contour, enroulant une nébuleuse globulaire 
très-brillante à son centre. En dehors de l'anneau 
on remarquait une seconde nébuleuse plus petite, 
de forme ronde. Jamais changement de forme ne 
fut plus manifeste entre les aspects révélés par les 
télescopes de différentes puissances. 

Imaginer les myriades de siècles qui furent né- 
cessaires à la formation de ces immenses systèmes 
serait une vaine entreprise. C'est avec lenteur que 
s'accomplissent les.actions les plus formidables de 
la nature. Pour que Ja matière cosmique ou le pro- 
digieux assemblage de tant d'étoiles ait pu se dis- 
'trîbuer suivant les lignes révélées par le télescope 
et s'enrouler en de gigantesques spirales sous l'ac- 
tion dominante de l'attraction combinée de toutes 
les parties qui composent Cet univers, il a fallu 
l'incalculable série des siècles amoncelés sur sa 
tête. C'est ici surtout qu'il est vrai de dire que les 
rayons lumineux qui descendent de ces créations 
lointaines sont pour nous le témoignage le plus 
ancien de l'existence de la matière. 

La nébuleuse en spirale des Chiens de chasse 
n'est pas la seule.de cette forme. Dans la constella- 
tion de la Vierge, du Lion et de Pégase, on admire 
aussi de semblables systèmes. Celle de la Vierge, 
située dans l'aile centrale de cette figure , s'offre 



NÉBULEUSES, SUITE. 49 

SOUS Taspect de ces fusôes tournantes que Ton voit 
aux feux d'artifice : du centre lumineux s'élèvent 
tout autour de blanches traînées de lumière, se di- 




Fig. 12. La Vierge. 

rigeant et se courbant toutes dans le même sens ; 
des vides obscurs les séparent et donnent plus de 
netteté au dessin de leur direction. Celle du Lion 

4 



50 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

présente une suite de zones concentriques ovales 
enveloppant le centre, également plus lumineux ; 
une multitude d'étoiles resplendissent en ce centre. 
La nébuleuse en spirale de Pégase, marquée d'une 
belle étoile à sa partie centrale, est circulaire et 
composée de cercles successivement lumineux et 
obscurs; d'un côté la circonférence est coupée par 
une tangente, ligne de lumière large et plus longue 
qtie la nébuleuse elle-même , à laquelle celle-ci 
semble attachée comme ces petits nids soyeux d'in- 
sectes au flanc des branches. 

En écrivant ces lignes, je me souviens de l'année 
1 702, dans laquelle un faiseur de systèmes composa 
un gros volume pour démontrer que l'univers est 
une grande spirale. Selon lui, Dieu serait placé au 
centre des Mondes; de ce centre il communiquerait 
avec tous les êtres créés par une infinité de lignes 
"spirales se dirigeant vers la circonférence. Soleils 
et mondes, corps et esprits, tout serait mû en spi- 
rale. Si cet-auteur singulier renaissait de nos jours, 
av.ec quel empressement il saisirait nos nébuleuses 
en spirales pour illustrer sa thèse I 

Les nébuleuses ne sont pas uniformément répan- 
dues dans toutes les régions du ciel. Sur la sphère 
étoilée on observe de vastes localités où nulle né- 
buleuse n'est visible, tandis qu'en d'autres points 
elles paraissent véritablement entassées. La région 
du ciel la plus riohe se trouve dans le groupe sui- 
vant de constellations, que l'on apprendra bientôt 
à reconnaître : la Grande Ourse, Cassiopée, la Che- 
velure de Bérénice, la Vierge. Dans la région zodia- 



NÉBULEUSES. SUITE. 51. 

cale voisine de la Vierge, on peut .voir passer, en 
une heure^plus de 300 nébuleuses, tandis que dans 
les régions opposées on n'en rencontrerait pas une 
centaine. Les espaces qui précèdent ou qui sui- 
vent les nébuleuses renferment généralement peu, 
d'étoiles. Herschel trouvait cette règle constante. 
Aussi, il paraît que toutes les fois que, pendant UU; 
certain temps, aucune étoile n'était venue, par le 
mouvement du ciel, se ranger dans le champ de. 
son télescope immobile, il avait l'habitude de dire 
au secrétaire qui l'assistait : c Préparez-vous à 
écrire, des nébuleuses vont arriver. » 

De ce fait que les espaces les plus pauvres en 
étoiles sont voisins des nébuleuses les plus riches, 
et de cet autre que les étoiles sont généralement 
plus condensées vers le centre des nébuleuses, ré- 
sulte une confirmation dé ce que nous disions plus 
haut sur le travail incessant du grand nombre de 
siècles qu'il a fallu pour établir ces systèmes. Il 
ji'est rien* d'étonnant à ce que ces réunions puis- 
santes se soient formées, soit aux dépens de la ma- 
' tière cosmiqu environnante, destinée à seconden- 
ser en étoiles, soit aux dépens des étoiles elles- 
mêmes, et à ce que les espaces qui les entourent 
ressemblent à de vastes déserts, à des régions 
ravagées. 

A la vue des nébuleuses pâlissantes qui cons- 
tellent l'étendue, l'âme se sent attirée comme au 
bord de ces abtmes dont la profondeur inconnue 
donne le vertige. A la grandeur du spectacle suc- 
cède un sentiment plus cher, un sentiment d'affec- 



58 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

tion pour ces beautés mystérieuses, et Ton com- 
prend bientôt combien elles surpassent les plus 
précieuses richesses de la terre. 

« Étoiles! poésie du ciel! s'écriait Lord Byron, si 
nous cherchons à lire dans vos pages étincelantes 
la destinée des hommes et des empires, nous som- 
mes pardonnables, alors que dans notre désir de 
grandeur nous osons franchir notre sphère mor- 
telle et aspirer à nous unir à vous; car vous êtes 
une beauté et un mystère, et vous nous inspirez de 
loin tant d'amour et de respect, que nous avons 
donné une étoile pour emblème à la fortune, à la 
gloire, à la puissance, à la vie. 

« Le ciel et la terre se taisent. Ils ne doraient 
pas, mais leur haleine reste suspendue comme il 
arrive pour nous dans un moment d*émotion vive; 
ils sont silencieux comme nous quand une pensée 
nous préoccupe trop profondément. Le ciel et la 
terre se taisent *. du cortège lointain des étoiles jus- 
qu'au lac assoupi et à la rive montagneuse, tout est. 
concentré dans une vie intense, en laquelle il n'est 
pas un rayon, pas un souffle, pas une feuille qui 
n'ait sa part d'existence, et n^ sente la présence de 
l'Être créateur et conservateur de toute cliose. 

« Alors s'éveille ce sentiment de l'infini que nous 
éprouvons dans la solitude, là où nous sommes le 
moins seuls ; c'est la vérité qui s'infuse dans notre 
être et le purifie du moi personnel ; c'est une vi- 
bration, âme et source de la musique, qui nous ini- 
tie à l'éternelle harmonie, répand autour de nous 
un charme pareil à la ceinture fabuleuse de Gythé- 



NÉBULEUSES, SUITE. 53 

rée, unissant toutes choses dans les liens de la 
beauté, et qui désarmerait jusqu'au spectre de la 
Mort, si sa fatale puissance était matérielle. 

« Ils eurent raison, les anciens Persans, de lui 
donner pour autels les hauts lieux et le sommet des 
monts sourcilleux, et de ne point emprisonner dans 
des murailles le culte de l'esprit qui n'est honoré 
qu'imparfaitement dans des sanctuaires élevés parla 
main des hommes. Venez donc comparer vos co- 
lonnes, vos temples grecs ou gothiques, destinés à 
abriter des idoles, avec l'air et la terre, ces temples 
delà nature, etgardez-vous de circonscrire la prière 

dans une étroite enceinte ^ » 

« 

1. Chxld Harold, lxxxviii-xci. 



Cj^ 



VI 



LA VOIE LACTÉE. 



nuit majestueuse, arche immense et profonde. 
Où Ton entrevoit Dieu comme le fond sous l'onde I 
Où tant d'astre« en feux portant écrit son nom, 
Vont de ce nom splendide éclairer l'horizon. 
Et jusqu'aux infinis où leur courbe est lancée. 
Porter ses yeux, sa main, son ombre et sa pensée 1 
Kt vous vents palpitant la nuit sous ces hauts lieux, 
Qui caret^sez la terre et parfumez les cieux ! 
Mystères de la nuit, que l'ange seul contemple, 
Cette heure aussi pour moi lève un rideau dfu temple. 

Lamartine, Jocelyn. 



Nous avons vu que l'univers est formé par des 
nébuleuses, répandues dans l'immensité de Tes^ 
pace, à toutes les profondeurs imaginables et dans 
tous les sens possibles. Mais alors, s'il n'y a que des 
nébuleuses dans l'espace, et si nul corps céleste 
n'est isolé de ces agglomérations, la terre où nous 
sommes fait donc partie d'une nébuleuse? L'habi- 
tant du globe terrestre se trouve donc, lui aussi, 
au sein de l'un de ces immenses amas d'étoiles qui 
constituent les archipels de l'océan céleste? et nous 



LA VOIE LACTÉE.^ 55 

ne vivons donc pas, comme les apparences tendent 
à le faire supposer, en dehors de celte création 
étoilée qui rayonne sur nos têtes? En un mot, si 
tous les astres sont réunis en groupes, la terre ap- 
partient donc aussi k un groupe d'astres, à une 
nébuleuse? 

Oui, La terre, comme tous les astres, fait partie 
d'une nébuleuse. Elle n'est pas isolée dans les dé- 
serts de l'infini, elle ne fait pas exception à la loi 
générale. La terre, comme les planètes qui Tavoi- 
sinent, appartient au soleil. Ce soleil les représente 
dans le recensement universel des astres, car ni 
terre ni planètes ne comptent au nombre de ces 
splendeurs, et ce soleil est l'une des étoiles compo- 
santes d'une immense nébuleuse. 

Le soleil n'est qu'une étoile : cette assertion peut 
étonner au premier abord, à cause des illusions 
produites par les sens. Le flambeau de notre lu- 
mière, le foyer de la chaleur, le gouverneur de la 
vie terrestre, nous apparaît sous le prestige légitime 
de son unique puissance, et nous le saluons comme 
le prince des astres, comihe le premier d'entre les 
grands du ciel. Et pour nous, en effet, il mérite sou- 
verainement ces titres, et tous ceux que notre juste 
reconnaissance se platt à lui attribuer. Mais si nous 
l'estimons supérieur«aux étoiles, si nous le trouvons 
plus important, plus magnifique, plus nécessaire, 
c'est uniquement parce que nous sommes auprès 
de lui, parce qu'en réalité nous sommes son loca- 
taire, son sujet, et que, contrairement à ce qui se 
passe surla terre, nous reconnaissons avec bonheur 



56 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

la supériorité de nos maîtres dans l'ordre céleste. 
Lui appartenant, nous vivons à ses dépens , en vé- 
ritables parasites, et sans lui nous tomberions sou- 
dain dans les ténèbres de la mort. Le remercier et 
reconnaître sa puissance n'est que trop juste. Ce- 
pendant, pour juger les choses au point de vue de 
l'absolu, il faut nous élever au-dessus de la dépen- 
dance particulière qui peut s'opposera là justesse 
de notre jugement, comme celui qui, placé dans 
l'intérieur d'un édifice et voulant examiner le rang 
de cet édifice dans la ville, s'en éloigne, et se pla- 
çant sur une hauteur, compare entre eux les diffé- 
rents édifices. Il faut de même sortir de la domi- 
nation solaire, et nous transporter en esprit dans 
un point reculé de l'espace, d'où nous puissions 
reconnaître par comparaison le rang occupé par 
notre soleil dans l'univers sidéral. 

Or, en nous éloignant du soleil, vers un point 
quelconque de l'espace, nous verrons ce soleil di- 
minuer de grandeur et perdre l'importance capitale 
qui paraissait être son privilège. Quand nous at- 
teindrons les limites de son système, il ne nous 
offrira déjà plus que Faspect d'une grande étoile. 
En nous éloignant encore, nous le verrons descendre 
au rang d'une simple étoile. Enfin, si, nous dirigeant 
vers une étoile quelconque du ciel, nous continuons 
d'assister à la décroissance du soleil qui s'enfonce 
derrière nous dans les profondeurs de l'étendue, 
tandis qu'il deviendra petite étoile, perdue bientôt 
dans la multitude des autres, celle où nous diri- 
gepns nos pas perdra au contraire de son aspect 



LA VOIE LACTÉE. 57 

modeste, grossira, resplendira, et grandissant à 
mesure que nous approchons d'elle, deviendra 
un véritable soleil, non moins important que le 
nôtre par sa puissance lumineuse et calorifique, et 
par les dons qu'il dispense aux planètes de son 
domaine. 

En passant au delà de ce nouveau soleil et en conti- 
nuant notre marche, notis assisterons à la transfor- 
mation analogue d'autres étoiles en soleils ; toutes 
celles vers lesquelles nous passerons successive- 
ment nous apparaîtront sous cet aspect, nous mon- 
trant ainsi qu'elles brillent de leur propre lumière 
et sont autant de foyers planétaires. Enfin, lorsque 
nous aurons traversé ces plaines étoilées, nous 
atteindrons des plages où les soleils sont plus 
claîr-semés, et bientôt un désert vide d'étoiles. 

Aux milliard]^ de milliards de lieues que nous 
venons de traverser, ajoutons encore une certaine 
quantité de milliards, et nous arriverons bientôt en 
un point favorable pour nous rendre compte du 
rang absolu de notre soleil. Supposons donc que 
nous abordions enfin les premiers soleils constitu- 
tifs d'une nébuleuse, et qu'alors seulement nous 
retournant du côté d'où nous venons, nous cher- 
chions quelle place occupe notre soleil dans l'armée 
d'étoiles que nous avons laissée derrière nous. 

C'est de là seulement que nous pouvons bien ju- 
ger les choses. Or, voici ce qui nous apparaît. 

Tous les astres qui peuplent nos nuits étoilées 
sont maintenant resserrés dans une étendue res- 
treinte, et nous remarquons — maintenant que nous 



58 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

sommes sortis de leur ensemble — qu'ils forment 
une agglomération de petits points brillants, et qu'ils 
ressemblent à une tle de lumières suspendue dans 
l'espace. En un mot, et c*est là où nous voulons en 
venir, ils forment une nébuleuse. Cette nébuleuse 
est isolée; ses limites sont assez nettement défi- 
nies, et nul groupe, nul étoile ne brille dans le dé- 
sert qui l'entoure. Elle se d'essine dans les ténèbres 
sous la forme suivante. 




Fig. 13. La Voie lactée. 

C'est dans cette nébuleuse que nous habitons ; 
c'est là que réside notre monde solaire. En quel 
endroit sommes-nous? La question est au moins 
curieuse, et du point où nous sommes placés 
pour observer sous son aspect véritable l'amas 
d'étoiles dont nous faisons partie, les meilleurs 
instruments ne parviendraient pas à distinguer 
notre petit soleil. Mais il n'^st pas toujours néces- 
saire de voir les personnes pour deviner où elles 



LA VOIE LACTÉE. 59 

sont. C'est pourquoi nous avons pu marquer vers 
le centre de la nébuleuse, et non loin de la ligne 
de séparation de la zone en deux couches, un petit 
point de repère. Ce point, c'est Tendroit occupé par 
notre soleil. La terre et les planètes sont avec lui; 
mais puisqu'il est impossible de distinguer le soleil 
an sein de cette assemblée, à plus forte raison est-il 
delà dernière impossibilité d'apercevoir le moindre 
vestige de l'existence de notre système planétaire. 

Si nous habitons ainsi dans la région médiane 
d'une riche nébuleuse^ comment se fait-il, pour- 
ront se demander les esprits curieux, comment se 
fait-il que nous ne nous en apercevions pas^ et que 
nos nuits limpides nous montrent tout autour de 
nous un ciel purement et splendiiiement étoile? 
Est-il donc nécessaire de s'en aller à tant de mil- 
liards de milliards de lieues de la terre pour sa- 
voir où elle se trouve? et si cela est nécessaire, 
comment Ta-t-on su ? 

Hais non : cela n'est pas nécessaire, puisque l'on 
connaît cette position. D'ici, sans sortir de notre 
sphère, nous observons le ciel, et nous voyons pré- 
cisément que tout autour de nous un grand cercle 
nébuleux enveloppe notre globe. Nous nous voyons 
vers le centre de ce cercle, et toutes les nuits nous 
montrent sur nos têtes une bande blanchâtre de 
petites étoiles serrées nous entourant perpétuelle- 
ment. Cette agrégation d'étoiles, on l'a déjà de- 
viné, c'est la Voie lactée. 

La Voie lactée, ce large ruban irrégulier de 
nuages stellaires qui traverse le ciel dans toute sa 



60 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

largeur, n'est pas autre chose, en effet, que la plus 
grande longueur de cette immense lentille d'étoiles 
à laquelle nous appartenons. Si le ciel tout entier 
ne paraît pas nébuleux dans tous les sens, c'est 
précisément parce que la nébuleuse à laquelle nous 
appartenons n'est pas sphérique, mais de forme 
lenticulaire, et que dans la largeur de la lentille il 
y a moins de profondeur et moins d'étoiles que 
dans le sens de la longueur. Du point où nous 
sommes placés, si notre œil plonge dans la lon- 
gueur, il rencontre étoiles sur étoiles, indéfini- 
ment, parce qu'il y a une immense étendue du 
point où nous sommes aux abords de la nébu- 
leuse aplatie ; mais si notre regard s'écarte du 
plan équatorial vers les côtés, il rencontre d'au- 
tant moins d'étoiles qu'ils'en éloignera davantage, 
et en arrivant au diamètre polaire, il n'en rencon- 
tre presque plus. Il y a trente fois moins d'étoiles 
dans ces régions que dans celles qui avoisinent lé 
plan équatorial. 

Toutes les étoiles qui scintillent dans le ciel pen- 
dant la nuit profonde appartiennent à une seule 
agglomération, à une seule nébuleuse, dont la 
Voie lactée nous marque le sens longitudinal. Les 
étoiles ne sont pas isolées d'une manière absolue, 
au hasard, dans les déserts du vide; elles font 
partie d'un ensemble; le soleil qui nous éclaire 
est l'une d'entre elles; elles sont réunies par mil- 
lions dans un groupe gigantesque, analogue aux 
amas lointains dont nous parlions plus haut. Au 
lieu de ne voir qu'une lueur diffuse, qu'une clarté 



LA VOIE LACTÉE. 61 

indistincte dans la Voie lactée^ le télescope sé- 
pare les étoiles qui la composent et montre qu'elle 
est formée d'une multitude innombrable d'astres 
fort irrégulièrement rassemblés. 

L'idée que nous 'devons nous faire de la Voie 
lactée est donc bien différente de celle que les ap- 
parences nous présentent et de celle dont les an- 
ciens se contentaient. Dès l'origine des âges, dès les 
premières observations d'une astronomie élémen- 
taire, on avait remarqué cette traînée semi-lumi- 
neuse qui traverse le ciel, et la Mythologie régnante 
avait brodé sur elle les images dont elle ornait 
toutes choses. Un poète écossais du seizième siècle, 
Georges Bucbanan, a retracé en quelques élégantes 
paroles cette histoire des singulières opinions 
émises sur la Voie lactée, en même temps qu'il 
s'est élevé à la cause véritable de cet aspect céleste. 

« Pourrais-je te passer sous silence, dit-il en 
s'adressant à la Voie lactée, toi que les anciens 
poètes ont tant célébrée dans leurs chants! toi qui 
partages le ciel par ta large ceinture et qui en fais 
un des plus beaux ornements! Tu brilles au sein 
de la nuit, et sensible à tout l'univers, tu frappes 
les yeux des mortels ; tu répands ta douce lumière 
toutes les fois que Tair sans nuages nous laisse 
librement porter nos regards jusqu'à la voûte 
céleste. Cette blancheur éclatante qui te fait si ai- 
sément remarquer t'a fait donner le nom de Voie 
lactée, soit (si la fable n'en a point imposé aux an- 
ciens poètes) parce que des gouttes de lait tombées 
du sein de Junon coulèrent obliquement à travers 



62 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

les astres et tracèrent sur l'azur des deux cette 
bande si remarquable par sa blancheur ; soit, selon 
d'autres, parce que c'est le chemin' qui conduit à 
la demeure des dieux et au calais du maître du 
tonnerre. Il en est qui croient que c'est le séjour 
qu'habitent les mânes des âmes heureuses; que là; 
exemptes de tout travail, libres de tout souci, elles 
vivent comme les dieux dans une éternelle félicité. 
D'autres veulent que le pôle conserve encore les 
traces de l'incendie allumé par Phaëton, lorsque 
le char de Phébus, écarté de sa route par ce con- 
ducteur novice, livra en proie aux flammes les de- 
meures célestes, et manqua d'embraser l'univers. 
11 y en a qui prétendent que lorsque Dieu créa 
le monde et en assembla les différentes parties, 
lorsqu'il réunit ses flancs immenses, les extrémités 
du ciel, en se liant l'une à l'autre, laissèrent (entre 
elles une espèce de suture et comme une cicatrice tou- 
jours subsistante, qui marque le point de réunion 
de toutes ces parties. Mais ceux qui se sont occupés 
de rechercher les causes secrètes des phénomènes 
célestes croient que cette bande est produite par un 
amas de petites étoiles contiguês, dont les clartés 
réunies forment cette blancheur lumineuse, sem- 
blable à celle que donne le crépuscule, ou à cette 
faible lumière que conservent encore les astres 
lorsqu'ils pâlissent à l'approche de Phébus. » 

Ces fantaisies de rimagination, autorisées parles 
fables antiques, étaient bien loin de ]a réalité ; et 
ici comme précédemment la réalité est plus belle, 
plus grande, plus admirable que la fiction. Depuis 



LA VOIE LACTÉE. 63 

le jour où les premières lunettes astronomiques 
permirent de distinguer les étoiles dont l'agglo- 
mération forme la blancheur de cette zone, les as- 
tronomes portèrent leur attention sur sa constitu- 
tion et sur sa structure. William Herschel, à l'aide 
du puissant télescope qu'il avait fabriqué de ses 
propres mains, résolut, vers la fin du siècle der- 
nier, de dénombrer les étoiles comprises dans cette 
zone: il se mit à l'œuvre et divisa son travail par- 
ties par parties. Sa longue persévérance fut cou- 
ronnée d'un grand succès. Par une comparaison 
très-habile des parties où la condensation d'étoiles 
atteint son maximun avec celles où elle atteint son 
minimum, et par Texamen de l'étendue occupée 
par ces anneaux immenses, le grand observateur 
trouva que la Voie lactée ne renferme pas moins 
de dix-huit millions d'étoiles ! 

Dix-huit millions d'étoiles dans la couche équa- 
toriale de la nébuleuse lenticulaire à laquelle nous 
'appartenons : ce n'est pas là le nombre total des 
étoiles dont elle se compose, puisqu'il ne s'agit 
pas ici des parties latérales de cette, masse gigan- 
tesque, et que toutes les étoiles du ciel, situées de 
part et d'autre du plan de plus grande conden- 
sation, ne sont pas comprises dans cette énumé- 
ration. Nous verrons un peu plus loin, au cha- 
pitre consacré à l'étude des étoiles, que le nombre 
total des membres de cette populeuse tribu est 
bien supérieur encore à dix-huit millions. 

Quelle est rétendue réelle occupée par cette réu- 
nion de soleils? Le nombre des étoiles ^qui la corn- 



64 LES MERVEILLES CÉLESTES. ' 

posent, et les distances réciproques de ces étoiles en- 
tre elles y donnent pour cette étendue un nombre 
que Tesprit ne peut bien concevoir sans s'y être 
bien préparé, un nombre qu'il ne peut apprécier 
s'il ne fait de grands efforts pour arriver à le 
saisir. Je ne veux pas donner ce nombre en 
lieues, parce qu'une suite immense de lieues dé- 
passe les bornes de la vision de l'esprit même; 
il vaut mieux prendre la mesure dont on se sert 
habituellement pour les grandeurs astronomiques. 
Or donc, l'étendue de la Voie lactée, dans sa plus 
grande longueur, serait mesurée par un rayon de 
lumière qui , à raison de 77 000 lieues par chaque 
seconde, volerait en ligne droite et sans s'arrêter 
pendant quinze mille ans. 

Ainsi, comme nous nous trouvons vers le centre 
de cette nébuleuse, lorsque par le champ d'un puis- 
sant télescope nous observons les petites étoiles 
lointaines situées dans les profondeurs de la Voie 
lactée, notre rétine reçoit l'impression d'un rayon 
lumineux parti il y a sept ou huit mille ans d'un 
soleil analogue au nôtre et faisant partie du même 
groupe sidéral. 

Si telle est l'étendue de la nébuleuse dont nous 
sommes une inGnitésimale partie constituante, les 
autres nébuleuses semées dans l'espace sont-elles 
aussi opulentes et aussi vastes; qu bien notre na- 
tion est-elle privilégiée et surpasse-t-elle les au- 
tres en richesse comme en étendue? 

Il n 'y a pas de raison pour s'arrêter à cette dernière 
idée, qu'un restant de vanité pourrait peut-être en- 



LA VOIE LACTÉE, 65 

core nous suggérer pour nous dédommager un peu 
de la médiocrité du rang naturel où nous sommes. 
La Voie lactée n'est pas unique ; toutes les nébu- 
leuses de l'univers sont autant de voies lactées, 
plus ou moins pareilles à la nôtre. Quelques-unes 
peuvent être moins vastes; d'autres peuvent être 
beaucoup plus vastes encore, attendu que dans le 
domaine de Tinfini l'espace ne compte plus. Le 
mieux pour nous est donc de prendre la moyenne, 
et de penser que les nébuleuses pâlissantes et dif- 
fuses qui semblent trembler au loin dans les in- 
sondables immensités, sont des voies lactées peu- 
plées d'autant de soleils que la nôtre. Mais alors, 
puisqu'elles nous paraissent si petites, il faut donc 
quelles soient bien éloignées de nous? Bien éloi- 
gnées, en effet, car si nous cherchons à quelle dis- 
tance il faudrait transporter notre voie lactée pour 
qu'elle se réduise à la limite d'une nébuleuse 
moyenne, nous trouvons qu'il faudrait l'éloigner à 
334 fois sa longueur, distance telle que notre agile 
messager, le rayon de lumière, emploie un peu 
plus de cinq millions d'années à la franchir. 

Telle est la distance qui peut séparer entre elles 
les gigantesques agglomérations de soleils dont 
l'univers sidéral est composé, et qui planent dans 
l'espace, suspendues dans toutes les profondeurs 
de l'immensité insondée. 

En contemplant ces merveilleuses grandeurs on 
comprend qu'elles aient été pour les poètes un 
sujet d'extase, et l'on redit avec émotion les belles 
pensées qu'elles ont inspirées. 

5 



66 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

< toi, magnifique et inimaginable éther! 
vous, innombrables masses de lumière qui vous 
multipliez et vous multipliez sans cesse à nos yeux ! 
qu'étes-vous? Qu'est-ce que ce désert bleu et sans 
bornes des plaines éthérées où vous roulez comme 
les feuilles tombées sur les fleuves limpides d'Éden? 
votre carrière vous est-elle tracée? ou parcourez- 
vous dans un joyeux désordre un univers aérien, 
infini par son étendue? Cette pensée afflige mon 
âme, enivrée d'amour pour l'Éternité. Dieu ou 
Dieux, ou qui que vous soyez, que vous êtes beaux! 
que je trouve vos ouvrages parfaits.... Faites-moi 
mourir comme meurent les atomes (si toutefois 
ils meurent) ou révélez-vous à moi dans votre pou- 
voir et votre science. Mes pensées ne sont pas indi- 
gnes de ce que je vois, quoique la poussière dont 
je suis formé le soit.... Esprit! accorde-moi d'ex- 
pirer ou de voir tout de plus près *. » 

1. Lord Byron, Gain. 



^ 



NOTRE UNIVERS 



LC MONDE SIDÉRAL. 



Un monde est assoupi sons la voûte des cieuz. 
Mais, sous la Yoùte même où s'élèvent mes yeux, 
Que de mondes nouveaux, que de soleils sans nombre 
Trahis par leur splendeur étincellent dans l'ombre, 
Les signes épuisés s'usent à les compter, 
. Et l'âme infatigable est lasse d'y monter I 
... Là l'antique Orion, des nuits perçant les voiles, 
Dont Job a le premier nommé les sept étoiles; 
Le Navire fendant l'éther silenciecx. 
Le Bouvier dont le char se traîne dans les çieox,. 
La Lyre aux cordes d'or, le Cy^ne aux blanches ailes, 
Le Coursier qui du ciel tire des étincelles, 
La Balance inclinant son bassin incertain. 
Les blonds Cheveux livrés au souffle du matin',' - 
Le Bélier, le Taureau, l'Aigle, le Sagittaire, 
Tout ce que les pasteurs contemplaient sur la Terre, 
Tout ce que les néros voulaient éterniser, 
Tout ce que les amants ont pu diviniser, 
Transporté dans le ciel par de touchants emblèmes, 
N'a pu donner des noms à ces brillants systèmes. 

Lamartine. 



D'après ce qui précède, nous habitons le sein 
d'une vaste nébuleuse, dont la couche équatoriaie, 
se projetant sur notre ciel, y décrit cette zone 
blanchâtre connue sous le Bom de Voie lactée. 
Notre soleil est Tune des étoiles composantes de 



70 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

cette agglomération gigantesque, et toutes les 
étoiles qui scintillent durant nos nuits silencieuses 
font partie, comme lui, de cette même tribu. C/est 
là, à proprement parler, notre univers. Les autres 
nébuleuses peuvent être regardées par nous comme 
d'autres univers, étrangers à celui-ci, et dont nous 
n'avons contemplé l'ensemble que pour nous éle- 
ver à une notion plus rapprochée de la grandeur 
dfe la création, mais que nous laisserons désormais 
dans Timmensité inexplorée qu'ils habitent au fond 
des espaces. Descendant du grand au petit, procé- 
dant de Tensemble à la partie, nous embrasserons 
maintenant de moins vastes proportions; nous 
nous arrêterons à notre univers sidéral, autre- 
ment dit, à la description générale des îles qui 
constituent notre archipel céleste. 

Nous ne parlerons pas encore ici delà nature des 
étoiles, ni de leurs distances, ni de leurs mouve- 
ments, ni de leur histoire particulière; avant de 
poursuivre la réalité, il sera bon pour nous de 
faire une digression sur les apparences. Nous 
sommes pourtant bien mal disposé contre les ap- 
parences, et nous leur préférons de beaucoup la 
réalité; mais il en est quelques-unes dont nous ne 
pouvons nous dispenser de parler, attendu qu'elles 
forment en quelque sorte la superficie des choses 
que nous devons approfondir, et qu'il faut passer 
par cette superficie avant d'arriver à l'intérieur. 
Mais lorsque nous convenons bien entre nous que 
tel ou tel phénomène n'est qu'une apparence, il n'y 
a aucun inconvénient â nous occuper de lui :1e 



LE MONDE SIDÉRAL. 71 

principal est de s'entendre et de ne rien con- 
fondre. 

Les étoiles paraissent disséminées au hasard 
dans les cieux. Par une belle nuit étoilée, quand 
notre regard s'élève vers ces hauteurs, il retnarque 
une grande diversité dans l'éclat de ces lumières, 
en môme temps qu'un désordre apparent dans leur 
disposition générale. Cette irrégularité et le nom- 
bre considérable des étoiles ont empêché de donner 
à chacune d'elles un nom particulier; et pour les 
reconnaître et en faciliter l'étude, on a partagé la 
sphère céleste en sections. L'astronomie ded pre* 
miers peuples, dit Francœur, s'est bornée à quel- 
ques distinctions grossières; on s'est d'abord con- 
tenté de dénommer les planètes et les plus belles 
étoiles, et nous avons ^ conservé cet usage; mais 
quand on a voulu étudier avec plus de soin et qu'on 
a eu besoin, de désigner les astres d'un éclat moindre 
on n'a pu suivre une méthode dont on sentait l'im- 
perfection. On s'est conduit comme le font les na- 
turalistes, qui, pour dénommer les espèces des 
trois règnes, réunissent sous un nom commun un 
certain nombre d'individus, qu'ils distinguent en- 
suite entre eux par une qualification. Les astro- 
nomes ont réuni les étoiles en divers groupes, sur 
lesquels ils ont dessiné un animal ou un être fabu- 
leux. On imposa à ces groupes ou constellationsy des 
noms tirés de la Fable, de l'histoire ou des règnes 
de la nature. Ces dénominations, consacrées par 
l'antiquité, sont d'ailleurs tout à fait arbitraires, 
et à moins que l'imagination ne se crée des fan- 



72 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

tomes, comme elle fait voir des tableaux dans les 
contours capricieux des nuages, on ne doit s'atta- 
cher à trouver dans les groupes d'étoiles rien qui 
puisse rappeler la figure ou imiter l'image de l'ob- 
jet dont la constellation porte le nom. 

La nécessité de se guider sur les mers obligea 
rhomme à choisir dans les cieux d'invariables 
points de repère sur lesquels il pût orienter sa 
course, et c'est là l'origine historique des constel- 
lations. 

On forma des cartes représentatives du ciel, et, 
dès Hipparque, astronome grec, on put classer les 
étoiles, en les distinguant selon leur éclat, dans 
les positions occupées par chacune d'elles sur les 
figures dessinées. 

Il était nécessaire de déterminer une méthode 
pour trouver facilement une étoile particulière au 
milieu d'un si grand nombre (quatre à cinq mille) 
que l'on distingue à l'œil nu. On ignore la première 
origine des constellations; mais on sait qu'elles 
ont été établies successivement. Le centaure chi- 
ron, précepteur de Jason, a la réputation d'avoir 
le premier partagé le ciel sur la sphère des Argo- 
nautes, mais Job vivait avant Tépgque où Ton 
place le précédent, et ce prophète parlait déjà 
d'Orion, des Pléiades, des Hyades, il y a trois 
mille trois cents ans. Homère «parle également de 
ces constellations en décrivant le bouclier de Yul- 
cain« « Sur la surface, dit-il, Vulcain, avec une 
divine intelligence, trace mille tableaux variés. Il 
y représente la terre, les cieux, la mer, le soleil 



LE MONDE SIDÉRAL. 73 

infatigable, la lune dans son plein, et tous les 
astres dont se couronne le ciel : les Pléiades, les 
Hyades, le brillant Orion, TOurse, qu'on appelle 
aussi le Chariot, qui tourne toujours aux mêmes 
lieux et regarde l'Orion : c'est la seule constellation 
qui ne se plonge point dans les flots de l'Océan ^ » 

C'est toujours la même division mythologique 
qui est en usage aujourd'hui. Depuis l'établisse- 
ment du christianisme, il y eut plusieurs essais 
destinés à réformer ce système païen et à le rem- 
placer par des dénominations chrétiennes. Dans le 
planisphère de Bède, saint Pierre remplace le Bé- 
lier, saint André le Taureau, etc. De ces tenta- 
tives, aucun nom n'est resté; car le Chariot de Da- 
vid, le Sceau de Salomon, les trois Rois mages, 
OU' « le Bâton de Jacob, » etc., datent de plus haut. 
Plus tard encore un Allemand propesa de donner 
aux douze signes du Zodiaque le blason des douze 
plus illustres maisons de la noblesse européenne. 
Ces essais particuliers restèrent stériles, et le règne 
de la mythologie se continua jusqu'à nos jours. 

Comme on observe une grande diversité dans 
Viciât des étoiles, pour en faciliter l'indication, on 
a classé ces astres par ordre de grandeurs. Ce mot 
de grandeurs est impropre, attendu qu'il n'a aucun 
rapport avec les dimensions des astres, puisque ces 
dimensions nous sont encore inconnues; il date 
d'une époque où Ton croyait que les étoiles les 
plus brillantes étaient les plus grosses, et c'est là 

1. Homère, Iliade, chant XVIIL 



74 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

l'origine àe cette dénomination; mais il importe 
de savoir que ce :n*est point là son sens réel. Il 
correspond simplement à Y éclat apparent des étoiles. 
Ainsi les étoiles de première grandeur sont celles 
qui brillent avec le plus de vivacité dans la nuit 
obscure; celles de seconde grandeur sont celles 
qui brillent moins, etc. Or, cet éclat apparent tient 
à la fois de la grosseur réelle de Tétoile, de sa 
lumière intrinsèque et de sa distance à la terre ; il 
ne possède par conséquent qu'un sens essentiel- 
lement relatif. On peut dire cependant qu'en gé- 
néral les étoiles les plus brillantes sont les plus 
rapprochées, que celles dont la lueur pâle est à 
peine distinguée dans les champs du télescope sont 
les plus lointaines. 

Ainsi, lorsque nous parlerons de la grandeur 
des étoiles, il est convenu qu'il s'agira simplement 
de leur éclat apparent ; cet éclat facilite beaucoup 
les moyens de les reconnaître parmi les constel- 
lations. Il y a maintenant un autre fait qu'il n'im- 
porte pas moins de considérer comme relatif, et 
non comme absolu : c'est la disposition des étoiles, 
ou la forme des constellations. Nous savons déjà 
que le ciel n'est pas une sphère concave sous la-^ 
quelle des clous brillants seraient attachés , mais 
qu'il n'y a aucune espèce de voûte , que le vide 
immense, infini, enveloppe la terre de toutes parts, 
dans toutes les directions. Nous savons aussi que 
les étoiles, soleils de l'espace, sont disséminées à 
toutes les distances dans la vaste immensité. Lors 
donc que nous remarquons dans le ciel deux étoiles 



LE MONDE SIDÉRAL. 75 

voisines, leur proximité apparente ne prouve en 
aucune façon leur proximité réelle : elles peuvent 
être éloignées Tune de l'autre, dans le sens de la 
profondeur, à une distance égale ou supérieure à 
celle qui nous sépare de la plus rapprochée. De 
même, lorsqu'on réunit dans un même groupe 
quatre ou cinq étoiles, ou davantage, cela n'impli- 
que pas que ces étoiles, formant une même con- 
stellation, se trouvent sur un même plan et à une 
égale distance de la terre. Nullement. Disséminées 
à toutes les profondeurs de l'espace, tout autour 
de l'atome terrestre, la disposition qu'elles revêtent 
à nos yeux n'est qu'une apparence causée par la 
position de la terre vis-à-vis d'elles. C'est là une 
pure affaire de perspective. Quand nous nous trau- 
vons pendant la nuit, au milieu d'une vaste place 
publique (soit, par exemple, sur la place de la Con- 
corde), dans laquelle un grand nombre de becs de 
gaz sont dispersés, il nous est difficile de distin- 
guer, à une certaine distance, les lumières les plus 
éloignées de celles qui le sont moins : elles parais^ 
sent toutes se projeter sur le fond plus obscur ; de 
plus, leur disposition apparente, vue du point où 
nous sommes, dépend purement de ce point, et va- 
rie selon que nous marchons nous-mêmes en long 
ou en large. Cette comparaison vulgaire peut nous 
servir à comprendre comment les étoiles , lu- 
mières de l'espace obscur, ne nous révèlent pas les 
distances qui peuvent les séparer en profondeur, 
et comment la disposition qu'elles affectent sur la 
voûte apparente du ciel dépend uniquement du 



76 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

point OÙ nous nous plaçons pour les considérer. 
En quittant la face et en nous transportant en un 
lieu de l'espace suffisamment éloigné de celui-ci, 
nous serions témoins, dans la disposition apparente 
des astres, d'une variation d'autant plus grande 
que notre station d'observation serait plus éloi- 
gnée de celle où nous sommes. Mais il faudrait 
pour cela nous transporter, non-seulement sur 
les dernières planètes de notre système, mais en- 
core quitter entièrement ce système, et nous en 
éloigner à des distances au moins égales à celles 
des étoiles voisines. En effet, delà dernière planète 
de notre système, de Neptune , on voit les étoiles 
dans la même disposition qu'ici. Le changement 
ne s'opère qu'en partant d'une étoile à l'autre. 
Un instant de réflexion suffit pour convaincre de ce 
fait et pour nous dispenser d'insister davantage à 
son égard. 

Une fois ces illusions appréciées à leur juste va- 
leur, on peut commencer sans crainte la descrip- 
tion des figures dont la Fable antique a constellé h 
sphère. La connaissance des constellations est né- 
cessaire pour l'observation du ciel, et pour les re- 
cherches que l'amour des sciences et la curiosité 
peuvent inspirer ; sans elle on se trouve dans un 
pays inconnu, dont la géographie ne serait pas faite, 
oùil serait complètement impossible de se reconnaî- 
tre. Faisons donc la géographie du ciel. Les innom- 
brables figures d'animaux, d'hommes, ou objets 
dont on a orné la sphère, ne seront pourtant pas des- 
sinées ici, attendu qu'elles ne peuvent servir qu'à 



LE MONDE SIDÉRAL. 77 

embrouiller l'esprit de lignes imaginaires /Dans le 
temps, on gravait des atlas célestes , où les figures 
étaient représentées avec un soin exquis, avec tant 
de soin môme, qu'on avait fini par oublier les étoi- 
les et que le ciel n'était plus qu'une ménagerie. 
Malgré Tintérêt des images, je ne veux pas suivre 
cet exemple. Je donnerai seulement plus loin, sur 
une carte spéciale, le tracé des constellations qui 
dominent sur notre hémisphère. A présent, voyons 
comment on s'oriente pour lire couramment dans 
le grand livre du ciel. 

Il y a une constellation que tout le monde connaît; 
pour plus de simplicité nous commencerons par 
elle; elle voudra bien nous servir de point de dé- 
part pour aller vers les autres et de point de repère 
pour trouver ses compagnes. Cette constellation, 
c'est la Grande Ourse; que Ton a surnommée aussi 
le Chariot de David; que les Latins nommaient 5ep- 
tem triones (d'où est venu le mot septentripn), ou 
encore Hélix, Plaustrum ; que les Grecs ont saluée 
sôus le nom d"ApxTo; (xeYaAri, IXix^, etc. ; que les 
Arabes appellent il/rfe66 alAkbar, et que les Chinois 
ont saluée, il y a trois mille ans, dans le Tcheou-pey 
comme la divinfté du nord. Ainsi elle peut se vanter 
d'être célèbre. Si pourtant, malgré son universelle 
notoriété, quelques-uns n'avaient pas encore eul'oc- 
casion de lier connaissance avec elle, voici le signa- 
lement auquel on pourra toujours la reconnaître : 

Tournez-vous vers le nord, c'est-à-dire à l'op- 
posé du point où le soleil se trouve à midi. Quelle 
que soit la saison de Tannée^ le jour du mois ou 



78 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

rheure de la nuit, vous verrez toujours là une 
grande constellation formée de sept belles étoiles, 




Fig. 14. Constellation de la Grande Ourse. 

dont quatre en quadrilatère et trois à Tangle d'un 
côté; le tout distribué comme ceci : 

Vous l'avez tous vue, n'est-ce pas? Elle ne se 
couche jamais. Nuit et jour elle veille au-dessus de 
. rhorizon du nord, tournant lentement, en vingt- 
quatre heures, autour d'une étoile dont nous allons 
parler tput à Theure. Dans la figure de la Grande 
Ourse, les trois étoiles de Textrémité forment la 
queue, et les quatre en quadrilatère se trouvent 
dans le corps. Dans le Chariot^ les quatre étoiles 
forment les roues, et les trois le timon. Au-dessus 
de la seconde d'entre ces dernières, les bonnes vues 
distinguent une toute petite étoile, nommée Alcor, 
que l'on appelle aussi le Cavalier. Les Arabes rap- 
pellent Saidak, c'est-à-dire l'épreuve, parce qu'ils 
s'en servent pour éprouver la portée de la vue. Les 
lettres grecques servent à désigner chaque étoile ; 
ce sont les premières de l'alphabet: a et p mar- 
quent les deux premières étoijes, y et S les deux 



LE MONDE SIDÉRAL. 79 

autres, s, 5, >i, les trois du timon; on leur a 
également donné des noms arabes que je pas- 
serai sous silence parce qu'ils sont généralement 
inusités. 

Cette brillante constellation septentrionale, com- 
posée (à l'exception du o*) d'étoiles de seconde 
grandeur, a reçu depuis les temps antiques le 
don de captiver l'attention des contemplateurs et 
de personnifier les étoiles du nord. Plusieurs poètes 
l'ont chantée; nous n'en appellerons qu'un, dont 
les paroles sont dignes de la majesté du ciel : c'est 
l'Américain Ware: 

« Avec quels pas grandioses et majestueux, dit-il, 
cette glorieuse Constellation du Nord s'avance dans 
son cercle éternel, suivant parmi les étoiles sa voie 
royale dans une clarté lente et silencieuse ! Créa- 
tion puissante, je te salue ! J'aime te voir, errant 
dans les brillants sentiers, comme un géant su- 
perbe à la forte ceinture, — sévère, infatigable, ré- 
solu, dont les pieds ne s'arrêtent jamais devant le 
chemin qui les attend. Les autres tribus abandon- 
nent leur course nocturne et reposent sous les 
vagues leurs orbes fatigués; mais toi, tu ne fermes 
jamais ton œil brûlant et ne suspends jamais ton 
pas déterminé. En avant, toujours en avant 1 tandis 
que les systèmes changent, que les soleils se re- 
tirent, que les mondes s'endorment et se réveillent, 
tu poursuis ta marche sans fin. L'horizon prochain 
essaye de t'arrêteîr, mais en vain. Sentinelle vigi- 

1. Cette étoile est changeante. Il y a deux cents ans^ elle n'é- 
tait pas moins brillante que ses compagnes. 



80 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

lante, tu ne quittes jamais ta faction séculaire; 
mais, sans te laisser surprendre par le sommeil, 
tu gardes la lumière fixe de l'univers, empêchant le 
nord de jamais oublier sa place.... 

n Septétoiles habitent dans cette brillante tribu; la 
vue les embrasse toutes ensemble; leurs distances 
respectives ne sont pas inférieures à leur éloigne- 
ment de la terre. Et c'est encore là l'éloignement 
réciproque des foyers célestes. Des profondeurs du 
ciel, inexplorées par la pensée, les rayons perçants 
dardent à travers le vide, révélant aux sens les sys- 
tèmes et les mondes sans nombre. Que notre vue 
s'arme du télescope et qu'elle explore les cieux. 
Les cieux s'ouvrent,, une pluie de feux étincelants 
tombe sur nos têtes, les étoiles se resserrent, se 
condensent dans des régions si éloignées, que leurs 
rayons rapides (plus rapides que toute chose) ont 
voyagé pendant des siècles avant d'atteindre la 
terre. Terre, soleil et constellations plus voisines, 
qu'étes-vous parmi cette immensité infinie et la 
multitude des œuvres divines infinies ! » 

Ces pensées, inspirées par la vérité scientifique, 
sont bien supérieures à celles que l'antique mytho- 
logie avait répandues. Sans parler du nom d'Ourse 
donné à cette constellation et à la suivante, non- 
seulement par les Grecs et les Latins, niais encore 
par d'autres peuples qui ne paraissent pas avoir eu 
de communication avec ceux-ci, comme les Iro- 
quois qui la désignaient sous le môme motS nous 

I. C'est un fait remarquable, et qui peut servir à Thistoire de 
Tastronomie antique en particulier comme à celle de l'origine . 



LS MONDE SIDÉRAL. 81 

dirons que, généralement, la Grande et la Petite 
Ourse étaient considérées comme Callisto et son 
chien. Jupiter avait eu de cette nymphe un fils, le 
Bouvier, dont nous parlerons plus tard ; il les avait 
placés Tun et l'autre dans le ciel. Mais l'épouse 
officielle du roi des dieux, Madame Junon (comme 
disait Virgile travesti), en avait été courroucée ti 
avait obtenu de Thétis, la souveraine des ondes, 
que ces constellations perfides ne se baigneraient 
jamais dans l'Océan. — C'est ainsi qu'on expliquait 
leur présence perpétuelle au-dessus dé l'horizon. 

Callisto, dont le char craint le flot de Thétis, 
Vers les glaces du nord brille auprès de son fils ; 
Le Dragon les embrasse ainsi qu'un fleuve immense. 

des peuples en général, que des groupes d'étoiles sans aucune 
figure caractéristique aient été nommés du même nom par les 
peuples les plus divers. Les Indiens et les Chinois ont les mêmes 
constellations zodiacales que les Grecs, portant les mêmes noms 
étymologiques et distribuées dans le même sens, quoique tout 
cela soit arbitraire. Les constellations du nord ont reçu le nom 
d*0urses chez les peuples dé la haute Asie, les Phéniciens, les 
Arabes, les Grecs, les Iroquois, quoique le carré et la queue 
dessinés par leur disposition ne rappellent en aucune façon les 
ours, qui n'ont pas de queue. En Amérique on donne le nom de 
«mâchoire de bœuf» aux Hyades placées sur la tête du Taureau. 
Chez les Arabes, la constellation d'Andromède est une femme 
enchaînée; chez les Perses, Cassiopée est sur une chaise et Her- 
cule à genoux; les Indiens nomment « petits de la poule » les 
Pléiades que nous nommons Poussinière; dans l'Inde et dans la 
Perse, Persée porte une tête; les Brames ont sensiblement le 
même zodiaque que nous ; la Voie lactée des Grecs est pour les 
Chinois le fleuve céleste, pour les Coptes et les Arabes le che- 
min de chaume, pour les sauvages de l'Amérique septentrionale 
le chemin des âmes , et pour les habitants de nos provinces le 
Chemin de saint Jacques. A part les rares rapports qui, à la ri- 
gueur, pourraient expliquer ces désignations , ces coïncidences 
restent l'objet d'un grand mystère. Elles seraient en faveur de 
l'unité d'une souche humaine primitive. 



82 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

. Selon d'autres, les deux Ourses sont les nymphes 
qui ont nourri Jupiter sur le mont Ida ; selon d'au- 
tres encore, elles représentaient les bœufs d'Icare; 
mais ces fantaisies de la Fable ne nous intéressent 
pas plus qu'elles ne doivent le faire, et maintenant 
que nous connaissons la Grande Ôiirse, il faut sa- 
voir en tirer le meilleur parti possible afin qu'elle 
çerve à nos voyages célestes et à nos recherches 
uraiiographiques. 

Reportons-nous à la figure tracée plus haut. Si 
l'on mène une ligne droite par les deux étoiles, 
marquées « et p, qui forment l'extrémité du carré, 
et qu'on la prolonge au delà de a d'une quantité 
égale à cinq fois la distance de ^ à «, ou, si l'on 
veut, d'une quantité égale à la distance de a à l'ex- 
trémité de la queue, v), on trouve une étoile un peu 
moins brillante que les précédentes, qui forme 
l'extrémité d'une figure pareille à la Grande Ourse, 
mais plus petite et dirigée en sens contraire. C'est 
la Petite Ourse ou le Petit chariot^ formée également 
de sept astres. L'étoile à laquelle notre ligne nous 
mène, celle qui est à l'extrémité de la queue de 
l'Ourse ou au bout du timon du Chariot, c'est l'étoile 
polaire. 

L'étoile polaire jouit d'une certaine renommée, 
comme tous les personnages qui se distinguent du 
commun, parce que, seule parmi tous les astres qui 
scintillent dans nos nuits étoiléés,^elle reste immo- 
bile dans les cieux. A quelque moment de l'année, 
du jour ou de la nuit que vous observiez le ciel au 
Heu permanent qu'elle occupe, vous la rencontre- 



LE MONDE SIDÉRAL. 83 

rez toujours. Toutes les étoiles, au contraire, 
tournent dans vingt-quatre heures autour d'elle, 




Fig. 15. Grande Ourse, Petite Ourse, Étoile polaire. 

prise pour centre de cet immense tourbillon, 
La Polaire demeure immobile sur un pôle du 
monde, d'où elle sert de point fixe aux navigateurs 
de rOcéan sans routes, comme aux voyageurs du 
désert inexploré. 

Sur mille faits que je pourrais citer pour mon-: 
trer combien l'étoile polaire et sa constellation, 
toujours visibles au nord, ont sauvé de fois la vie 
de voyageurs égarés dans les ténèbres, je me con- 
tenterai du suivant, dont Albert Montémont fait 
honneur à l'étoile du nord : 

Le 4 avril 1799, le général anglais Baird, lors de 
la guerre contre Tipoo-Saïb, reçut ordre de mar- 
cher durant la nuit, pour reconnaître une hauteur 
sur laquelle on supposait que l'ennemi avait placé 
un poste avancé ; le capitaine Laçibton l'accompa- 
gnait comme aide de camp. Après avoir traversé à 
plusieurs reprises cette hauteur sans y rencontrer 
personne, le général résolut de retourner au camp, 
et U se reculait, à ce qu'il paraît, au quartier géné- 

16 * 



S4 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

rai. Cependant, comme la nuit était claire et que 
la constellation de la Grande Ourse était près du 
méridien, le capitaine Lambton remarqua qu'au 
lieu de retourner au sud, comme -il le fallait pour 
retourner au camp, la division s'avançait vers le 
nord, c'est«Â-dire vers le gros de l'armée ennemie; 
et il avertit immédiatement le général de cette mé- 
prise. Mais cet officier, qui s'inquiétait fort peu de 
l'astronomie, répliqua qu'il savait très-bien ce qu'il 
faisait sans consulter les étoiles. A l'instant même, 
le détachement tomba dans un avant-poste ennemi. 
Cette surprise ayant trop bien confirmé l'observa- 
tion du capitaine, on se hâta d'abord de disperser 
les soldats de l'avant-poste, puis de rebrousser che- 
min. On se procura de la lumière, on consulta une 
boussole, et on trouva, comme le disait en riant 
l'officier astronome, que les étoiles avaient raison. 
L'immobilité de l'étoile polaire au nord, et le 
mouvement du ciçl entier autour d'elle, sont des 
apparences causées par le mouvement de la terre 
autour de son axe. Nous en donnerons plus tard la 
démonstration; mais, pendant que nous sommes 
à visiter le pays des étoiles, il ne faut pas quitter 
un aussi beau spectacle pour redescendre sur la 
terre. Continuons donc notre méthode d'arpentage 
et faisons plus ample connaissance avec la popula- 
tion du ciel étoile. 



II 



LES CONSTELLATIONS DU NORD. 



« Aux lieux où rayonnent des clartés éternelles, 
Les deux sont toujours purs et les nuits toujours belles, 
Où l^Euphrate, roulant ses fluts au loin couverts 
De Tomorage fleuri de palmiers toujours verts, 
Voit de feux plus puissants la nature animée 
Prodiguer le cinname et la myrrhe embaumée, 
Le pasteur de Babel en gardant ses troupeaux 
Observa le premier les célestes flambeaux, 
Et, la nuit, promenant ses tentes égarées. 
Osa du firmament diviser les contrées. » 

CHÉNEDOLLé. 



En regardant l'étoile polaire, immobile, comme 
nous l'avons vu, au milieu de la région septentrio- 
nale du ciel, on a le sud derrière soi, Test à droite, 
l'ouest à gauche. Toutes les étoiles tournant autour 
de la polaire, de droite à gauche, doivent être re- 
connues selon leurs rapports mutuels plutôt que 
rapportées aux points cardinaux. De l'autre côté de 
la polaire, par rapporta la Grande Ourse, se trouve 
une autre constellation facile h reconnaître. Si de 
l'étoile du milieu ($), on mène une ligne au pôle, en 



86 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

prolongeant cette ligne d'une égale quantité, on 
traverse la figure de Cassiopée^ formée de 5 étoiles 
de 3* grandeur disposées un peu comme les jam- 
bages écartés de la lettre M. La petite étoile x, qui 
•termine le carré, lui donne aussi la forme d'une 
chaise. Ce groupe prend toutes les situations possi- 
bles en tournant autour du pôle, se trouvant tantôt 
au-dessus, tant au-dessous, tantôt à gauche^ tantôt 
à droite ; mais il est toujours facile à trouver, at- 
tendu que, comme les précédents, il ne se couche 
jamais, et qu'il est toujours à l'opposé de la Grande 
Ourse. L'étoile polaire est l'essieu autour duquel 
tournent ces deux constellations. 

Si nous tirons maintenant, des étoiles a et S de 
la Grande Ourse, deux lignes se joignant au pôle, 
et que nous prolongions ces lignes au delà de Cas- 
siopée, elles aboutiront au carré de Pégase, qui se 
termine d'un côté par un prolongement de trois 
étoiles assez semblables à celles de la Grande Ourse. 
Ces trois étoiles appartiennent à Andromède ^ et 
aboutissent elles-mêmes à une autre constellation, 
à Persée. 

La dernière étoile du carré de Pégase est, comme 
on voit, la première, «, d'Andromède; les trois au- 
tres se nomment : Yt Algénib; a, Markab, et p, 
Scheat. Au nord de p d'Andromède se trouve, près 
d'une petite étoile, v, la nébuleuse oblongue que 
l'on comparait à la lumière d'une chandelle vue à 
travers une feuille de corne, la première nébuleuse 
dont il soit fait mention dans les annales de l'astro- 
nomie. Dans Persée, a, la brillante, sur le prolon- 






m,ia«.?£# 



j,v t't.i*îï^tri ?^ ;;^^ 



LES CONSTELLATIONS DU NORD. 87 

gement des trois principales d'Andromède, se trouve 
entre deux autres moins éclatantes, qui forment 




-Fig. 16. Cassiopée, Andromède, Pégase. 

avec elle un arc concave très-facile à distinguer. 
Cet arc va nous servir pour une nouvelle orienta- 
tion. En le prolongeant du côté du 5, on trouve une 
étoile très-brillante de r* grandeur : c'est la Chèvre. 
En formant un angle droit à cette prolongation du 
côté du midi, on arrive aux Pléiades ^ brillant amas 
d'étoiles. A côté est une étoile changeante, Algol, 
ou la Tête de Méduse. 

L'étoile Algol, ou p Persée, que l'on voit au-des- 
sus de a, appartient à une classe d'étoiles variables 
dont nous observerons plus loin le singulier carac* 
tère. Au lieu de garder un éclat fixe, comme les 
autres astres, elle est tantôt très-brillante et tantôt 
très-pâle : elle passe de la seconde grandeur à la 
quatrième. C'est à la fin du dix-septième siècle que 




88 LES MERVEILLES CÉLESTES, 

Fou s'est aperçu de cette variabilité pour la pre- 
mière fois. Les observations faites depuis cette 
époque ont montré qu'elle est périodique et régu- 
lière, et que cette période est d'une étonnante 
rapidité. Ainsi, pour s'élever de son minimum 
d'éclat à son maximum, il 
ne lui faut qu'une heure trois 
quarts, de sorte qu'en trois 
heures et demie elle a ac- 
compli son cycle entier, a 
passé par tous les éclats inter- 
médiaires de la quatrième à 
la seconde grandeur, et de la 
seconde à la quatrième. L'é- 
Fig. 17. Chèvre, Pléiades, ^^jj^ ç ^e Persée est double. 

Tels senties principaux personnages qui habitent 
les régions circompolaires, d'un côté; tout à l'heure 
nous ferons plus aûiple connaissance avec eux. 
Pendant que nous sommes à tracer des lignes de 
repère, gardons encore un peu de patience et ter- 
minons notre révision sommaire de cette partie du 
ciel. 

Voici niaintenant le côté oppo3é à celui dont 
nous venons de parler, toujours auprès du pôle. 
Revenons à la Grande Ourse. Prolongeant la queue 
dans sa courbe, nous trouverons à quelque distance 
de là une étoile de 1" grandeur, Arcturus ou a du 
Bouvier. Un petit cercle d'étoiles, que l'on voit à 
gauche du Bouvier, constitue la Couronne boréale. 

La eonstellation du Bouvier est tracée en forme 
de pentagone. Les étoiles qui la composent sont 



LES C0NSTELLATI0N3 DU NORD. 89 

de troisième grandeur, à TexceptioD de oc, qui est 
de première. Celle-ci est Tune des plus proches de 
la Terre, car elle fait partie du petit nombre de 
celles dont la distance a pu être mesurée. Elle est 
à 61 trillioDs 712 milliards de lieues d'ici. C'est de 
plus une étoile colorée : vue çiu télescope, elle est 
rouge. L'étoile e, que l'on voit au-dessus d'elle, est 
double, c'est-à-dire que le télescope la décompose 




Fig. 18. Couronne boréale, le Bouvier, Arcturus, 

en deux astres distincts : l'un de ces astres est 
jaune, l'autre bleu. 

En menant une ligne de Tétoile polaire à Arctu- 
rus, et en élevant une perpendiculaire sur le milieu 
de cette ligne, à l'opposé de la Grande Ourse, on 
trouve l'une des plus brillantes étoiles du ciel, 
Véga, ou a de la Lyre, voisine de la Voie lactée. Elle 
forme, avec les deux que je viens de nommer, un 
grand triangle équilatéral. La ligne d' Arcturus à 
Véga coupe la constellation d'Hercule. Entre la 
Grande Ourse et la Petite Ourse, on remarque une 
longue suite de petites étoiles s'enroulant en an- 
neaux et se dirigeant vers Véga : ce sont les étoiles 
du Dragon: 



90 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

Les étoiles qui avoisinent le pôle, et qui ont 
reçu pour cela le nom de circompolaires, sont 
distribuées dans les groupes qui viennent d'être 
indiqués. Maintenant que nous savons facilement 
les retrouver dans le ciel, nous pouvons parler 
un peu de leur illustre renommée antique, II y 
a dans ce groupe Tun des plus grands drames de 
la mythologie antique. Pour retracer en deux mots 
cet épisode fameux, je rappellerai que Gassiopée, 
femme de Céphée, roi d'Ethiopie, eut un jour la 
vanité de se croire plus belle que les Néréides, 
malgré la couleur africaine de son teint. Ces nym- 
phes sensibles, piquées au vif par une telle préten- 
tion, supplièrent Neptune de les venger d'un affront 
aussi colossal ; le dieu permit que d'épouvantables 
ravages fussent exercés par un monstre marin sur 
les côtes de Syrie. Pour conjurer le fléau, Céphée 
enchaîna sa fille Andromède sur un rocher, et l'of*^ 
frit en sacrifice au terrible monstre. Mais le jeune 
Persée, touché de tant de malheurs, enfourcha au 
plus vite le cheval Pégase, modèle des coursiers, 
prit en main la tête de Méduse qui glaçait d'effroi, 
et partit pour le rocher fatal. Il arriva naturelle- 
ment tout juste au moment où le monstre allait 
dévorer sa proie; aussi n'eut-il rien de plus pressé 
que de pétrifier le monstre en question en lui pré- 
sentant la tête hideuse de Méduse, et de délivrer 
Andromède évanouie. C'est un effet de scène dont 
la peinture a tiré parti dans tous les sens; il y a 
peut-être autant d'Andromèdes que de Lédas, ce 
qui devient incalculable. Il faut avouer aussi que 



LES CONSTELLATIONS DU NORD. 91 

le peintre n'a pas souvent de sujet aussi captivant. 
Le combat de Persée contre le monstre est sans 
égal dans lliistoire. 

Le héros fond sur lui sans se laisser attendre, 

S'élève, redescend, frappe encor, mais en vain, 

L'écaillé impénétrable a repoussé l'airain. 

Le monstre est en fureur ; Andromède éperdue 

De cet affreux combat veut détourner la vue, 

Pousse un cri lamentable et, levant ses beaux yeux, 

Retrouve son vengeur qui plane dans les cieux.. 

La fille de Céphée, en sa douleur mortelle, 

Pleure, frémit de crainte, et ce n'est plus pour elle- 

Mais enfin le héros vers le monstre abhorré 

Précipite son vol, et d'un bras assuré, 

Dans sa gueule béante enfonce cette épée 

Du sang de la Gorgone encore toute trempée. 

C'en est fait : à ses pieds révoyant son vengeur^ 

Andromède a senti redoubler sa rougeur ; 

Les dieux sont satisfaits ; et, près de lui placée, 

Jusqu'au brillant Olympe elle a suivi Persée. 

Par quels plus beaux exploits monte-t-on dans les cieux? 

(Daru.) 

En commémoration de ces exploits, et pour ne 
pas faire de privilège, toute la famille fut placée au 
ciel, et aujourd'hui encore, avec un peu de bonne 
volonté, et en connaissant assez bien les figures 
conventionnelles qui se partagent notre atlas cé- 
leste, on peut voir sous le dôme étoile : Céphée 
trônant, couronne sur la tête et sceptre en main, 
à côté de sa femme Cassiopée, assise sur un fauteuil 
orné de palmes ; un peu plus loin, Andromède, en- 
chaînée sur un roc au milieu de Tabtme; un gros 



m 



LE ZODIAQUE. 



Le ciel devint un livre où la Terre étonnée 
Lut en lettres de feu Thistoire de l'année. 

ROSSET. 



On sait que dans sa marche apparente au-dessus 
dQ nos tétesy le Soleil suit une voie régulière et 
permanente; quO chaque année, aux mêmes épo- 
ques^ il passe à la même hauteur dans le ciel, et 
que s'il est moins élevé au mois de décembre qu'au 
mois de juin, la route qu'il suit n'eu est pas moins 
régulière pour cela, puisqu'il s*élève et s'abaisse 
tour à tour dans sa largeur et qu'aux mêmes épo- 
ques il revient toujours aux mêmes points du ciel- 
On sait aussi que les étoiles restent perpétuellement 
autour de la Terre, et que si elles disparaissent le 
matin pour se rallumer le soir, c'est uniquement 
parce qu'elles sont effacées par la lumière du jour. 
Or, on a donné le nom de Zodiaque à la zone d'é- 



LE ZODIAQUE. 95 

toiles que le Soleil traverse pendant le cours entier 
de Tannée. Ce mot vient de Çw^tov, animaly étymo- 
logie que Ton doit au genre de figures tracées sur 
cette bande d'étoiles. Ce sont, en effet, les ani- 
maux qui dominent dans ces figures. On a divisé 
la circonférence entière du ciel en douze parties, 
que Ton a nommées les douze signes du Zodiaque, 
et nos pères les appelaient «les maisons du Soleil > 
ou encore «les résidences mensuelles d'Apollon,» 
parce que le Soleil en visite une chaque mois et 
revient à chaque printemps à l'origine de la cité 
zodiacale. Deux mémorables vers latins nous pré- 
sentent ces douze signes dans Tordre que le Soleil 
les parcourt : 

Sunt: Arles, Taurus, Gemini, Cancer, Léo, Virgo, 
Libraque, Scorpius, Arcitenens, Caper, Amphora, Piscea. 

Ou bien en français : le Bélier T, le Taureau 
V, les Gémeaux tf ^ TÉcrevisse 6g, le Lion Q., la 
Vierge m^, la Balance ^y le Scorpion OU;, le Sagit- 
taire », le Capricorne T>- le Verseau = et les 
Poissons )(. Les signes placés à côté de ces nbms 
sont des indications primitives qui les rappellent : 
T représente les cornes du bélier ; V la tête du 
taureau; =: est un courant d'eau. 

Si nous connaissons maintenant notre ciel bo- 
réal, si ses étoiles les plus importantes sont suffi- 
samment marquées dans notre esprit, avec les rap- 
ports réciproques qu'elles gardent ' entre elles, 
nous n'avons plus de confusion à craindre, et il 
nous sera facile de reconnaître les constellations 



96 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

zodiacales*. Avant tout, il faut savoir qu'elles appar- 
tiennent toutes à une même zone, à une même 
bande du ciel, qui peut nous servir de ligne de 
partage entre le Nord et le Sud. Un moyen facile 
de trouver cette zone par une belle nuit étoilée, et 
d'éviter des recherches inutiles, c'est de prendre 
rétoile polaire pour centre d'un grand cercle , et 
de décrire ce cercle en prenant un rayon égal à la 
moitié du ciel. La ligne ainsi décrite dépassera le 
zénith au sud, et descendra sous l'horizon au nord; 
elle marquera l'équateur céleste. Or Técliptique, ou 
la ligne médiane du zodiaque , est un peu inclinée 
sur l'équateur , mais ne s'en écarte jamais d'une 
grande quantité, de sorte que notre circonférence 
nous donnera, avec une exactitude suffisante, la 
• ligne vers laquelle nous devons chercher nos con- 
stellations. 

Ces indications sommaires une fois données, les 
premiers signes seront très-faciles à trouver. Pour 
faire avec eux une connaissance complète et dura- 
ble, il est nécessaire de suivre sur la carte ci- 
contre les descriptions que je vais donner, et en- 
suite de s'exercer le soir à reconnaître directement 
dans le ciel les originaux dont ces cartes ne sont 
que des copies. Ces mêmes cartes nous serviront 
encore, dans le chapitre suivant, à étudier les 
constellations australes visibles en France. 

Le Mier est situé entre Andromède et les Pléiades, 
que nous connaissons déjà. En tirant une ligne 
« d'Andromède à ce groupe d'étoiles , on traverse 
la tête du Bélier , formée par deux étoiles de troi- 



LE ZODIAQUE. 97 

sième grandeur, disposées dans la direction nord- 
est. Le Bélier est le premier signe du zodiaque, 
parce qu'à l'époque où cette partie principale de 
la sphère céleste fut établie, le. Soleil entrait dans 
ce signe h l'équinoxe du printemps. Dans la fable, 
il représente le bélier à toison d*or de Texpédition 
des Argonautes, parce qu'au moment où le Soleil 
se lève dans ce signe, gardé par un monstre (la 
baleine) et par un taureau qui vomit des flammes, 
la constellation d'Ophiuchus, ou Jason, sort le soir 
du même point, et subjugue ainsi le bélier disparu. 
Le Bélier était encore le symbole du printemps et 
de Touverture de Tannée. Ces deux origines se 
trouvent indiquées par le traducteur de Plutarque. 

Le Taureau vient ensuite. — Nous marchons de 
l'ouest à l'est. — ^Vous le reconnaîtrez facilement par 
le groupe des Pléiades qui scintillent sur son épaule, 
par celui des Hyades qui tremblent sur son front, 
et par l'étoile magnifique qui marque son œil 
droit, l'étoile Aldébaran, a, de première grandeur. 
Il est du reste situé tout au-dessus de la splendide 
constellation d'Orion, que nous rencontrerons et 
que nous saluerons bientôt; Aldébaran resplendit 
sur le prolongement de la ligne du Baudrier, au 
nord-ouest. (Suivre sur notre carte.) 

Les Pléiades, qui paraissent trembler au nord- 
ouest d'Aldébaran, sont un groupe de 80 étoiles en- 
viron, résolues par le télescope. 

Les anciens comptaient dans les Pléiades sept 
étoiles plus brillantes que le fond parsemé de pou- 
dre d'or. On n'en compte plus que six aujourd'hui, 

n * 



j 



d8 



LES MERVEILLES CÉLESTES. 



visibles à l'œil nu, que Ton nomme Alcyone, ou vj 
du cou du Taureau, de 3* grandeur; Electre et 
Atlas, de 4« ; Mérope, Maïa et Taygète, de 5«. Si Ton 




Fig. 19. Les Pléiades. 

en croit Ovide, la septième se serait cachée de dou- 
leur à la prise de Troie. Mais Tauteur des Métamor- 
phoses ne se doutait guère de la distance des étoiles 
et de la durée du trajet de leurs rayons pour venir 
à nous. Quand même l'une des Pléiades se serait 
cachée à la prise de Troie, Ovide l'aurait encore 
vue de son temps à l'endroit qu'elle occupait jadis, 
et peut-être qu'aujourd'hui même nous l'y ver- 
rions encore. Les Hyades forment un V avec Aldé- 
baran, qui en occupe l'extrémité sud. Comme les 
Pléiades, elles annonçaient la pluie; leur nom si- 
gnifie pleuvoir, et celui de leurs compagnes si- 



LE ZODIAQUE. 99 

gniBe navigateur. C'est ce quia inspiré à J. B. Rous- 
seau ces vers qui sentent la pluie de fort loin : . 

Déjà le départ des Pléiades 
A fait retirer les nochers, 
Et déjà les tristes Hyades 
Forcent les frileuses Dryades 
De Chercher l'abri des rochers. 

Les Gémeaux sont faciles à reconnaître à Test des 
précédents , parce que leurs têtes sont formées des 
deux belles étoiles Castor et PoUux. Nous les at- 
teindrions également par une diagonale traversant 
la Grande Ourse dans le sens du timon. D'un autre 
côté, Castor, de première grandeur, forme un 
triangle avec la Chèvre et Aldébaran. Ainsi rienn'est 
plus facile à trouver. Descendant vers le Taureau , 
huit ou dix étoiles terminent la constellation., et 
plus bas on rencontre Procyon, étoile de 2* gran- 
deur. Cette région marquée par Orion, Sirius, les 
Gémeaux , la Chèvre , Aldébaran , les Pléiades , est 
la plus magnifique région de la sphère céleste. 
C'est vers la fin de Tautopme qu'elle resplendit le 
soir sur notre hémisphère. Les Gémeaux sont, dans 
la fable, Castor et PoUux, fils de Jupiter, célèbres 
parleur amitié indissoluble, dont ils furent récom- 
pensés par le partage de l'immortalité. Les tergi- 
versations de la fortuné ont été comparées par le 
poète à la destinée de ces deuï frères : 

Jupiter fit rhomiïie semblable 
A ces deux Jumeaux que la fable 



lÛO LES MERVEILLES CÉLESTES. 

Plaça jadis au rang des dieux ; 
Couple de déités bizarre, 
Tantôt habitants du Ténare, 
Et tantôt citoyens des cieux. 

Les Grecs donDaient aussi le nom de Castor et 
PoUux à ces feux qui paraissent autour des vais- 
seaux après les tempêtes, phénpmènes d'électricité 
désignés aujourd'hui sous le nom de feux Saint- 
Blme. 

VÉcrevisse ou le Cancer se distingue au bas de la 
ligne de Castor et Pollux, dans cinq étoiles de qua- 
trième ou cinquième grandeur. C'est le personnage 
le moins important du Zodiaque. 

La timide Écrevisse à la serre traînante 
Annonce le retour de la saison brûlante : 
Son aspect qui pour nous borne les plus longs jours 
Fait du char du soleil rétrograder le cours. 

Pendant qu'Hercule combattait le Lion de Némée, 
que voici , l'écrevisse , de Junon secondant la ven- 
geance, pinçait à plaisir le talon du héros. Hercule 
l'écrasa de son pied, mais la reine du ciel ne lui 
donna pas moins sa récompense en plaçant ses 
inânes dans le ciel. 

Le Lion est un grand trapèze de quatre belles 
étoiles, situées à Test des Gémeaux. On peut égale- 
ment le trouver en prolongeant en sens opposé la 
ligne de a, p, de la Grande Ourse, qui nous a servi 
à trouver la Polaire. La plus brillante de ces 
étoiles , a , est de première grandeur et se nomme 



LE ZODIAQUE. 101 

Régulus, c'est le cœur du Lion; les trois autres , 
p, Y et 5, sont de seconde grandeur. Le Soleil entrait 
dans le Lion au solstice d'été, et le faisait dispa- 
raître en le couvrant de ses feux ; c'est la victoire 
d'Hercule sur le Lion de Némée. Il fut aussi pour 
la même cause le symbole de la force et de la puis- 
sance. Étant la demeure du Soleil pendant le mois 
de Juillet, il était encore le signe des chaleurs brû- 
lantes et des fléaux qu'elles amènent quelquefois. 
Aux yeux des astrologues du moyen âge , c'était là 
son aspect terrible. 

La Vierge vient après le Lion , toujours du côté 
de l'est, comme on le voit sur la carte. Si nous 
nous servions encore de la très-complaisante con- 
stellation qui nous a si bien servi jusqu'ici , nous 
prolongerions vers le midi la grande diagonale a , 
Y du carré de la Grande Ourse, et nous ferions la 
rencontre d'une belle étoile de première grandeur 
placée justement dans la main gauche de notre 
figure; c'est VÉpi de la Vierge, astre connu 
de toute l'antiquité. Maintenant que nous con- 
naissons Arcturus , ou du Bouvier (p. 89 ) et 
oc du Lion ; nous pouvons encore remarquer que 
ces deux étoiles et l'Épi font eilsemble un triangle 
équilatéral. L'étoile p située dans le bras droit de la 
Vierge, se nomme la Vendangeuse. Elle forme un 
triangle avec p du Lion et la Chevelure de Bérénice. 

Emblème de la justice et des lois, la Vierge re- 
présente Thémis , dont la Balance est à ses pieds. 
Pourquoi porte-t-elle des ailes? peut-être parce que 
la Justice , autrefois sur la terre, l'a abandonnée 



lOâ LES MERVEILLES CÉLESTES. 

pour le ciel. Elle est encore Astrée, fille de Jupiter 
et de Thémis, que les crimes des hommes forcèrent 
de remonter au ciel à la fin de Tâge d'or. Elle eut, 
du reste, le privilège de représenter bon nombre de 
personnifications ; la liste en serait trop longue, et 
voici seulement les premières : Cérès, symbole des 
moissons; Diane d'Éphèse; Isis d*Égypte, déesse 
de Syrie ; Atergatis ou la Fortune ; Cybèle traînée 
par des Lions; Minerve, mère deBacchus; Méduse; 
Érigone, fille du Bouvier; enfin au temps de Vir- 
gile elle fut la Sibylle qui, un rameau à la main, 
descend aux enfers ou sous l'hémisphère. Au milieu 
d'un si grand choix, elle paraît avoir préféré le 
titre de fille de la Justice, exilée aux régions céles- 
tes par les crimes des hommes. 

La Balance est le septième signe du zodiaque. A 
Test de l'Épi de la Vierge, on voit deux étoiles de 
seconde grandeur: ce sont « et p de la Balance, 
marquant le sommet des plateaux. Avec deux au- 
tres étoiles moins brillantes, elles forment un 
carré oblique sur récliptique.Ilya deux mille ans, 
le soleil passait Ic^ l'équinoxe d'automne , et c'est 
là l'origine de ce signe qui « égale au jour la nuit, 
le travail au sommeil. » 

J. B.Rousseau exprime la môme i iée daas Tune 
de ses odes : 

Le soleil dont la violence 

Nous a fait languir si longtemps, 

Arme de feux moins éclatants 

Les rayons que son char nous lance, 

Et, plus paisible dans son cours, 



LE ZODIAQUE. 103 

Laisse la céleste Balance 
Arbitre des nuits et des jours. 

Le Scorpion f dont le cœur est marqua par la bril- 
lante Antarès, astre de première grandeur, est fa- 
cile à reconnaître. Ce n'est pas qu'on puisse en dis- 
tinguer la, forme ; car cette forme n'est pas mieux 
dessinée par les étoiles qui le composent, que les 
figures précédentes, la Balance, la Vierge, etc., 
ne l'ont été. Mais il est bien entendu que lorsqu'on 
parle de reconnaître une constellation, il s'agit 
simplement des groupes d'étoiles qui portent son 
nom, et non de sa figure mythologique. Antarès, 
a du Scorpion, se trouve sur le prolongement de la 
ligne qui joindrait Régulus (a du Lion) à l'Épi; ce 
sont trois étoiles de première grandeur placées en 
ligne droite, dans la direction ouest-est. Antarès 
forme encore avec la Lyre et Arcturus un grand 
triangle isocèle dont cette dernière étoile est le 
sommet. La seconde étoile du Scorpion, p, de se- 
conde grandeur, marque la tète. Une file d'étoiles de 
troisième grandeur dessine la queue recourbée. 

La Balance et le Scorpion ne formaient qu'un 
même signe chez les Latins, avant Auguste; la Ba- 
lance était alors les serres du Scorpion. Comme 
Auguste était né le 23 septembre, la flatterie se 
ligua avec l'astrologie pour célébrer le bonheur 
promis à la Terre par la naissance de cet empereur: 
on replaça au ciel la Balance, syoïboledela Justice, 
que les Égyptiens avaient jadis institué dans la 
sphère primitive. D'après cela on interprète facile- 
ment les vers de l'Enéide. 



104 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

Signe de malheur et d'eflïoi, le Scorpion fut 
maudit entre toutes les constellations. On disait 
surtout qu!il avait une haine invincible contre 
Orion, parce que cette figure se couche quand la 
première se lève et réciproquement. Il était non- 
seulement la terreur des Étoiles , mais encore la 
terreur du soleil lui-môme, comme Ovide nous le 
dépeint. 

Le Sagittaire j formant un trapèze oblique se tient 
un peu à l'orient d'Antarès en suivant toujours la 
direction de Técliptique. Il ne possède que des as- 
tres de troisième grandeur et au-dessous; a 5 y for- 
ment la flèche; la dernière, y, est appelée Nushaba 
par les Arabes. L'étoile tt, marque la tête. Cette 
constellation ne s*élëve jamais beaucoup au-dessus 
de l'horizon de Paris. Dans la fable, il estlecen-* 
taure Chiron, instituteur d'Achille, de Jason, d'Es- 
culape, et l'inventeur de réquitalion. C'était le 
dernier seignenr de cette race antique. Sans doute, 
le voisinage du Scorpion avait influencé l'opinion 
des poètes à son égard, car on ne le représentait 
pas non plus sous des couleurs bien favorables. 

Déjà du haut des cîeux le cruel Sagittaire 
Avait tendu son arc et ravagé la terre ; 
Les coteaux, et les champs, et les prés défleuris, 
N'offraient de toutes parts que de vastes débris ; 
Novembre avait compté sa première journée. 

Le Capricorne n'estpas plus riche en étoiles bril- 
lantes. Celles qui scintillent à son front, a et p, sont 
les seules qui se laissent distinguera l'œil nu. Elles 
se trouvent sur le prolongement de la ligne qui va 



LE ZODIAQUE 105 

de la Lyre àrAigle.Larégiondu zodiaqueque nous 
visitons présentement est la plus pauvre du ciel ; 
elle présente un contraste frappant avec la région 
opposée, où nous avons admiré Aldébaran, Castor 
et Pollux, la Chèvre, etc. 

Au-dessus du Capricorne brille Altaïr, ou a de 
l'Aigle ; les étoiles d'Antinous forment un trapèze 
sur le chemin qui va du Capricorne à TAigle. 

Dans certains auteurs, ce signe représente la CW- 
vre Amalthéôy qui nourrit Jupiter sur le Mont Ida et 
reçut pour récompense une place dans le ciel. Pour 
d'autres, il représente le retour du Soleil au solstice 
d'hiver, par la porte du tropique. Selon d'autres 
encore, c'est un bouc qui fut élevé avec le roi des 
dieux, découvrit et emboucha la conque marine, 
et porta l'effroi parmi les Titans dans leur guerre 
contre l'Olympe. Les dieux épouvantés se cachè- 
rent sous diverses formes d'animaux ; Apollon se 
changea en grue. Mercure en ibis, Diane en chat.... 
Jamais on ne vit pareille métamorphose.... Enfin 
Pan en Capricorne, ayant un corps de bouc et une 
queue de poisson. Il parait qu'il voulait aussi se 
dérober aux Géants qui escaladaient le ciel. 

Le Verseau forme par ses trois étoiles tertiaires, 
un triangle très-aplati. La base se prolonge en une 
file d'étoiles du côté du Capricorne, et vers la gau- 
che se porte sur l'Urne. De là part une ligne si- 
nueuse de très-petites étoiles descendant sur l'ho- 
rizon. C'est l'eau du Verseau. Le Verseau paraît 
personnifier Ganymède qui fut enlevé par l'aigle 
de Jupiter, pour servir d'échanson aux dieux. 



106 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

après que la jeune et candide Hébé se fut laissé 
tomber d'une manière peu décente. 

Jupiter qui d'Hébé prononce la disgrâce, 
Au. jeune Ganymède a destiné sa place ; 
Le nouvel échanson, hôte digne des cîeux, 
De torrents de nectar enivre tous les dieux. 

Les PoissonSy dernier signe du zodiaque, se trou- 
vent au sud d'Andromède et de Pégase. Le poisson 
boréal est celui qui veut dévorer Andromède; le 
poisson occidental s'avance dans le carré de Pé- 
gase ; ils sont liés Tun à l'autre par un ruban. Peu 
apparente comme les précédentes^ cette constella- 
tion est composée de deux rangs d'étoiles très- 
faibles qui partent de a de troisième grandeur, 
nœud du* ruban , et vont en divergeant , l'un 
vers a d'Andromène, l'autres vers a du Verseau. 
Ovide raconte que Vénus et l'Amour, voulant se 
dérober à la poursuite des géants, passèrent TEu- 
phrate sur deux poissons qui, pour cela, furent pla- 
cés dans le ciel. On dit encore que deux poissons 
ayant trouvé un œuf de belle taille, l'entraî- 
nèrent sur le rivage, qu'une colombe le couva, et 
que Vénus en sortit. C'est depuis ce temps que les 
Syriens s'abstiennent de se nourrir de poissons. 
Leur signe est la dernière demeure du Soleil avant 
le renouvellement de l'année, la demeure de fé- 
vrier; c'était le temps de l'inondation en Egypte," 
c'est celui de la pêche chez nous. Ils ferment le 
cercle des constellations zodiacales. 

Enfin aux derniers rangs paraissent les Poissons, 
Qui, fermant à la fois et rouvrant les saisons, 



LE ZODIAQUE. . 107 

De l'hiver rigoureux tempèrent P influence, 
£t d'un nouveau printemps raniment Pespôrance. 

(Ricard.) . 

Si Ton a bien suivi nos descriptions sur notre 
carte, on connaît maintenant les constellations zo- 
diacales aussi bien qu'on connatt celles du nord. 
Il nous reste peu à faire pour connaître le ciel tout 
entier. Mais il y a un complémeilt indispensable à 
ajouter à ce qui précède. Les étoiles circompolaires 
sont perpétuellement visibles surrHorizonde Paris; 
en quelque moment de Tannée qu'on veuille les 
observer, on les trouve toujours, soit au-dessus de 
rétoile polaire, soit au-dessoqs, soit d'un côté, soit 
de l'autre, gardant toujours entre elles les rapports 
qui nous servent à les trouver. Les étoiles du zo- 
diaque ne leur ressemblent pas sous ce point de 
vue, car elles sont tantôt au-dessus de l'horizon, 
tantôt au-dessous. Il faut donc savoir à quelle épo- 
que elles sont visibles. Il nous suffira pour cela de 
rappeler ici la constellation qui se trouve au milieti 
du ciel, à neuf heures du soir, pour chaque pre- 
mier jour de chaque mois, celle, par exemple, qui 
traverse à ce moment une ligne menée par l'étoile 
polaire et partageant le ciel en deux, du nord au 
sud. Cette ligne s'appelle le méridien^ et toutes nos 
figures la traversent, marchant de Test à l'ouest. 
En indiquant chacune des contellatîons qui pas- 
sent à l'heure indiquée, nous donnons ainsi le 
centre des constellations visibles. En cherchant les 
boréales au nord, devant soi ; à sa gauche celles 
qui précèdent dans l'ordre de signes la constella- 



108 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

tion indiquée; à sa droite celles qui ]^ suivent, on 
les trouvera toutes sans difficulté. 

Le 1" janvier, le Taureau passe au méridien. 
Remarquer Aldébaran, les Pléiades. — 1" février : 
les Gémaux n'y sont pas encore, on les voit un 
peu à droite.— 1" mars : Castor et PoUux sont 
passés, ^Procy on au sud; les petites étoiles de TÉ- 
crevisse à droite.*— 1" avril : le Lion, Régulus. — 
!•' mai : p du Lion, Chevelure de Bérénice. — 
1" jliin : TÉpi de la Vierge, Arcturus. — 1" juillet : 
la Balance, le Scorpion. — 1". août : An tarés, Ophiu- 
chus.— 1" septembre : Sagittaire, Aigle. — 1" oc- 
tobre : Capricorne, Verseau. — 1" novembre : 
Poissons, Algénib ou ^ de Pégase. — !•' décembre : 
le Bélier. 

Notre révision générale du ciel étoile doit main- 
tenant être complétée par les astres du ciel austral. 

Je n'ai donné qu'un rapide sommaire de rexplication mytho- 
logique des signes du zodiaque; Tincertitude qui règne sur 
son origine a permis à un grand nombre de systèmes de se faire 
jour. Je rappellerai ici que celui dont les partisans voient 
les douze travaux d'Hercule dans la série des douze signes cé- 
lestes, ne manque pas d'être fort ingénieux. Hercule ne serait 
autre que le Soleil lui-même considéré dans ses attributs relatifs 
aux diverses époques de l'année. Francœur, dans son Uranogra- 
phdej après l'astronome Lalande et le philosophe Dupuis, s'est 
chargé de soutenir ce système curieux. 

L'entrée du Soleil dans le Lion soisticial, qu'il fait disparaître 
en le couvrant de ses feux, est la victoire sur le Lion de Némée. 

A mesure que le Soleil s'avance, il traverse le Cancer, le Lion 
et la Vierge ; les diverses parties de l'Hydre s'éclipsent tour à 
tour; d'abord la tête, puis le corps et enfin la queue; mais alors 
la tête reparaît dans son lever héliaque. C'est le triomphe sur 
THydre renaissante du lac de Lerne, qu'Hercule brûla après 
avoir écrasé l'Écrevisse qui la secondait. 

Le Soleil traversant la Balance au temps des vendanges couvre 



LE ZODIAQUE. 109 

le Centaure de ses feux. La fable dit quelle centaure Ghiron, 
ayant reçu Hercule, en avait appris Fart de faire le vin. Elle • 
ajoute que, dans une dispute causée par T ivresse, le peuple des 
centaures avait voulu tuer Thôte d'Hercule, ce qui avait forcé le 
héros à les combattre; ceci parait relatif au coucher du soir du 
Sagittaire. Enfin, dans une chasse^ il avait vaincu un monstre 
nommé le sanglier d'Ërymanthe, qu'on croit se rapporter au le- 
ver du soir de la Grande Ourse. 

Gassiopée, qu'on figurait aussi par une biche, se plonge le 
matin dans les flots^ quand le Soleil est dans le Scorpion, ce qui 
arrivait à Téquinoxe d'automne ; c'est cette biche aux cornes 
d'or que , malgré son incroyable vitesse , Percule fatigua à la 
course et prit au bord des eaux où elle reposait. 

Au lever du Soleil dans le Sagittaire, l'Aigle, la Lyre (ou le 
Vautour) et le Cygne, placés dans le fleuve de la Voie lactée, dis- 
paraissent tout d'abord dans les feux de cet astre; ce sont les 
oiseaux du lac Stymphale chassés d'Arcadie par Hercule, dont 
la flèche est placée entre eux. 

Le Capricorne ou le Bouc céleste est baigné sur ie devant par 
l'eau du Verseau : ce sont les écuries d'Augias nettoyées en y 
faisant passer un fleuve. 

Le Soleil dans le Verseau, ou solstice d'hiver, était près de 
Pégase; le soir on voyait se coucher le Vautour, tandis que le 
Taureau passait au méridien ; on a dit qu'Hercule, à son arrivée 
en Ëlide, pour combattre le Taureau de Crète et le vautour de 
Prométhée, monta le cheval Arion et institua les jeux olympi- 
ques, qu'on célébrait à la pleine lune du solstice d'été ; la luoe 
est précisément alors dans le Verseau, c'est-à-dire dans la ré- 
gion opposée au Lion. 

L'enlèvement des cavales de Diomède, fils d'Aristée, se rap- 
porte au lever héliaque de Pégase et du petit Cheval, le Soleil 
étant dans les Poissons ; ces deux chevaux sont placés au-des- 
sus du Verseau, qui est Aristée. 

Hercule part ensuite pour la conquête de la Toison d'Or, le 
Verseau et le Serpentaire achèvent de se lever le soir, tandis 
qu'en môme temps le Bélier, Cassiopée, Andromède, les Pléiades 
et Pégase se couchent. De là la victoire d'Hercule sur Hyppolyte, 
reine des Amazones, dont la ceinture (Mirach) brille d'un vif 
éclat: plusieurs de ces guerrières avaient les noms des Pléiades. 

Au lever du Taureau, le Bouvier se couche, et la Grande Ourse 
(les bœufs d'Icare) se lève : c'est la défaite de Géryon et l'enlève- 
ment de ses bœufis. Hercule tue Busiris, persécuteur des Atlan- 
tides ; fable qui fait allusion à Orion poursuivant les Hyades , et 
qui est alors dans les feux solaires. Le retour du printemps est 
en outre exprimé par la destruction des reptiles venimeux de la 



110 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

Crète et par la défaite du brigand Cacus; celle du fleuve Aché- 
laûS; chaugé en taureau^ est relative à TËridan qui est placé au- 
dessous. 

Après avoir fondé Thèbes d'Egypte, Hercule va aux Enfers, 
délivre Thésée et enlève Cerbère. Le Soleil est arrivé dans Thémi- 
sphère boréal; le Grand jChien, dont le' coucher héliaque a eu 
lieu dans le signe précédent, est maintenant absorbé dans les 
feux; il est tiré des régions inférieures et produit à la lumière. 
Le fleuve du Verseau, qui se lève le soir avec le Cygne, lorsque 
le Soleil achève de décrire les Gémeaux, est Cycnus vaincu au 
bord du Pénée. 

Le Dragon polaire et Céphée, ou le jardin des Hespérides, se 
lèvent au couchant du Soleil, sous le Cancer; de là le voyage 
d*HercuIe en Hespérie. L'époque du lever héliaque de la constel- 
lation d'Hercule est en automne; les pommes des Hespérides sont 
une allusion à cette saison. 

Revenu au solstice d'été, le Soleil recommence sa révolution : 
c'est l'apothéose d'Hercule. La fable raconte que Déjanire, cher- 
chant un philtre pour fixer son époux, lui envoya une chemise 
tjempée dans le sang du centaure Nessus. Hercule la revêtit pour 
sacrifier aux dieux, et leur demander l'immortalité promise- à ses 
exploits ; mais, dévoré par le poison imprégné dans ce vêtement, 
le héros se brûla sur un bûcher. Voici le sens de 'cette fable. Le 
Soleil est rentré dans le Lion et se lève, tandis que les constella- 
tions d'Hercule et du Verseau sont prêtes à se coucher. Le Cen- 
taure se couche peu après le Lion ; celui-ci fait donc mourir Her- 
cule, et le Verseau, Ganymède, est enlevé pour verser le nectar 
aux dieux, à la place d'Hébé donnée au héros. La réconciliation 
d'Hercule et de Junon est relative au Verseau, qui est dédié à la 
déesse. 

Hercule vécut 52 ans, eut 52 épouses et accorda les honneurs 
néméens à 360 de ses compagnons morts pour lui : ce sont des 
allusions aux 52 semaines de l'année et aux 360 degrés du zodia- 
que. Les Colonnes d'Hercule étaient les limites occidentales de la 
terre connue, où le Soleil semblait chaque jour se coucher dans 
la mer. Quelque vagues qu'on suppose plusieurs des interpréta- 
tions qu'on vient d'exposer, ajoute Francœur en terminant, lien 
est de si remarquables, qu'on ne saurait les supposer être l'effet 
du hasard : ainsi Hercule u^a, pas été ce héros dont les bienfaits 
ont excité les hommes à lui ériger des autels , mais c'est le Soleil 
considéré dans ses attributs relatifs aux diverses époques deTiin- 
née, opinion conforme aux témoignages les plus révérés des 
anciens. 



IV 



LES CONSTELLATIONS DU SUD. 



Oui donc sur l'Océan, dans l'ombre et le silence, 
Elève ayec orgueil son front majestueux ; 
Et bravant de Phœbé le disque lumineux, 
Devant son trône même insulte à sa puissance? 

C'est toi, noble Orion : tes feux étinceiants 
Des soleils de la nuit eflacent la lumière, 
Comme le dieu du jour, entrant dans la carrière 
Efihce de Phœbé les rayons p&lissants. 

Sur le trtoe des airs Cais briller la couronne ; 
Tiens, héros indompté, régner sur nos climats, 
Lève -toi ! que nos yeux attachés à tes pas 
Contemplent à loisir l'éclat qui t'environne. 

Perçant des sombres mers les nocturnes brouillards 
Sous l'orgueilleux fardeau de ta pesante armure, 
Je te vois déplover ta superbe ceinture 
Et de l'homme étonné commander les regards. 

Le Taureau loin de toi recule épouvanté : 
Il roule avec effroi sa prunelle sanglante; 
Tandis que vers le nord s'enfuit l'Ourse tremblante 
Aux éclairs menaçants de ton glaive irrité*. 



A tout seigneur tout honneur. Orion est la plus 
belle des constellations : il ne faut pas aller au 
delà sans' lui rendre hommage, et le meilleur 

1. Neuwland, cité par Quételet dans son Attranomie. 



lis 



LES MERVEILLES CÉLESTES. 



moyen de rendre hommage aux personnages de 
valeur, c'est d'apprendre à les bien connaître. 

Observez notre carte de la page-98 : au-dessous 
du Taureau et des Gémeaux, au sud du Zodiaque, 
vous remarquerez ce géant qui lève sa massue vers 
le front du Taureau. Sept étoiles brillantes se dis- 
tinguent; deux d^entre elles, a et p, sont de pre- 
mière grandeur; les cinq autres sont de second 
ordre, a et y marquent les épaules, x le genou droit, 
P le pied gauche ; 3, e, C marquent le Baudrier ou 
la Ceinture ; au-dessous de cette ligne est une traî- 
née lumineuse de trois étoiles très-rapprochées : 
c'est TÉpée. Entre l'épaule occidentale y et le Tau- 
reau se voit le Bouclier composé d'une file de pe- 
tites étoiles en ligne courbe. La tête est marquée 
par une petite étoile, X, de quatrième grandeur; 
fx et V dessinent le bras levé. 




Fig. 20. OriOD, Aldébaran, Sirius. 

Pour plus de clarté, nous donnons la disposition 
des étoiles principales de ce magnifique astérisme. 



LES CONSTELLATIONS DU SUD, 113 

Orion est sar le prolongement de la ligne qui 
joint la Polaire à la Chèvre. Les quatre étoiles 
«, Y, p, a occupent les angles d'un grand quadri- 
latère, les trois autres $, s, C sont serrées en 
ligne oblique au milieu de ce quadrilatère, a, 
de Tangle nord-est, se nomme Betelgeuse (ne pas 
lire Beteigeuse, comme la plupart des traités 
rimpriment); p de l'angle sud-ouest se nomme 
Rigel. 

La ligne du Baudrier prolongée des deux côtés, 
passe au nord-ouest par l'étoile Aldébaran ou l'œil 
du Taureau, que nous connaissons déjà, et au sud- 
est par Sirim, la plus belle étoile du ciel, dont 
nous nous occuperons bientôt. 

C'est pendant les belles nuits d'hiver que cette 
constellation brille le soir sur nos têtes. Nulle 
autre saison n'est aussi magnifiquement constellée 
que les mois d*hiver. Tandis que la nature nous 
prive de certaines jouissances d'un côté, elle nous 
en offre en échange de non moins précieuses. Les 
merveilles des cieux s'offrent aux amateurs depuis 
le Taureau et Orion à l'est, jusqu'à la Vierge et au 
Bouvier à l'ouest : sur dix-huit étoiles de première 
grandeur que l'on compte dans toute l'étendue 
du firmament, une douzaine sont visibles de neuf 
heures à minuit, sans préjudice des belles étoiles 
de second ordre^ des nébuleuses remarquables et 
d'objets célestes très-dignes de l'attention des 
mortels. Ces douze étoiles sont : Sirius, Procyon, 
la Chèvre, Aldébaran, l'Épi, le Cœur de l'Hydre, 
Rigel, Betelgeuse, Castor et PoUux, Régulus et p 

8 



114 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

du Lion. — C'est ainsi que la nature établit par- 
tout une compensation harmonieuse, et que tandis 
qu'elle assombrit nos jours d'hiver rapides et gla- 
céSj elle nous donne de longues nuits enrichies des 
plus opulentes créations du ciel. 

La constellation d'Orion est non-seulement la 
plus riche en étoiles brillantes, mais elle recèle 
encore pour les initiés des trésors que nulle autre 
ne saurait ofifrir. On pourrait presque l'appeler la 
Californie du ciel. Donnons-nous le plaisir d'énu- 
mérer ses richesses, et nous trouverons un plus 
grand bonheur à la contempler dans les cieux. 

Parlons d'abord de sa nébuleuse, située au-des- 
sous de la seconde étoile du Baudrier. La première 
fois que l'astronome Huygens, son découvreur, ad- 
mira cette beauté cosmique, en 1656, il fut assez 
émerveillé pour dire qu'elle paraissait une ouver- 
ture dans le ciel, qui donnait le jour sur une ré- 
gion plus brillante. « Les astronomes, dit-il, ont 
compté dans l'épée d'Orion trois étoiles très-voi- 
sines Tune de l'autre. Lorsque, en 1656, j'observai 
par hasard celle de ces étoiles qui occupe le centre 
du groupe, au lieu d'une j'en découvris douze, 
résultat que d'ailleurs il n'est pas rare d'obtenir 
avec les télescopes. De ces étoiles il y en avait trois 
qui, comme la première, se touchaient presque, et 
quatre autres semblaient briller à travers un 
nuage, de telle façon que l'espace qui les environ- 
nait paraissait beaucoup plus lumineux que le 
reste. » 

Depuis cette époque on s'est occupé de cette né- 



LES CONSTELLATIONS DU SUD. 115 

buleuse avec une sorte de prédilection ; on Ta mi- 
nutieusement examinée, et les diverses régions de 
cet amas ont été étudiées et décrites dans tous 
leurs détails. A mesure que les instruments sont 
devenus plus puissants, les étoiles qui la constel- 
lent sont apparues plus nombreuses, comme il est 
arrivé pour toutes les observations télescopîques 
de nébuleuses , et tandis qu'autrefois on se deman- 
dait avec une grande indécision sMl n'y avait pas là 
seulement un nuage phosphorescent, un amas de 
vapeurs, on est arrivé aujourd'hui à la conviction 
qu'elle est formée d'un nombre prodigieux de 
soleils entassés. Au centre on voit une partie plus 
brillante dont la forme est singulière; sir John 
Herschel la compare à la tête d'un animal mons- 
trueux, dont la gueule reste béante et dont le nez 
se prolonge comme* la trompe d'un éléphant. 

Elle occupe dans le ciel un large espace, dont la 
dimension apparente est égale à celle du disque 
lunaire. Lorsqu'on réfléchit à l'éloignement qui 
nous séparé de cette agglomération, on est eflTrayé 
de rétendue réelle qu'elle embrasse au fond du 
vide sans bornes. 

Mais le phénomène le plus étrange qui se ratta- 
che à cett3 nébuleuse, ce sont les changements que 
Ton a observés en elle. Les dessins qu'on en prend 
aujourd'hui difl^èrent de ceux qui en ont été pris il 
y a moins d'un demi-siècle. Cette année encore, on 
vient do remarquer en Angleterre une disposition 
d'éclat à travers un endroit sombre, qui n'existait 
pas il y a dix ans. Les astronomes s'accor lent à 



116 .LES MERVEILLES CÉLESTES. 

reconnaître qu'il n'y a pas d'illusion possible dans 
certaines de ces observations, et que cette lointaine 
agglomération de soleils est le siège de formida- 
bles perturbations. 

« L'impression générale que j'ai reçue de ces ob- 
servations, disait naguère le directeur de TObser- 
vatoire de Russie, est que la partie centrale de la 
nébuleuse se trouve dans un état d'agitation con- 
tinuelle, comme la surface d'une mer. » 

Orion possède bien d'autres richesses. L'étoile du 
pied gauche, Rigel, est l'une des plus belles étoiles 
doubles. (Nous entrerons bientôt dans ce chapitre 
de l'astronomie sidérale.) Cette étoile double se 
compose d'un soleil blanc et d'un soleil bleu ; par 
les nuits calmes et limpides dont nous sommes 
quelquefois arrivés en hiver, il m'a semblé par- 
fois que le reflet de l'étoile bleue nuance assez 
l'éclat de la blanche pour que celle-ci paraisse lé- 
gèrementteintée de bleu, surtout lorsqu'on la com- 
pare aux points d'or qui parsèment le ciel alen- 
tour. 

Deux autres systèmes binaires se rencontrent 
encore dans les deux étoiles des extrémités du Bau- 
drier. La première, celle de droite, se compose 
d'un soleil blanc et d'un soleil pourpre ; la seconde, 
d'un soleil jaune et d\in soleil bleu. Ainsi voilà 
trois systèmes de mondes des plus dissemblables 
réunis dans la même constellation. Dans chacun 
de ces systèmes deux soleils au lieu d'un; non- 
seulement deux soleils comme le nôtre, mais deux 
soleils diversement colorés ; sur les planètes qui 



LES CONSTELLATIONS DU SUD. 117 

appartiennent au premier, un astre blanc et un 
astre bleii se disputent l'empire du jour, donnant 
naissance, par les combinaisons sans nombre de 
leur chaleur, de leur lumière, de leur puissance 
électrique, à une variété d'actions incomparable et 
inimaginable pour nous, qui sommes voués à un 
unique soleil. Sur les planètes qui appartiennent 
au second, c'est un soleil pourpre qui vient diversi- 
fier la blanche lumière de son congénère. Sur celle 
du troisième le nombre des couleurs, essentielle- 
ment diflférentes des nôtres, puisqu'il n'y a point 
là de lumière blanche génératrice de toutes les 
teinfes> présente une série inconnue des nuances 
issues des mariages de l'or et du saphir. Ces pla- 
nètes sont sans doute des planètes vertes, et la 
couleur des objets à leur surface ne doit probable- 
ment qu'osciller autour de cette moyenne, soit du 
côté du jaune, soit du côté du bleu. 

Mais cette richesse de systèmes stellaires ne 
constitue pas encore tout le patrimoine de cette 
belle constellation d'Orion.Ellé renferme, en ou- 
tre, le plus complexe des systèmes multiples qu'on 
ait jamais rencontrés dans le ciel. Dans la nébu- 
leuse dont je te parlais toutîi Theure, on rencontre 
une étoile extraordinaire, l'étoile marquée 6 sur le 
catalogue, un peu au-dessous de TÉpée. Cette 
étoile, décomposée par le télescope, permet d'ad- 
mirer en elle le groupe merveilleux de six soleils 
rassemblés au même point du ciel. Quatre étoiles 
principales de 4% 6« et ?• grandeurs, sont disposées 
aux quatre angles d'un trapèze : les deux étoiles de 



118 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

la base ont chacune un très-faible coihpagnon. Que 
ces six étoilQS forment en réalité un système pby* 
sique et qu'elles soient reliées entre elles comme 
les (systèmes binaires par la loi d'attraction ; c'est 
ee que je ne veux pas affirmer. Il peut se faire qu'il 
n'y ait là qu'un effet d'optique, que ces six étoiles 
soient en réalité complètement indépendantes 
l'une de l'autre, situées à des profondeurs et à des 
distances immenses, mais que se trouvant sur des 
rayons visuels très-rapprochés, elles nous parais- 
sent rassemblées sur un même plan. Cependant il y 
a des probabilités en faveur de l'opinion qui con- 
sidère cette étoile sextuple comme un véritable 
système, surtout quand on voit que le mouvement 
propre de l'étoile principale est partagé par les 
cinq autres. 

Une autre étoile d'Orion, le 23% est également 
remarquable, en ce qu'elle est double, et qu'au 
lieu d'avoir sa principale blanche et sa petite bleue, 
comme dans la généralité des cas, c'est le contraire 
qui se présente. 

Yoilà beaucoup sur une seule constellation ; mais 
j'ai pour cette belle et antique figure que Job chan- 
tait il y a trois mille ans, une sympathie dont je ne 
puis ni ne veux me défendre. Entre les Pléiades et 
le beau Sirius, elle me présente une magnifique 
plage céleste, enrichie de mondes variés qui 
font fêver à la vie lointaine. Entre nous, j'ai lu au 
moyen âge un traité d'astrologie qui avait pour 
titre : Flamma Orionis. Depuis ce temps-là ce nom 
m'est cher, je l'aime I 



LES CONSTELLATIONS DU SUD. 119 

Or, VOUS savez tous combien les amoureux éprou- 
vent de bonheur à parler sans cesse de l'objet qui 
fiiit battre leur cœur. 

Suivant dans son cours, comme le Soleil et comme 
les planètes, les constellations zodiatales^Ia Lune 
passe quelquefois auprès d'Orion. Elle occulte alors 
lés étoiles devant lesquelles sa marche Fa conduite. 
En parlant d'Orion, le poète américain Longfellow 
a dépeint cette occultation sous de vives couleurs : 

a Sirius se levait à TOrient, et lentement, mon- 
tant Tune après l'autre, brillaient les constella- 
tions étincelantes. Au milieu d'un cortège d'étoiles 
flamboyantes, se tenait debout le géant Algebar, 
Orion le chasseur. Sa luisante épée était suspen- 
due à son côté, et sur son épaule, la peau du 
Lion laissait voltiger sur le ciel de minuit le rayon- 
nement doré de sa chevelure. La lune était pâlis- 
sante, sans que sa clarté fût affaiblie, aussi belle 
qu'une sainte virginale, s'avançant dans la pureté 
de sa voie pendant les heures d'épreuves et de 
terreur. Gomme si elle eût entendu la voix de 
Dieu, elle marchait pieds nus, sans blessures, sur 
les astres brûlants, semblables à des dharbons 
embrassés ; faisant ainsi éclater sa puissance, comme 
sa pureté et sa sainteté. 

« Errant ainsi dans son pas i^lencieuz, le triom- 
phe empreint sur son visage si pur, elle atteignit 
la station d'Orion. Étonné, il s'arrêta dans une 
étrange frayeur, et subitement, de son bras étendu 
laissa tomber la peau rouge du lion à ses pieds 
dans la rivière. Sa massue ne resta pas plus long- 



120 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

temps levée sur le front du Taureau; mais lui, 
chancela conime autrefois près de la mer lorsque 
aveuglé par OBnopion il chercha le forgeron dans 
sa forge, et grimpant sur la montagne escarpée, 
fixa ses yeux ternes sur le soleil. » 

Dans la fable, Orion , le plus bel homme de son 
temps, était d'une taille si haute, que quand il 
marchait dans les mers, il dépassait les flots de 
toute sa tête : ce qui veut dire que cette constella- 
tion' est moitié sous Téquateur et moitié au-dessus 

J'oubliais d'ajouter que les trois étoiles obliques 
qui forment son baudrier^ ou sa ceinture^ ont été 
nommées les Trois Rois Mages^ le Bâton de Jacob^ et 
que dans nos campagnes on les distingue simple- 
ment sous le nom de Râteau. 

Au sud-est d'Orion, sur la ligne des trois Rois, 
resplendit la plus magnifique de toutes les étoiles, 
SiHuSj ou a de la constellation du Grand Chien, Cet 
astre de première grandeur marque l'angle supé- 
rieur oriental d*un grand quadrilatère dont la base 
voisine de l'horizon à Paris, est adjacente à un 
triangle. Les étoiles du quadrilatère et du triangle 
sont toutes de seconde grandeur. Cette constella- 
tion se lève, le soir, à la fin de novembre, passe au 
méridien à la fin de janvier, et se couche à la fin 
dé mars. 

Sirius étant la plus éclatante étoile du ciel, lors- 
que les astronomes osèrent essayer les opérations 
relatives à la recherche des distances des étoiles, 
elle eut le don d'attirer particulièrement leur atten- 
tion. Après des études longues et minutieuses on ar- 



LES CONSTELLATIONS DU SUD. 121 

riva à déterminer sa distance : elle est de 52 trilliôns 
t74 milliards de lieues. Pour traverser cette dis- 
tance de la terre à cet astre, la lumière emploie 
près de 22 ans. Il suit de là. que lorsque nous l'ob- 
servons, ce n'est point le Sirius d'aujourd'tiui qui 
est au-dessus de nos yeux, mais bien le Sirius d'il 
y a vingt-deux ans : le rayon de lumière qui atteint 
notre œil maintenant est sorti de Sirius pendant 
Tannée 1843. 

Le nom que nous donnons anjourd'hui à a du 
Grand Chien appartenait jadis à la constellation 
tout entière, et Ton ne trouve pas un seul monu- 
ment égyptien où cette figure soit indiquée sans 
qu'elle représente Sirius , nom dérivé , dit-on , 
d'Osiris, le soleil. A l'origine des constellations le 
solstice d'été arrivait lorsque le soleil parcourt le 
Capricorne : le lever de Sirius annonçait à l'Egypte 
l'époque de la crue du Nil, et comme un chien fidèle 
avertissait les hommes de se tenir sur leurs gardes. 
Là ne se bornait pas le rôle de Sirius. L'année 
civile des Égyptiens étant de 365 jours exactement, 
et les rois jurant de ne jamais permettre Tinterca- 
lation de jours supplémentaires, cette année vague 
empiétait d'un jour tous les quatre ans sur Tannée 
solaire, et revenait coïncider avec celle-ci au bout 
de 365 fois quatre ans, en 1460 ans; mais pendant 
ce temps-là les périodes civiles, les travaux d'agri- 
culture, les fêtes et les divers points du calendrier, 
ne pouvaient être fixés par des dates immuables. 
On choisit dans le ciel un signe propre à annoncer 
Tépoque du solstice : le lever du matin de Sirius, 



122 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

qu'on nommait alors Sothis, annonça Tépoque 
demandée. Le lever héliaque (solaire) de cet astre 
n'était ramené au même jour de Tannée qu'après 
1461 ans. 

Depuis ces temps antiques, un mouvement de la 
terre qui modiOe lentement la marche du soleil 
parmi le» constellations, qu'on appelle la précession 
des équinoxes, a privé Sirius de sa faculté de prédire 
l'inondation et le solstice ; son lever héliaque n'arrive 
maintenant en Egypte que le 1 août au lieu du 20 juin . 
Mais au commencement dé notre ère, il arrivait en 
juillet, au milieu des grandes chaleurs et des ma- 
ladies qu'elles engendrent. De là, cette constella- 
tion fut accusée de maligne influence, comme vous 
pouvez le voir dans Sophocle et dans cent autres 
auteurs moins anciens; elle donne la fièvre aux 
hommes et la rage aux chiens. Les jours canicyr 
laires viennent de là. Pour conjurer Sirius, on lui 
éleva des autels sur lesquels on sacrifia la caille et 
la chèvre. On redoutait l'étoile du midi. 

Déjà le chien brûlant dont PInde est dévorée 
Vomissait tous ses feux sur la plaine altérée. 

{Géorgiques,) 

Sirius lève au ciel son front pernicieux, 

Et son affreux aspect consterne tous les yeux. 

[Enéide.) 

Sirius ou la canicule s'appelait aussi le chien de 
ProcriSy épouse de Géphale, qui la perça d'un trait 
décoché par mégarde, comme Ovide le rapporte fort 
au long. Jean-Baptiste Rousseau, qui se plaisait par- 
fois à montrer ses connaissances astronomiques. 



LES CONSTELLATIONS DU SUD. 123 

n'a pas tout à fait réussi en parlant à notre époque 
du brûlant Sirius, dans une ode, charmante du 
reste, à l'abbé Chaulieu. 

Mais aujourd'hui qu'en nofi plaines 
Le chien brûlant de Procris 
De Flore aux douces haleines 
Dessèche les dons chéris, 

Veux-tu d'un astre perfide 
Risquer les âpres chaleurs, 
Et, dans ton jardin aride, 
Sécher ainsi que tes fleurs ? 

Sirius a une longue et bonne réputation comme 
chien. Après tous les services qu'il avaitdéjà rendus 
aux Égyptiens, Jupiter le chargea de la garde de 
sa chère Europe; après l'enlèvement, il passa entre 
les mains de Minos, de Procris, de Céphaleet d'Au- 
rore. Des auteurs fort accrédités pensent même 
que malgré tout ce qui précède, il fut Cerbère , le 
canis à trois têtes ; leur opinion est appuyée sur 
cette coïncidence que le Grand Chien garde à Fé- 
quateur Thémisphère inférieur des Égyptiens, de 
la même manière que Cerbère gardait la région du 
Tartare, On voit que ce chien revendique une no- 
blesse fort ancienne. Aucun titre héraldique ne 
peut se vanter de remonter si haut. 

Le Petit Chien, ou Procyon, que nous avons déjà 
vu sur nos cartes zodiacales, se trouve au-dessus de 
son atné et au-dessous des Gémeaux Castor et 
PoUux, à l'est d'Orion. Si ce n'est «, aucune étoile 
brillante ne le distingue. Au point de vue mytholo- 



124 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

gique, il partage avec le Grand Chien la plupart des 
fables attribuées à ce dernier. 

VHydre est une longue constellation qui occupe 
le quart de l'horizon, sous rÉcrevisse, le Lion et la 
Vierge. La tête, formée de quatre étoiles de 4» 
grandeur, est à gauche de Procyon, sur le prolon- 
gement d'une ligne menée par cette étoile et par 
Betelgeuse. Le côté occidental du grand trapèze du 
Lion, comme la ligne de Castor etPollux, se dirigent 
sur a, de seconde grandeur : c'est le cœur de l'hy- 
dre. Sur le dos de l'hydre, on remarque des astéris- 
mes de second ordre, le Corbeau, la Coupe, Imitant 
le cours d'un fleuve par ses sinuosités, l'hydre a été 
regardée comme habitant le Nil et le représentant. 
Gomme le Navire se trouve non loin de là, on a 
même été jusqu'à expliquer par certains aspects le 
déluge de Deucalion qui se sauve sur un vaisseau, 
et qui, quarante jours après, s'assure si les eaux 
sont retirées en donnant la liberté à un Corbeau. 

VÉridan, la Baleine, le Poisson Austral et le Centaure 
sont les seules constellations importantes qu'il 
nous reste à décrire. On les retrouvera dans Tordre 
que nous venons d'indiquer, à la droite d'Orion. 
L'Éridan est un fleuve composé d'une suite d'é- 
toiles de troisième et de quatrième grandeur, des- 
cendant et serpentant du pied gauche d'Orion, 
Rigel, et se perdant squs l'horizon. Après avoir 
suivi de longues sinuosités, invisibles pour nous, il 
se termine par une belle étoile de première gran- 
deur, a Achernar. C'est le fleuve dans lequel tomba 
Phaëton qui conduisait maladroitement le char du 



LES CONSTELLATIONS DU SUD. 125 

Soleil ; il fut placé dans I9 ciel pour consoler Apol- 
lon de la mort de son. fils. 

«Cependant Phaëton, les cheveux en feu, tombe 
du haut du ciel et laisse après lui une longue traî- 
née de flammes. L'Éridan, qui coule dans les lieux 
bien éloignés du pays qui avait vu naître ce prince 
infortuné; le reçut dans ses ondes et lava son visage, 
qui était tout couvert d'écume. » 

Au-dessous du Bélier on rencontre une étoile de 
seconde grandeur, qui forme un triangle équilatéral 
avec le Bélier et les Pléiades: c'est « de la Baleine, 
ou la mâchoire; a, fji, Çety forment un parallélogram- 
me : c'est la tête. Cette base a, y, se.prolonge sur une 
étoile de troisième grandeur , 3 , et sur ime étoile 
du Cou, marquée 0. Cette étoile est l'une des plus 
curieuses du ciel : on la nomme la merveilleuse, 
Mira Ceti. Elle appartient à la classe des étoiles 
changeantes. Tantôt elle égale en éclat les étoiles de 
premier cercle, tantôt elle devient complètement 
invisible. On a suivi ses variations depuis la fin du 
seizième siècle, et l'on a reconnu que la période de 
croissance et de décroissance est de 331 jours en 
moyenne, mais toutefois irrégulière, étant parfois 
de 25 jours en retard ou de 25 jours en avance. 
L'étude de ces astres irréguliers nous offrira de cu- 
rieux phénomènes. 

La Baleine fut envoyée par Neptune pour dévorer 
Andromède: je ne reviendrai pas sur l'histoire de 
cette pauvre princesse. 

Quatre étoiles de troisième grandeur forment la 
queue de ce cétacé et descendent vers Fomalhaut, 



126 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

OU a du Poisson Austral, qui reçoit Teau du verseau. 
Cet astérisme s'élève très-peu sur Thorizon de Paris. 
Enfin, la constellation du Centaure est située au- 
dessous de l'Épi de la Vierge. L'étoile 6, de seconde 
grandeur, et l'étoile i, de troisième , marquent la 
tête et l'épaule : c'est l.a seule partie de cette figure 
qui s'élève au-dessus de notre horizon. Le Centaure 
renferme l'étoile la plus rapprochée de la terre , a, 
de première grandeur, dont la distance est de 8 tril- 
lions, 603 milliards, 200 millions de lieues. C'est 
également dans cette 'constellation que se trouve 
la belle nébuleuse régulière que iious avons ad- 
mirée plus haut, l'amas globulaire d'Oméga du 
Centaure. Les pieds de derrière touchent à la Croix 
dusudy formée de quatre étoiles de seconde gran- 
deur, toujours cachée sous l'horizon. Un peu plus 
loin se trouve le pôle austral. 



c^ 



LE NOMBRE HES ÉTOILES, LEURS DISTANOES. 



Il est pour la pensée une heure.... une heure sainte 
Alors que s'entayant de la céleste enceinte,. 
De l'absence du jour pour consoler les cieux, 
Le crépuscule aux monts prolonge ses adieux. 
On voit à l'horizon sa lueur incertaine, 
Comme les bords flottants d'une robe qui traîne, 
Balayer lentement le firmament obscur, 
Où les astres ternis revivent dans l'azur. 
Alors ces elobes d'or, ces iles de lumière^ 
Que chercne par instinct la rêveuse paupière, 
Jaillissent par milliers de l'ombre qui s'enfuit, 
Comme une poudre d'or sous les pas de la nuit. 

LAMARTINE. 



Afin que Tesprit pût se reconnaître plus facile- 
ment au milieu de ces milliers de points étincelants, 
outre les divisions que nous venons de passer en 
revue, on convint dès la plus haute antiquité de 
classer les étoiles selon leur éclat apparent. Nous 
l'avons vu, les étoiles les plus brillantes ont été 
appelées étoiles de premier ordre ou de première 
grandeur, quoique cette dénomination n'implique 
aucun sens relatif à la grosseur réelle ou à Téclat 



12S LES MERVEILLES CÉLESTES. 

réel de l'étoile ; celles qui viennent ensuite, tou- 
jours dans Tordre de leur éclat apparent, furent 
nommées étoiles de seconde grandeur ; puis viennent 
celles de troisième, .de quatrième et de cinquième 
grandeur à mesure qu'elles paraissent plus petites; 
enfin on appela étoiles de sixième grandeur les 
dernières étoiles visibles à l'œil nu. 

Les étoiles de première grandeur sont au nombre 
de dix-huit. En réalité la dix-huitième, c'est-à-dire 
la moins brillantede la série, pourrait aussi bien être 
inscrite au premier rang des étoiles de seconde 
grandeur, et la première de cette seconde série 
pourrait de la même façon être ajoutée aux étoiles 
de première grandeur: il n'y a pas dans, la nature 
de ces séparations que nécessitent nos classifica- 
tions. Mais comme il faut s'arrêter à une étoile si 
l'on veut faire des séries, on est convenu déterminer 
la liste des astres de première grandeur comme 
elle se termine ici. 



Liste des étoiles de première grandeur dans Pordre de leur 
éclat décroissant, 

1. Sirius ou a du Grand-Chien. 

2. Tj d'Argo (étoile variable). 

3. Ganopus, ou a du Navire. 

4. a du Centaure. 

5. Arcturus, ou a du Bouvier. 

6. Rigel, ou p d'Orion. 

7. La Chèvre, ou a du Cocher. 

8. Véga, ou a de la Lyre. 

9. Procyon, ou a du Petit-Chien. 
10. Betelgeuse, ou a d'Orion. 



LE NOMBRE DES ÉTOILES, ETC. 129 

11. ÂcherDar, ou a d'Éridan. 

12. Aldébaran ou a du Taureau. 

13. ^àn Centaure. 
Ik, a de la Groix. 

15. Antarès, ou a du Scorpion. 

16. Atalr, ou a de TAigle. 

17. L'Épi, ou « de la Vierge. 

18. Fomalhaut, ou a du Poisson austraL 

On peut penser qu'en général les plus brillantes 
sont les plus rapprochées, et qu'elles nous parais- 
sent d'autant plus petites qu'elles sont plus disr 
tantes de nous. Il suit de là que le nombre des 
étoiles doit augmenter en raison inverse de chaque 
grandeur, que les astres qui forment la seconde sé- 
rie, par exemple, se trouvant sur un cercle visuel 
plus éloigné, et par conséquent plus grandquecelui 
de la première série, sont plus nombreux, que 
la troisième série est plus riche que la seconde, etc. 
C'est précisément lace que l'on observe. On compte 
environ 55 étoiles de la seconde grandeur, 170 de 
la troisième, 500 de la quatrième, etc. Voici du 
reste un moyen facile de connaître approximative- 
ment le nombre des étoiles de chaque ordre. On a 
observé que chaque classe est ordinairement trois 
fois plus peuplée que celle qui la précède , de 
sorte qu'en multipliant par 3 le nombre des astres 
qui composent une série quelconque, on a à peu 
près le nombre de ceux qui composent la série sui- 
vante. Par cette estimation, le nombre des étoiles 
des six premières grandeurs, autrement dit, celui 
de toutes les étoiles visibles à l'œil nu, fournirait 



130 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

un total de 6000 environ. — Généralement on croit 
en voir bien davantage, on croit pouvoir les comp» 
ter par myriades, par millions : il en est de cela 
comme du reste, nous sommes toujours portés à 
l'exagération 1 Cependant, en fait, le nombre des 
étoiles visibles à Tœil nu, dans les deux hémi- 
sphères, sur toute la terre, ne dépasse pas ce 
chiffre, et même il est bien peu de vues assez 
bonnes pour aller au delà de quatre à cinq 
mille. 

Mais là où s'arrête notre faible vue, le télescope, 
cet œil géant qui grandit de siècle en siècle, per- 
çant les profondeurs desçieux, y découvre sans cesse 
de nouvelles étoiles. Après la sixième grandeur, les 
premières lunettes ont révélé la septième. Puis on 
est allé jusqu'à la huitième, la neuvième. C'est alors 
que les milliers ont grossi jusqu'aux dizaines de 
mille, et que les dizaines sont devenues des cen- 
taines de mille. Des instruments plus perfectionnés 
encore ont franchi ces distances et ont trouvé les 
étoiles de la dixième et de la onzième grandeur. De 
cette époque on commença à compter par millions. 
Le nombre des étoiles de la douzième grandeur est 
de 9 556 000 ; ajouté aux onze termes qui le pré- 
cèdent, il dépasse quatorze millions. A l'aide d'une 
amplification plus puissante encore, on dépassa de 
nouveau ces bornes. Aujourd'hui la somme des 
étoiles composées de la première à la treizième 
girandeur inclusivement est évaluée à 43 000 000. 
Le ciel s'est véritablement transformé. Dans le 
champ des télescopes, on ne distingue plus ni 



LE NOMBRE DES. ÉTOILES, ETC. 131 

constellations ni divisions; mais une fine poussière 
brille là où rœil, laissé à sa seule puissance, ne 
voit qu'une obscurité noire sur laquelle ressortent 
deux ou trois étoiles* A mesure que les décou- 




\ertes fmerveilleupes dejl'pptique augmenteront la 
puissance visuelle , toutes les régions du ciel se 
couvriront de ce fin sable d'or, et un jour viendra 




132 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

OÙ le regard étonné, s'élevant vers ces profon- 
deurs inconnues, se trouvant arrêté par l'accumu- 
lation des étoiles qui se succèdent 
à l'infini , ne trouvera plus devant 
lui qu'un délicat tissu de lumière. 

Quelle étendue occupent ces my- 
riades d'étoiles qui se succèdent 
éternellement dans l'espace? Cette 
^Fig. 22. question a toujours eu le don de 
Le môme captiver l'attention des astronomes 

kVu a roeil nu. . i . ^^ ■» • i 

aussi bien que celle des simples 
penseurs; mais on n'a pu commencer des re- 
cherches relatives à sa solution qu'à une époque 
très-rapprochée de nous, lorsque les moyens si 
minutieux d'y parvenir nous furent accessibles. Les 
anciens ne se formaient pas la plus légère idée de 
la distance des corps célestes, pas plus que de leur 
nature. Pour la plupart, c'étaient des émanations 
de la terre, s'étant élevées comme les feux follets 
au-dessus des endroits marécageux, et ce serait 
une longue et curieuse histoire que celle de toutes 
ces idées primitives si peu en harmonie avec la 
grandeur de la création. Pour pouvoir mesurer la 
distance des étoiles les plus proches, il faut pou- 
voir mesurer l'épaisseur d'un cheveu. On a attendu 
longtemps avant d'en arriver là. Je donnerai à la 
fin de ce chapitre une idée de la méthode employée 
pour arriver à ces déterminations rigoureuses; 
satisfaisons d'abord notre curiosité, et apprenons 
de suite à quelle distance se trouvent de nous les 
étoiles les plus rapprochées. 



LE N0M3RE DES ÉTOILES, ETC. J33 

L'étoile la plus voisine se trouve dsins la constel- 
lation australe du Centaure : c'est l'étoile a. D'après 
les recherches les plus récentes, elle est éloignée 
de nous de 211 300 fois la distance d'ici au soleil, 
distance égale à 38 000 000 de lieues. Il y a quel- 
ques années encore, on la croyait un peu plus 
loin; mais des déterminations plus précises ont 
établi définitivement qu'elle n'est pas au delà de la 
distance qui vient d'être mentionnée. 

Il est fort difficile, pour ne pas dire impossible, 
de se figurer directement de pareilles longueurs, 
et, pour arriver à les concevoir, il est nécessaire 
que notre esprit, associant à l'idée de l'espace l'idée 
du temps, voyage en quelque sorte le long de cette 
ligne et estime par succession sa longueur. Pour 
les faibles grandeurs, nous agissons déjà de môme 
sur la terre. Si, par exemple, on nous dit qu'il y a 
500 kilomètres de Paris à Strasbourg, nous nous 
figurons difficilement cette distance du premier 
coup d'œil; mais, en lui associant l'idée du temps 
nécessaire pour la franchir avec une vitesse donnée, 
en apprenant qu'un train express direct, animé 
d'une vitesse moyenne de 72 kilomètres k l'heure 
y arrive en 7 heures , nous nous représentons de 
suite le chemin parcouru. Cette méthode, utile 
pour les distances terrestres, est nécessaire pour 
les distances célestes. Aussi nous mesurons l'es- 
pace par le temps ; seulement, au lieu de la vitesse 
d'un train direct, nous prendrons celle de la lu- 
mière, qui voyage en raison de 77 000 lieues par 
seconde. 



134 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

Eh bien, pour traverser la distance qui nous sé- 
pare de notre voisine a du Centaure, ce courrier 
emploie 3 ans et 8 mois. Si l'esprit veut et peut le 
suivre, il ne faut pas qu'il saute en un clin d*œil du 
départ à Tarrivée, autrement il ne se formerait pas 
davantage la moindre idée de la distance; il faut 
qu'il se donne la peine de se représenter la marche 
directe du rayon lumineux, qu'il s'associe à cette 
marche, qu'il se figure traverser 77000 lieues pen- 
dant la première seconde de chemin à dater de son 
moment de départ, puis 77 000 lieues pendant la 
deuxième seconde, ce qui fait 154 000; puis de 
nouveau 77 000 lieues pendant la troisième et ainsi 
de suite sans s'arrêter pendant trois ans et 8 mois. 
S'il se donne cette peine, il pourra comprendre 
l'effroyable valeur du chiffre; autrement, comme 
ce nombre dépasse tous les nombres que l'esprit a 
coutume d'employer, il ne sera pour lui d'aucune 
signification et restera incompris. 

Notre étoile voisine est donc a du Centaure. Celle 
que sa distance met immédiatement après elle, est 
une étoile située en une autre région du ciel, dans 
la constellation du Cygne. C'est notre seconde voi- 
sine ; ce qui n'empêche pas qu'elle est presque trois 
fois plus éloignée de nous (Jue la première. On a 
calculé la distance d'une dizaine d'étoiles. Voici 
les plus rapprochées. La première colonne de 
chiflfres représente le nombre de rayons de l'orbite 
terrestre (distance de la terre au soleil) qu'il fau- 
drait aligner à la suite l'un de l'autre pour at- 
teindre l'étoile , la seconde donne les lieues de la 



LB NOMBRE DES ÉTOILES^ ETC. 135 

distance en millions^ la troisième indique le nombre 
des années que la lumière emploie à franchir la 
distance : 



a du Centaure. . . 211330 8073000 3 ans 8 mois, 

a du Cygne. . . . 550 920 21045000 9ansetdemie 

Véga, a de la Lyre. 1 330 700 51 830 000 21 ans. 
Sirius, a du Grand 

Chien 1375000 52 200 000 22 

a de la -Grande 

Ourse 1550800 59000 000 25 

Arcturus , a du 

Bouvier 1622 800 61600000 26 

Étoile polaire. .. 3078600 117 700000 50 
La Chèvre , a du 

Cocher 4 484000 170400000 72 



Telles sont les étoiles les plus rapprochées. La 
plupart des étoiles dont la distance a été calculée, 
sont au nombre des plus brillantes du ciel et 
comptent parmi celles de première ou de seconde 
grandeur. On peut se demander s'il est possible, 
par comparaison, de déterminer la distance vrai- 
semblable des régions où brillent les dernières 
grandeurs. C'e^t là une. question curieuse, dont 
Arago a cherché la solution et sur laquelle il rai- 
sonne comme il suit : 

Nous prenons, par exemple, sur la liste ci-des- 
sus, une étoile moyenne de première grandeur, non 
pas Sirius, qui dépasse toutes les autres par son 
éclat, mais Arcturus ou Yéga; nous nous deman- 
dons à quelle distance il faudrait transporter cette 



136 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

étoile pour qu'elle diminue d'éclat apparent jusqu'à 
la quatrième grandeur, et nous voyons qu'il fau- 
drait la transportera une distance quatre fois plus 
grande que la distance présente ; — qu'en l'éloi- 
gnant à huit fois de la distance primitive, elle de- 
viendrait de cinquième à sixième ordre; — qu'en 
moyenne, une étoile de première grandeur, trans- 
portée à douze fois sa distance actuelle, ne ces- 
serait pas d'être visible à l'œil nu, et que son 
éclat ne tomberait pas au - dessous de la sixième 
grandeur. 

William Herschel essaya d'étendre aux observa- 
tions télescopiques l'échelle de visibilité qu'il avait 
formée pour l'œil nu. Il prépara une série de téle- 
scopes dont la puissance allait sans cesse en aug- 
mentant, et prit pour sujet de ses observations la 
nébuleuse de Persée. 

L'œil ne distinguait là aucune étoile. S'il y en 
avait, elles étaient nécessairement plus faibles que 
ne le seraient les étoiles de première grandeur 
transportées à douze fois leur distance actuelle : 
le petit instrument en montra un grand nombre. 
Admettons que dans ce grand nombre il se trou- 
vait, comme cela est probable, d'aussi fortes étoiles 
qu'Arcturus, que Véga, etc., ces étoiles, pour de- 
venir tout juste visibles après que leur intensité 
avait quadruplé, devaient être deux fois plus loin 
que les dernières étoiles visibles à l'œil nu, c'est- 
à-dire vingt-quatre fois plus loin qu'Arcturus, que 
Véga, etc. 

Le second instrument, celui qui augmentait la 



LE NOMBRE DES ÉTOILES, KTG. 137 

kimière dans le rapport de 1 à 9, qui rapprochait 
les objets trois fois, faisait voir des étoiles dont le 
premier ne dévoilait aucune trace ; les étoiles 
étaient en intensité ce que deviendraient Ârcturus, 
Véga, etc., à trente-six fois leur distance. 

En arrivant toujours par degrés jusqu'au téle- 
scope de trois mètres avec toute son ouverture, 
l'observateur apercevait des étoiles pareilles à ce 
que seraient les étoiles de première grandeur à 
trois cent quarante-quatre fois la distance qui 
maintenant les sépare de nous. 

Le télescope de six mètres étendait sa puissance 
jusqu'à neuf cents fois cette même distance des 
étoiles de première grandeur ; et il était évident 
qu'un télescope plus fort aurait montré des étoiles 
plus éloignées encore. 

Pour échapper aux conséquences numériques 
que je vais déduire de ces résultats d'Herschel, il 
faudrait supposer que, parmi le nombre prodigieux 
d'étoiles que chaque télescope d'une puissance in- 
férieure découvre, il n'en existe aucune d'aussi bril- 
lante qu'Arcturus ou Véga de la Lyre; il faudrait 
admettre, en un mot, qu'il ne s'est formé d'étoiles 
de première grandeur que près de notre système 
solaire. Une pareille supposition ne mérite certai* 
nement pas d'être réfutée. 

Il n'y a aucune étoile de première grandeur dont 
la lumière nous parvienne en moins de trois 
ans. D'après cela, ajoute Arago en terminant, 
les lumières des étoiles de différents ordres, 
aussi grandes en réalité qu'Arcturus, que Véga 



138 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

de la Lyre, etc., arrivent à de telles distances 
de la terre que la lumière ne saurait les par* 
courir : 



Pour les étoiles de deuxième grandeur en moius de 6 ans 

— de quatrième grandeur. ... 12 > 

— de sixième grandeur 36 » 

Pour les dernières étoiles visibles avec le téle- 
scope de trois mètres 1042 » 

Pour les dernières étoiles visibles avec le téle- 
scope de six mètres 2700 » 



Les rayons lumineux qui nous arrivent des 
étoiles nous racontent donc, s'il est permis de s'ex- 
primer ainsi, l'histoire ancienne de ces astres. 

Mais par quel pouvoir l'homme est-il parvenu à 
connaître les premières distances des étoiles? Il y 
a en astronomie des faits qui surprennent par leur 
grandeur, et qui surpassent de telle sorte la sphère 
des conceptions habituelles de l'homme, qu'on est 
tenté de les révoquer en doute malgré l'affirmation 
des astronomes, et de les reléguer au rang 
des prétentions trompeuses dont la science s'est 
quelquefois enveloppée pour en imposer au vul- 
gaire. De ce nombre sont les principales con- 
quêtes de l'astronomie stellaire, et notamment 
les déterminations relatives à la distance des 
étoiles. 

J'essayerai de donner une idée de la méthode 
dont on se sert pour obtenir ces distances et d'é- 
loigner, par cette exposition, l'idée défavorable 



LE NOMBRE DES ÉTOILES, ETC. 1S9 

qu'un grand nombre partagent encore contre, les 
assurances parfaitement fondées de l'astronomie 
moderne. 

; Une réflexion de quelques instants suffira pour 
faire admettre que si la terre se meut dans l'es- 
pace, pendant son cours annuel autour du soleil, il 
doit en résulter pour nous un déplacement appa- 
rent des autres astres dans le ciel. Personne n'a 
mis la tête à la portière d'un wagon sans s'aperce- 
voir que les arbres, les maisons, les collines, les 
divers objets qui accidentent la campagne se meu- 
vent dans un sens opposé à la marche du train, et 
que les objets les plus proches sont ceux qui pa- 
raissent subir le plus grand déplacement, tandis 
que les plus éloignés se meuvent plus lentement, 
jusqu'à l'horizon qui reste à peu près immobile. 
Il doit donc résulter du mouvement de la Terre 
dans l'espace, que les étoiles situées dans 
une région du ciel dont la Terre s'éloigne à une 
certaine époque de l'année paraîtront se resser- 
rer, tandis que les étoiles dont la Terre se 'rap- 
proche paraîtront s'écarter les unes des autres. 
Cet effet sera nécessairement d'autant moins 
grand que les distances des étoiles seront plus 
grandes. 

• Si l'on pouvait mesurer la valeur de l'écart subi 
par une étoile, par suite du mouvement de la 
Terre, on aurait la distance de cette étoile. Voici 
comment : 

Soit cette ellipse la courbe suivie par la Terre 
dans sa marche annuelle autour du soleil, soit S le 



140 I^ES MEIRVËILLES CÉLESTES. 

soleil, TST un diamètre de Torbite terrestre, T et 
T la position de la Terre aux deux extréniités de 
ce diamètre, c'est-à-dire à six mois d'intervalle 
(puisque la Terre fait le tour entier en un an); 




T 

Fig. 23. Mesure des distances célestes. 

soit enfin E Tétoile dont on veut mesurer la 
distance. 

Quand la Terre est située au point T, on mesure 
l'angle STE, formé par le Soleil, la Terre et l'étoile; 
quand la Terre est en T, on mesure l'angle ST'E. 
On sait que dans tout triangle la somme des trois 
angles est égale à deux angles droits, c'est-à-dire 
à 180*; donc, si l'on fait la somme des deux angles 
observés STE et ST'E, et qu'on retranche cette 
somme de 180% on aura la valeur de l'angle 
E, sous-tendu à l'étoile par le diamètre. de l'or- 
bite terrestre. Et cette valeur sera aussi exacte 
que. si l'on avait pu se transporter sur l'étoile 
pour la mesurer directement. La moitié de cet an- 
gle, c'est-à-dire l'angle S ET, est ce qu'on nomme 
la parallaxe annuelle de l'étoile E. Ainsi la pa- 
rallaxe annuelle d'une étoile, c'est Tangle sous 



LE NOMBRE DES ÉTOILES,. ETC. 141 

lequel un observateur placé sur l'étoile verrait de 
face le rayon de Torbite terrestre. 

En prenant toujours des observations corres- 
pondantes à deux points diamétralement opposés 
de Torbite de la Terre , on obtiendra de la sorte, 
dans le cours de Tannée, un grand nombre de me- 
sures de la parallaxe annuelle. Dans notre exem- 
ple et dans notre figure, Tétoile est située au pôle 
de récliptique ; l'opération est la même, quoique 
un peu moins simple pour les autres positions du 
ciel. Dans la pratique, on obtient d'une manière 
exacte la valeur des angles STE, ST'E, en compa- 
rant les positions successives de l'étoile observée à 
celle d'une étoile relativement fixe, qui n'ait pas 
de parallaxe. La grande majorité des étoiles se 
trouve dans ce dernier cas. 

Les recherches des astronomes ont démontré 
qu'il n'est pas une seule étoile dont la paral- 
laxe soit égale à 1". Elles leur sont toutes infé- 
rieures. Pour se faire une idée de cette valeur, il 
faut savoir que la circonférence des cercles astro- 
nomiques qui servent aux observations est divisée 
en 360 parties appelées degrés, chaque degré en 
60 minutes, chaque minutes en 60 secondes. Cette 
valeur d'une seconde est si petite, qu'un fil d'a- 
raignée placé au réticule de la lunette cache entiè- 
rement la portion de la sphère céleste où s'effec- 
tuent les mouvements apparents des étoiles, au 
plus égaux à r. 

L'étoile que ces sortes d'observations ont con- 
staté être la plus proche, c'est l'étoile « du Cen- 



142 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

taure, sa parallaxe est égale à 97 centièmes de 
seconde (O'^jQ?). De Tétoile a du Centaure , le 
rayon de Forbite terrestre est donc réduit à 
0",97. Or, pour que la longueur d'une ligne droite 
quelconque vue de face se réduise à n'apparaître 
plus que sous un angle aussi petit que celui de 
1 seconde, il faut que cette ligne soit à une dis- 
tance de 206 000 fois sa longueur, et pour qu'elle se 
réduise à 0",97, il faut qu'elle soit un peu plus loin 
encore à 211 330 fois sa longueur. C'est là une 
donnée mathématique. Donc l'étoile a du Centaure 
est éloignée de nous de 211 330 fois le rayon de 
l'orbite terrestre, c'est-à-dire de 211330 fois 38 
millions de lieues, soit: 8 073 000 000 000; 

C'est là l'étoile la plus voisine. La lumière mar- 
che pendant trois ans et huit mois pour venir ' 
d'elle à la Terre. Les autres étoiles rapprochées 
se succèdent, comme nous l'avons vu, à des dis- 
tances supérieures à celle-là. 

On voit par ce qui précède que ces résultats, 
quelque prodigieux qu'ils paraissent au premier 
abord, sont dus à des méthodes mathématiques 
d'une grande simplicité. Toute la difficulté de 
ces sortes de déterminations consiste dans l'ob- 
servation extrêmement minutieuse, longue et pé- 
nible, du faible déplacement de l'étoile dans le 
ciel. 

Toutes ces étoiles, vastes comme notre soleil, 
éloignées les unes des autres par de telles dis- 
tances, se succédant à l'infini dans l'immensité des 
espaces, sont en mouvement dans les cieux. Rien 



LE NOMBRE DES ÉTOILES, ETC. 143 

n'est fixe dans Tunivers, il n'y a pas un seul atome 
de matière en repos absolu. Les forces formidables 
dont la matière est animée régissent universel- 
lement son action. Ues mouvements de transla- 
tion des soleils de Tespace dans l'étendue sont 
insensibles à nos yeux, parce qu'ils s'exécutent à 
une trop grande distance; mais ils sont plus ra- 
pides que nulle vitesse que nous puissions observer 
sur la Terre : il y a des étoiles qui sont emportées 
dans l'espace avec une rapidité de vingt lieues par 
seconde. Pour l'œil qui saurait faire abstraction 
du temps comhfie de l'espace, le ciel serait un vé- 
ritable fourmillement d*étoiles. 



^ 



VI 



ÉTOILES VARIABLES, TEMPORAIRES, ÉTEINTES 
OU SUBITEMENT APPARUES. 



« J'étais seul près des flots par une nuit d'étoiles. 
Pas un nuage aux deux, sur les mers pas de voiles. 
Mes yeux plongeaient plus loin que le monde réeL 
Et les bois et les monts, et toute Ja nature, 
Semblaient interroger dans un confus murmure 

Les flots des mers, les feux du cieL 
« Et les étoiles d*or, légions infinies, 
A Toix haute, i voix basse, avec mille harmonies, 
Disaient en inclinant leurs couronnes de feu. 
Et les flots bleus, que rien ne gouverne et n'arrête. 
Disaient en recourbant Técum* de leur crête: 

— C'est le Seigneur, le Seigneur Dieu ! n 

Victor Hugo, Orientales. 



De toutes les merveilles que le télescope a mises 
au jour en cultivant les champs de l'espace, aucune 
n'eut peut-être plus de droits à l'étonnement des 
mortels que l'existence di'étoiles changeautés, pé- 
riodiquement variables, dont la lumière et la cou- 
leur sont soumises à une périodicité d^éclat; du 
moins,aucune révélation télescopique n'a plus sur- 
pris les observateurs. Des étoiles qui, loin de rester 



ÉTOILES VARIABLES, TEMPORAIRES, ETC. 145 

fixes dans une lumière inaltérable , voient leur 
clarté s'affaiblir et se raviver périodiquement! des 
étoiles qui brillant aujourd'hui d'un éclat splen- 
dide seront invisibles demain, et ressuscitéesaprès- 
demainl l'imagination la plus téméraire n'eût ja- 
mais osé inventer de telles créatures; et c'est à 
peine si, maintenant que leur existence est bien 
constatée, l'esprit peut s'accoutumer à la conce- 
voir. 

Il y a des étoiles dont l'éclat subit une variation 
périodique le ramenant tour à tour à son maximum 
et à son minimum d'intensité. Pour bien nous fi- 
gurer en quoi consiste ce changement singulier, 
représentons-nous notre Soleil, et supposons qu'il 
soit soumis à ces variations. Aujourd'hui le voici 
qui rayonne de ses flammes les plus éclatantes 
et déverse dans l'atmosphère échauffée des flots 
d'une éblouissante lumière; pendant quelques 
jours il garde cette même intensité; mais .voilà 
que, le ciel restant pur comme précédemment, 
l'éclat du soleil s'aflfaiblit de jour en jour; au bout 
d'une semaine, il a perdu la moitié de sa lumière ; 
au bout de quinze jours on peut le fixer en face; 
et puis il s'affaiblit encore, devient pâle et morne, 
n'envoyant plus qu'une clarté blafarde à la Terre. 
Nous craignons pour ses jours, et nous nous de- 
mandons avec le traducteur de Plutarque : 

Le Dieu qui du néant vient de tirer le monde 
Va-t-il le replonger dans une nuit profonde ? 
Le soleil, ce flambeau de la terre et des cieux, 
A-t-il vu pour jamais anéantir ses feux ? 

10 



146 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

Mais il renaft, et respérance avec lui. On re- 
marque unpremier progrès dans sa lumière éteinte ; 
elle devient plus blanche, pins éclatante. Son flam- 
beau se rallume et augmente de jour en jour; une 
semaine après son minimum d'intensité il verse 
déjà une lumière et une chaleur qui rappellent le 
foyer solaire. Son accroissement continue. Et lors- 
qu'une période égale à celle de son déclin sera 
passée, le soleil étincelant aura repris toute sa 
force, toute sa grandeur. La Terre est inondée des 
rayons de sa lumière éblouissante et de sa chaleur 
féconde.... Mais elle ne se réjouit pas longtemps 
dans cette splendeur, car déjà le soleil commence 
à reprendre sa voie descendante. Et ainsi de suite, 
toujours. La nature de ce nouveau soleil est d'être 
périodique comme la vertu de notre précédent 
soleil était de garder une lumière et une chaleur 
permanentes. . 

On. conçoit que ces variations d'éclat étonnent 
l'œil observateur qui les contemple dans le champ 
de la vision télescopique. Ces périodes sont de toutes 
les durées. Pour certaines étoiles, par exemple 
pour la trentième de l'Hydre d'Hévéliùs, la période 
est de plus d'un an : de 494 jours. Elle varie en- 
tre le quatrième grandeur et la disparition com- 
plète. L'étoile X du col du Cygne varie de la cin- 
quième à la onzième grandeur dans une période 
de 404 jours. Une autre étoile dont nous avons déjà 
parlé au chapitre des constellations, ode la Baleine, 
appelée aussi la merveilleuse (Mira ceti) varie en 
334 jours entre la deuxième grandeur et la dispa- 



ÉTOILES VARIABLES, TEMPORAIRES, ETC. !^147 

rîtion entière. D'autres astres sont gouvernés par 
des variations plus rapides. L'étoile qui passe le 
plus rapidement de son maximum à son minimum 
est Algol de la tête de Méduse, que nous connais- 
sons déjà (p de Persée). En l jour, 10 heures, 24 mi- 
nutes elle a terminé son déclin ; dans le même laps 
de temps elle est revenue à son maximum; sa pé- 
riode n'est donc que de 2 jours, 20 heures, 48 mi- 
nutes. L'étoile B de Céphée varie dans une période 
de ô joifrs, 8 heures, 37 minutes de la troisième k 
la cinquième grandeur, etc. 

On voit que ces variations sont elles-mêmes très- 
diverses, et qu'il est des soleils qui passent avec 
une étrange rapidité de leur plus grand à leur plus 
petit éclat. Quelles sont les forces prodigieuses qui 
régissent ces gigantesques changements? C'est ce 
que la science n'a pu encore déterminer. Mauper- 
tuis disait que les étoiles changeantes avaient la 
forme de lentilles, qu'elles tournaient perpendicu- 
lairement sur ellesj-mêmes, et qu'elles nous présen- 
taient successivement leur tranche et leur face. A 
l'époque où elles ne présentaient que la tranche, 
c'était le minimum de leur éclat; à l'époque où elles 
présentaient leur face entière, c'était leur maxi- 
mum. Mais existe-t-il des soleils faits en lentille? 
Si la chose est possible, elle n'est pas prouvée. 

Non-seulement il y a des étoiles dont la lumière 
change périodiquement, diminuant parfois jusqu'à 
nous devenir complètement invisible, quoique en 
réalité elles ne s'éteignent pas tout à fait ; il en est 
d'autres dont l'éclat s'est affaibli pour ne plus se 



148 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

réveiller et qui sont à jamais disparues du Ciel. Ge 
sont les étoiles éteintes, dont la liste est assez nom- 
breuse. L'astronome Ulugh-Beigh disait en Tannée 
1437, qu'une étoile du Cocher, que la onzième du 
Loup, que six étoiles, parmi lesquelles quatre de 
troisième grandeur voisines du Poisson austral, 
toutes marquées dans les catalogues de Ptolémée 
et d'Abdurrahman-Suphi, ne se voyaient plus desçn 
temps. Au dix-septième siècle J. D. Gassini, et à la 
fin du dix-huitième W. Herschel, signalèrent un 
grand nombre d'autres étoiles complètement dis- 
parues. Ge sont des systèmes pour lesquels l'heure 
de la fin du monde a sonné. 

En parlant de fin du monde, cette crainte s'est 
réveillée chez les habitants de la Terre , non pas 
lorsque des étoiles disparaissaient du firmament, 
car cette disparition n'était tout au plus remarquée 
que des astronomes, mais bien lorsqu'un astre 
nouveau s'allumait soudain dans le ciel. Il y a en 
efiet des étoiles subitement apparues. L'année 
même du massacre de la Saint-Barthélemy, le 1 1 
novembre 1572, une magnifique étoile de première 
grandeur apparut subitement dans la constellation 
de Giassiopée, effaçant par son éclat les plus belles 
étoiles du ciel. Elle resta pendant dix-huit mois et 
disparut pour ne plus revenir. Les astrologues 
avaient vu que cette apparition était la même que 
celle deâ Mages à la naissance de Jésus-Ghrist, et 
en avaient conclu que le jugement dernier appro- 
chait. Trente-deux ans plus tard, une autre étoile 
nouvelle apparaissait encore, dans la constellation 



ÉTOILES VARIABLES, TEMPORAIRES, ETC. 149 

du Serpentaire. Dès le jour de son apparition , dit 
Àrago Je 10 octobre 1604, elle était blanche; elle 
surpassait en éclat les étoiles de première gran- 
deur, et aussi Mars, Jupiter , et Saturne, dont elle 
setrouyaityoisine.PlusieurslacomparaientàYénus. 
Ceux qui avaient vu l'étoile de 1572 trouvaient que 
la nouvelle la surpassait en éclat. Elle ne parut 
éprouver aucun affaiblissement dans la seconde ^ 
moitié du mois d'octobre ; le 9 novembre , la lu- 
mière crépusculaire qui effaçait Jupiter n'empochait 
pas de voir l'étoile. Le 16 novembre, Kepler l'aper- 
çut pour la dernière fois; mais à Turin , lorsqu'elle 
reparut à l'orient, à la fin de décembre et au com- 
mencement de janvier, sa lumière s'était affaiblie ; 
elle surpassait certainement Antarès, mais n'éga- 
lait pas Arcturus. Le 20 mars 1605, plus petite en 
apparence que Saturne, elle surpassait notam- 
ment les étoiles de troisième grandeur d'Ophiu- 
chus. Le 21 avril, elle parut égale à l'étoile 
luisante du genou d'Ophiuchus , de troisième gran- 
deur.. . . Elle diminua insensiblement. ... le 8 octobre 
elle était encore visible, mais difficilement , à cause 
de la lumière crépusculaire. En mars 1606, elle 
était devenue complètement invisible. 

Ces apparitions , aussi bien que tous les phéno- 
mènes extraordinaires , avaient le don de répandre 
la terreur et de réveiller les idées peu assoupies de 
l'embrasement du monde, de la chute des étoiles, 
de la fin des temps. L'une des plus mémorables 
prédictions est celle de 1588 , annoncée en vers la- 
tins emphatiques, dont voici la traduction : « Après 



150 LES MERVEILLES CÉLESTES.' 

mille cinq cents ans révolus , à dater de la concep- 
tion de la Vierge, la quatre-vingt huitième année 
sera étrange et pleine d'épouvante ; elle amènera 
av^c elle de tristes destinées. Si dans cette terrible 
année le monde pervers ne tombe pas en pous- 
sière, si la terre et les mers ne sont pas anéanties, 
tous les empires du monde seront bouleversés et 
Taffliction pèsera sur le genre humain. » Cette pré- 
diction fut plus tard reprise en faveur , ou plutôt 
en défaveur du dix-septième siècle , et le Mercure 
de France annonça pour Tannée 1788 la plus grande 
des révolutions. Elle passait alors pour avoir été 
trouvée dans le tombeau de Régiomontanus. Les 
auteurs ne croyaient pas dire si vrai en inscrivant 
cette époque mémorable sous le titre de révolu-- 
tion. 

Mais en songeant à ces prédictions, dont la liste 
serait beaucoup plus longue qu'on ne peut le pen- 
ser au premier abord, je ne puis m'empêcher de 
vous rapporter les curieuses mystifications opérées 
en 1524 par l'astrologue allemand Stoffler. Suivant 
lui, le 2Q février de cette année , la conjonction des 
planètes sur les Poissons devait produire un dé- 
luge universel. Les astrologues y ajoutaient foi 
comme le commun des martyrs : la sinistre nou- 
velle parcourut bientôt le monde, et Ton s'apprêta 
à voir l'univers trépasser du temps dans l'éternité. 
«Toutes les provinces des Gaules, dit un auteur 
du temps, furent en une merveilleuse crainte et 
doute d'universel e inondation d'eau et telle que 
nos pères n'avaient vue, ni sue par les historiens, ni 



ÉTOILE VÂHIABUIS, T^PORAIRES, ETC. 151 

autrement. Au moyen de quoi hommes et femmes 
furent en grand doute. Et plusieurs deslogèrent de 
leurs basses demeurances, cherchèrent hauts lieux, 
firent provision de farines et d'autres cas , et se fi- 
rent processions et oraisons générales et publiques, 
à ce qu'il plût à Dieu avoir pitié de son peuple. » 
On vit alors la crainte s'emparer d'une bonne partie 
des esprits. Ceux qui habitaient près de la mer, 
des fleuves ou des rivières, abandonnèrent leurs 
demeures et vendirent à grosses pertes, sans doute 
aux incrédules, leurs propriétés et leurs meubles. A 
Toulouse , un nouveau Noé iit construire un bateau 
pour servir d'arche à sa famille et à ses amis, — et 
probablement aussi à quelques couples de bétes. 
Ce n'est pas le seul , au rapport de l'historiographe^ 
. Bodin : « Il se trouva plusieurs mécréants qui firent 
des arches pour se sauver, quoiqu'on leur prêchât 
la promesse de Dieu et son serment de ne çlus 
faire périr les hommes par le déluge. » 

Maintes et maintes fois cette prédiction fut re- 
nouvelée et, triste remarque, elle trouva toujours 
le même nombre de crédules, quoique chaque fois 
l'événement lui eût donné un démenti formel. En 
1584, la frayeur causée par une annonce de cette 
sorte fut si grande que les églises ne purent conte- 
nir ceux qui y cherchaient un refuge, qu'un grand 
nombre firent leur testament sans réfléchir que 
c'était une chose inutile si tout le monde devait 
périr , et que d'autres donnèrent leurs biens aux 
ecclésiastiques, dans l'espoir que leurs prières re- 
tarderaient le jour du jugement. Je crois qu'aussi 



152 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

longtemps que le inonde vivra, il craindra de 
mourir. 

Elles se doutent bien peu des terreurs qu'elles 
font nattre si innocemment parmi les hommes, ces 
étoiles singulières qui s*allument subitement dans 
les deux pour s'éteindre bientôt après , ces soleils 
variables qui passent par tous les degrés de la lu- 
mière et semblent, comme Castor et Pollux, avoir 
reçu pour destinée un éternel mouvement de tran- 
sition de la vie à la mort, et de la mort à la vie. 
Quelle puissance inconnue préside à ces variations 
de lumière et de chaleur , dont l'influence sur les 
mondes planétaires qui circulent autour de ces as- 
tres , doit être d'une étrange nature î Quelle pensée 
régit ces mouvements et quelle main construisit 
les êtres nés pour vivre en harmonie avec de tels 
systèmes? Quelle distance sépare la nature terres- 
tre , où les années se suivent par une loi perma- 
nente et ramènent successivement les mêmes phé- 
nomènes , de ces mondes où régnent des variations 
si prodigieuses? L'esprit s'étonne dans cetie contem- 
plation et demeure dans l'inconnu.... Vers la fin 
de la nuit, comme l'aurore commençait à faire 
pâlir les étoiles, le poëte anglais Kirke-White ex- 
primait son étonnement en ces termes : 

« vous, étoiles scintillantes, qui occupez encore 
vos places brillantes sur la voûte sombre du do- 
maine de la nuiti Planètes et sphères centrales 
d'autres systèmes, vastes comme le foyer brûlant 
qui rayonne sur ce bas monde quoique à nos yeux 
vous paraissez aussi faibles que l'étincelle du ver 



ÉTOILES VARIABLES , TEMPORAIRES, ETC. 153 

luisant! — Vers vous j'élève mon humble prière, 
tandis qu'émerveillé mon regard voyage à travers 
votre armée céleste. Spectacle trop immense, trop 
illimité pour notre étroite pensée, qui rapetisse 
toutes choses dans ses vils préjugés et ne peut vous 
approfondir ni vous comprendre. De là prenant un 
essor plus élevé, à travers vous j'élève mes pen- 
sées solennelles jusqu'au puissant fondateur de 
cette merveilleuse immensité, le grand Créateur 
qui réside enveloppé dans la solitaire grandeur d'un 
espace sans bornes, sur son trône silencieux qui 
domine les sphères. 

«Mortel orgueilleux, lève les regards vers la 
voûte étoilée, contemple les brillants innombrables 
qui parsèment richement le char impérial de la 
nuitl Les télescopes te montreront les myriades 
plus serrées que les sables des mers. Chacun de ces 
petits flambeaux est la grande source de lumière, 
le soleil central autour duquel une famille de pla- 
nètes voyage fraternellement; chaque monde est 
peuplé d'êtres vivants semblables à toi. Maintenant, 
mortel orgueilleux, où est ta grandeur passée? qui 
es- tu sur l'amphithéâtre de l'univers? Moins que 
rien, en vérité ! Pourtant, le Dieu qui éleva ce mer- 
veilleux édiGce des mondes, a soin de toi, aussi 
bien que du mendiant qui demande les restes de 
ta table. » 



VII 



LES UNIVERS LOINTAINS, SOLEILS DOUBLES, MULTIPLES, 
COLORÉS. 



Par delà l'infini des deux, 
Je Tis encore une étendue 
Où des soleils mystérieux, 
Qui se cachent à notre vue, 
illuminent d'autres mortels. 
Ifà notre terre est inconnue. 
Là sont d'immenses archipels 
Dont les humains, sans se connaître, 
Adorent tous le même Maître, 
Chacun sur différents autels. 



Les merveilles qui viennent de passer sous nos 
yeux pâlissent encore devant celles dont nous ap- 
prochons. Ici, ce que nous appelons la nature est 
entièrement bouleversé. Nos observations, les idées 
issues de Texpérience, nos classifications, nos ju- 
gements en ce qui concerne les œuvres de la nature, 
n'ont plus la moindre application. Nous sommes 
réellement dans un autre monde, étrange, invrai- 
semblable, non naturel pour nous. La vie, les forces 



LES UNIVERS LOINTAINS, ETC. 165 

qui Tentretiennent.la lumière, la chaleur, l'électri- 
cité, les périodes des jours et des nuits, les saisons, 
les années, le monde visible et invisible, tout est 
transformé. Nous voici à la surface de globes qélestes 
illuminéspar plusieurs soleils, de toutes grandeurs, 
de toutes lumières, de toutes couleurs, par des 
lunes aux disques multicolores. Rien d'approchant 
ne s'est vu sur la terre : est-ce vraiment là notre 
création ? ne sont-ce pas d'autres univers? 

Résumons doncen un même panorama les études 
que nous avonsfaitessur la nature de ces mondes*, 
et observons les types essentiels de l'étonnante di- 
versité qui les sépare du nôtre. 

La blanche lumière de notre soleil déverse ses 
rayons éclatants du haut de l'azur, et grâce à l'at- 
mosphère transparente dont les mille réflexions 
forment un véritable réservoir de lumière, tous les 
objets qui ornent ou peuplent la surface du globe 
sont enveloppés de cette clarté. Cependant cette lu- 
mière blanche n'est pas simple. Elle renferme dans 
son rayon la puissance de toutes les couleurs pos- 
sibles, et les corps, au lieu de nous paraître tous 
revêtus d'une blancheur uniforme, absorbent cer- 
taines couleurs de ce rayon complexe et réflé- 
chissent les autres : c'est cette réflexion qui constitue 
à no? yeux la coloration de ces corps. Elle dépend 
donc de l'agencement moléculaire de la surface ré- 
fléchissante , de sa disposition à recevoir certains 
rayons du spectre et à renvoyer les autres. Mais la 

1, V. Annuaire du Cosmos pour l'année 1865. 



156 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

somme de toutes ces couleurs constitue le blanc 
originaire, source unique de ces apparences di- 
verses. 

Il est bon de se rappeler maintenant que cette 
théorie applicable au monde organique reçoit 
encore une importance plus considérable lorsqu'on 
envisage le mode de coloration de substances orga- 
niques; la beauté des plantes, la diversité des prai- 
ries, Vot des sillons, la blancheur du lis, l'écar- 
4ate, Torangé, Tazur et les nuances ravissantes qui 
font la richesse des fleurs; l'éclat du plumage chez 
les petits oiseaux des tropiques , la neige des co- 
lombes, la fourrure fauve du lion du désert comme 
le rayonnement des blondes chevelures : c*est à la 
lumière blanche de notre soleil qu'il faut remonter 
pour Texplication de la beauté visible, c'est en elle 
que réside la source des nuances infinies qui déco- 
rent les formes de la nature. 

Or supposons un instant qu'au lieu de la blanche 
source de toute lumière qui nous inonde, nous 
ayons un soleil bleu foncé. Quel changement à vue 
aussitôt s'opère dans la nature ! Les nuages perdent 
leur blancheur argentée et l'or de leurs flocons 
pour étendre sous le ciel une voûte plus sombre; 
la nature entière se couvre d'une pénombre colorée; 
les plus belles étoiles restent dans le ciel du j[our; 
les fleurs assombrissent l'éclat de leur brillante 
parure ; les campagnes se succèdent dans la brume 
jusqu'à rhorîzon invisible; un jour nouveau luit 
sous les cieux. L'incarnat des joues fraîches eflace 
son duvet naissant, les visages semblent vieillir, et 



LES UNIVERS LOINTAINS, ETC. 157 

l'humanité se demande, étonnée, l'explication 
d'une formation si étrange. Nous connaissons si peu 
le fond des choses , nous tenons tant aux apparences, 
que l'univers entier nous semble renouvelé par 
cette légère modification de lumière solaire. 

Que serait-ce si , au lieu d'un seul soleil indigo, 
suivant avec régularité son cours apparent, s'as- 
surant les années et les jours par son unique do- 
mination , un second soleil venait soudain s'unir à 
lui , un soleil d'un rouge écarlate disputant sans 
cesse à son partenaire l'empire du monde des cou- 
leurs? Imaginez-vQus qu'à midi, au moment où 
notre soleil bleu étend sur la nature cette lumière 
prépombrable que nous décrivions tout à l'heure, 
rincendie d'un foyerresplendissant allume à l'orient 
ses flammes. Des silhouettes verdâtres se dressent 
soudain à travers la lumière diffuse, et à l'opposite 
de chaque objet une traînée sombre vient couper 
la clarté bleue étendue sur le monde. Plus tard le 
soleil rouge monte tandis que l'autre descend , et 
les objets sont colorés , à Torient des rayons du 
rouge, à l'occident des rayons du bleu. Plus tard 
encore , un nouveau midi luit sur la terre , tandis 
qu'au couchant s'évanouit le premier soleil, et dès 
lors la nature s'embrase d'un feu rouge écarlate. Si 
nous passons à la nuit, à peine l'occident voit-il 
p&lir comme de lointains feux de bengale les der- 
niers rayonnements de la pourpre solaire, qu'une 
aurore nouvelle fait apparaître à l'opposite les lueurs 
azurées du cyclope à l'œil bleu. L'imagination des 
poètes, le caprice des peintres, créeront-ils sur la 



156 LES MERVEILLES GÉLBSTI2.S. 

palette de la fantaisie un inonde de lumière plus 
hardi que celui-ci? La main folle de la chimère, 
jetant sur sa toile docile les éclats bizarres de sa 
volonté, édiliera-t-elle au hasard un édifice plus 
étonnant que celui-ci? -- Hugel a dit que « tout ce 
qui est réel est rationnel , » et que « tout ce qui est 
rationnel est réel. » Cette pensée hardie n'ex- 
prime pas encore toute la vérité. 11 y a bien des 
choses qui ne nous paraissent point rationnelles et 
qui néanmoins existent en réalité dans Tune des 
créations sans nombre de l'infini qui nous entoure. 

Ce que nous venons de dire à*propos d'une terre 
éclairée par deux soleils de diverses couleurs, dont 
l'un serait bleu foncé et l'autre rouge écarlate, n'ai 
rien d'imaginaire. Par une belle nuit calme et pure, 
prenez votre lunette et regardez dans Persée, ce hé- 
ros sensible marchant en pleine Voie lactée ettenant 
en main la tête de Méduse; regardez, dis-je, l'étoile 
y\ : voilà au grand jour notre monde de tout à 
l'heure. La grande étoile est d'un beau rouge, Tau-^ 
tre est d'un bleu sombre. A quelle distance ce 
monde étrange est-il situé? c'est ce que nul ne peut 
dire* On peut seulement affirmer qu'à raison de 
77 000 lieues par seconde , la lumière met plus de 
cent ans à nous venir de là. 

Mais ce monde n'est pas le seul de son genre. 
Celui de y d'Ophiuchus lui ressemble à un tel point 
qu'on pourrait facilement s'y tromper et les prendre 
i'un pour l'autre ( à cette distance -h , ce serait, il 
est vrai , pardonnable ). Seulement dans le système 
d'Ophiuchus le soleil bleu n*est pas aussi foncé 



LES UNIVERS LOINTAINS, ETC. 159 

que dans l'autre. Une étoile du Dragon ressemble 
beaucoup aux précédentes ; mais chez elle le graiid 




soleil est d*un rouge plus foncé ; une autre du Tau- 
reau a son grand soleil rouge, son petit bleuâtre ; 



160 L£8 MERVEILLES CÉLESTES. 

une autre encore, v) d'Argo, a son grand soleil bleu 
et son petit rouge sombre. 

Âinsivoilà notre monde imaginaire réalisé en plu- 
sieurs endroits de l'espace. Et il y a, à n'en pas dou- 
ter, de^ yeux humains qui là-bas contemplent cha- 
que jour ces merveilles. Qui» sait? — et la chose est 
très-probable — ils n'y font peut-être guère atten-r 
tion, et dès leur berceau habitués comme nous à la 
même vue, ils n'apprécient pas la valeur pittores- 
que de leur séjour. Ainsi sont faits les hommes. 
Le nouveau; l'inattendu seul les touche; quant au 
naturel,, il semble que c'est là un état éternel, né- 
cessaire, fortuit, de l'aveugle nature, et qui ne 
mérite pas la peine d'être observé. Si les humains 
de là-bas venaient chez nous, tout en reconnais- 
sant la simplicité de notre petit univers, ils ne 
manqueraient pas de l'observer avec surprise, et 
de s'étonner de notre indifférence. 

C'est sans doute après avoir rêvé à ces étranges 
et lointains univers, que Victor Hugo écrivit les 
strophes suivantes : 



c S'il nous était donné de faire 

Ce voyage démesuré, 

Et de voler de sphère en sphère 

A ce grand soleil ignoré ; 

Si, par un archangequi Paime, 

L'homme aveugle, frémissant, blême, 

Dans les profondeurs du problème, 

Vivant, pouvait être introduit ; 

Si nous pouvions fuir notre centre. 

Et, forçant l'ombre où Dieu seul entre, 



LES UNIVERS LOINTAINS, ETC. 161 

Aller voir de près dans leur antre 
Ces énormités de la nuit; 

f Ce qui t'apparaltrait te ferait trembler, ange ! 
Rien, pas de vision, pas de songe insensé, 
Qui ne fût dépassé par ce spectacle étrange ; 
Monde infernal, et d'un tel mystère tissé, 
Que son rayon fondrait nos chairs, cire vivante, 
Et qu'il ne resterait de nous dans l'épouvante 
Qu'un regard ébloui sous un front hérissé. 
Tu verrais! — un soleil, autour de lui des mondes. 
Centres eux-môme ayant des lunes autour d'eux ; 
Là, des fourmillei^ents de sphères vagabondes ; 
Là des globes jumeaux qui tournent deux à deux, d 

Les soleils qui constituent ces systèmes multi- 
ples diffèrent donc encore du nôtre par leur colo- 
ration. Dans leur variété, parmi l'ensemble des 
astres, une nouvelle variété se manifeste encore. 
Les systèmes binaires colorés ne se composent pas 
unanimement des soleils rouges et bleus auxquels 
nous faisions allusion, tout à l'heure; les moyens 
ne leur font pas défaut; il en est ici comme dans 
Tuniversalité des productions de la nature ; c'est à 
une source intarissable qu'elle a puisé pour la ri- 
chesse et le luxe dont elle a décoré ses œuvres. 

Voici par exemple le beau système de y d'Andro- 
mède. Le grand soleil central est orangé, le petit 
qui gravite à l'entour est vert émeraude. Que ré- 
sulte-il du mariage de ces deux couleurs? L'orange 
et l'émeraude? N'est-ce pas là un assortinent plein 
de jeunesse, si cette métaphore est permise? Un 
grand et magnifique soleil orange au milieu du 

u 



162 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

ciel; puis une émeraude brillante et qui gracieu- 
sement vient mariera Tor ses reflets verts. 

Voici encore dans Hercule,deux soleils rouge et 
vert; dans la chevelure de Bérénice : Tune rouge 
pâle, l'autre d'un vert limpide; dans Cassiopée, 
soleil rouge et soleil vert : nouvelle série de 
nuances tendres et ravissantes. 

Changeons la vue ; il suffit pour cela de consi- 
dérer d'autres systèmes, il y a plus de variété 
parmi eux que dans tous les changements à vue 
que l'opticien peut produire sur l'écran d'une lan- 
terne magique. Tels univers planétaires éclairés 
par deux soleils ont toute la série des couleurs 
renfermées au-dessous du bleu et ne connaissent 
point les nuances éclatantes de l'or et de la pour- 
pre qui jettent tant de vivacité sur le monde. C'est 

- dans cette catégorie que se trouvent placés certains 
systèmes situés dans les constellations d'Andro- 
mède, du Serpent, d'Ophiuchus, de la chevelure 
de Bérénice, etc. Tels ne connaissent que des so- 
leils rouges, comme une étoile double du Lion par 

'exemple. Tels autres systèmes sont voués au bleu 
et au jaune, ou du moins sont éclairés par un soleil 
bleu et un soleil jaune qui ne leur donnent qu'une 
série limitée de nuances comprises dans les combi- 
naisons de ces couleurs primitives; tels sont des 
systèmes de la Baleine, de l'Éridan dont Tune est 
couleur de paille et l'autre bleue, de la Girafe, 
d'Orion, de la Licorne, des Gémeaux, du Bouvier, 
la grande jaune, la petite bleu-verdâtre, du Cygne, 
dont la petite est d'un bleu intense. Nous avons 



LES UNIVERS LOINTAINS, ETC. 163 

d'uni autre côté les assortiments du rouge et du 
vert; comme on en voit dans Gassiopée, la Cheve- 
lure et Hercule. 

D'autres systèmes stellaires se rapprochent da- 
vantage du nôtre, en ce sens que Tun des soleils 
qui les illuminent a comme le nôtre une lumière 
blanche, source de toutes les couleurs, tandis que 
son voisin vient rejeter un reflet permanent sur 
toutes choses. Voici par exemple les mondes qui 
circulent autour du grand soleil d'à du Bélier; ce 
grand soleil est blanc, mais on voit constamment 
dans le ciel ua autre soleil plus petit, dont le reflet 
bleu couvre comme d'un voile les objets exposés à 
ses rayons. La 26* de la Baleine se trouve dans les 
mômes conditions, et il en est de même d'un très- 
grand nombre d'étoiles, parmi les plus brillantes. 
Telle est l'étoile /i du col du Cygne, qui est en outre 
l'une des variables les plus remarquables : dans une 
période de 404 jours, le grand soleil Blanc diminue 
de la cinquième à la onzième grandeur et revient 
à son état primitif. Pour les mondes qui gravitent 
autour du soleil principal dans ces systèmes binai- 
res, la lumière blanche originaire paraît donner 
naissance aux variétés infinies que nous observons 
sur la terre, avec réserve d'un reflet bleu constam- 
ment issu de l'autre soleil : mais pour les planètes 
qui gravitent autour de celui-ci, c'est la coloration 
bleue qui domine tandis que l'action du soleil blanc 
plus éloigné n'est que secondaire. 

De même qu'il y a des soleils blancs accompagnés 
de soleils bleus, de même il en est accompagnés de 



\6k LES MERVEILLES CÉLESTES. 

soleils rouges ou jaunes.... Mais je ne m'arrêterais 
pas dans cette énumération, si je voulais passer en 
revue toute l'armée du ciel. 

Quelle variété de clarté, deux soleils, Tun rouge, 
et l'autre vert, l'un jaune et l'autre bleu, doivent 
répandre sur une planète qui circule autour de l'un 
ou de l'autre; à quels charmants constrastes, à 
quelles magnifiques alternatives doivent donner 
lieu un jour roiige et un jour vert, succédant tour à 
tour à un jour blanc et aux ténèbres 1 Quelle nature 
est-ce là ! Quelle inimaginable beauté revêt d'une 
splendeur inconnue ces terres lointaines dissémi- 
nées au fond des espaces sans fin ? 

Si comme notre lune qui gravite autour du globe, 
comme celle de Jupiter, de Saturne, qui réunissent 
leurs miroirs sur l'hémisphère obscur de ces mon- , 
des, les planètes invisibles qui se balancent là-bas 
sont entourées de satellites qui sans cesse les ac- 
compagnent; quel est l'aspect de ces lunes éclairées 
par plusieurs soleils? Cette lune qui se lève des 
montagnes lumineuses est divisée en quartiers di- 
versement colorés, l'un rouge, l'autre bleu : — cette 
autre n'ojffre qu'un croissant jaune; celle-là est 
dans son plein, elle est verte et paraît suspendue 
dans les deux comme un immense fruit. Lune 
rubis, lune émeraude, lune opale: quels diamants 
célestes! nuit de la terre, qu'argenté modeste- 
ment notre lune solitaire, vous êtes bien belle, 
quand l'esprit calme et pensif vous contemple I Mais 
qu'êtes-vous à côté des nuits illuminées par ces 
lunes merveilleuses? 



LES UNIVERS LOINTAINS, ETC. 165 

Et que sont les éclipses de soleil sur ces mondes? 
Soleils multiples, lunes multiples^ àquelsjeuxinfinis 
vos lumières mutuellement éclipsées donnent-elles 
naissance! Le soleil bleu et le foleil jaune se rap- 
prochent; leur clarté combinée produit le vert sur 
les surfaces éclairées par tous deux, le jaune ou le 
bleu sur celles qui ne reçoivent qu'une seule lu- 
mière. Bientôt le jaune s'approche sous le bleu ; 
déjà il entame son disque et le vert répandu sur le 
monde pâlit, pâlit, jusqu'au moment où il meurt, 
fondu dans Tor qui verse dans l'espace ses rayon- 
nements cristallins. Une éclipse totale colore le 
monde en jaune. Une éclipse annulaire montre une 
bague bleue autour d'une pièce d'or. Peu à peu, 
insensiblement, le vert renaît, et reprend son 
empire. 

Ajoutons à ce phénomène celui qui se produirait 
si quelque lune venait au beau milieu de cette 
éclipse dorée couvrir le soleil jaune lui-même et 
plonger le monde dans l'obscurité, puis suivant la 
relation existant entre son mouvement et celui 
du soleil, continuer de le cacher après sa, sortie 
du disque bleu et laisser alors la nature retom- 
ber sous le rideau d'une nouvelle couche azurée. 
Ajoutons encore.... mais non, c'estle trésor inépui- 
sable de la nature: y plonger à pleines mains c'est 
n'y rien prendre. 

J'aime terminer ces descriptions par un chant 
gracieux, œuvre du poète américain Bryant, par le 
Chant des étoiles. Ces strophes sont à leur place na- 
turelle, après lés harmonies de lumière et de ra« 



166 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

vissantes colorations que nous venons d'observer 
dans le monde de ces étoiles lointaines. 

•c Lorsque le matin radieux de la création s'éleva, 
et que le monde s'éveilla dans le sourire de Dieu ; 
lorsque les royaumes déserts de l'obscurité et de la 
mort sentirent le souffle de sa puissance émouvoir 
leurs profondeurs, que les orbes splendides, que 
des sphères enflammées, de Tabîme du vide s'éle- 
vèrent par myriades dans la joie de la jeunesse; 
comme elles s'élançaient en avant pour jouer dans 
les profondeurs grandissantes de l'espace, leurs 
voix argentines s'unirent en chœur, — et* voici le 
chant que chantait l'une des plus brillantes : 

« En avant! en avant! parmi les vastfts, les vastes 
cieux, parmi les Jjeaux champs d'azur qui s'éten- 
dent devant vous. Voguez, soleils accompagnés des 
mondes qui roulent autour de vous; et vous, pla- 
nètes suspendues sur votre pôle tournant, avec vos 
îles de verdure, vos blancs nuages et vos ondes 
couchées, comme une lumière fluide. 

« Car la source de la gloire dévoile sa face, et la 
lumière déborde l'espace sans bornes. Nous bu- 
vons en voguant les marées lumineuses dans notre 
air limpide et nos plaines fleuries. Ah! oui. Vo- 
guez au delà des vivantes splendeurs! Suivez en 
chantant notre chemin joyeux. 

« Regardez ! regardez ! là-bas, à travers nos 
rangs étincelants, dans l'azur infini, étoile après 
étoile, comme ces astres brillent et fleurissent lors- 
qu'ils passent dans leur course rapide ! Gomme la 
verdure court sur leur masse roulante, comme les 



LES UNIVERS LOINTAINS, ETG. 167 

vents légers marquent leur passage lorsque les 
petites vagues s'émeuvent et que se courbe la tète 
des jeunes bois. 

« Voyez, le jour plus brillant verse ses rayons, 
comme Farc-en-ciel se suspend dans Tonde de 
Tatmosphère' éclairée 1 Et les crépuscules du matin 
et du soir avec leurs richesses de nuances, lors- 
qu'ils descendent sur les brillantes planètes y ré- 
pandant leur rosée ! et entre eux, sur les régions 
fécondes, la nuit qui les couvre de son cône 
d'ombre. 

«En avant! en avant! Dans nos bocages en 
fleurs, dans la douce brise enveloppant les sphères, 
dans les mers et les sources qui brillent avec Tau- 
rore, voyez, l'amour court, la vie naît, des my- 
riades d'êtres respirent et se séparent de la nuit 
pour se réjouir comme nous dans le mouvement et 
dans la lumière. 

« Glissez dans votre beauté, 6 sphères pleines de 
jeunesse! dominant la danse qui mesure les an- 
nées. Glissez dans la gloire et dans la joie qui 
s'étend jusqu'aux plus lointaines frontières du fir- 
mament, source visible de Celui dont le front se 
cache sous un voile devant lequel pâlissent nos 
flaiTibeaux. » 



c^ 



LE DOMAINE DU SOLEIL 



LE SYSTÈME PLANÉTAIRE. 



Dans le centre éclatant de ces orbes immenses 
Qui n'ont pu nouR cacher leur marche et leurs di stances 
Luit cet astre du jour, par Dieu même allumé, 
Qui tourne autour de soi sur son axe enflammé : 
Drlui partent sans fin des torrents de lumière ; 
Il donne en se montrant la vie à la matière, 
Et dispense les jours, les saisons et les ans, 
A des mondes divers, autour de lui flottants. 
Ces astres, asservis à la loi qui les presse, 
S'attirent dans leur course et s'évitent sans cesse, 
Se servent l'un à l'autre et de règle et d'appui, 
Se prêtent les clartés quils reçoivent de lui. 
Au delà de leurs cours, et loin dans cet espace 
Où la matière nage et que Dieu seul embrasse 
Sont des soleils sans nombre et des mondes Bans fin.... 
Par delà tous ces cieuz le Dieu des cienx réside. 
Voltaire. 



Nous allons descendre de l'ensemble des étoiles 
à une étoile particulièrei et de la contemplation 
générale de notre univers à Tètude d'une région 
linàitée. Après avoir embrassé l'étendue de ce vaste 
et imposant domaine exploré par la scie[nce, nous 
concentrerons nos regards sur une seule cité, 
comme l'observateur qui, Voulant se rendre compte 



172 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

de la position d'une villa au milieu d'un paysage, 
après avoir examiné d'abord les alentours et les 
sites qui l'environnent, concentre son attention sur 
la cité elle-même. Si l'immensité des nombres où 
l'infini de cette étendue ne viennent plus dans cette 
contemplation nouvelle étonner notre esprit et 
confondre nos facultés, les caractères inaliénables 
qui distinguent universellement les œuvres de la 
nature, nous révéleront des beautés plus sensibles 
et plus touchantes, non moins dignes de notre at- 
tention. Dans l'œuvre parfaite de la nature, les plus 
modestes d'entre les êtres laissent encore voir sur 
leur front le signe divin de leur origine, et les plus 
simples d'entre les créations permettent d'appré- 
cier en elles une splendeur cachée non moins mer- 
veilleuse que les manifestations les plus éclatantes. 
Ainsi les rayonnements splendides de l'aurore bo- 
réale, que l'ombre gigantesque d'une main invi- 
sible élève sur les glaces du pôle, sont produits 
dans une couleur plus vive et dans un aspect plus 
ravissant encore sur les corolles parfumées des 
petites fleurs ajiix nuances si tendres. 

Que l'on n'aille pas croire pour cela cependant 
que nous allons descendre à de petits objets. Pour 
ne pas être infinis ils n'en sont pas moins fort res- 
pectables; ce sont encore des formes colossales à 
l'aspect desquelles l'imagination reste confondue. 
Nous allons nous entretenir du système de mondes 
auquel la terre appartient et auquel le Soleil com- 
mande. 

Peut-être même ressentirons-nous un intérétplus 



LE SYSTÈME PLANÉTAIRE. 173 

grand â nous entretenir des choses qui nous touchent 
de plus près, que de celles dont Téloignement nous 
rend étrangères les richesses les plus précieuses. 
Nous voici, en effet, à peu près arrivés à notre de- 
meure dans Tespace. Descendus des hauteurs de la 
création sidérale, après avoir commencé notre étude 
par la circonférence fictive que les limites de notre 
vue amplifiée par les instruments décrivent autour 
du point que nous habitons, nous nous sommes 
successivement rapprochés du centre. L'observa- 
tion de notre quartier céleste n'est-elle pas plus 
intéressante que celle des autres cités de l'espace? 

Le Soleil qui nous éclaire est une des étoiles de 
la Voie lactée, unité perdue dans les millions qui 
constituent cette nébuleuse. Mais ce n'est plus 
comme étoile que nous devons l'examiner mainte- 
nant : c'est comme centre d'un système de mondes 
groupés autour de lui. 

Autour de cet astre lumineux sont réunis des 
astres opaques, obscurs par eux-mêmes, et qui 
reçoivent de lui leur lumière et leur chaleur. Ces 
astres obscurs sont nomn^és planètes. Pour facili- 
ter leur étude et pour aider à les mieux recon- 
naître, on peut d'abord les diviser en deux groupes 
bien distincts : 

Le premier, voisin du Soleil, est formé de quatre 
planètes, de petite dimension relativement à celles 
du second groupe. Ces quatre planètes sont, dans 
l'ordre des distances au soleil ; Mercure^ Yénus^ la 
Terre et Mars. 

Le second, plus éloigné du Soleil, est aussi formé 



174 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

de quatre planètes; mais elles sont très-grosses si 
on les compare aux précédentes. Ces quatre mondes 
sont^ dans l'ordre des distances à l'astre radieux : 
Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune. Ces astres sont 
si volumineux que les quatre premiers réunis en 
un seul ne formeraient pas encore un globe de la 
grosseur du plus petit d'entre eux. 

Maintenant, entre ces deux groupes bien dis- 
tinctSy il en est un troisième, formé d'un nombre 
considérable de petits corps dont on connaît déjà 
plus de quatre-vingts. Ces petites planètes occupent 
respace qui s'étend du premier au second groupe. 
Comparées aux autres globes du système, ce sont 
de bien petits corps, en effet, car la plupart d'entre 
elles mesurent moins de cent lieues de diamètre, 
et dans quelques-unes même ce diamètre est à 
peine de quelques lieues. Ce sont de modestes dé- 
partements. 

Ces planètes, grosses et petites, sont les mem- 
bres principaux de la famille. Il faut maintenant 
leur adjoindre des membres secondaires, des satel- 
lites qui appartiennent à quelques-uns d'entre 
eux et sont groupés jutour des planètes comme 
celles-ci le sont autour du Soleil. De ces satellites, 
la Terre en possède un : la Lune ; Jupiter quatre, 
Saturne huit, Uranus un même nombre, et Nep- 
tune probablement deux. 

A quelles distances ces corps planétaires sont-ils 
situés autour de l'astre central? Mercure, le plus 
proche, réside à 15 millions de lieues du Soleil; 
Vénus, qui vient ensuite, à 27 millions, la Terre à 



LE SYSTÈME PLANÉTAIRE. 175 

38 millions et Mars à 58 millions. Le groupe des 
petites planètes occupe une zone éloignée, en 
moyenne de 100 millions de lieues du flambeau 
central. Puis viennent les quatre grosses planètes : 
Jupiter y presque à 200 millions de lieues ; Sa- 
turne à 464 millions, Uranus à 733 millions, et 
Neptune, la dernière, à 1 milliard 147 millions de 
lieues. Les unes et les autres circulent aux dis- 
tances respectueuses qui viennent d'être énoncées, 
et tournent autour du soleil en un temps plus ou 
moins long, selon qu'elles sont plus ou moins éloi- 
gnées de cet astre. Les plus proches ayant moins 
de chemin à faire et étant plus fortement attirées, 
circulent plus rapidement; les plus éloignées mar- 
chent avec lenteur, comparativement aux précé- 
dentes. La Terre emploie 365 jours à accomplir sa 
révolution; Mercure 88 seulement, tandis que Nep- 
tune met plus de 164 ans. Ces mouvements sont 
réglés par une loi admirable et fort simple, trouvée 
par l'illustre Kepler, après trente ans de recher- 
ches. Exprimée en termes astronomiques, cette 
loi s'énonce ainsi : « Les carrés des temps des révo- 
lutions sont comme les cubes des distances. » En 
d'autres termes, en multipliant trois fois par lui- 
même le nombre qui représente la distance d'une 
planète au soleil, on a le double du temps de sa 
révolution, multiplié par lui-même. Avec un peu 
d'attention on voit combien est simple oette loi 
formidable, qui dirige tous les mouvements célestes 
dans l'espace. Ainsi, par exemple, Jupiter est cinq 
fois plus loin du Soleil que la Terre. Je multiplie 



176 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

trois fois ce nombre par lui-même : 5 x 5 x 5 = 125. 
Eh bien, ce nombre 125 est précisément le double 
du temps de la révolution de Jupiter, multiplié par 
lui-même. Il en est de même pour toutes les pla- 
nètes, tous les satellites, tous les corps célestes. — 
Je dois ajouter, à l'usage de ceux qui voudraient 
aller plus loin en astronomie, que ces rapports ne 
sont pas rigoureusement exacts, et que s'ils Tétaient 
le système du monde serait bientôt bouleversé. 

Ces mouvements, dont la formule fut trouvée par 
Kepler ont pour cause l'attraction ou la gravitation 
uniyerselle, dont la loi fut trouvée par Newton. 
Tous les corps s'attirent dans la nature ; le Soleil 
attire la Terre, la Terre attire la Lune, et dans 
rinfiniment petit comme dans l'infîniment grand, 
on voit les molécules élémentaires s'attirer les unes 
les autres par la loi d'affinité, et constituer la ma- 
tière visible, qui n'est qu'un assemblage d'atomes 
juxtaposés. C'est en vertu de cette force universelle 
que les mondes lancés dans l'espace suivent une 
courbe autour du Soleil ; de cette courbe rapide- 
ment parcourue résulters^it une force contraire qui, 
semblable à celle dont la pierre est animée lors- 
qu'elle s'échappe de la fronde, rejeterait les pla- 
nètes hors de leurs orbites si l'attraction du Soleil 
ne les retenait captives. C'est en effet l'attraction 
qui régit le monde, comme l'a chanté notre pen- 
seur Eugène Nus : 

La loi d'amour est souveraine 
Partout son doux verbe est écrit. 



LE SYSl:ÈME PLANÉTAIRE. 177 

Elle féconde, unit, entraîne, 
La matière comme l'esprit. 
La terre s'échauffe à vos flammes; 
Les deux modulent vos accords, 
Amour, attraction des âmes,' 
Attraction, amour des corps ! 



Pour compléter cette esquisse sommaire de l'em- 
pire du Soleil, il faut encore ajouter aux sujets pré- 
cédents, certains astres voyageurs qui, sans sortir 
de son empire, sont toujours en voyage. Ils vien- 
nent de temps en temps faire une visite à la capi- 
tale, puis s'en retournent en province, à toutes les 
distances imaginables. Ce sont les comètes, êtres 
vagabonds s'il en fut jamais, voyageurs infatigables, 
mais que l'attraction puissante de l'astre solaire 
retient toutefois dans les limites de son domaine. 

Tel est le petit groupe de mondes dont notre 
soleil est le souverain. Représentez-vous un ma- 
gnifique vaisseau, le Léviathan, par exemple, pla- 
nant en pleine mer. Autour de lui circulent une 
quantité de petites chaloupes qui ne lui vont pas 
à la cheville, et, autour de quelques-unes de ces 
chaloupes, de petits bateaux d'enfants comme on 
en voit sur les bassins de nos squares. Les cha- 
loupes, placées à diverses distances, circulent au- 
tour du grand vaisseau, et les petits bateaux tour- 
nent autour des chaloupes. Enfin une quantité de 
canots s'éloignent et s'approchent alternativement 
du Léviathan en suivant des ovales. 

Cette flotte d'embarcations variées n'est pas im- 
mobile sur rOcéan ; et voici le point le plus mer- 

12 



178 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

veilleux. Par-dessus tous les mouvements circu- 
laires dont je viens de parler, il faut voir le 
mouvement collectif de la flotte, emportée sur la 
plaine liquiJe par le vaisseau -maitre. Fixe au mi« 
lieu des chaloupes qui circulent autour d'elle^ la 
grande nef brillante vogue sur l'Océan, entraînant 
avec elle tous ses petits sujets, sans qu'ils s'en 
aperçoivent, occupés qu'ils sont à tourner fidèle- 
ment autour du centre. Oui, le Soleil qu'elle repré- 
sente, vogue dans l'espace, entraînant avec lui 
Terre, lune, planètes, comètes et tout son système. 
Où va-t-il? vers quel point sommes-nous tous di- 
rigés?Ouelejtlelieu de l'espace qui voit venir vers 
lui notre flotte grandissante? 

Allons-nous sur des bords de silence et de de ail, 
Échouant dans la nuit sur quelque vaste écueil, 
Semer Timmensité des débris du naufrage ? 
Ou, conduits par sa main sur un brillant rivage, 
Et sur Pancre éternelle à jamais affermis, 
Dans un golfe du ciyl aborder endormis? 

Il me serait difficile de vous dire si nous allons 
échouer sur quelque écueil ou jeter Tancre dans 
un golfe; je crois plutôt que nous allons continuer 
indéfiniment notre marche! en suivant dans le 
ciel une orbite gigantesque. Nous nous dirigeons 
actuellement vers une imposante constellation, 
la constellation d'Hercule, située, comme on l'a 
vu, entre la Lyre et le Bouvier : c'est là où nous 
tendons. Un jour on verra une petite étoile arriver 
dans cette constellation, entre les étoiles fx et 7:, à 
un quart de la distance de la seconde à la prenaière. 



LE SYSTÈME PLANÉTAIRE. 179 

A cette époque l'aspect général des constellations 
commencera à changer pour nous, attendu que 
les étoiles dont nous approchons s'écartent les unes 
des autres, que celles dont nous nous éloignons se 
resserrent, et que de chaque côté de nous elles 
semblent reculer ; mais cette époque est à une telle 
distance de nous que les meilleurs yeux n'y peu- 
vent arriver. Le Soleil nous emporte, il est vrai, 
avec une vitesse d'environ deux lieues par seconde, 
mais il y a une telle distance entre chaque étoile 
que cette vitesse est à peu près insignifiante. On se 
souvient qu'il est des étoiles dont le mouvement est 
plus rapide encore. 

Tel est l'aspect sous lequel il convenait d'em- 
brasser le Soleil en passant de son rôle d'étoile à 
son rôle de chef de système. Maintenant ce dernier 
rôle sera le seul que nous étudierons. Lés étoiles 
étant des soleils, il est plus que probable que pour 
étudier et connaître complètement leur histoire, il 
faudrait aussi les considérer sous le même aspect, 
et s'occuper également de leurs familles respec- 
tives; mais ces familles nous sont inconnues, et 
l'esprit de l'homme est ainsi fait, qu'il lui est déjà 
difficile d'embrasser entièrement la sphère des 
choses connues, et qu'il se perdrait facilement en 
désirant aller au delà. De plus, on garde toujours, 
quoi qu'on fasse, un petit fond d'égoïsme, et l'on 
se réserve volontiers pour les personnes ou les 
choses qui nous touchent de plus près. Nous voici 
donc définitivement passés de l'astronomie sidérale 
à l'astronomie planétaire. 



II 



LE SOLEIL. 



Observez le Soleil lai-même, s*élançant à l'orient 
sur ses ailes de gloire. Ange de lumière qui, depuis 
l'époque où les deux ouvrirent leur marche sublime, 
a, le premier de tout le chœur étoile, suivi la voie 
éclatante tracée par le Créateur. 

Délicieuse puissance de la lumière, jour si doux 
et si tendre, quel baume, quelle vie répandent tes 
rayons 1 Te sentir est un bonheur si complet que si 
le monde n'avait d'autre joie que de s'asseoir dans 
ton rayonnement calme et pur, ce serait encore un 
monde trop exquis pour que l'homme ait le courage 
de le quitter pour les ténèbres, les profondeurs et 
l'ombre glaciale de la tombe l 

Thomas Moore, Lalla Rookh. . 



« L'astre resplendissant qui brille sur nos têtes 
occupe le centre du groupe de mondes auquel la 
Terre appartient. Notre système planétaire lui doit 
son existence et sa vie. Il est véritablement le 
cœur df; cet organisme gigantesque, comme l'ex- 
primait jadis une heureuse métaphore de Théonde 
Smyrne, et ses battements vivificateurs en entre- 
tiennent la longue existence. Placé au milieu d'une 
famille dont il est le père, et sur laquelle il veille 



LE SOLEIL 181 

sans cesse depuis les âges inconnus où les mondés 
sortirent de leur berceau, il la gouverne, et la di- 
rige, soit dans le maintien de son économie inté- 
rieure, soit dans le rôle individuel qu'elle remplît 
parmi l'universalité de la création sidérale. Sous 
l'impulsion des forces qui émanent de son essence 
ou dont il est le pivot, la Terre et les planètes nos 
compagnes gravitent autour de lui, puisant dans 
l'éternel cours qui les emporte les éléments de 
lumière, de chaleur, de magnétisme qui renouvel- 
lent incessamment l'activité de leur vie. Cet astre 
magnifique est à la fois la main qui les soutient 
dans l'espace, le foyer qui les échaùfife, le flambeau 
qui les éclaire, la source féconde qni déverse sur 
elles les trésors de l'existence. C'est lui qui permet 
à la Terre de planer dans les deux, soutenue par * 
l'invisible réseau des attractions planétaires ; c'est 
lui qui la dirige dans sa voie, ^t qui lui distribue 
les années, les saisons et les jours. C'est lui qui 
prépare un vêtement nouveau pour la sphère en- 
. core glacée dans la nudité de l'hiver, et qui la re- 
vêt d!une luxuriante parure lorsqu'elle incline vers 
lui son pôle chargé de neiges ; c'est lui qui dore 
les moissons dans les plaines et mûrit la grappe 
pesante sur les coteaux échauffés. C'est cet asb*e 
glorieux qui, le matin, vient répandre les splen- 
deurs du jour dans l'atmosphère transparente, ou 
soulève de l'Océan endormi c'omme un duvet de ses 
eaux, qu'il transformera en rosée bienfaisante 
pour les plaines altérées; c'est lui qui forme les 
vents dans les airs, la brise du crépuscule sur le 



182 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

rivage, les courants pélagiques qui traversent les 
mers. C'est encore lui qui entretient les principes 
vitaux des fluides que nous respirons, la circula- 
tion de la vie parmi les règnes organiques, en un 
mot, la stabilité régulière du monde. Enfin, c'est à 
lui que nous devons notre vie intellectuelle et la vie 
collective de l'humanité entière, l'aliment perpétuel 
de notre industrie ; plus que cela encore : l'activité 
,du cerveau, qui nous permet de revêtir d'une forme 
nos pensées et de nous les transmettre mutuelle- 
ment dans le brillant commerce de l'intelligence. » 
Quelle imagination serait assez puissante pour 
embrasser l'étendue de l'action du Soleil sur tous 
les corps soumis à son influence? Un million et 
demi de fois plus gros que la Terre, tt sept cents 
fois plus" volumineux à lui seul que toutes les pla- 
nètes ensemble, il représente le système planétaire 
tout entier, et devant les étoiles ce système n'existe 
pas. 11 l'entraîne dans les dQserts du vide, et ces 
mondes le suivent à son gré comme d'obscurs pas- 
sagers emportés par un splendide navire sur la 
mer sans bornes. Il les fait rouler autour de lui, 
afin qu'ils viennent eux-mêmes puiser dans leur 
cours l'entretien de leur existence, il les domine de 
sa royale puissance et gouverne leurs mouvements 
formidables. S'adressant à lui, le poète put lui 
dire sani» flatterie : 

Ta présence est le jour, la nuit est ton absence : 
. La nature sans toj, c'est l'univers sans Dieu * ! 

I. Chênedollé. 



UB SOLEIL. 183 

De ces manifestations éclatantes de son pouvoir^ 
descendons maintenant à ses actions cachées. 
Voyons sa lumière et sa chaleur agir sur Torgar 
nisme sensible des planètes qui le regardent avec 
amour et boivent à longs traits ses féconds rayon- 
nements, sur Télectricité des minéraux: et sur. les 
variations diurnes de l'aiguille aimantée, sur la 
formation dfes nuées et la coloration des météores; 
voyons-les, ces influences occultes de la lumière, et 
de- la chaleur descendre à travers la pureté du 
jour sur notre âme elle-même, si éminemment 
accessible aux impressions extérieures, et lui com- 
muniquer la joie ou la tristesse ; et peut-être com- 
mencerons-nous à nous former une idée de ce que 
c'est qu'un rayon de soleil, dans Tinfiniment pttit 
de la nature terrestre comme dans TinAnîment 
grand des phénomènes sidéraux. 

Ce coin de soleil condense 
L'infini de vorupté. 
charmante providence ! 
Quelle douce confidence 
D'amour, de paix, de beauté ! 

Dans un moment de tendresse, 
Seigneur, on dirait qu'on sent 
Ta main douce, qui caresse 
Ce vert gazon qui redresse 
Son poil souple et frémissant. 

Lamartine. 

Mais quelle est la nature de cet astre puissant 
dont l'action est si universelle, quel feu brûle dans 
ce vaste encensoir, quels sont les éléments qui 



1 84 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

constituent ce globe splendide? Porte-t-il en soi- 
les conditions d'une durée infinie, ou bien la 
Terre est-elle destinée à voir un jour s'éteindre ce 
flambeau de sa vie et à rouler désormais dans les 
ténèbres d'un éternel hiver ? Ces questions se po- 
sent devant notre curiosité légitime, et nous vou- 
lons qu'une solution satisfaisante vienne y ré- 
pondre. 

Lorsqu'on veut apprécier la nature et la gran- 
deur d'un haut personnage, on ne cherche pas gé- 
néralement à mettre en évidence ses défauts, à 
étudier les taches de son caractère, ce serait un 
singulier moyen de juger sa valeur ; et lors même 
qu'il en serait ainsi, on le devrait à l'imperfection 
humaine, dont les plus grands d'entre nous ne 
sont pas affranchis. Mais s'il s'agit d'un être dont 
le caractère distînctif est précisément d'être non- 
seulement d'une pureté magnifique, mais encore la 
source de toute lumière et de toute pureté, ce ne 
sont pas des taches que l'on cherche en lui pour le 
connaître. Aussi le monde savant fut-il fort étonné 
il jr a 254 ans lorsque le roi soleil, le dieu du jour 
fut accufiô de par le télescope d'être constamment 
couvert de taches, et eut-on lieu d'être encore plus 
étonné depuis, lorsqu'on reconnut que ces taches 
étaient justement le seul moyen que le Soleil nous 
laissât de pénétrer sa nature. — On croirait pres- 
que, à ce propos, que l'orgueil est en raison in- 
verse de la valeur. — Les savants officiels de ce 
temps, les théologiens et les disciples de l'École 
d'Aristote n'en voulaient rien croire. Le père pro- 



LE SOLEIL, 185 

vincial de l'ordre des jésuites à Ingolstadt, répon- 
dit à Scheiner, le premier qui ait vu le Soleil et ses 
taches dans une lunette, qu'Aristote. avait prouvé 
que tous les astres en général étaient incorrupti- 
bles et que le Soleil en particulier était le flambeau 
le plus pur qui fût au monde, conséquemment, 
que les prétendues taches du Soleil étaient dans 
les verresde ses lunettes ou dans ses yeux. Lors- 
que Galilée fît la même observation, messieurs les 
péripatéticiens s'exercèrent à lui déiçontrer, livres 
en main, que la pureté du Soleil était inattaquable 
et qu'il avait mal vu. Et en effet qui se serait ja- 
mais douté d'une pareille chose? Des taches sur le 
Soleil! ce devait être une erreur, c'est une illu- 
sion évidente. On avait bien vu dans le temps, en 
de graves circonstances, le disque du Soleil affai- 
blir son éclat, comme à la mort de Jules César : 

Quand César expira, plaignant notre misère, 
D'un nuage sanglant tu voilas ta lumière ; 
Tu refusas le jour à ce siècle pervers ; 
Une éternelle nuit menaça l'univers. 

C'est Viirgile lui-même qui rapporte le fait, et 
l'auteur des Métamorphoses le confirme en un tou- 
chant témoignage : 

Soleil, tu te voilas ; et tes pâles rayons 
S'affligèrent du deuil de la terre alarmée. 
Des torches flamboyaient sous la nue enflammée, 
Le sang pleuvait des airs ; l'Aurore, à son réveil, 
Vit des taches.de sang rougir son teint vermeil. 
Et du char de Phébé la lumière argentée . 
Couvrit ses feux éteints d'une onibre ensanglantée. 



186 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

Mais c'étciit là une exception , et c'eût été une 
grande témérité d'en conclure pour cela que Tastre 
du jour était soumis a la corruption. 

Pourtant le Soleil a des taches, et le fait le plus 
curieux c'est que ces taches nous ont mis sur la 
voie de connaître sa nature et sa constitution phy- 
sique, tandis que sans elles nous n'aurions encore 
pu parvenir à acquérir la plus légère notion sur la 
disposition de ce grand corps. — Les idées récentes, 
basées sur l'analyse chimique de sa lumière, né 
sont pas encore assez solidement fondées en effet; 
pour qu'elles contrarient l'assertion précédente. 

Voyons donc en quoi consistent les taches du 
Soleil. 

En général, voici l'aspect qu'elles nous présentent 
dans le champ du télescope (voy. la fig. 25). 

On remarque en elles deux parties bien distinctes. 
Au centre, une région noire bien définie. Autour 
d'elles une région moins sombre, d'un éclat gri- 
sâtre, relativement à la surface du Soleil qui l'en- 
veloppe. La partie centrale a reçu le nom d'ombre; 
quelquefois au centre de cette partie on remarque 
un point noir plus intense encore, que l'on nomme 
noyau. La région extérieure de la tache a reçu le 
nom de pénombre. Lorsqu'on dit que le centre des 
taches est noir, il faut entendre cette expression 
relativement à la surface générale du Soleil; car 
ce centre, quelque sombré qu'il paraisse par con- 
traste, a été trouvé d'une clarté égale à deux mille 
fois celle de la pleine lune.. . . 

On peut être porté à croire que ces taches, ordi- 



LE SOLEIL. 



187 



nairement invisibles à l'œil nu, sont des mouve- 
ments insignifiants opérés à la surface de Tastre, 
et d'une pettte étendue. Il n'en est pas ainsi. Ce 




Fig. 25. Les taches du Soleil. 

sont des phénomènes journaliers et très-impor- 
tants. Quelques-uns ont été reconnus mesurer un 
diamètre de 30 000 lieues, c'est-à-dire qu'elles 



188 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

étaient dix fois plus larges que la Terre. Dans la 
plupart d'entre elles notre globe y tombant s'y per- 
drait comme dans un puits.. Outre cette étendue, 
elles sont encore le siège d'actions multiples et de 
phénomènes prodigieux. Elles ne se forment pas 
brusquement dans toute leur étendue, mais gran- 
dissent jusqu'à la limite* qu'elles doivent atteindre 
et diminuent ensuite. Quelques-unes ne durent que 




Fig. 26. Tache en forme de tourbillon. 

quelques semaines, d'autres des mois et des an- 
nées. Or les mouvements dont elles sont animées, 
soit pour s'accroître ou pour diminuer, soit dans 
leur action interne, sont parfois d'une rapidité 
inouïe. Dernièrement on a suivi un météore éblouis- 
sant courant à travers un groupe de taches avec 
une vitesse de deux mille lieues par minutes. D'au- 
tres parts on a suivi des tourbillons circulaires en- 



LE SOLEIL. 189 

traînant dans leurs tumultes des taches grosses 
comme la Terre et s'ehgloutissant dans des abtmes 
avec une vitesse effrayante. Quelquefois on aper- 
çoit les crêtes de vagues tumultueuses débordant 
aux environs de la pénombre et s'élevant sur la 
surface blanche du Soleil comme une substance 
plus blanche et plus éclatante encore, rejetées 
sani3 doute dans leur bouillonnement par des for- 
ces intérieures. Ailleurs on a vu des ponts im- 
menses de substance enflammée jetés soudain sur 
une tache noire, la traverser d'un bout à l'autre 
comme une arche de stries lumineuses, et parfois 
se dissoudre et s'écrouler dans les abîmes des 
tourbillonnements inférieurs. Cet astre qui dé^ 
verse chaque jour sur nos têtes une lumière si 
calme et si pure est le siège d'actions puissantes, 
de mouvements prodigieux, dont nos tempêtes, 
nos ouragans et nos trombes ne nous donnent 
qu'une faible idée, car ces perturbations gigantes- 
ques ne s'exécutent plus comme ici dans une at- 
mosphère de quelques lieues d'épaisseur et sur 
une longueur de quelques lieues , mais dans des 
proportions bien autrement vastes, puisque son 
atmosphère s'élève à des milliers de lieues au- 
dessus de sa surface, et que son volume surpasse 
de un million 450 mille fois celui de notre globe. 
. L'un des premiers résultats de l'observation des 
taches solaires, ce fut de reconnaître que cet astre 
tourne sur lui-même en 25 de nos jours environ. 
En effet; si Ton suit pendant plusieurs jours con- 
sécutifs une tâche quelconque de celles qui noir- 



190 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

cissent la surface solaire, ou. un groupe de taches» 
ou encore l'ensemble, on ne tarde pas à remarquer 
qu'elles sont animées d'un même mouvement d'un 
bord à l'autre du disque solaire. Si par exemple 
on commence à suivre une tache dès son appari- 
tion au bord oriental, on observe qu'elle s'avance 
lentement vers le milieu de l'astre, qu'elle atteint 
sept jours environ après son apparition, puis elle 
le dépasse et continue sa marche vers l'occident, et 
sept jours après elle arrive à la limite et disparaît. 
Après une période de quatorze jours, employés à 
tourner dans l'hémisphère opposé, elle reparaît au 
même endroit et poursuit semblablement la mar- 
che précédemment remarquée. Cette observation 
a établi, et raonCre encore avec évidence, que le 
Soleil tourne sur lui-même. Cette rotation du So- 
leil montre ses taches avec l'aspect suivant : 

Si la période de réapparition des taches mesure 
27 à 28 jours, cette apparence n'infirme pas le 
chiffre de 25 jours rapporté plus haut. La diffé- 
rence provient de ce que la Terre ne reste pas im- 
ihobile dans l'espace, mais tourne autour du So- 
leil. Pour que nous puissions observer directement 
la durée de rotation, il faudrait évidemment, pour 
première condition, que nous restassions à la même 
place, car autrement, si nous marchons autour de 
l'astre dans le sens de son mouvement, nous ver- 
rons encore des tachei^ après le moment où elles 
auront disparu pour le point où nous étions d'abord; 
et si nous allons en sens contraire, nous cesserons 
de les voir avant qu'elles cessent d'être visibles 



LE SOLEIL. 191 

pour le point fixe. Or, dans son mouvement de 
translation autour du Soleil, la Terre s^avançant 
dans le sens de sa rotation, voit encore les taches 
deux jours et demi après qu'elles ont disparu pour 
le point où elle se trouvait au commencement de 
l'observation. 

Ce mouvem,ent de rotation s'exécute de l'ouest à 
l'est, comme celui de la terre et celui de toutes les 
planètes du système. Ainsi par Texamen télesco- 
pique, cet astre déclaré fixe et incorruptible par 
l'antiquité se vit à la fois dépouillé de ses deux 
qualités distinctives. La rotation diurne du Soleil 
est vingt-cinq fois plus longue que celle de la Terre, 
mais elle en diffère essentiellement dans ses con- 
séquences immédiates, puisqu'elles ne produisent 
point à la surface les alternations de jour et de 
nuit qui dérivent chez nous de ce mouvement. On ne 
peut donc dire que ce soit là la durée du yowr so- 
laire, car elle n'est pas l'indice d'une succession de 
lumière et d'ombre : le jour du Soleil ne s'éteint 
pas et le crépuscule du soir ne vient pas l'aflaîblir. 
Ce monde demeure dans une lumière permanente. 

Il ne connatt pas non plus nos saisons ni nos 
années, et les éléments de notre calendrier ne s'ap- 
pliquent point à son rôle astronomique. Il semble 
que la succession rapide des choses qui constitue 
notre temps, et la série changeante des phéno- 
mènes comme des êtres ne soient pas le partage 
de sa grandeur, que la permanence et la durée 
sans mesure' soient son apanage , et qu'il soit 
affranchi de compter pour sa vie personnelle ces 



192 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

âges successifs qui mesurent la vie et rétoufifent 
sous leur nombre. Une grande diversité de nature 
risole du rang des mondes planétaires, et ce serait 
un profond siyet d*étonnement pour l'habitant de 
la Terre s'il lui était donné de visiter un pays si 
essentiellement distinct du nôtre , et de pouvoir 
établir une comparaison, si toutefois elle est pos- 
sible, entre ce monde étrange et sa patrie. 



c^ 



m 



LE SOLEIL. SUITE. 



Quand le Soleil entra dans sa route infinie, 
A son premier reçard, de ce monde imparfait 
Sortit le peu de bien que le ciel avait fait. 

A. DE Musset. 



Quelle qu'ait été l'idée préconçue dont les pensées 
étaient dominées en faveur de ce beau Soleil, de 
cet astre rayonnant, si vénéré que Tidée seule de 
l'accuser de taches était un blasphème, c'est cepen- 
dant de l'observation et de l'étude de ses taches 
qu'est résultée la connaissance que nous avons de 
lui ; tant il est vrai que la science, supérieure à 
tous les préjugés, est la véritable souveraine de 
l'esprit. L'examen de ces taches, de leur forme, 
etdes aspects changeants qu'elles révèlent par suite 
de la rotation de l'astre (fig. 27) a servi de base 
à une théorie sur sa constitution physique que 
divers astronomes ont successivement adoptée et 
consacrée, depuis Wilson et Herschél, jusqu'à Hum- 

' 13 



194 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

boldt et Arago. D'après cette théorie le Soleil se 
composerait essentiellement d'un noyau et d'une 
atmosphère. Le noyau serait obscur et l'atmosphère 
serait enveloppée d'une couche lumineuse, à la- 
quelle on donna le nom de photosphère. La lu- 
mière et la chaleur qu'il nous envoie ne vien- 
draient pas du noyauy mais de cette enveloppe 
calorifique et éclatante. On explique les taches en 
supposant que ce sont des ouvertures formées 
dans cette enveloppe extérieure, soit par des érup- 
tions de gaz issues de bouches volcaniques, soit 
par de puissants courants d'air s'élevant de l'at- 
mosphère inférieure à l'atmosphère supérieure, 
semblables à des ouragans verticaux, soit par toute 
autre cause dépendante de la nature de l'astre. La 
pénombre des taches serait formée par l'atmo- 
sphère inférieure douée de la propriété de réfléchir 
la lumière de la photosphère et d*en préserver le 
corps de l'astre. Le centre obscur des taches ne serait 
autre chose que le corps du Soleil lui-même rendu 
visible par une ouverture de l'atmosphère inférieure 
correspondant à l'ouverture de la photosphère. Les 
taches sont de la sorte sufQsamment expliquées, et 
même les diverses apparences observées à la sur- 
face solaire, comme les pores dont elle parait cri- 
blée, les facules ou taches blanches, les rides, etc., 
phénomènes causés par des mouvements chimi- 
ques opérés dans l'atmosphère où les gaz s'asso- 
cient dans les combinaisons les plus variées. 

Cette théorie a paru d'autant mieux fondée, que 
l'ouverture en forme d'entonnoir qui constituerait 



LE SOLEIL. 195 

les tacheSy apparaît plus sensiblement encore dans 
les perspectives causées par le mouvement de rota- 
tion du Soleil. En vertu de ce mouvement, une 
tache ronde paraîtra se rétrécir à mesure qu'elle 
s'éloignera du centre, et lorsque la portion de 
sphère où elle est située aura tourné jusqu'au 
point où elle va disparaître, tout en ayant gardé 
sa longueur intégrale, sa largeur aura diminué 



iMIEEf!^- 



Fig. 27. Rotation du Soleil. 

jusqu'à ne plus offrir que l'apparence d'une ligne. 
De plus, la portion de la pénombre, ou si Ton 
veut, de l'entonnoir, qui se trouve du côté du 
spectateur, diminuera de largeur et disparaîtra 
avant l'autre. Enfin lorsqu'une grande tache arri- 
vera au bord de la sphère , si cette tache est assez 
grande, on devra la voir creusant un peu la partie 
du disque solaire qu'elle occupe. Or ces appa- 
rences, commandées par la perspective dans le cas 



196 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

OÙ les taches seraient des ouvertures, sont préci- 
' sèment celles que l'on observe. 

Les astronomes sont donc généralement d'opi- 
nion que le noyau solaire est un corps opaque, 
obscur comme la terre, qu'il est enveloppé d*un 
fluide atmosphérique, et qu'au delà de ce fluide 
gît une couche de substance douée de la propriété 
d'émettre la lumière et la chaleur; c'est cette cou- 
che externe que l'on nomme photosphère. 

Je dis que les astronomes sont généralement de 
cette opinion, car ils ne le sont pas tous à l'una- 
nimité. Il y a quelques années, les sciences physi* 
ques firent une merveilleuse découverte, dont je 
parlerai plus loin, par laquelle on peut analyser 
la lumière, c'est-à-dire connaître les éléments 
d'où elle est issue. Or les Allemands à qui l'on 
doit cette découverte, ayant examiné la nature de 
la lumière solaire, trouvèrent qu'il y a dans cet astre, 
du fer, de la soude, de la potasse, delà chaux, etc., 
tandis qu'il n'y a pas d'or, pas d'argent, pas 
de cuivre, pas de zinc. Ce qui aurait pu con- 
trarier fort les alchimistes du temps passé, et 
Nicolas Flamel, en particulier, pour lesquels le 
Soleil était l'astre d'or par excellence. Tous ces ma- 
tériaux, révélés exister dans cette sphère par l'ana- 
lyse spectrale, furent aussi révélés s'y trouver à 
l'état de fusion. Voilà donc pour les expérimenta- 
teurs et théoriciens dont je parle, l'astre du jour 
revenu à ce qu'il était pour nos pères, un astre de 
feu. En eflet, non-seulement on réédita la théorie 
que le flambeau du jour était un globe incandes- 



LE SOLEIL. 197 

cent, loin d'être obscur, que la lumière que nous 
en recevons vient de son noyau enflammé, et non 
de son atmosphère ; mais on chercha encore com- 
ment les taches sont explicables dans cette nouvelle 
hypothèse, et on proposa d'admettre que ces taches 
soient simplement des nuages se combinant dans 
l'atmosphère solaire sous l'influence d'un refroi- 
dissement de température partie], et devenant assez 
opaques pour intercepter tout à fait le noyau du 
globe incandescent. D'autres savants, partageant 
les mêmes idées sur la constitution physique 
du Soleil, émirent sur les taches l'idée qu'elles 
étaient non des nuages, mais dés solidifications 
partielles de là surface, des scories comme on en 
voit se former à la surface des substances fondues 
sur le creuset des métaux en ébullition. On expli- 
que même comment l'ombre des taches est la partie 
centrale plus épaisse de ces solidifications partielles, 
laquelle intercepte les rayons émis par le corps 
solaire d'autant mieux qu'elle était plus chargée, 
et que la pénombre correspondrait à la pellicule 
qui dans toute formation de ce genre observée à la 
surface des métaux en fusion, se produit invaria- 
blement autour de la scorie. Hais tout en ayant 
éclairé la science sur des points importants et lui 
ayant rendu d'utiles services, ces études sont loin 
d'être terminées et d'avoir fondé une théorie so- 
lide; elles n'ont pas encore détrôné la théorie ré- 
gnante exposée plus haut. 

La grosseur du soleil, 1 million 400 mille fois 
plus gros que la terre, surpasse trop le degré de 



198 LÈS MERVEILLES CÉLESTES. 

nos mesures habituelles pour que Ton puisse espé- 
rer d*en donner une idée suffisante. Dans l'ordre 
des volumes, comme dans celui des distances et des 
temps, les grandeurs qui surpassent de trop haut 
nos conceptions ordinaires ne disent plus rien à 
notre esprit, et toute la peine que nous prenons 
pour nous les représenter reste pour ainsi dire 
stérile. Cependant une comparaison pourra tout 
au moins inspirer une idée approchée de la gran* 
deur dont nous parlons. Si Ton plaçait le globe ter- 
restre au centre du globe solaire, comme un noyau 
au milieu d'un fruit, la distance de 96000 lieues 
qui nous séparent de la lune serait comprise dans 
Tintërieur du corps solaire : la lune elle-même se 
trouverait absorbée en lui, et pour aller de la lune 
à la surface du Soleil, eh suivant le même rayon, 
on aurait encore à parcourir une distance de 
80 000 lieues 1 

On compte d'ici au Soleil trente-huit millions de 
lieues de quatre kilomètres. C'est à cause de ce 
grand éloignement que cet astre si volumineux ne 
paraît pas mesurer un pied de diamètre, et c'est 
ce qui explique comment les anciens et Épicure 
en particulier ne l'estimaient pas plus grand que 
cette mesure. Cette distance est également la rai- 
son pour laquelle il ne nous paraît guère plus 
grand que la lune, qui n'est qu'à 96000 lieues 
d'ici. On peut à ce propos demander avec une cu- 
riosité bien légitime comment on a pu trouver cette 
distance du Soleil à la Terre. La méthode est trop 
compliquée pour que je la développe ici tout au 



LE SOLEIL. 199 

long; mais on peut en donner une idée sans dé- 
passer les bornes de cette causerie. 

Entre le Soleil et la Terï^e il y a deux planètes , 
Mercure et Vénus , dont la dernière a rendu les 
plus grands services à là recherche de la distance 
qui nous sépare de Tastre radieux. Cornme son or- 
bite ( circonférence qu'elle suit autour de l'astre 
centrale ) est à peu près sur la même place que • 
Torbite de la terre, il arrive de temps en temps 
qu'elle passe entre le soleil et nous, comme un 
point noir traversant le disque lumineux. Ce pas- 
sage arrive aux intervalles singuliers de 8 ans , 
113 ans 1/2 — 8 ans, 113 ans 1/2+ 8 ans. A 
ces époques précieuses les astronomes de tous 
les pays font abstraction de leur nationalité, 
s'entendent comme des frères , et s'arrangent de 
manière à observer en différents pays le pas- 
sage de Vénus. Deux observateurs situés en leurs 
stations les plus éloignées possible l'une de l'autre, 
marquent les deux points où la planète, vue de 
chacune de leurs stations, paraît se projeter au 
même moment sur le disque solaire. Cette mesuré 
leur donne l'écartement de l'angle formé par deux 
lignes partant de leurs stations et venant se croi- 
ser sur Vénus pour aboutir dans un angle opposé 
sur le Soleil. C'est la mesure de cet angle, faite 
par des observateurs placés sur tous les points du 
globe , qui donne ce que l'on nomme le parallaxe 
du Soleil. 

Aux derniers passages de Vénus, un astronome 
français, le Gentil , que son nom aurait dû sauver 



200 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

de pareils désappointements de la part de Venus, 
fut singulièrement récompensé de son amour pour ^ 
la science et de son désintéressement. Envoyé dans 
les Indes par l'Académie des sciences, il s'embar- 
qua avec armes et bagages pour observer en 1761 
le passage de la planète sur le ciel de Potidichéry. 
Sa grande activité , son ardeur ne purent vaincre 
les hasards de la traversée : il débarqua justement 
quelques jours après que le phénomène s'était 
passé.... Les obstacles aigrissentle courage et l'aug- 
mentent encore. Il prend la résolution héroïque 
de rester pendant huit ans au sein de ce pays in- 
connu , afin de compenser son observation man- 
quée : il attend le passage de 1769 et prend alors 
toutes les dispositions recommandées pour faire 
.une observation irréprochable. L'année et le jour 
arrivent entin! le ciel est pur, aucun obstacle 
n'empêchera sa longue résolution de recevoir 
enfin son couronnement. Mais hélas I voilà que 
juste au moment où le point noir va entrer sur le 
disque solaire , un petit nuage se forme dans l'at- 
mosphère, et reste sur le Soleil jusqu'au moment : 
où Yénus sortie du disque aura mis fin à la possi- 
bilité de toute observation.... Pour comble' de 
bonheur , ne pouvant de nouveau se résoudre à at- 
tendre le passage suivant (1874), l'astronome en re- 
prenant la route de France trouve la mer orageuse, 
qui faillit mettre fin à ses jours. Le Gentil de la 
Galaisière mourut en 1792, après avoir écrit ses 
impressions de voyage. 
Par desconsidérationsfondées surl'action magné-> 



LE SOLEIL. 201 

tique du Soleil, on peut être fondé à croire que sa lu- 
mière est de même nature que la lumière électrique, 
si ce n'est qu'elle est incomparablement plus puis- 
sante , attendu que les éléments dont nous dispo- 
sons sont incomparablement inférieurs à ceux 
dont dispose la nature. Quelque éclatants que soient 
nos foyers électriques, quelque éblouissantes que 
soient leurs flammes, dont la blancheur nous 
étonne, projetée sur le disque solaire, la lumière 
électrique a l'apparence d'une tache noire. 

L'intensité de la chaleur solaire n'est pas moins 
difficile à concevoir ; lés plus intenses de nos foyers 
qui s'élèvent à la température de la chaleur blan- 
che ne nous en donnent qu'une faible idée. Voici 
pourtant quelques comparaisons qui en indique- 
ront la valeur. Que l'on se représente le Soleil soiïs 
la forme d'un globe volumineux comme un million 
quatre cent mille globes terrestres , et entièrement 
couvert d'une couche de houille de sept lieues de 
hauteur. La chaleur qu'il déverse annuellement 
dans l'espace est égale à celle qui serait fournie 
par cette couche de houille embrasée. — Cette cha- 
leur solaire serait encore capable de fondre en une 
seconde une colonne de glace qui mesurerait 4 000 
kilomètres carrés de base et 310 000 kilomètres de 
hauteur. Si Ton se proposait simplement d'empê- 
cher la chaleur solaire de rayonner , il faudrait 
lancer à sa surface un jet d'eau glacée, ou pour 
mieux dire de glace, qui mesurerait 18 lieues de 
diamètre, et qu'on lancerait avec la vitesse de 
70000 lieues à la seconde. En recevant une pa- 



202 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

reille colonne de glace l'astre du jour ne rayonnerait 
plus ; mais cela ne veut pas dire encore qu'il y au- 
rait là une action suffisante pour l'éteindre. 

Enfin il est fort curieux de savoir combien pèse 
ce gigantesque corps. C'est un fort beau poids : 
deux nofiillions de tonnes de mille kilogrammes. On 
écrit ce nombre en alignant à la suite du chiffre 2, 
neuf colonnes de 3 zéros, ou, plus exactement, 
comme ceci : 

2 000 000 000 000 000 000 000 000 000. 

Si ce globe était encore aujourd'hui , comme du 
temps d'Apollon, traîné par quatre chevaux, il fau- 
^ drait des coursiers d'une force vraiment exception- 
nelle, surtout si l'on songe à la vitesse sur laquelle 
ils devraient voler pour arriver à faire le tour du 
globe en vingt-quatre heures. Voici maintenant en 
regard du poids du Soleil, celui delà Terre où nous 
sommes, exprimé comme le précédent en tonnes 
de mille kilogrammes : 

5 875 000 000 000 000 000 000 

Lorsque les astronomes placent le Soleil sur le 
plateau de la balance gigantesque dont ils se ser- 
vent pour connaître le' poids des astres, il leur faut 
mettre dans l'autre plateau 350 000 globes terres- 
tres pour lui faire équilibre. 

Nous n'avons pas à craindre que cet astre gigan- 
tesque vienne un jour à s'éteindre, laissant la Terre 
dans l'obscurité glacée. Il possède en son colossal 
foyer un nombre suffisant de degrés de chaleur , 



LE SOLEIL. 203 

pour que nous ayons devant nous des millions de 
siècles pendant lesquels il nous serait impossible, 
lors même que cette chaleur décroîtrait , de nous 
en apercevoir. 

Oui, rétoile resplendissante du jour reste pour 
nous le plus beau et le meilleur des astres. Nous 
avons reconnu sa grandeur et sa puissance : nulle 
force n'est capable de rivaliser avec la sienne. En 
nous révélant les secrets de sa nature , la science 
n'a pas amoindri dans notre pensée son image vé- 
nérée, et comme dans nos études précédentes , la 
réalité fut ici supérieure à la fiction. Nos homma- 
ges lui restent donc, mieux compris et mieux jus- 
tifiés que jamais. Nous pouvons encore lui dire avec 
Byron : 

« Astre glorieux , adoré dans l'enfance du monde 
par cette race d'hommes robustes , ces géants nés 
des amours des anges avec un sexe qui , plus beau 
qu'eux-mêmes, fit tomber dans le péché ces esprits 
égarés, bannis à jamais du ciel ; astre glorieux, tu 
fus adoré comme le dieu du monde , avant que le 
mystère de la création fût révélé. Premier ministre 
du Tout-Puissant, c'est toi qui réjouis le premier 
le cœur des bergers chaldéens sur la cime de leurs 
montagnes, jusqu'au jour où ils répandirent devant 
toi leur âme en prière ; roi des astres et centre 
d'une multitude de mondçs, c'est à toi que la Terre 
doit sa durée ; père des saisons , roi des éléments 
et des hommes, les inspirations de nos cœurs comme 
les traits de nos visages sont sous l'influence de 
tes rayons, car de près ou de loin nos facultés in- 



204 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

times s'illuminent devant ton rayonnement aussi 
bien que nos aspects extérieurs. Nulle gloire n'é- 
gale la pompe de ton lever, de ton cours et de ton 
coucher *. » 

1 . Lord Byron, Uanfred. 



<j^ 



IV 



MERCURE. 



Combien je chéris l'heure où s'éteint la clarté 
du jour, où les rayons du soleil semblent se fondre 
dans la mer silencieuse 1 C'est alors que s'élèvent 
les doux rêves des jours passés, alors le souvenir 
exhale vers toi son soupir du soir ! 

Thomas Moore, Mélodies, 



Au-dessus du Soleil, à roccîdent, quand Tastre 
radieux est couché, ou bien à l'orient avant son lever, 
on voit quelquefois une petite étoile blanche, un peu 
nuancée de rouge. Les Grecs la nommaient Apol- 
lon, le dieu du jour, et Mercure, le dieu des vo- 
leurs, qui profitent du soir pour commettre leurs 
méfaits ; car ils voyaient en elle deux planètes dif- 
férentes, l'une du matin, l'autre du soir, comme 
ils firent pendant longtemps à l'égard de Vénus. 
Il en fut de même des Égyptiens et des Indiens. 
Les premiers lui donnaient les noms de Set et d'Ho- 
rus ; les seconds ceux de Bouddha et de Rauhi- 
neya; noms qui rappellent comme les précédents 



206 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

les divinités du jour et du soir. Les Latins eux- 
mêmes qui, du reste, s'occupèrent fort peu d'astro- 
nomie, restèrent dans le doute à cet égard. Ce n'est 
que dans les temps postérieurs qu'on reconnut dé- 
finitivement l'identité de ces deux astres qui, comme 
Castor et Pollux, auxquels ils ont été assimilés, ne 
paraissaient jamais ensemble. On lui garda son 
nom du soir : Mercure. 

Dans Pocéan de flamme incessamment plongé, 
Roulant sa massa obscure en un orbe allongé, 
Divers dans ses aspects, Mercure solitaire 
Erra longtemps peut-être inconnu de la Terre. 
Cependant quand, le soir, le soleil moins ardent 
Laissait le crépuscule éclairer Poccident, 
Au bord de Phorizon une faible lumière 
Semblait suivre du dieu Téclatante carrière. 

Daru. 

Première planète du système, Mercure reste tou- 
jours absorbée dans le rayonnement royal du prince 
radieux ; aussi, comme les courtisans, elle se prive de 
son individualité pour se confondre dans la person- 
nalité del'astre-roi. Elle n'ygagne rien, commevous 
voyez, elle y perd même beaucoup, attendu qu'elle 
n'a pas eu Phonneur d'être connue des fondateurs de 
l'astronomie. Copernic désespéra de jamais la voir : 
€ Je crains, disait ce grand homme, de descendre 
dans la tombe avant d'avoir jamais découvert la pla- 
nète. » Et, en effet, celui qui avait transformé le sys- 
tème du monde, et pris en main chacune des planètes 
pour les placer autour du soleil, mourut sans avoir 
vu la première d'entre elles. Galilée put l'o'bserver, 



MERCURE. 



207 



grâce aux lunettes qui venaient d'être inventées ; 
mais on ne peut encore dire qu'il la connut suffi- 
samment, puisqu'il lui fut impossible de jamais 
distinguer ses phases. Leà adversaires du nouveau 
système opposaient précisément aux premiers as- 
tronomes, Copernic, Galilée, Kepler, l'absence de 
phases chez les planètes Mercure et Vénus. Car, 
disaient- ils, si ces planètes tournaient autour du 
Soleil, elles changeraient d'aspect à nos yeux, 
comme le fait la Lune, selon que nous verrions de 
face, de profil ou par derrière, le côté qu'elles 
tournent vers le soleil. Copernic et ses collègues 
avaient répondu : Nousne distinguons pas de phases, 
il est vrai; mais s'il ne manque que cela pour que 
vous adoptiez notre système, Dieu fera la grâce 
qu'elles en aient. En eflet elles en ont, et voici 
celles de Mercure. 




Fig. 28. Phases de Mercure. 



208 ' LES MERVEILLES CÉLESTES. 

Par Tobservation des irrégularités visibles dans 
l'intérieur du croissant ou du quartier, on a re- 
connu que Mercure est hérissé de hautes monta- 
gnes, plus hautes que cfeUes de la Terre, quoique 
Mercure soit un globe beaucoup plus petit que 
le nôtre. On a de mérae remarqué l'existence 
d'une atmosphère plus dense et plus élevée que 
la nôtre. Au milieu du siècle dernier, l'un des 
nombreux romanciers qui simulèrent des voyages 
aux planètes prétendit savoir que les montagnes 
de Mercure étaient les unes et les autres , cou- 
ronnées de jardins superbes, où croissaient na- 
turellement non-seulement les fruits les plus 
succulents qui servent à la, nourriture des Mercu- 
rièns, mais encore la plus grande variété de mets. 
Il paraîtrait qu'en cet heureux monde, il n'est pas 
nécessaire de préparer, comme chez nous, les ob- 
jets d'alimentation ; poulets, jambons, beefteacks, 
côtelettes, entremets, hors-d'œuvre, etc., y pous- 
seraient de la même façon que les pommes sur nos 
pommiers, et lorsqu'on veut servir un repas, on 
se contente de mettre le couvert ; alors viennent des 
oiseaux-serviteurs qui reçoivent vo§ ordres, s'en- 
volent intelligemment, et en un clin d'œil, sur les 
montagnes où se trouvent les plats demandés, et 
vous en font hommage avec le plus grand empres- 
sement. Il vaut peut-être mieux croire que les vé- 
gétaux de Mercure jouissent de ces dons précieux, 
et que ses oiseaux sont d'une intelligence aussi 
agréable, plutôt que de penser avec Pontenelle que 
les habitants de Mercure sont tous fous, et que leurs 



MERCURE. 209 

cerveaux sont brûlés par l'ardente chaleur que le 
soleil déverse sur leur tête. Mais jusqu'à <;e qu'un 
voyage authentique nous ait suffisamment rensei- 
gnés à cet égard, nous nous en tiendrons aux élé- 
ments astronomiques de la planète, savoir : qu'elle 
roule à 14 millions 783 000 lieues du soleil, que 
son diamètre est de 4978 kilomètres, sa surface de 
779 250 000 myriamètres carrés, son volume de 
64 851 000 myriamètres cubes; que son jour dure 
24 heures, 3 minutes, 28 secondes, son année 87 
jours, 23 heures, 14 minutes, et ses saisons 22 jours 
seulement; que sa masse, comparée à celle de la 
Terre, est seulement de 17 centièmes; que sa 
densité est trois fois plus forte que la nôtre, et que 
les corps qui tombent à sa surface parcourent 5 mè- 
tres 63 centimètres pendant la première seconde 
de chute, enfin qu'elle reçoit 6 fois et demie plus 
de lumière et de chaleur que la Terre, et qu'elle 
est fort excentrique. 

Excentrique veut dire que dains son mouvement de 
révolution autour du soleil elle ne demeure pas tou- 
jours à la même distance, qu'elle suit une ellipse 
plutôt qu'une circonférence, et qu'à certaines épo- 
ques de son année ele reçoit deux fois plus de cha- 
leur qu'aux époques opposées. On voit que le mot 
excentrique n'est pas mal choisi, puisqu'il repré- 
sente un manque de régularité dans le mouvement 
circulaire des planètes. Pendant que nous parlons 
de cette singularité, ajoutons encore que de toui 
les astres, les comètes sont les plus excentriques: 
elles s'approchent à certaines époques si près du 

14 



210 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

soleil, qu'on croirait vraiment qu'elles vont fondre 
dans son. brasier; dans la partie opposée de leur 
course, au contraire, elles s'en éloignent à de telles 
distances qu'elles finissent par le perdre de vue et 
qu'elles errent dans les ténèbres et le froid des es- 
paces solitaires. 



(j^ 



VENUS. 



' toi, petite étoile scintillante da soir, diamant 
qui étincelles sur un ciel d'axur I avec quel em- 
pressement je prendrai mon essor vers toi quand 
mon âme sera dégagée de sa prison terrestre ' I 



La jeune fille poète qui chanta cette ravissante 
pensée. Maria Lucrezia Davidson, s'envola de sa 
prison terrestre vers son étoile bien-aîmée, lors- 
que à peine elle avait vu fleurir son dix-septième 
printemps. Comme la blanche étoile du matin et du 
soir, elle s'éteignit à la première période de la vie, 
et ne connut que son aurore. Peut-être maintenant 
réside-t-elle en effet dans cette tle de lumière, et 
contemple-t-elle de là le séjour terrestre qu'elle 

1. Ces vers sont trop beaux pour n'être pas cités en original: 

Thon little sparkling star of even 
Thoo gem npon an ajsure heaven ! 
How swiftly wils soar to tUee 
When tbis unprisoned soûl is freel 



212 LES MERVEILLES CÉLESTES 

habitait naguère; peut-être entend -elle la prière 
de ceux qui, comme elle le faisait autrefois, per- 
mettent à leurs espérances de s'envoler parfois aux ' 
régions du ciel. 

Quelques esprits de mauvaise humeur, ont pré- 
tendu que, si Vénus est belle de loin, c'est qu'elle 
est fort affreuse de près. Je vois d'ici mes jeunes 
lecteurs et mes aimables lectrices , et je suis sûr 
que pas un d'entre eux, et surtout que pas une 
d'entre elles, n'est de cet avis-là : on peut être beau 
de près comme de loin, n'est-ce pas? Ce n'est pas 
vous qui me contredirez. Ayons donc la gracieuseté 
de reporter à Vénus ce que nous disons entre nous, 
et soyons assurés que non-seulement elle est fort 
belle de loin, majis encore ravissante de près. 

En effet, toutes les magnificences de la lumière 
et du jour dont nous jouissons sur la Terrre, elle 
les possède à un plus haut degré. Elle est envelop- 
pée, comme notre globe, d'une atmosphère trans- 
parente au sein de laquelle se combinent mille et 
mille jeux de lumière. Des nuéess'élèvent de l'océan 
tumultueux et portent dans le ciel la diversité de 
leurs nuances neigeuses, argentées, dorées, em- 
pourprées. A l'horizon du matin et du soir, quand 
l'astre éclatant du jour, deux fois plus grand qu'il 
ne parait de la Terre, lève à l'orient son disque 
énorme et se penche le soir vers l'hémisphère occi- 
dental, le crépuscule développe ses splendeurs et 
ses ravissements. D'ici, nous assistons par le téle- 
scope à ce lointain spectacle, car nous distinguons 
clairement l'aube et le déclin du jour dans les cam- 



VÉNUS.' 213 

pagnes de Vénus. Le jour et la nuit y sont à peu 
près de même durée que sur la Terre : la période 
diurne de rotation de la planète est de 23 heures 
21 minutes 7 secondes; c'est par conséquent 35 mi- 
nutes de moins qu'ici. Mais entre l'hiver et l'été, il 
y a une différence plus grande encore que chez 
nous entre l'intervalle qui s'écoule du lever au 
coucher du soleil et celui qui sépare son coucher 
de son lever, car ce globe est plus incliné que le 
nôtre sur le plan de son orbite. C'est cette inclinai- 
son qui constitue, sur cette planète comme sur 
la Terre, également la variation des saisons, leur 
durée réciproque, leur intensité. Vénus étant plus 
penchée encore que la Terre sur le plan dans lequel 
elle se meut, ses saisons sont plus caractérisées 
encore que les nôtres, et ses climats beaucoup plus 
marqués. Il y a entre le froid de l'hiver et la cha- 
leur de l'été une différence beaucoup plus grande 
qu'ici ; il y fait presque aussi froid qu'ici en hiver, 
et infiniment plus chaud en été. Pareillement, il y 
a de l'équateur aux pôles une variation de climats 
plus marquée encore que sur la sphère terrestre; 
ce que nous appelons ici zones tempérées est insen- 
sible sur Vénus, et même n'y existe pas. La zone 
torride et la zone glaciale empiètent constamment 
l'une sur l'autre, et comme l'année ne dure que 
224 jours au lieu de 365, la rapidité de cette suc- 
cession accroît encore à son intensité. Aussi les 
neiges n'ont-elles pas le temps de s'accumuler aux 
pôles, comme sur la terre, sur Mars! et sur Saturne, 
et les variations atmosphériques font-elles régner 



214 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

une agitation perpétuelle à la surface de la pla- 
nète. 

Ses montagnes sont beaucoup plus hautes que 
les nôtres. On les a mesurées aux époques où Vénus 
se présente à nous sous la forme d'un croissant. 
Les inégalités que Ton remarque dans l'intérieur 
du croissant sont les parties plus élevées de la sur- 
face qui reçoivent encore les rayons du soleil à 
rheure où celui-ci est déjà couché pour la plaine. 
D'après le temps que ces parties blanches met- 
tent à disparaître 9 on peut donc en conclure la 
hauteur. 

Nous venons de parler du croissant de Vénus. 
Gomme Mercure, en effet, cette planète est située 
entre la Terre et le Soleil, et le cercle qu'elle décrit 
dans son année se trouve compris dans l'intérieur 
du cercle que décrit la Terre autour du même 
astre. Il suit de là qu'à certaines époques la planète 
Vénus se trouve justement entre le Soleil et nous, 
et alors elle nous présente sa partie obscure, puis- 
que sa partie éclairée est naturellement du côté du 
Soleil. En d'autres temps, lorsqu'elle se trouve à 
droite ou à gauche du Soleil, elle nous présente 
seulement un quartier. Enfin, lorsqu'elle se trouve 
de l'autre côté du Soleil, elle nous présente sa 
partie éclairée tout entière. 

Vénus circulant dans une orbite inférieure à celle 
de la Terre, il y a des périodes où elle n'est qu'à 
10 millions de lieues de nous (lorsqu'elle se trouve 
entre le Soleil et nous) et des périodes opposées où 
elle s'éloigne à 65 millions de lieues. Ses dimensions 



VÉNUS. 215 

apparentes varient donc très-sensiblement avec sa 
distance. La fig. 29 donne ces variations. 






Fig, 29. Variations du disque apparent de Vénus. 

Les phases de Vénus furent vues pour la pre- 
mière fois au mois de septembre 1610 par Galilée, 
qui reçut de ce spectacle une joie impossible à dé- 
crire , attendu qu'il témoignait éloquemment en 
faveur du système de Copernic , montrant que, 
comme la Terre et la Lune, les planètes reçoivent 
leur lumière du Soleil. Quand je dis que ces phases 
furent vues pour la première fois au mois de sep- 
tembre 1610, vous n'en conclurez pas pour cela 
qu'elles n'existaient pas avant cette époque, mais 
vous en tirerez seulement la conséquence qu'avant 
cette année on n'avait pas tourné de lunette du côté 



216 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

de cette planète, et qu'à l'œil nu ces phases sont 
insensibles. 
Suivant une coutume de l'époque, Tillustre astro- 




Fig. 30. Ëchancrures du croissant de Vénus. 

ûome cacha sa découverte sous un anagramme, 
pour justifier de l'authenticité de cette découverte 
en cas de rivalité, et pour se donner le temps de 
continuer ses observations et de les rendre plus 
parfaites.. Il termina une lettre par cette phrase : 

Hêpc immatura a mejam frustra leguntur^ d, y. 

c'est-à-dire : « Ces choses, non mûries et ca- 
chées encore pour les autre», sont lues par moi. » 
Sous ce cryptogramme, il serait difficile, n'est-ce 
pas, de trouver l'idée des phases de Vénus ? Nos 
pères étaient fort ingénieux, et, de nos jours, cer- 
taines découvertes n'auraient pas été si haut con- 



VÉNUS. 217 

testées, si MM. les astronomes avaient quelquefois 
employé la même ruse. Il y a dans cette phrase 
34 lettres. En les plaçant dans un autre ordre, on 
en tire ces mots, dans lesquels toute la découverte 
est élégamment inscrite : 

Cynthix figuras emulatur mater amorum, 
La mer des amours suit les phases de Diane. 

Galilée ne laissait pas d'être très-fin. Deux mois 
plus tard, le Père Castelli lui demandant si Vénus 
a des phases, il répond : < Je suis en fort mauvais 
état de santé, et je me trouve beaucoup mieux dans 
mon lit qu'à la rosée. » Cen'est que Tavant-dernier 
jour de Tannéei qu'il annonça lesdites phases. 

Vénus a-t-elle un satellite? — Elle en aurait 
plutôt deux qu'un, avaient répondu les amis de 
Cassini aux adversaires de cet astronome. Beaucoup 
ont la ferme croyance de l'avoir vu, mais la ques- 
tion reste indécise. Au milieu du dernier siècle, on 
y croyait si fermement, que le grand Frédéric de 
Prusse proposa de lui donner le nom de son ami 
d'Alemberty ce dont l'illustre géomètre se défendit 
par ce petit billet : t Votre Majesté me fait trop 
d'honneur de vouloir baptiser de mon nom cette 
nouvelle planète. Je ne suis ni assez grand pour 
devenir au ciel le satellite de Vénus, ni assez bien 
portant pour l'être sur la Terre, et je me trouve 
trop bien du peu de place que je tiens en ce bas 
monde pour en ambitionner une au firmament. » 

Ce monde ofire la plus grande ressemblance avec 
le nôtre : mêmes éléments astronomiques, même 



218 LES MEHVEIPLES CÉLESTES. 

grandeur, même volume, même poids, même den- 
sité ; seulement, il est deux fois plus près du Soleil 
que nous. Depuis les origines de la poésie antique, sa 
position près duSoleil, qui le fait apparaître le matin 
avant le jour, ou le soir avant la nuit, attira vers lui 
les pensées contemplatives, et Vénus fut l'étoile de 
tous ceux qui aiment à rêver !e soir» depuis le berger 
à son retour des champs jusqu'aux amis de cœur 
dont les âmes se rencontrent pendant la nuit. Au 
moyen âge, un bon père fait un voyage extatique 
dans le ciel, et ne voit dans Vénus que des jeunes 
gens d'une beauté ravissante, vivant au sein d'un 
parfait bonheur ; c'étaient, à ses yeux, les esprits 
directeurs de la planète Vénus, car on croyait jadis 
qu'une légion d'anges ou de génies était préposée 
à la direction de chacune des sphères célestes. Plus 
tard, l'auteur de Paul et Virginie fait encore de Vé- 
nus la description la plus merveilleuse : c'est un 
véritable Paradis terrestre. De nos jours enfin, le 
poète des Contemplations^ visitant Tîle antique de 
Cythère, qui n'est plus aujourd'hui qu'un roc dé- 
sert et dénudé, reporte sa pensée dans le ciel, et 
c'est là qu'il cherche désormais le séjour de Vénus: 



Vénus! que parles-tu de Vénus? elle est là. 
Lève les yeux. Le jour où Dieu la dévoila 
Pour la première fois dans l'aube universelle, 
Elle ne brillait pas plus qu'elle n' étincelle. 
Si tu veux voir l'étoile, homme, lève les yeux. 
L'Ile des mers s'éteint, mais non l'Ile des deux ; 
Les astres sont vivants et ne sont pas des choses 



VÉNUS. 219 

Qui s^efifeuillent, un soir d'été, comme les roses. 
La terre à Gérigo, mais le ciel à Vénus. 

Puissent les rayons d'or de cette belle étoile 
briller longtemps encore sur nos soirs, ouvrant à 
nos pensées le cours des rêveries qui nous trans- 
portent transitoirement dans le céleste monde. 
Qu'elle annonce encore le cortège étoile des nuits 
profondes, et qu'elle soit l'avant-courière des 
heures de paix et de silence qui bercent l'âme dans 
la rêverie de ses souvenirs. 

Étoile qui descends sur la verte colline, 
Triste larme d'argent du manteau de la nuit, 
Toi que regarde au loin le pâtre qui chemine, 
Tandis que pas à pas son long troupeau le suit. 
Étoile! où t'en vas-tu dans cette nuit immense ? 
Gherches-tu sur la rive un lit dans les roseaux? 
Ou t'en vas-tu si belle, à l'heure du silence, 
Tombet comme une perle au sein profond des eaux ? 
Ah! si tu dois mourir, bel astre, et si ta tête * 

Va dans la vaste mer plonger ses blonds cheveux. 
Avant de nous quitter, un seul instant arrête, 
Étoile de Pamour, ne descends pas des cieux ! 

A. DE Musset. 



ogu 



VI 



MARS. 



Je reconnais ses traits, c*est le farouche Mars ! 
Sa pàlenr que nuance une rougeur obscure 
Sans peine à tous les yeux distingue sa figure: 
Empreinte sur son front, cette sombre couleur 
Du dieu dont les guerriers admirent la valeur 
Nous peint la cruauté, la fureur homicide, 
Et du sang des humains sa soif toujours avide. 
Rien ne peut adoucir sa barbare fierté. 
Des mortels et des dieux son glaive détesté 
Souille toujours de sang sa funeste victoire. 

A son cruel aspect, la paix, la douce paix, 
S'éloigue des mortels, retire ses bienfaits 
De nos champs ravages on voit fuir Tabondance.. 

Ricard. 



Le pauvre Mars n'a pas été épargné, comme vous 
voyez. Sur lui et sur Saturne sont tombées toutes 
les malédictions des mortels. A commencer par la 
guerre, ce fléau de l'humanité dont elle aura tant 
de peine à se guérir, tous les malheurs publics 
causés par la force lui ont été attribués, et s'il sait 
ce que la Terre a pensé de lui depuis les jours de 
la mythologie, il doit la regarder d'un bien mauvais 



MARS. 221" 

œil. Il est pourtant bien innocent de tontes ces ca- 
lomnies, et nous devrions d'autant moins parler 
mal de lui qu'il offre plus de ressemblance avec 
nous. Le monde de Mars, en effet, ressemble tant 
au monde de la Terre, que s'il nous arrivait un 
jour de faire un voyage de son côté et d'oublier 
notre chemin, il nous serait ù peu près impossible 




Fig. âl. Mars. 

de reconnaître lequel; des deux est notre patrie. 
Sans la Lune, qui lèverait charitablement notre 
incertitude, nous courrions grand risque d'arri- 
ver chez les habitants de Mars, croyant descendre 
en Europe ou dans quelque autre quartier ter- 
restre. 

La planète Mars, en effet, présente dans nos téle- 
scopes le niéme aspect que la Terre doit offrir aux 



222 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

habitants de Vénus : un disque circulaire, un peu 
aplati vers les pôles, tournant sur lui-même en 
vingt-quatre heures environ, sillonné de temps à 
autre par des nuages passagers, diversifié de plaines 
tantôt claires, tantôt foncées; roulant obliquement 
sur lui-même, enveloppé d'une atmosphère et re- 
couvert à ses pôles de taches neigeuses. Sur cette 
planète, les saisons sont à peu près de la même 
intensité que les nôtres ; mais leur durée est deux 
fois plus longue, car Mars n'accomplit sa révolu- 
tion annuelle autour du Soleil qu'en 1 an 321 jours 
22 heures, ou l an 10 mois et 21 jours. Les amon- 
cellements de glaces que Ton voit à ses pôles fon- 
dent en partie au printemps de chaque hémisphère, 
et se reforment en automne, comme il arrive sur 
notre globe; et comme les saisons sont complé- 
mentaires sur les deux hémisphères, les mou- 
vements de ce globe s'exécutent en sens inverse; 
tandis que le pôle austral diminue, le pôle boréal 
augmente, et réciproquement. De cette fonte des 
neiges résultent les changements de température et 
les mouvements météoriques que Ton observe ici ; 
une partie de l'eau s'évapore en nuages, une autre 
partie va grossir les fleuves et descend à la mer. 
Ainsi les caractères fondamentaux des saisons ter- 
restres se retrouvent sur cette planète voisine. 

On peut cependant remarquer certaines diffé- 
rences entre l'aspect du monde de Mars et le nôtre. 
Tandis que vue de loin, la Terre , en raison de la 
couleur de son atmosphère, de sa végétation et de 
ses eaux , doit paraître nuancée de vert, Mars est 



MARS. 223 

plus nuancé de rouge , et c'est cette teinte qui lui 
donne l'éclat rougeâtre dont on le voit brillera l'œil 
nu. Sans doute cette couleur caractéristique est 
produite par la coloration dominante des éléments 
de sa surface , soit que son sol soit ainsi coloré 
comme celui de nos déserts , soit que ses mers y sa 
végétation ou des vapeurs s'élevant dans son at- 
mosphère revêtent principalement cette nuance. 
Toutefois les taches polaif es gardent toujours leur 
éclatante blancheur. Un philosophe de l'antiquité , 
Anaxagore , afGrmait que la neige était noire; son 
paradoxe eût été quelque peu allégé si les neiges 
de Mars, toutes les fois que l'on put les apercevoir 
distinctement, avaient été rouges ; mais elles sont 
blanches aussi. < La couleur des taches polaires^ 
disent Béer et Madler, deux astronomes dont la vie 
a été vouée à l'étude de Mars et de la Lune , est 
toujours d'un blanc brillant et pur, en aucune façon 
semblable à la couleur des autres parties de la 
planète. En 1837, il arriva une fois que Mars fut , 
pendant l'observation , complètement obscurci par 
un nuage, à l'exception de la tache polaire qui se 
montrait distinctement à la vue. » 

De plus, l'eau de Mars est-elle la même que l'eau 
de la terre? le P. Kircher se demandait si celle de 
Vénus serait bonne pour baptiser et n'en doutait 
pas. Nous nous demandons s'il y a là les mêmes 
éléments chimiques qu'ici, et nous en doutons. Que 
les taches polaires de Mars soient des amas de 
glace et de neige , c'est ce qui semble démontré 
par l'observation, puisque les changements qu'elles 



224 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

subissent annuellement sont occasionnés comme 
chez nous par le mouvement apparent du soleil. 
Ce fait a été constaté dans ses phénomènes géné- 
raux et dans ses phénomènes partiels. Quand une 
tache offre une plus grande étendue, c'est après 
un long hiver du pôle auquel elle appartient; 
quand la même tache se montre très-petite, c'est 
après un été qui Ta fondue et successivement res- 
serrée. Mais il. ne faudrait pas en conclure de là 
que le nom de neige signifie autre chose qu'une 
apparence, et Ton ne saurait s'appuyer sur aucune 
raison plausible pour y voir identiquement la sub- 
stance que nous connaissons sous le nom de neige, 
c'est-à-dire l'eau (chimiquement, un équivalent 
d'hydrogène et unjd'oxygène : HO) congelée en pe- 
tites aiguilles. Il est au contraire très-probable, 
pour ne pas dire certain, que les éléments consti- 
tutifs du globe de Mars étant tout différents de 
ceux dont la Terre est formée, et leurs combinai- 
sons chimiques ayant été dès l'origine soumises à 
des influences tout autres que celles qui présidè- 
rent sur notre globe, il ne peut exister qu'une ana- 
logie lointaine entre la nature de ce monde et là 
nôtre, et non une identité de matières. 

Ëloignée du soleil à une distance moyenne de 
58 millions de lieues, et enveloppant l'orbite de la 
Terre dans celle qu'elle décrit autour de l'astre cen- 
tral, il y a certaines époques où ces deux planètes 
sont très-rapprochées : c'est lorsqu'elles sont toutes 
deux d'un même côté de leur cours relativement 
au soleil. Quelquefois elles ne sont plus qu'à 



MARS. 225 

14 millions de lieues de distance Tune de l'autre. 
C'est ce qui fait que Mars est, après la Liine, le 
monde le mieux connu de nous, et que Kepler a pu 
écrire ces paroles: « C'est de la connaissance de 
Mars que nous viendra l'astronomie, et c'est de 
rétude de cette planète que sortiront les progrès 
future de notre science. » 

On appelle conjonction de deux planètes le point 
de leurs orbites où elles se trouvent ainsi d'un 
même côté du soleil, et sont le plus près possible 
l'une de l'autre; on donne le nom d'opposition, sm 
point opposé de leurs courses, celui où elles se trou-* 
vent chacune de côté et d'autre du soleil. Ces posis 
tions ont jadis beaucoup exercé la sagacité des tireurs 
d'horoscopes, et Dieu sait combien de destinées 
ont reçu de prétendues prédictions, selon que le 
dieu de la guerre se trouvait en conjonction dans 
tel ou tel signe du zodiaque. La conjonction dans 
le Taureau n'était pas du tout la même que celle 
qui arrivait dans la Vierge, et lorsque par ha-, 
sard elle avait le malheur d'arriver dans le Capri- 
corne, les plus habiles se perdaient en inductions 
sur la mauvaise fortune présagée au nouveau- 
pé« I^es planètes intérieures, Vénus et Mercure» 
dont l'orbite est renfermée dans celle de la Terre,| 
n'ont pas d'opposition, mais elles ont deux con- 
jonctions : l'une supérieure , quand la planète se 
trouve au delà du soleil et sur une même ligne 
droite; l'autre inférieure, quand elle est placée entre 
le soleil et la Terre. Les planètes extérieures, 
celles qui renferment l'orbite terrestre et dont 

15 



226 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

elle est la première, n'ont que la conjonction su* 
périeure. ' 

Au delà de la planète Mars, à 40 millions de lieues 
environ entre l'orbite de cette planète et celle de 
Jupiter, on rencontre le groupe de petites planètes 
dont nous avons déjà parlé. Ce sont de tout petits 
mondes, si même ils méritent ce nom, qui n'ont 
guère que l'étendue d'une province ou méime d*un 
département. Ils gravitent dans cette zone en 
nombre considérable, car il peut en. exister plu- 
sieurs milliers. Déjà 83 ont été découverts : le pre- 
mier en 1801, le dernier cette année (1865) ^ Peut- 
être sont-ils les débris d'un monde plus gros, brisé 
par quelque catastrophe; peut-être ont-ils été for- 
més dans cette région de l'espace à l'état fragmen- 
taire dans lequel nous les voyons aujourd'hui. 
C'est ce qui n'est pas même décidé, attendu que 
sur l'origine des choses, la science d'aujourd'hui, 
comme celle du temps de Virgile, ne peut encore 
se prononcer. 

Félix qui potuit rerum cognoscere causas. 

Ignorant le titre de noblesse originaire de ces 
astéroïdes et le sort qui les attend, traversons leur 
colonie et abordons au delà le plus magnifique des 
mondes de notre système. 

t. Les astéroïdes connus sont, en décembre 1866, au nombre 
de 91. (Note de la 2* édition.) 



vil 



JUPITER. 



Oh ! disait-elle, pourquoi mon destin ne m'a-t-il 
pas fait naître esprit de cette belle étoile, habitant 
sa sphère brillante, pure et isolée comme les 
anges, sans autre emploi que de prier et de bril- 
ler, et d^allamer mon encensoir au soleil ! 

THOMAS MOGRE,. Amour des Anget. 



Le monde de Jupiter est le plus volumineux de 
tous les globes de notre système : il n'est qu'un 
millier de fols plus petit que le Soleil, ce qui donne, 
si l'on se souvient du volume de l'astre radieux, de 
quatorze à quinze cents fois le globe terrestre. 
Aussi, quoiqu'il roule sur une circonférence éloi- 
gnée de presque 200 millions de lieues, et qu'il 
reçoive une lumière bien plus faible que celle 
reçue par la Terre, sa grosseur se manifeste par 
l'éclat dont il brille durant nos nuits étoilées, éclat 
égal et souvent même supérieur à celui dont Vénus 
étincelle. Jupiter compte donc parmi les premières 
beautés du ciel. Comme il est toujours sur le zo- 



228 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

diaque, et que le soir, Vénus, quand elle est visible, 
est toujours à roccident, il est facile à reconnaître. 
Toutes les fois qu'à une époque quelconque de 
Tannée vous voyez une étoile très-brillante chemi- 
ner soit à l'est, soit au-dessus de vos tôtes, à tra- 
vers les constellations zodiacales, vous pouvez être 
assurés que c'est Jupiter*. 

Ce monde est ravissant, autant du moins qu'on 
en peut juger de loin et sansy être allé. D'abord 
un printemps perpétuel rayonne à sa surface. S'il 
est orné de fleurs, cèdent nous ne doutons pas, sauf 
à savoir en quoi consistent ces fleurs, elles ne vivent 
pas seulement « l'espace d'un matin » comme nos 
roses, mais vivent infiniment plus longtemps. 
 peine les plus âgées commencent-elles à avoir 
quelques rides et à pâlir, qu'elles sont remplacées 
par de charmants boutons, s' épanouissant avant 
que les premières soient fanées. Non-seulement 
chaque année de la planète jovienne en vaut douze 
des nôtres, mais encore on ne sait presque pas 
quand commence et quand finit la période an- 
nuelle. Pas d*hivers, pas d'étés, toujours le prin- 
temps. 

Ensuite Jupiter, comme je l'ai dit, oflre une sur- 
face 126 fois plus étendue que la surface terrestre. 

l. Un grand nombre de personnes sont désireuses de pouvoir 
observer les planètes parmi les étoiles, et de savoir en quel 
point du ciel elles se trouvent chaque nuit de Tannée. C'est 
pour répondre à ce besoin que, dans nos Études et lectures sur 
V Astronomie y nous avons intégralement calculé et décrit les 
Phénomènes astronomiques de chaque mois, et dessiné sur une 
carte céleste la marche future des planètes. 



JUPITEB. 2a9 

Je parle dé la suffdce et non du volume. Or, cent 
vingt-six terres placées les unes à côté des autres, 
et sur lesquelles le genre humain pourrait se ré- 
pandre à plaisir , constituent un fort beau pays, 
n'est-ce pas? On ne doit donc pas douter qu'un pa- 
reil empire n'ait' été fait pour servir de demeure 
à une famille humaine, vénérable et digne de tous 
nos respects. C'est ainsi que nous raisonnons à 
propos de Jupiter, parce que nous avons eu les 
moyens nécessaires pour le mesurer et l'apprécier 
à sa juste valeur. Mais il est utile d'ajouter quelque 
chose pour compléter la comparaison entre ce 
monde et le nôtre. 

De ce que nous trouvons par l'observation de la 
planète jovienne d'excellentes raisons de croire 
que ses habitants sont très-favorisés, il ne s'ensuit 
pas que lesdits habitants fassent des réflexions 
analogues à notre égard. Une bonne raison s'op- 
pose à ce qu'ils s'occupent de nous : c'est qu'ils ne 
se doutent pas même de notre existence. Et, en 
effet, si jamais, dans un avenir plus ou moins 
éloigné, il vous arrivait d'habiter Jupiter, vous 
auriez grand'peine à trouver votre ancienne patrie. 
Il faudrait pour cela vous lever un peu avant le 
soleil (et notez qu'il n'y a que cinq heures du cou- 
cher au lever de cet astre sur Jupiter) et chercher 
à l'orient, 5 ou 6 minutes avant, une toute petite 
étoile blanche. Avec dés yeux assez fins, vous arri- 
veriez peut-être à l'apercevoir. Dans ce cas, vous 
sauriez que notre terre est au monde. Aussi bien 
pourriez- vous faire la même recherche, six mois 



230 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

plus tardy à l'occident, quelques moments après le 
coucher de l'astre -roi. Telle est la condition 
dans laquelle se trouvent les habitants de Jupiter 
à notre égard. Pendant la nuit^ on ne voit jamais 
la Terre de là, tandis que c'est précisément au mi- 
lieu des nuits sereines que nous pouvons d'ici ob- 
server le mieux cette magniûque planète. Ainsi, 
ces êtres inconnus, qui se doutent probablement 
si peu de l'existence de notre monde, se doutent 
encore moins de la nôtre. Quant à ceux des planètes 
qui vont suivre : Saturne, Uranus, Neptune,... ils 
ne s'en doutent plus du tout. 

Un écrivain d'outre-Manche, James Wills, H. M., 
a chanté le monde de Jupiter en termes qui méri- 
tent d'être offerts à nos lecteurs. Il parle, dans ce 
chant, de la beauté de cet astre, de la découverte 
de ses quatre satellites par Galilée, et de l'espé- 
rance fondée que nous avons de croire ce monde 
peuplé d'êtres pensants, aussi bien que les autres 
planètes. 

« Voyez dans les hauteurs du ciel cette planète 
argentée : c'est Torbe de Jupiter. Mille terres réu- 
nies n'égaleraient pas ce grand monde, qui roule 
autour de notre commun soleil, dans le même, 
système, lié dans le même réseau. Quoique l'espace 
qui nous en sépare paraisse immense, quoique ce 
globe soit trop éloigné pour que le regard curieux 
des mortels puisse en distinguer les forêts ou les 
campagnes éclairées, et pour que l'oreille humaine 
puisse saisir le bruit de sa vie prodigieuse ; quoi- 
qu'il soit, dans sa clarté silencieuse, au-dessus des 



JUPITER. 231 

atteintes de la baine ou de Tamour de notre monde; 
que son astre radieux n'attire pas l'œil d'un cooqué« 
rant, et que ses vastes et riches royaumes, soient 
réduits par la distance à ce point qui brille sur nos 
têtes; pourtant la Terre, sa sœur, n'ose pas dire 
qu'il est mort. 

< Obi quelle vision transporta le noble Toscan 
dans sa tour solitaire^ à l'heure où il ouvrit à la 
pensée de la Terre une ère plus glorieuse que la 
fondation du plus puissant empire! lorsque le bril^ 
lant mystère révéla à son verre , dans les profon- 
deurs de la nuit^ une lumière surnaturelle, rivage 
de l'espace, continent du ciel, plus beau que celui 
qui s'offrit au navire traversant les ondes dans son 
voyage téméraire aux rives de l'Atlantique. Quelle 
merveille solennelle fit tressaillir son cœur lorsque 
le magnifique système s'éleva devant lui, monde 
accompli , enveloppé d'orbes de moindre lumière , 
pour accomipagner son cours et illuminer ses 
nuits ! • : 

< Expliquez pourquoi ces brillants compagnons 
attendent l'heure du sommeil où ils garderont leurs 
veilles silencieuses, pourquoi cette planète roule: 
sur son axe tournant, pourquoi elle penche alter- 
nativement ses pôles vers le soleil. Dites dans quel 
but cette vaste étendue fut préparée pour la vie , 
avec ses saisons qui suivent le cours de Tannée , et 
la lumière de ses lunes , mesurée pour une nuit 
plus spacieuse ou pour la compensation d'un soleil 
moins brillant. A quoi bon ces variétés de nuits et 
de jours si nul regard ne s'éveille pour saluer le 



232 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

jour naissant ,.si les saisons inutilement constantes 
n'apportent aucune jouissance, aucun fruit, aucune 
chose vivante, si Celui qui gouverne ce bas monde., 
connuvobéiet adoré des intelligences quirhabitent, 
n'était ni connu, ni obéi, ni adoré par aucun être, 
et ne régnait que sur une immense et stérile 
solitude! 

«Lé Soleil qui illumine les vallons et les gais 
pâturages de notre terre, verse là sur dés champs 
pins vastes les mêmes rayons joyeux. Notre aurore 
les éclaire, et la main qui a formé ce monde est la 
même qui a versé sur là terre les rayonnements de 
la vie souveraine. Pourrait-il se faire que tout cela 
soit stérile et mort, que mille royaumes etiveloppés 
d'un jour glorieux soient étendus pour briller de 
loin dans l'obscurité sur notre nuit et dorer notre 
midi d'une lumière ineffective. Monde absorbant 
sans fruit les rayons solaires, campagne dénudée, 
orbe triste et stérile qui ne dbnne ni verts pâtu- 
rages ni souffle'vital, vaste et silencieux domaine 
de la mort! » 

Non. Jupiter est une terre , une terre splendide» 
auprès de laquelle la nôtre n'est vraiment qu'une 
Luné. Jugez-en plutôt : 

S'il nous était donné d'observer ce monde de près 
et de nous accoutumer à sa nature, de vivre quel- 
que temps au milieu de son cortège et d'apprécier 
toute son importance, nous trouverions notre globe 
bien modeste en sortant d'un tel séjour. Nous se- 
rionis comme ces bons villageois qui viennent une 
fois dans leur vie voir Paris et qui, s'ils ont le malr 



JUPITER. 



2a3 



heur d'y rester un mois seulement, ne savent plus 
que penser de leur village : il reste éclipsé par le 
seul souvenir des splendeurs entrevues. C'est pré- 




Fig. 32. Jupiter et la Terre. 

cisément ce que se disait notre poète national Bé- 
ranger , la nuit de son ascension : 



t Dans mon vol, sous mes pieds, qu'entends-je? 

C*est le triste son d'un pipeau, 

Qui mène au gré d'un tout jeune ange 

L'un des corps nains du grand troupeau. 

Petit globe, objet de risée ! 

On dirait à le voir courir, 

Du savon la bulle irisée 

Qu'un souffle fait naître et périr. 



234 LES MERVEaLES CÉLESTES. 

< Je demande à Penfant céleste 
Si c'est son jouet dans le$ cieuz. 

— Énorme géant, sois modeste, 
Dit-il, regarde et juge mieux. 
Je me penche alors sur la boule. 
Prêt )l la prendre dans ma main ! 
Dieu! j'y vois s'agiter la foule 

Que Qous.nfiixmions le genre humain. 

c Ma CQUCusion est profonde. 
EsiM» donc là notre séjour? 

— Oui, dit range, voilà ce monde 
Dimtpeu d'entre vous font le tour. 
Tqii jeil y distingue sans doute 

G€^ monts qui sont géants pour vous, 
MysAre Océan, cette goutte 
Q.ui^ffit à vous noyer tous. > 



a^ 



VIII 



SATURNE. 



Seul dans notre système, 
Il marche I9 front ceint d'un double diadème. 
Quels tableaux variéis doivent offrir aux yeux 
Ces deux ëc^arpes d'or flottantes dans lescieux I 
Oui, Saturne, à bon droit, en contemplant sa masie, 
Ce soleil qui pour lui n'est qu'un point dans Teapace 
Ses gardes; sa couronne et leurs orbes divers. 
Peut se croire le roi, centre de runivers. 

DARU. 



S'il VOUS arrivait un jour de faire un petit voyage 
à la planète Saturne, qui n'est guère qu'à 330 mil- 
lions de lieues d'ici, vous éprouveriez à son appro- 
che un étonnement indicible, dont n'approche cer- 
tainement aucun des sentiments de surprise que 
vous avez pu éprouver sur la Terre. Imaginez- 
vous un globe immense, non pas seulement de la 
grandeur de la Terre, mais aussi volumineux 
que 734 Terrés entassées. Il tourbillonne sur 
lui-même avec une telle rapidité que malgré sa 
grosseur il achève son mouvement de rotation 



236 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

diurne en dix heures environ. Autour de lui, au- 
dessus de son équateur et à huit mille] lieues 
de distance, un inamense anneau, plat et relative- 
ment très-mince, Tenvironne de toutes parts. Cet 
anneau est suivi d'un second qui l'entoure, et celui- 
ci d'un troisième encore. Or, ce système d'anneaux 
multiples n'aquequelquesdizainesdelieuesd'épais- 
seur, tandis qu'il mesure douze mille lieues de iar- 




Fig. 33. Saturne et ses satellites. 

geur. Ils ne planent pas immobiles, mais sont em- 
portés par un mouvement circulaire autour de la 
planète, mouvement d'une rapidité supérieure 
encore à la précédente. Là ne se borne pas le do- 
maine du monde saturnien. Au delà de l'anneau , 
on voit huit lunes circuler dans le ciel autour de 
Tétrange système ; le plus rapproché de ces satel- 
lites est séparé de l'anneau extérieur par une dis* 



SATURNE. 237 

tance de i 2 000 lieues ; le plus éloigné suit un orbite 
éloignée du centre de la planète de 922 000 lieues. 
Saturne donc commande un mondé qui ne mesure 
pas moins de 1 844 000 lieues de diamètre , c'est-à- 
dire près de six millions de lieues de circonférence. 

Voilà un monde à côté duquel la Terre fait bien 
modeste figure, et Micromégas était bien pardon- 
nable de prendre la Terre pour une taupinière du 
ciel , lorsqu'en sortant dé Saturne il vint à passer 
près de notre petit globe. Ses années sont trente 
fois plus longues que les nôtres; ses saisons durent 
chacune sept ans et quatre mois ; une diversité 
sensiblement égale à celle qui distingue les.nôtres 
les diversifie : un printemps régénérateur succède 
à la rigueur des hivers ; Tété et l'automne y ver- 
sent leurs fruits réciproques. 

Mais le phénomène qui attire le plus Tattention 
sur ce monde , c'est cet anneau gigantesque qui 
l'enveloppe de toutes parts. On fut longtemps sans 
pouvoir se rendre compte de la nature de cet ap- 
pendice unique dans tout le système planétaire. 

Galilée , qui le premier vit de chaque côté de 
Saturne quelque chose de brillant dont il ne put 
distinguer la forme , fut grandement émerveillé 
d'un pareil aspect. Il l'annonça d'abord sous une 
anagramme , dans lequel Kepler lui-diôme n'a pu 
rien reconnaître , et comme il l'avait fait pour Vé- 
nus , en cachant sa découverte il se donna le temps 
de la mener à bonne fin. Il la nomma tri-corps , 
en attendant mieux. « Lorsque j'observe Saturne , 
écrivait-il plus tard à l'ambassadeur du grand-duc 



238 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

de Toscane, l'étoile centrale paratt la plus grande ; 
deux autres y situées Tune à l'Orient, Tautre à 
l'Occident, et sur une ligne qui ne coïncide pas avec 
la direction du zodiaque, semblent la toucher. Ce 
sont comme deiix serviteurs qui aident le vieux San 
tume à faire son chemin et restent toujours à ses 
côtés. Avec une lunette de moindre grossissement* 
l'étoile parait allongée et de la forme d'une olive. » 

Le laborieux astronome eut beau chercher, il ne 
fut pas favorisé dans ses recherches comme il l'a- 
vait été dans les précédentes. A l'époque où les an- 
neaux de Saturne se présentent à nous par leur 
tranche , ils disparaissent à cause de leur minceur. 
Galilée se trouvant une certaine nuit dans l'im- 
possibilité absolue de rien distinguer de chaque 
côté de la planète , là où quelques semaines aupa- 
ravant il avait encore observé les deux objets lu- 
mineux, fut complètement désespéré; il en vint 
jusqu'à croire que ses verres de lunettes l'avaient 
trompé. Tombé dans un profond découragement , 
il ne s'occupa plus de Saturne , et mourut sans sa- 
voir que l'anneau existait. Plus tard Hévélius dé- 
clara de même qu'on y perdait son latin, et ce 
n'est qu'en 1659 que Huygens , le véritable auteur 
de la découverte de Tanneau , en fit la première 
description et la première explication. 

Sous les contemporains de Galilée, Saturne était 
une boule avec deux anses y ou encore, un chapeau de 
cardinal; plus tard on l'assimila à une savonmtte au 
milieu d*un plat à barbe. Au milieu du dix-huitième 
siècle, Maupertuis conjectura que l'anneau n'était 



SATURNE. 239 

qu'une queue de comète enroulée comme un tur* 
ban autour du globe saturnien. Vers la fin du 
même siècle , du Séjour écrivit son « Essai sur les 
phénomènes relatifs aux disparitions périodiques 
de Tannéau de Saturne , » dans lequel il trouva 
théoriquement la durée de la rotation de l'anneau; 
il offrit son ouvrage à Voltaire avec la dédicace 
gracieuse que voici : 

« Monsieur^ recevez^ je vous prie, l'histoire d'un 
vieillard respectable , dont on s'occupera sur la 
terre tant que le savoir sera en honneur parmi les 
hommes; son front est orné d'une couronne im- 
moitelle; il nous éclaire et nous offre un des pbé- 
. nomènes les plus singuliers de la nature. Ce vieil- 
lard est Saturne, je m*empresse de le nommer de 
peur qu'on n'en désigne un autre, dont votre mo- 
destie vous empêcherait de reconnaître le portrait. 
Puisse cette analogie mériter à mon ouvrage un 
accueil favorable de votre part ! » 

Sans la dernière remarque, Voltaire lui-même et 
plutôt que personne , eût pu croire , en effet , que 
Saturne était fort étranger à la dédicace. A cette 
époque le monde de Saturne comptait déjà , outre 
ses anneaux, cinq satellites circulant autour de 
lui. Depuis, on en a ajouté trois autres , et le cor- 
tège se compose de huit membres. Voici l'ordre de 
leurs distances à la planète , les noms qui les dis- 
tinguent , Tordre de leur découverte , les auteurs 
et la date des découvertes : 

1. Mimas Herschel 1789 

2. Encelade Herschel 1789 



240 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

3. Thétis Cassini f684 

4. Dioné Cassîni ...... 1684 

5. Rhéa. . ....... Cassini 1672 

6. Titan. Huygens ..... 1655 

7. Hypérion Rond et Lassell . . 1848 

8. Japhet Cassîni ..... . 1671 

Saturne n'a pas été favorisé des anciens poètes, 
qui ne se doutaient en aucune façon de sa gran- 
deur .et de sa richesse. Situé à la dernière limite 
du système planétaire, et en marquant la frontière 
jusqu'à l'époque de la découverte dTranus, il 
passait pour le plus froid et pour le plus lent de 
tous les astres. C'était le dieu du temps , détrôné 
et relégué dans une sorte d'exil. Malheur à ceux 
qui naissaient sous son influence i Si au moment 
de la naissance il se trouvait dans le signe zo- 
diacal du mois, les nouveau-nés n'avaient plus 
qu'à demander à rentrer dans le néant. Pendant 
mille ans un nombre considérable d'hommes sé- 
rieux ajouta foi pleine et entière aux tireurs d'ho- 
roscopes, abusés eux-mêmes dans l'ignorance et 
souvent de bonne foi. Ces idées, heureusement 
évanouies à la lumière des sciences, sont trop cu- 
rieuses pour que je ne vous en donne pas un petit 
spécimen. 

Écoutez, par exemple, un astrologue *, qui écri- 
vait en 1574 les facéties suivantes : «Saturne est 
au septième ciel. Il fait les gens rustiques ; signifie 
les païsans, manœuvriers et mercenaires j fait les 

1. La taille de Boudaroy, ^^omand« o&r^^^. 



SATURNE. 



241 



gens maigres, solitaires et resveurs, qui en se 
promenant regardent la terre ; 11 signifie aussi les 




60 



vieillards courbez, les juifs et les mendiants, les 
servans, faitnéantz, gens méchaniques et de basse 

16 



242 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

condition , et fait la cherté , la glace et répidémie : 
bref, il n'a aucune clarté , sinon celle que les au- 
tres lui départent. • Yoilà pour les conditions ; 
mais ceci n'e§t rien à câté de l'influence de eette 
malheureuse planète sur les maladies. 

« Saturne, dit la Martinière , est une planète pe^ 
santé, diurne , sèche, nocturnale et malveillante, à 
qui l'on attribue ' les fièvres longues , quartes et 
quotidiennes, les incommodités de la langue , des 
bras et de la vessie , la paralysie universelle , les 
gouttes, les tubes , les abcès, apostumes , obstrac- 
tions de foye et de la rate, la jaunisse noire , les 
cancers, polipes , les maladies des intestins, comme 
sont les coliques venteuses , pituiteuses , les hémo- 
roides douloureuses, les hernies, les varices > cors 
aux pieds, crachement de sang pulmonin , appétit 
canin, difficulté de respirer, sourdites, pierres tant 
aux reins qu*à la vessie, Tépilepsie, alopécie, 
opiasie, cachexie, hydropisie, mélancholie, lèpres, 
et autres maladies provenant des humeurs sales et 
pourries.... (je ne veux pas tout citer). Ceux qui 
sont nés sous sa saison sont mélancholiques et 
pituiteux . » 

Le bon Saturne ne se doute guère d'avoir causé 
de pareilles infortunes aux habitants de la Terre. 
Espérons, pcmr notre réputation là-bas, que les 
astrologues de Saturne n'auront pas usé de repré- 
sailles , t:ar alors, de quels maléfices ne nous aceu- 
serait-on pas ? Mais nous avons une bonne raison 
de croire que nous ne sommes pas mal vus des Sa- 
turniens ; cette raison ( qui ne nous fait pas grand 



SATURNE. 243 

honneur du reste), c'est que. de Saturne on ne voit 
pas la Terre parce que notre globe est trop petit , 
et qu'il est caché dans le soleil. 

D'après un auteur plus singulier encore, on peut 
faire venir le... diable chez soi» en l'appelant un 
samedi, le jour du sabbat, consacré à Saturne, par 
une formule cabalistique extrêmement longue et 
extrêmement difOcile à prononcer, et en offrante 
Saturne un parfum composé par la préparation 
suivante : « Mélangez de la graine de pavot, de la 
graine de jusquiame, de racine de mandragore, de 
poudre d'aimant et de bonne myrrhe ; pulvérisez 
toutes ces drogues , et les incorporez avec du sang 
de chauve-souris et de la cervelle de chat noir, etc.» 
Je ne veux pas tout dire , je craindrais que vous 
n'essayassiez la recette. 

Chaque planète influait sur la destinée des 
hommes selon la date de leur naissance. Aussi dans 
le premier signe du zodiaque, < Jupiter faisait les 
évêques , les prélats , les nobles , les puissants , les 
juges , les philosophes, les sages , les marchands , 
les banquiers. Mars signifiait les guerriers, les 
boute- feu, les meurtriers , les médecins , les bar- 
biers, les bouchers, les orfèvres, les cuisiniers, les 
boulangers et tous les métiers qui se font par le 
feu. Vénus faisait les reines et les belles dames, les 
apothicaires ( comme cela se suit bien I ) , les tail- 
leurs d'habit, les faiseurs de joyaux et d'ornements, 
les marchands de draps, les joueurs, ceux qui han- 
tent les cabarets, ceux qui jouent aux dés, les 
libertins et les brigands. Mercure les clercs, les 



244 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

philosophes, lés astrologues, les géomètres, les 
arithméticiens, les auteurs latins, les peintres, 
les ouvriers ingénieux et subtils , tant hommes 
que femmes , et leurs arts. » 

Mars peut être comparé à Saturne pour la mau- 
vaise réputation que lui ont faite les astrologues ; 
là phrase suivante suffit pour édifier à son égard : 
c Les gens auxquels Mars préside sont aspres et 
rudes, invincibles, et qui par nulles raisons ne se 
peuvent gaigner, entiers, noisèux, téméraires, ha- 
sardeux, violents, et qui ont accoustumé d'estre 
trompés par rapport; gourmans, digérants aisé- 
ment beaucoup de viandes, forts, robustes, impé- 
rieux, avec yeux sanglants, cheveux rouges, n'ayant 
guères bonne affection envers leurs amis, exer- 
çants les arts de feu et de fer ardent : bref, il fait 
ordinairement des hommes furieux, ricteux, pail- 
lards, suffisques et colériques. » 

Quant il Vénus, nul astre n'eut jamais une in- 
fluence plus favorable que la sienne ; il est inutile 
de dire en quoi consistait principalement son ac- 
tion; mais il paraît que ceux auxquels elle prési- 
dait étaient de fort heureux mortels. 

Ces idées bizarres et erronées sur une prétendue 
influence des planètes, et toutes celles qui consti- 
tuent le vaste domaine astrologique, avaient pour 
cause la superstition de Thomme, qui est toujours 
entraîné vers le merveilleux, et son orgueil qui lui 
représentait l'univers comme formé tout e?près 
pour lui. Tant que régna Tanciën système du 
monde, fondé sur les apparences, l'homme fut en 



SATURNE. 245 

proie à cette erreur malsaine. Le flambeajU-de, la 
vraie science, de la science fondée sur robservation ' 
raisonnée et sur le calcul, était seiil capable d'ap- 
porter quelque lumière au sein de ces ténèbres, et 
de les dissiper à. mesure que rhomme s-élèverait 
davantage dans la. connaissance véritable. Ce s^ra 
le plus grand titre de gloire pour les siècles, qui 
vienne^t de briller, d'avoir délivré Tesprit humain 
de ces illusions et d'en avoir à jamais triomphé, 
Souvent, à ces époques où la vie de rhomme était 
si facilement sacrifiée, astrologues,, alchimistes, 
sorciers, furent brûlés vifs, pendus, rpués„ décapi- 
tés, écartelés ou suppliciés par de longues tortures, 
pour avoir fait une prédiction mal reçue. Je pourr 
rais aligner ici quelques centaines.de sorcières 
brûlées pour de prétendus maléfices ou pour des 
profanations qui avaient bien, plutôt pour cause 
leur crédulité que leur méchanceté, d'astrologues 
pendus ou noyés selon le bon plaisir des princes, 
de chercheurs de pierre philosophale exécutés pour 
avoir fait pacte avec le diable ; mais ce n^estpas ici 
le lieu, et en parlant d'astrologie au chapitre de 
Saturne, j'ai seulement voulu profiter de la circon- 
stance pour montrer une fois de plus quelles ac- 
tions de grâce on doit à la science^ et dans quelle 
profondeur on pourrait craindre que l'homme ne 
tombât un jour, si jamais le flambeau des sciences 
venait à s'éteindre. 

Le monde dé Saturne mérite mieux de notre 
part. Non-seulement nous faisons main basse sur 
les influences sinistres dont il se trouvait l'innocent 



246 LBS MERVEILLES CÉLESTES. 

auteur, mais encore nous admirons en lui un ma- 
> gniOque séjour de vie, au sein duquel les forces de 
la nature agissent sous des aspects qui nous restent 
inconnus. Au milieu de ses anneaux splendides et 
de son riche système de huit mondes secondaires, 
il trône pacîGquement dans les cieuz, et nous 
aimons à contempler sa vénérable figure, dans ces 
lointaines régions, comme, le type d'une création 
avancée déjà dans cette ère de perfection à laquelle 
tous les êtres aspirent. 

Cet inquiétant Saturne n'a pas toujours été ce- 
pendant traité par les modernes avec plus d'égards 
que par les anciens; aurait-il donc à son tour une 
mauvaise étoile lui-même? Quelques-uns le régar- 
dent encore d'un bien mauvais œil, — par exemple 
l'auteur des Contemplations, qui en fait le lieu de 
chAtiment des âmes méchantes^ tandis que lésâmes 
heureuses s'élèvent de sphère en sphère : 

• « Ghacon ferait ce voyage des âmes 

Pourvu qu'il ait souffert, pourvu qu'il ait pleuré. 
Tous, hormis les méchants, dont les esprits infâmes 
Sont comme un livre déchiré. 

« Geux-làj Saturne, un globe horrible et solitaire, 
Les prendra pour un temps où Dieu voudra punir, 
Châtiés à la fois par le ciel et la terre. 
Par l'aspiration et par le souvenir I 
c Saturne I sphère énorme ! astre aux aspects funèbres ! 
Bagne du ciel, prison dont le soupirail luit ! 
Monde en proie à la brume, aux souffles, aux ténèbres, 
Enfer fait d'hiver et de nuit I » 

Ce serait bien laid ! Espérons qu'il y a dans ce 



SATORNE. 247 

tableau quelque réminiscence des opinions anti- 
ques sur Saturne, et que ce globe est moins affreux 
qu'il n'en a Tair aux yeux mal prévenus. Il ne 
manque pas de richesses, ce monde étrange! et s'il 
nous était donné de lui faire visite un jour, sans 
doute que nous le trouverions beaucoup plus beau 
que la Terre, et que nous formerions le vœu de 
recevoir désormais pour résidence ce royal et ma- 
jestueux domaine. 

Saturne gardait, aux yeux des anciens,Ia frontière 
de l'empire solaire dont les Sept composants ne 
pouvaient voir augmenter leur nombre. La science, 
téméraire et indépendante, qui se joue des opi- 
nions et des préjugés, a franchi cette barrière sans 
aucun scrupule, et voilà qu'elle découvrit deux 
nouveaux mondés qui reculèrent plus de trois fois 
au delà de leur position antique les remparts de la 
cité solaire. 



^ 



IX 



URANUS. 



Mais la philosophie, en sa veille assidue, 
De la création explore l'étendue : 
Œil sublime, elle prend son vol audacieux, 
Du système elle atteint la borne qui s'efface.... 
Quel est au loin, là-bas, ce globe merveilleux. 
Ce nouveau monde errait qui sillonne l'espace ? 
C'est Uranus; il suit son cours majestueux, 
Réfléchit du soleil la lumière émanée 
Et roule lentement sa languissante année. 

Héléna-Mabia Williams. 



Le 13 mars 1781, entre dix et onze heures du 
soir, un ancien organiste d'Halifax, qui s'était fa- 
briqué luî-même le meilleur télescope qu'il y eût 
alors au monde, observait les petites étoiles de la 
constellation des Gémeaux, avec un télescope de 
2"», 13 de long et un grossissement de 227 fois. 
Pendant son observation, il s'aperçoit que l'une des 
étoiles offre un diamètre inusité. Ëtonné et dési- 
reux de. vérifier le fait, il prend un oculaire gros- 
sissant le double, et trouve que le diamètre de 
' l'étoile augmente tandis que celui des autres reste 



UBANnS. 249 

le même. De plus en plus surpris, il va chereher 
son grossissement de 932 fois, dont la puissance 
était plus du quadruple de la première, et se re- 
met à observer. L'étoile mystérieuse est encore plus 
grosse. Dès lors, il n'en doute plus : c'est là un 
astre nouveau, ce n'est pas une étoile. Il continue 
les jours suivants et remarque, qu'elle se déplace 
lentement parmi les autres. Évidemment, il s'agit 
ici d'une découverte. C'est donc une comète. Hers- 
chel la présente le 26 avril à la Société royale de 
Londres, par son mémoire intitulé Account of a 
cornet; et le monde savant de tous les pays enregis^ 
tre le nouvel astre cométaife et s'occupe de l'ob- 
server afin de déterminer sa courbe ^ 

Le nom de l'astronome était alors si peu connu, 
qu'on le trouve écrit de toutes les façons : Mers- 
thel, Herthel, Hermstel, Horochelle, etc. Cependant 
la découverte d'une comète nouvelle était un évé- 
nement assez important pour qu'on se donnât la 
peine de la vérifier et d'étudier l'astre nouveau. 
Laplace, Méchain, Boscowich, Lexell, cherchèrent 
à déterminer la courbe le long de laquelle le dé- 
placement s'opérait. On fut plusieurs mois sans se 
douter qu'il s'agissait là d'une véritable planète ; 
et ce n'est qu'après avoir reconnu que toutes les 
orbites imaginées pour la prétendue comète se 



1. Si Herschel avait dirigé son télescope vers la constellation 
des Gémeaux onze jours plus tôt, dit Arago, le mouvement propre 
d'Uranus lui aurait échappé, car cette planète était le 2 dans un 
de ses points de sts^tion. On voit par cette remarque à quoi peu- 
vent tenir les plus grandes découvertes astronomiques. 



250 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

trouvaient bientôt contrariées parles observations, 
et qu'il y avait probablement une orbite circulaire, 
beaucoup plus éloignée du Soleil que Satame Jus- 
qu'alors frontière du système, que l'on arriva à 
consentir à la regarder comme planète. Encore ne 
fut-ce d'abord qu'un consentement provisoire. 

Il était, en effet, plus difficile qu'on ne pense 
d'agrandir ainsi, sans scrupule, la famille du So- 
leil. Bien des raisons de convenance s'y opposaient. 
Les idées anciennes sont tyranniques. On était ha« 
bitué depuis si longtemps à considérer le vieux 
Saturne comme le gardien des frontières, qu'il fal- 
lait un grand effort pour se décider à reculer ces 
frontières et à les faire garder par un nouveau 
monde. Il en fut pour cela comme pour la décou- 
verte des petites planètes situées entre Mars et 
Jupiter. Lorsque deux siècles avant cette décou- 
verte Kepler avait imaginé^ pour l'harmonie du 
monde, une grosse planète en cet intervalle, on lui 
avait opposé les considérations les plus frivoles, 
les plus dénuées de sens. On avait, par exemple, 
tenu des raisonnements comme celui-ci : « Il n'y 
a que sept ouvertures dans la tête, les deux yeux, 
les deux oreilles, les deux narines et la bouche; il 
n'y a que sept métaux, il n'y a que sept jours dans 
la semaine : donc il n'y a que sept planètes, » etc. 
Des considérations de ce genre et d'autres non 
moins imaginaires arrêtèrent souvent les progrès 
de l'astronomie. 

Lorsque W^illiam Herschel, ayant assisté comme 
spectateur aux débats suscités par sa découverte. 



URANOS. 251 

' vint à croire que sa comète était une planète située 
aux conflns de notre système, il réclama le droit 
qui lui appartenait incontestablement de baptiser 
le nouvel astre. Animé par un légitime motif de 
reconnaissance envers George III, qui avait appré- 
cié sa valeur d'astronome et lui faisait une pension 
annuelle, il proposa d*abord le nom de Georgiwn 
sidus, l'astre de George, comme Galilée avait nommé 
astres de Médicis les satellites de Jupiter décou- 
verts par lui, comme Horace avait dit : Mium sidus. 
D'autres proposèrent le nom de Neptune , afin de 
garder le caractère mythologique : Saturne se se- 
rait ainsi trouvé entre ses deux fils, Jupiter et 
Neptune. D'autres ajoutaient à Neptune le nom de 
George III; d'autres encore proposèrent : Astrée^ 
considérant que la déesse de la justice s'était éloi- 
gnée le plus possible de la Terre ; — Cybèle^ mère 
des dieux ; — Uranus^le plus ancien de tous, auquel 
on devait réparation pour tant de siècles d'oubli. 

Lalande proposa le nom d'i/er^c/ie/ pour immor- 
taliser le nom de son auteur. Ces deux dernières 
dénonciations prévalurent. Longtemps la planète 
porta le nom d'Herschel, mais l'usage s'est déclaré 
depuis pour l'appellation mythologique. 

La découverte d'Uranus a porté le rayon du sys- 
tème solaire de 364 millions à 732 millions 752 000 
lieues. Pour un pas, il en valait la peine. A côté des 
précédentes, cette planète n'est pas bien grosse, 
car elle n'est guère que 82 fois plus volumineuse 
que la Terre. Ses saisons durent vingt et un ans, 
et ses années quatre-vingt-quatre ans et un quart. 



252 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

Elle voit circuler autour d'elle huit satellites, dont* 
six ont été découverts par Herschel lui-même. Ce 
qu'il y a dé curieux dans ces huit lunes, c'est qu'au 



— a. 



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X^ ^^jy 

Fig. 35. Uranus. 

lieu de tourner d'occident en orient comme toutes 
les luneset toutes lesplanètesdu système, elles mar- 
chent: d'orient en occident, et de plus circulent sur 
une inclinaison singulièrement prononcée. Pour- 
quoi? C'est ce que nul ne peut dire. 



URANUS. 253 

C'est ainsi qu'à l'époque où la société européenne 
ressentait les premiers malaises de la révolution 
qui s'approchait, la science, aux pacifiques con- 
quéteSy voyait s'augmenter sa gloire et visitait de 
nouveaux cieux. 



^ 



NEPTUNE. 



D'ici la vue est profonde. 
Elle flotte entre le monde 
Et les profondeurs da ciel. 
Oœthe, Faust, 



Le monde qui marque présentement les fh)n- 
tières du système, est situé à une telle distance du 
Soleil, que la lumière et la chaleur qu'il en reçoit 
sont treize cents fois moindres que celles dont la 
Terre est enrichie, de telle sorte qu'entre le jour 
et la nuit de cette planète lointaine nous ne remar- 
querions pas grande différence, et que pour elle le 
disque solaire est presque réduit à l'exiguïté des 
étoiles. Il suit de là qu'à sa surface les étoiles du 
ciel restent visibles le jour comme la nuit, et que 
le Soleil n'est qu'une étoile plus brillante que 
les autres. De Neptune donc , l'œil situé entre le 
. monde planétaire et le ciel étoile, se trouve dans 



NEPTUNE. 256 

une région où il doit être beaucoup plus sensible 
et doué de propriétés particulières qui lui permet- 
tent de mieux apprécier le monde sidéral et son 
opulence. 

C'est une distance de 1 milliard 147 millions de 
lieues qui sépare ce monde du Soleil. Jusqu'à 
l'époque de sa découverte, le système planétaire, 
déjà agrandi par radjonction d'Uranus, voyait ses 
frontières se fermer sur une orbite de quatre mil^ 
liards de lieues de circonférence. Depuis sa décou- 
verte, ces frontières ont été reculées de près du 
double et ont été portées à sept milliards. Est-ce à 
dire que ce soient là des limites infranchissables^ 
et que l'analyse ne puisse un jour percer plus loin 
et ajouter de nouveaux membres à la famille tou- 
jours grandissante du Soleil? Non. Lorsque deiS 
observations, échelonnées sur une assez longue 
suite d'années et comparables entre elles, auront 
été faites, la loi universelle de la gravitation, par 
laquelle l'existence de cette planète fut connue 
avant d'avoir jamais été aperçue dans les champs 
du télescope, cette admirable loi démontrera l'exis- 
tence de nouveaux astres, s'il en eiiste d'autres, 
comme il est probable; et les progrès de l'optique, 
suivant pour leur part les progrès de l'astronomie, 
permettront à la puissance visuelle encore ampli- 
fiée de découvrir cette lointaine planète qui sera 
sans doute de 16* ou 17* grandeur. 

Représentez-vous un astre cent fois plus gros 
que la Terre, porté dans les déserts ténébreux du 
vide à cette distance de l'orbite neptuïiienne. Il 



2m LES Merveilles célestes. 

vogue, isolé, dans robscurité deTespace, suivant 
une courbe immense, purement idéale, et qui 
n'existe qu'en théorie dans le décret des lois éter- 
nelles, n suit cette courbe, il marche en roulant 
sur lui-même, sans jamais dévier de son chemin.... 
Pour terminer sa route démesurée et revenir à son 
point de départ, il lui faudra cent soixante-quatre 
ans.... Il y reviendra et repassera par ce point mys- 
térieux de l'espace où il passa près de deux siècles 
auparavant. Quelle est la puissance qui le meut? 
Quelle est la main qui conduit cet aveugle dans la 
nuit des régions lointaines et qui lui fait décrire 
cette courbe harmonieuse? . 

C'est l'attraction universelle. 

Au lieu de suivre une ellipse régulière autour 
du Soleil, la planète Uranus subissait, de la part 
d'une cause inconnue, une perturbation qui retar- 
dait sa marche théorique et enflait vers un certain 
point sa courbe circulaire, comme si une cause 
attractive eût séduit le voyageur dans sa marche, 
et lui eût fait dévier de son chemin tracé. On cal- 
cula que pour produire en cet endroit une attrac- 
tion de telle intensité, il fallait qu'il y eût de ce 
côté du système, plus loin qu'Uranus, une planète 
de telle masse pour telle distance. Deux astrono- 
mes, l'un français, l'autre anglais, s'occupaient en 
même temps de cette recherche. On trouva théori- 
quement la cause perturbatrice, et des observa- 
teurs dirigèrent leurs lunettes vers le ciel, à l'en- 
droit indiqué par la théorie. On ne tarda pas à 
découvrir effectivement l'astre vers le point indiqué 



NEPTUNE. 257. 

et l'on put annoncer au monde la plus brillante 
confirmation de la gravitation universelle. ^ 

La distance de cette planète avait été théori^ue*- 
ment basée sur une loi empirique bien connue, 
nommée la loi de BodCy mais qui fut émise pour la 
première fois par Titiui^. Cette loi, c'est celle-ci. A 
partir de écrivez le nombre 3, et doublez succesr 
sivement : 

3 6 12 24 48 96 192 384. ' '^_[ 

Augmentez de quatre chacun de ces nombres . 

4 7 10 16 28 52 100 196 388. 

. ■ ; V 

Or, il arrive que ces chiffres représentent les dis- 
tances successives des planètes au soleil, vçièm^ les 
petites planètes, qui n'étaient pas connues à l'épo- 
que où cette loi fut promulguée pour la première 
fois. L'orbite de Mercure est marquée par le nombre 
4, celle de Yénus par 7, la Terre par 10, Margpar 
16. Le chiffre 28 désigne l'orbite moyenne des aster 
roîdes. Jupiter est marqué par 52, Saturne par 100 
et Uranus par 196. On paraissait donc avoir, par 
cet accord, un droit légitime de placer la nouvelle 
planète à la distance de 388. Or, la distance réelle 
de Neptune n'est que de 300; et c'est à cette irré-r 
gularité de la série à partir d'Uranus que l'on doit 
le désaccord qui existe en réalité entre les' élé^ 
ments de la prédiction théorique de Neptune ek 
ceux donnés par soi^ observation ultéirieujre>. . r r > 
C'est que cette formule in'ert pas, comme çeHe 

17 



258 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

de l'attraction, l'expression de la force intime qui 
gouverné les sphères. Après que Kepler eut reconnu 
les trois lois fondamentales que nous avons énon* 
cées plus haut; Newton trouva le mode d'action de 
cette force universelle, à laquelle on doit la stabi- 
lité du monde : « Les corps s*attirent en raison 
directe des masses et en raison inverse du carré 
des distances. > Dans l'immensité des vastes cieux, 
les soleils gigantesques de l'espace obéissent à cette 
formule, et dans l'humilité des actions qui s'opè- 
rent à la surface de la Terre» la fonction méca- 
nique des petits êtres n'est pas soustraite à son 
empire, Elle est la loi de la création, soutenant la 
vie de l'édiGce dans l'invisible comme dans l'im- 
mense. « I/attraction, disait Fauteur dé Paul et 
Virginiey est une lyre harmonieuse qui résonne 
sous des doigts divins. » 

Lorsqu'on a contemplé ces mouvements harmo- 
nieux des sphères sur leurs orbites, dans le sys- 
tème confié à la garde de notre soleil, lorsqu'on a 
vu que ces lois formidables régissent les mouve- 
ments des systèmes stellaires avec la même souve- 
raineté qu'elles dirigent ceux qui s'exécutent au- 
tour de nous, et lorsqu'à cette grandeur merveil- 
leuse des lois de la nature on compare la faiblesse 
humaine et notre insignifiance au sein de cette 
création sublime, on admire avec sincérité le génie 
des hommes qui s'élevèrent à la notion de ces 
causes : il semble que leur puissance se répande 
sur les autres hommes, et l'on se sent plus fier 
d^appartânir à l'humanité. 



NEPTUNE. 259 

Ils sont dignes de Newton ces beaux vers de De* 
lille : 

Pénétrez de Newton Pauguste sanctuaire ; 

Loin d'un monde frivole et de son vain fracas, 

De tous les vils penseurs qui rampent ici-bas, 

Dans cette vaste mer de feux étincelants 

Devant qui notre esprit recule d'épouvante, 

Newton plonge; il poursuit, il atteint ces grands corps, 

Qui, jusqu'à lui, sans lois, sans règle et sans accords, 

Roulaient désordonnés sous les voûtes profondes. 

De ce brillant chaos, Newton a fait des mondes. 

Atlas de tous ces yeux qui reposent sur lui. 

Il se fait l'un de l'autre et la règle et l'appui: 

Il fixe leurs grandeurs, leurs masses, leurs distances. 

C'est en vain qu'égarée en ces déserts immenses 

La comète espérait échapper à ses yeux : 

Fixes ou vagabonds, il poursuit tous ses feux. 

Qui suivent dé leur cours l'incroyable vitesse. 

Sans cesse s'attirant, se repoussant sans cesse. 

Et par deux mouvements, mais par la môme loi. 

Roulent tous l'un sur l'autre, et chacun d'eux sur soi. 

pouvoir du génie et d'une âme divine ! 

Ce que Dieu seul a fait, Newton seuH'imagine ; 

Et chaque astre répète en proclamant leur nom : 

Gloire à Dieu qui créa les mondes et Newton ! 



c^ 



XI 



LES COMÈTES. 



Je viens vous annoncer une grande Donvelle: 
Nous Tavons, en dormant, madame, échappé belle. 
Un monde près de nous a passé tout du long. 
Est chu tout au travers de notre tourbillon; 
Et s*ir eût en chemin rencontré notre terre, 
Elle eût été brisée en morceau» comme verre. 

MOLIÈRE. 



Ce propos de Trissotia à Philaminte, gui com- 
mence la parodie des craintes causées par l'appa» 
rition dés comètes, n'eût pas été une parodie il y a 
quatre ou cinq siècles. Ces astres chevelus, qui ve- 
naient subitement flamboyer dans les cieux, furent 
longtemps regardés avec terreur comme autant de 
signes avant-coureurs* de la colère divine. Les 
hommes se sont toujours crus beaucoup plus im- 
portants qu'ils ne le sont au point de vue de l'ordre 
universel ; ils ont eu la vanité de prétendre que la 
création tout entière jetait faite pour eux, tandis 
qu'en réalité la création tout entière ne se doute 



LES COMÈTES. 2^1 

pas de leur existence. La Terre que nous habitons 
n'est qu'un des mondes les plus petits ; aussi n'est-ce 
point à son intention que furent créées toutes les 
merveilles du ciel ; Timmense majorité lui reste 
cachée. Dans cette disposition de l'homme à voir 
en soi le centre et le but de toute chose, il lui était 
facile, en effet, de considérer la marche de la na*- 
ture comme déployée en sa faveur, et si quelque 
phénomène insolite se présentait, nul doute que ce' 
ne fût un avertissement du ciel. Si ces illusions 
n'avaient eu d'autres résultats que de rendre meil- 
leure la société craintive, on pourrait regretter ces 
âges d'ignorance; mais non-seulement ces préten-^ 
dus avertissements étaient stériles, attendu qu'une 
fois le danger passé, l'homme revient tel qu'il 
était auparavant, mais encore elles entretenaient 
dans les familles humaines des terreurs chimè-^ 
riques et renouvelaient les résolutions funestes 
causées par la crainte de la fin du monde. 

Lorsqu'on croit le monde près de finir, — et c'est 
ce que l'on a cru pendant plus de mille ans, — on 
n'est en aucune façon sollicité au travail de l'amé-* 
lioration de ce monde, et, par l'indifférence ou le 
dédain où l'on tombe, on prépare les périodes de 
famine et de malaise général qui, à certaines épo-^ 
ques, ont fondu sur notre société. A quoi servi- 
raient les biens d'un monde qui va périr! A quoi 
bon travailler, s'instruire, s'élever dans le progrès 
des sciences ou des arts ? Mieux vaut oublier le 
monde et s'absorber dans la contemplation stérile 
d'une vie inconnue. C'est ainsi que les périodes 



I 

262 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

d'ignorance pèsent sur Thomme et renfoncent de 
plus en plus dans les ténèbres^ et c'est ainsi que la 
science fait reconnaître par son influence sur la 
société entière sa puissante valeur et la grandeur 
de sa destinée.' 

L'histoire d'une comète serait un épisode in- 
structif de la grande histoire du ciel : on peut con- 
centrer en elle la description du mouvement pro- 
gressif de la pensée humaine, aussi bien que la 
théorie astronomique de ces astres extraordinaires. 
Prenons pour exemple l'une des comètes les plus 
mémorables et les mieux connues, et donnons en 
qiielques traits l'esquisse de ses passages successifs 
près de la Terre. 

Gomme les mondes planétaires, les comètes ap- 
partiennent au système solaire et sont soumises à 
la domination de l'astre-roi. C'est la loi universelle 
de la gravitation qui régit leur marche, c'est l'at- 
traction solaire qui les gouverne, aussi bien qu'elle 
gouverne le mouvement des planètes et des mo- 
destes satellites. La remarque essentielle à faire 
pour les distinguer des planètes, c'est que leurs 
orbites sont très-allongées, et qu'au lieu d'être à 
peu près circulaire comme celles des sphères cé- 
lestes, elles revêtent la forme elliptique ; par suite 
de la nature de ces orbites, la même comète peut 
, s'approcher très-près du Soleil et s'en éloigner en- 
suite à d'effrayantes distances. Ainsi, la comète de. 
1680, dont la période a été évaluée à 3000 ans, se 
rappt*oche du Soleil à 57 500 lieues seulement (en- 
viron 38 000 lieues de moins que la distance de la 



LES COMÈTES. 



26a 



I uDe à la Terre), tandis qu'elle s'en éloigne à une 

distance de 32 500 millions 
de lieues, c'est-à-dire à 
853 fois la distance de la 
Terre au Soleil. Le 17 dé- 
cembre 1680, elle se trou- 
vait à son périhélie, à son 
plus grand rapproche- 
ment ; elle continue main- 
tenant sa marche dans les 
déserts extra-neptuniens. 
Sa vitesse varie suivant sa 
distance à Tastre solaire. 
À son périhélie, elle par- 
court des milliers de lieues^ 
par minute; à son aphé- 
lie, elle ne parcourt plus 
que quelques mètres, ta 
proximité où elle se trouve 
du Soleil en son passage 
près de cet astre* avait fait 
penser à Nevrton qu'elle 
recevait une chaleur 28 000 
fois plus grande que celle 
que nous éprouvons au 
solstice d'été, et que cette 
chaleur étant 2000 fois, 
plus grande que celle d'un 
fer rouge, un globe de 
fer de même dimension serait 5b 000 ans à per- 
dre entièrement! sa chaleur. Newton ajoutait 




36. Comète de 1680. 



2ô4 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

qu'en fin de tîompte les comètes finiraient par se 
rapprocher tellement du Soleil, qu'elles ne pour- 
raient plusse soustraire à la prépondérance de son 
attraction, et qu'elles tomberaient les unes après les 
autres dans cet astre flamboyant, servant ainsi à 
l'alimentation de la chaleur qu'il verse perpétuel- 
lement dans l'espace. C'est cette fin déplorable assi- 
gnée aux comètes par l'auteur du livre des Principes, 
qui à fait dire en riant à Rétif de la Bretonne : « Une 
puissante comète, déjà plus grosse que Jupiter, s'est 
encore augmentée dans s a route en s'amalgamant six 
aéutres comètes languissantes. Ainsi dérangée de sa 
route ordinaire par ces petits chocs, elle n'enfila pas 
juste son orbite elliptique, de sorte que cette infor- 
tunée vint se précipiter dans le centre dévorant du So- 
leil.... On prétend, ajoutait-il, que lapau<^rp co- 
mète, brûlée vive, poussait des cris épouvantat)lesl» 
Il sera donc intéressant, à double titre, de suivre 
une comète à ses différents passages en vue de la 
Terre. Prenons la plus importante dans l'histoire 
de l'astronomie, celle dont l'orbite fut calculée par 
l'astronome Edmond Halley et qui fut baptisée de 
son nom C'est en 1682 qu'elle parut dans son grand 
éclat, accompagnée d'une queue qui ne mesurait 
pas moins de 13 à 14 millions de lieues. Par Fob- 
servationde la ligne qu'elle décrivait dans le ciel et 
du temps qu'elle employait à la décrire, cet astro- 
nome calcula son orbite, et reconnut que cette co- 
mète était la même que celle que l'on avait admirée 
en 1531 et en 1607, et qu*elle devait reparaître en 
I7b9^. Jamais prédiction scientifique n'excita un 



LES COMÈTES. . 265 

plus vîf intérêt. La comète revint à l'époque assi- 
gnée, et le 12 mars 1759 elle passa à son périhélie. 
Depuis Tan 12 avant Tère chrétienne, elle s'était 
déjà présentée vingt-quatre fois en vue de la Terre ; 
c'est surtout par les annales astronomiques de la 
Chine que l'on a pu la suivre jusqu'à cette époque 
et constater en même temps qu'elle devait être 
chargée d'une bonne part des terreurs supersti- 
tieuses de l'humanité. Sa première apparition mé- 
morable dans l'histoire de France est celle de 837, 
sous le règne de Louis I"le Débonnaire. Un chroni- 
queur anonyme du temps, surnommé l'Astronome, 
a donné de cette apparition les détails suivants; 
relatifs à l'influence de la comète sur l'imagi- 
nation impériale : «Au milieu des saints jours 
de la solennité de Pâques, un phénomène tou- 
jours funeste et d'un triste présage parut au ciel. 
Dès que l'empereur, très-attentif à de tels phé- 
nomènes, eut le premier aperçu celui-ci, il ne se 
donna plus aucun repos qu'il n'eût fait appeler de- 
vant lui un certain savant et moi-même. Dès que 
j^ fus en sa présence, il s'empressa de me deman- 
der ce que je pensais d'un tel signe. Et, comme je 
lui demandai du temps pour considérer l'aspect 
des étoiles, et rechercher, par leur moyen, la vé- 
rité, promettant de la lui faire connaître le lende- 
main, l'empereur, persuadé que je voulais gagner 
du temps, ce qui était vrai, pour n'être point forcé 
à lui annoncer quelque chose de funeste : « Va, me 
« dit-il, sur la terrasse du palais, et reviens aussi- 
« tôt me -dire ce que tu auras remarqué, car je n'ai 



266: LES MERVEIiiLES CÉLESTES. 

< point vu cette étoile hier au soir, ettu neme 

< l'as point montrée; mais je sais que ce signe est. 
« une comète; dis-moi ce que tu crois qu'il m*an- 
« nonce.» Puis, me laissante peine rèpondre'quel- 
ques mots, il reprit : « Il est une chose encore que 
« tu tiens en silence, c'est qu'un changement de 

< règne et la mort d'un prince sont annoncés parce 
« signe.» Et comme j'attestais le témoignage du 
prophète, qui a dit: «Ne craignez point les signes du 
« ciel comme les nations les craignent, » ce prince, 
^vec sa grandeur d'âme et sa sagesse ordinaires me 
dit: « Nous ne devons craindre que celui qui a créé 

' « et nous-mêmes et cet astre ; mais comme ce phé- 
« nomène peut se rapporter à nous, reconnaissons 
« le comme un avertissement du ciel. » Louis le 
Débonnaire se livra, lui et sa cour, au jeûne et i la 
prière, et b&tit églises et monastères. Il mourut 
trois ans plus tard, en 840» et des historiens ont 
profité de cette légère coïncidence pour trouver 
dans l'apparition de la comète un présage de cette 
mort. Le chroniqueur Raoul Glaber ajoutait plus 
tard : « Ces phénomènes ne se manifestent jamais, 
aux hommes dans l'univers sans annoncer sûre- 
ment quelque événement merveilleux et terrible. > 
La comète <te Halley apparut de nouveau en avril 
1066, au moment où Guillaume le Conquérant en- 
vahissait l'Angleterre. On a prétendu qu'elle avait 
eu la plus grande influence sur le sort de la bataille 
de Hastings, qui livra ce pays aux Normands. Un 
versificateur du temps, faisant probablement allu- 
sion au diadème d'Angleterre dont Guillaume s'était 



LES COMÈTES. 267 

couronné, avait proclamé dans un distique « que 
la comète avait été plus favorable à Guillaume que 
la nature à César : celui-ci n'avait pas de chevelure, 
Guillaume en reçut une de la comète. •• Un moine 
de Malmesbury avait apostrophé la comète en ces 
termes : « Te voilà donc, te voilà, source des larmes 
de plusieurs mères ! Il y a longtemps que je ne t'ai 
vue, mais je te vois maintenant plus terrible, tu 
menaces ma patrie d'une ruine entière ! » 

En 1455, la même comète fit une apparition plus 
mémorable encore. Les Turcs et les chrétiens 
étaient en guerre, Tûccident et l'Orient semblaient, 
armés de pied en cap , sur le point de s'anéantir 
l'un l'autre. La croisade entreprise par le pape Ca- 
lixte III contre les Sarrasins envahisseurs sentit 
son ardeur tourmentée par l'apparition subite de 
l'astre à la flamboyante chevelure. Mahomet II prit 
d'assaut Gonstantinople et mit le siège sous Bel- 
grade. Mais le pape ayant conjuré à la fois les ma- 
léfices de la comète et les desseins abominables des 
musulmans, les chrétiens gagnèrent la bataille et 
anéantirent leurs ennemis dans une sanglante 
boucherie.— La prière de l'Angelus de midi au son 
des cloches date de ces ordonnances de Galixte III 
à propos de la comète. 

Dans son poëmesur l'Astronomie j Daru,dé l'Aca- 
démie française, retrace cet épisode en termes élo- 
quents : 



Un autre Mahomet a-t-il d'trn bras puissant 
Aux murs de Constantin arboré le croissant? 



268 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

Le Danube étonné se trouble au brait des armes, 
La Grèce est dans les fers, l'Europe est en alarmes ; 
Et pour comble d'horreur, Pastre au visage ardent 
De ses ailes de fer va couvrir TOccident . 
Au pied de ses autels, qu'il ne saurait défendre, 
Caliste, l'œil en pleurs, le front couvert de cendre, 
Conjure la comète, objet de tant d'effroi : 
' Regarde vers les cieux, pontife, et lève-toi I 
L'astre poursuit sa course, et le fer d'Huniade 
Arrête le vainqueur, qui tombe sous Belgrade. 
Dans les cieux cependant le globe suspendu. 
Par la loi générale à jamais retenu, 
Ignore les terreurs, l'existence de Rome, 
Et la Terre peut-être, et jusqu'au nom de l'homme. 
De l'homme, être crédule, atome ambitieux, 
Qui tremble sous un prêtre et qui lit dans les cieux. 

Cette comète à longue période fut témoin de biea 
des révolutions dans Thistoire humaine, à chacune 
de ses^ apparitions, même en ses dernières : 1682^ 
1759, 18à5; elle s'offrit aussi à la Terre sous les 
aspects les plus divers, passant par une grande va- 
riété de formes, depuis l'apparence d'un sabre re- 
courbé, comme en 1456, jusqu'à celle d'une tète con- 
fuse, comme dans sa dernière visite. Du reste , elle 
ne fait pas exception à la règle générale, car ces 
astres à l'aspect mystérieux ont eu le don d'exercer 
sur l'imagination une puissance qui la plongeait 
dans l'extase ou dans l'effroi. Êpées de feu^ croix 
sanglantes^ poignards enflammés ^ lances, dragons ^ 
gmuleSy et autres dénominations du même genre ^ 
leur sont données au moyen âge et à la Renaissance. 
Des comètes comme celles de 1577 paraissent du 
reste justifier par leur forme étrange les titres dont 



LES COMÈTES, 2t69 

on les salue généralement. Lesécrivainslesplus sé- 
rieux ne s'affranchissent 
pas de cette terreur. C'est 
ainsi que dans un cha- 
pitre sur les Monstres cé- 
lestes ^ le célèbre chirur- 
gien Ambroise Paré dé- 
crit sous les couleurs les 
plus vives et les plus af- 
freuses la comète de 1528: 
« Cette comète étoit si 
horrible et si espouvan- 
table qu*elle engendroit 
si grand terreur au vul- 
gaire , qu'il en mourut 
aucuns de peur; les au- 
tres tombèrent malades. 
Elle apparoissoit estre de 
longueur excessive, et si 
estoit de couleur de sang; 
à la sommité d'icelle , on 
voyoit la figure d*un bras 
courbé, tenant une grande 
espée en la main, comme 
s'il eust voulu frapper. Au 
[•bout de la pointe , il y 
avoit trois estoilles. Aux 
deux costés des rayons de 
cette comète, il se voyoit 
grand nombre de Haches, Gousteaux , Espées colo- 
rés de sang, parmi lesquels il y avoit grand nombre 




Fig. 37. Comète de 1577 « 



270 



LES MERVEILLES CÉLESTES. 



de Faces humaines hideuses, avec les barbes et les 
cheveux hérissez. » 

On voit que l'imagination a de bons yeux, quand 
elle s'y met. Lagrande etétrange variété des aspects 
cométaires est' retracée avec exactitude par le 
P. Souciet dans son poëme latin sur les comètes ; 
les plus remarquiEtbles sont passées en revue : « La 




Fig. 38. Comète de 1769. 

plupart, dît-il, brillent de feux entrelacés comme 
une épaisse chevelure , et c'est de là qu'elles ont 
pris le nom de comètes. L'une traîne après soi les 
replis tortueux d'une longue queue ; l'autre parait 
avoir une barbe blanche et touffue ; celle-ci jette 
une lueur semblable à celle d'une lampe qui brûle 
pendant la nuit ; celle-là, ô Titan ! représente ton 



LES COMÈTES. 271 

visage resplendissant; et cette autre, ô Phèbél la 
forme de tes cornes naissantes. Il en est qui sont 
hérissées de serpents entortillés. Parlerai-jede ces 
armées qui ont quelquefois paru dans les airs, de 
ces nuages qui traçaient un long cercle ou qui res- 
semblaient à des têtes de Méduse? N'y a-t-on pas 
vu souvent des figures d'hommes ou d'animaux 
sauvages? Souvent dans les ténèbres de la nuit , 
éclairée par ces tristes feux, on entendit le son 
horrible des armes, le cliquetis des épées qui se 
choquaient dans les nues,rétheren fureur retentir 
de mugissements extraordinaires qui abattaient les 
peuples sous le poids de la terreur. Toutes les co- 
mètes ont une lumière triste; mais elles n'ont pas 
toutes la mèuie couleur. Les unes ont la couleur 
du plomb ; les autres, celles de la flamme ou de 
l'airain. Il y en a dont les feux ont la rougeur du 
sang ; d'autres imitent l'éclat de l'argent. Celles-ci 
ressemblent à Tazur : celles-là ont la couleur 
son^bre et pâle du fer. Cette diflTérence vient de la 
diversité des vapeurs qui les environnent ou de la 
différente manière dont elles reçoivent les rayons 
du Soleil. Ne voyez-vous pas comme dans nos 
foyers les diverses espèces de bois donnent des 
couleurs différentes? Les pins et les sapins ren- 
dent une flamme mêlée d'une fumée épaisse, et qui 
jette peu d'éclat. Celle qui sort du soufre et de 
l'épais bitume est azurée. La paille enflammée 
donne des, étincelles d'une couleur rougeâtre ; le 
gros olivier, le laurier, l'ornement du Parnasse, et 
tous les arbres qui conservent toujours leur sève , 



872 LES MERVEILLES GÊLiESTES. 

jettent une lumière blanchâtre assez semblable à 
celle d'une lampe. Ainsi, les comètes, dont les feux 
sont formés de matières différentes, prennent et 
conservent chacune une couleur qui leur est 
propre. » 

Au lieu d'être une cause de crainte et de terreur, 
la variété et la variabilité de l'aspect des comètes 
doivent plutôt nous éclairer sur Tinnocuité de leur 
nature, comme nous allons en être convaincus par 
l'observation de ces astres, plus terribles de loin 
que de près. 



o^ 



XII 



LES COMÈTES, SUITE. 



Ces astres, après ayoir été si longtemps la 
terreur du monde, sont tombés toat à ooup 
dans nn tel discrédit, qu'on ne les croit plus 
capables de causer que des rhumes. 

MATJPERTDI8. 



Ainsi s'exprime le géomètre à qui Ton doit une 
partie des premières mesures relatives à la figure 
de la Terre. Et voici, en effet, quelques-unes de^ 
idées émises dans ses Lettres sur la comète de 1742. 

On n'est pas d'humeur aujourd'hui à croire que 
des corps aussi éloignés que les comètes puissent 
avoir des influences sur les choses d'ici-bas, dit-il, 
ni qu'ils soient des signes de ce qui doit arriver. 
Quel rapport ces astres auraient-ils avec ce qui se 
passe dans les conseils et dans les armées des rois? 
Pour savoir à quoi s'en tenir, il faudrait que leur 
influence fût connue ou par la révélation , ou pai' 
la raison, ou par l'expérience; et l'on [peut dire 

18 



274 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

que nous ne la trouvons dans aucune de ces 
sources de nos connaissances. Il est bien vrai qu'il • 
y a une connexion universelle entre tout ce qui est 
dans la nature, tant dans le physique que dans le 
moral : chaque événement, lié à ce qui le précède 
et à celui qu'il suit, n'est qu'un des anneaux de la 
chaîne qui forme l'ordre et la succession des cho- 
ses ; s'il n'étStit pas placé conmie il est, la chaîne se- 
rait différente et appartiendrait à un autre univers. 

En raisonnant ainsi , l'astronome doute de la 
non-influence des comètes aussi bien qu'il doute de 
leur influence; pour asseoir ses idées, il rapporte 
celle des autres, et bientôt il en vient à croire que 
les comètes causentde bien autres événements que 
de simples rhumes. 

Kepler, à qui d'ailleurs l'astronomie a de si gran- 
des obligations, trouvait raisonnable que, comme la 
mer a ses baleines et ses monstres, l'air eût aussi 
les siens. Ces monstres étaient les comètes, et il 
explique comment elles sont engendrées deTexcré- 
ment de l'air par une faculté animale. 

Quelques-uns ont cru que les comètes étaient 
créées exprès toutes les fois qu'il était nécessaire, 
pour annoncer aux hommes les desseins de Dieu , 
et que les anges en avaient la conduite. Us ajou- 
tent que cette explication résout toutes les difficul- 
tés qu'on peut faire sur cette matière. 

Enfin, pour que toutes les absurdités fussent dites 
à leur égard, il y en a qui ont nié que les comètes 
existassent, et qui ne les ont prises que pour de 
fausses apparences causées par la réflexion ou ré- 



LES COMÈTES, SUITE. 275 

fraction de k lumière. Eux seuls comprenaent com- 
ment se fait cette réflexion ou réfraction, sans qu'il 
y ait de corps qui les causent. 

Sous Âristote, les comètes étaient des météores 
formés des exhalaisons àe la terre et de la mer, et 
ce futlà> comme on peut le croire, le sentiment de 
la foule des philosophes qui n'ont cru ni pensé 
que d'après lui. Plus anciennement, on avaiteu 
des idées plus justes des comètes. Les Ghaldéens 
savaient qu'elles étaient des astres durables et des 
espèces de planètes dont on a dit qu'ils étaient par- 
venus à calculer le cours. Sénèque avait embrassé 
cette opinion; il nous parle des comètes d'une nia- 
niière si conforme à tout ce qu'on en sait aujour- 
d'hui, qu'on peut dire qu'il avait deviné ce que 
l'expérience et les observations des mçdeines 
ont découvert.) 

C'est après avoir parlé des opinions des anciens 
que Maupertuis exprime la sienne. « Le cours réglé 
des comètes ne permet plus de les considérer 
comme des présages, ni comme des flambeaux aU^ 
lûmes pour menacer' la Terre. Mais quoiqu'une 
connaissance plus parfaite que celle qu'en avaient 
les anciens nous empêche de les regarder comme 
des présages surnaturels, elle nous apprend qu'elles 
pourraient être les causes physiques de grands 
événements. » 

Et en eflfet, il redoute pour la Terre l'approche 
des astres chevelus. Dans la variété de leurs mou- 
vements, il voit la possibilité d'une rencontre avec 
quelques planètes, et parconséquent avec la Terre, 



21 & LES MERVEILLES CÉLESTES. 

On tie peut douter, dit-il, qu'il n'arrivât alors de 
terribles accidents. A la simple approche de ces^ 
deux corps, il se ferait de grands changements dans 
leurs mouvements, soit que ces changements fus- 
sent causés par l'attraction qu'ils exerceraient l'un 
sur rautre, soit qu'ils fussent causés par quelque 
fluide resserré entre eux. Le moindre de ces mou- 
vements n'irait à rien moins qu'à changer la situa- 
tion de l'axe et des pôles de la Terre. Telle partie 
du. globe qui auparavant était vers l'équateur se 
trouverait après un tel événement vers les pôles , 
et telle qui était vers les pôles se trouverait vers 
l'équateur. L'approche d'une comète, ajoute-t-on ,• 
pourrait avoir d'autres suites encore plus funestes. 
Je pe vous ai point encore parlé des queues des 
comètei^. Il y a sur ces queues , aussi bien que 
sur les comètes , d'étranges opinions ; mais la plus 
probable est que ce sont des torrents immenses 
d'exhalaisons et de vapeurs que l'ardeur du Soleil 
fait sortir de leur corps. Une comète accompagnée 
d*une queue peut passer si près de la Terre que nous 
nous trouverions noyés dans ce torrent qu'elle 
traîne avec elle.... 

Telle est la perspective où nous conduit petit à 
petit notre physicien ; mais il nous donne une sin- 
gulière consolation. Comme le genre humain péri- 
rait tout entier dans cette catastrophe , englouti 
sous l'eau bouillante ou empoisonné par les gaz 
méphitiques, et qu'il ne resterait plus personne 
poni' pleurer sur l'agonie de la Terre , il nous dit 
qu'il est facile de nous en consoler. < Un malheur 



LES COMÈTES, SUITE. 277 

commun n'est presque pas un malheur.... Ce serait 
celui qu'un tempérament mal à propos trop robuste 
ferait survivre seul à un accident qui aurait détruit 
iout le genre humain, qui serait à plaitidr0^1 Roi de- 
là Terre entière, possesseur de tous ses trésors , il 
périrait de tristesse et d'ennui : toute sa vie ne vaU'- 
drait pas le dernier moment de celui qui meurt 
avec ce qu'il aime. » 

C'est ainsi qu'au siècle dernier on croyait encore 
au terrible pouvoir de ces astres de malheur. Au- 
jourd'hui, et surtout depuis la fameuse comète 
de 1811, les habitants de nos campagnes s*imagi* 
lient plutôt qu'elles annoncent d'excellentes ven- 
danges. Ces idées sont aussi gratuites que les pre- 
mières. Quoique les astres chevelus aient beaucoup 
perdu de leur prestige, ils n'en sont pas entière* 
ment dépouillés pour cela , surtout dans Timagi* 
nation des esprits. Qui pourrait^ du reste, effa- 
cer l'impression produite' par certains de leurs 
aspects étranges? Souvent ils furent considérés 
comme des signes de malédiction , planant sur les 
hommes et sur les empires. Telle est la plainte de 
lord Byron dans Manfred^ auquel le septième esprit 
adresse les paroles suivantes; « L'astre qui préside 
k ta destinée était dirigé par moi avant que la Terre 
fût créée. Jamais planète plus belle n'avait erré 
autour du Soleil. Son cours était libre et régulier ] 
et nul astre plus beau n'avait été bercé dans le sein 
de l'espace. L'heure fatale arriva. Cet astre devint 
une masse errante de flamme informe, une cûmète 
vagabonde^ malédiction et menace de l'univers, rou- 



278 



LES MERVEILLES CÉLESTES. 



lant toujours par sa force innée , mais ayant perdu 
son titre de monde et son cours harmonieux. Hor- 




Fig. 39. Comète de 1811. 

reur brillante des régions du ciel! monstre dif- 
forme parmi les constellations! » 
Cependant rien ne prouve que les comètes soient 



LES COMÈTES, SUITE. 279 

douées d'une influence quelconque, je ne dis pas 




Fig. 40. Tête de la comète de 1861. 

sur le moral des hommes , cela va de soi , mais sur 
laphyisique du monde. Leur légèreté, Textrôme 



280 



LES MERVEILLES CÉLESTES. 



diffusion de leur substance nous invitent plutôt à 
croire qu'elles ne possèdent aucune espèce d'action 




Fig. 41. Comète de 1862. Aspect de la tête. 



sur les planètes. Croyons qu'elles sont très-inoffen- 
sives. Comme, ces nuées atmosphériques dont la 
grandeur, la forme et la nuance varient au caprice 



LES COMÈTES, SUITE. 281 

des vents et selon le jeu fortuit des rayons solai- 
res, les agglomérations vaporeuses qui constituent 
les comètes prennent toutes les formes possibles 
sous l'impulsion des forces cosmiques plus ou 
moins intenses. A leur approche de l'astre brûlant, 
leur substance se distend, prend une extension mer-, 
veilleuse etsedéveloppesuruneétendue de plusieurs 
millions de lieues. Elles sont d'une telle légèreté, 
d'une telle souplesse , qu'un rayon de chaleur peut 
à sa fantaisie leur faire prendre toutes les figures : 
vous avez l'image de cette légèreté dans la comète 
récemment observée en 1862; la forme et la posi- 
tion des aigrettes lumineuses changeaient d'un jour 
à l'autre, et l'on aurait pu croire qu'une partie de 
la substance même du noyau coulait dans l'espace 
comme une goutte d'huile. 

Réciproquement, leur ténuité est telle, que sans 
la queue de certaines comètes on pourrait couper 
un morceau de la grosseur de Notre-Dame et le 
respirer en forme d'aspiration homœopathique. On 
a vu des comètes de plusieurs millions de lieues de 
taille, el dont le poids était néanmoins si léger, 
qu'on aurait pu, sans fatigue, le porter sur l'épaule. 
Ainsi l'extrême variabilité des formes cométaires 
doit au contraire proclamer inoffensifs les astres 
de terreur, et l'on peut dire avec l'ami de la mar- 
quise du Ghâtelet ces paroles qui représentent 
en même temps la nature du mouvement de ces 
astres : 

Comètes, que l'on craint à l'égal da tonnerre, 
Cessez d'épouvanter les peuples de la Terre : 



2B2 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

Dans une ellipse immense achevez votre cours ; 
Remontez, descendez près de Pastre des jours; 
Lancez vos feux, volez, et revenant sans cesse, 
Des mondes épuisés ranimez la vieillesse. 



Eten effet, ces corps célestes ne sont pas des phé- 
nomènes exceptionnels ; ils sont soumis comme les 
autres aux lois inexorables de la nature. Il y a deux 
mille ans Sénèque avait écrit : «Un jour viendra où 
le cours de ces astres sera connu et assujetti à des 
règles comme celui des planètes. » La prophétie du 
philosophe est réalisée. On sait aujourd'hui que , 
comme les planètes , les comètes gravitent autour 
du Soleil, et dépendent également de son attraction 
centrale. .Seulement, au lieu de suivre des cour- 
bes circulaires ou voisines de cette forme , elles 
suivent des courbes ovales , des ellipses très-al- 
longées. C'est là la grande distinction à établir entre 
leurs mouvements réciproques. Ensuite, au lieu 
d'être des corps opaques, lourds et importants 
comme nos planètes , elles sont d'une grande légè- 
reté et d'une extrême ténuité. Unjour, une comète 
emportée par sa marche rapide traversa le système 
de Jupiter ; les satellites et la planète se trouvèrent 
pendant]quelques heures enveloppés par la comète, 
et lorsque l'astre chevelu les eut quittés, ils n'avaient 
pas subi la plus légère déviation dans leur cours. 
Lorsque Maupertuis , voulant expliquer l'origine 
de l'anneau de Saturne, crut trouver une idée in- 
génieuse en attribuant cet appendice à la queue 
d*une comète qui serait enroulée autour de la 



LES COMÈTES, SUITE 283 

planète, il ne songeait pas à Textréme ténuité de 
ces vapeurs impuissantes. 




Fig. 42 : Comète de Donati. 

Le caractère original des comètes réside] sui tout 
dans l'étendue de leur cours, dans l'immense du- 
rée de leurs voyages à travers les régions célestes, 
dans cette destinée d'astres cosmopolites qui en fait 
une exception au milieu du système planétaire. 
C'est là surtout ce qui distingue ces mondes étran- 



284 LES. MERVEILLES CÉLESTES. 

ges et c'est par là qu'ils sont remarquables : «Mys- 
térieux vîsîieur^ s'écriait le poëte angUis Couder, 
mystérieux visiteur! dont la lumière splendide 
brille si étrangement parmi les étoiles étojinées , 
comme un fier étencfard dans la marche de la nuit» 
pavillon flottant de la divinité ! L'infini est écrit 
dans tes rayons. En vain, la pensée essayerait de 
suivre ton cours secret parmi les cieux sans routes; 
ton cercle parait trop vaste poifr que le temps puisse 
l'embrasser. Est-il possible que l'œil qui dénombre 
des armées d^astres semblables puisse remarquer 
l'atome terrestre! » 



LA TERRE 



LE GLOBE TERRESTRE. 



La Terre, nait et jour à sa marche fidèle,' 
Emporte Galilée et son juge ayecelle. 

Racinb fils. 



En passant la revue des mondes appartenant à la 
domination solaire, nous avons franchi d'un bond 
la distance qui sépare Venus, de Mars , sans nous 
préoccuper d'un astre qui réside au milieu de cette 
distance. Cet astre, pourtant, doit nous intéresser 
un peu, car il nous touche de plus près que tous les 
autres. 

La Terre, en effet, isolée dans l'espace comme 
toutes les autres planètes que nous avons vues , 
est située à 38 millions de lieues du Soleil, et suit 
autour de lui une orbite qu'elle parcourt en 365 
jours 1/4. Gomme quelques-unes de ses compagnes, 



288 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

elle est assistée d'un compagnon fidèle, d'un satel- 
lite circulant autour d'elle. C'est son petit système, 
et la Lune l'accompagne humblement dans tousses 
voyages à travers l'espace. 

Gomme les autres planètes aussi, elle tourne sur 
elle-même, avec une grande rapidité, car à sa sur- 
face les corps parcourent jusqu'à 6 lieues par mi- 
nute. Elle est sphérique et un peu aplatie à ses 
pôles, ce qui témoigné de son état de fluidité pri- 
mitive. De cet état, un témoignage plus facile à re- 
connaître reste encore dans ses volcans , bouches 
toujours ouvertes, d'où jaillissent les substances 
intérieures de la Terre à l'état de fusion et de haute 
température où elles se trouvent encore aujour- 
d'hui. A vrai dire , le globe tout entier est encore 
un globe de substances liquides, fondues par la 
chaleur intense qui brûle sous nos pieds , car la 
couche solide de ce globe, la croûte qui l'enveloppe 
et sur laquelle nous habitons, n'a pas dix lieues 
d'épaisseur. La Terre ressemble à un mince globe 
de verre d'un mètre de diamètre rempli de métaux 
en fusion. S'il n'y avait pas quelques ouvertures, 
c'est-à-dire quelques volcans pour laisser échapper 
les vapeurs, il serait possible que ce globe éclatât. 

Quelle est la grosseur réelle de ce globe ? Repré- 
sentez-vous un gigantesque dé à jouer, dont chaque 
arête mesurerait un kilomètre de long: vous aurez 
là un volume de mille mètres cubes. Pour former 
un volume égal à celui de la Terre, il faudrait en- 
tasser mille milliards de ces kilomètres cubes. 

Quel est son poids? Nous l'avons déjà entrevu 



LE GLOBE TERRESTRE. 289 

en parlant du poids du Soleil. Pour l'exprimer en 
kilogrammes, il faut une rangée de vingt-cinq chif- 
fres. 

Autour de ce globe repose une enveloppe 
aérienne, comme ce duvet léger dont les pêches 
non flétries par la main des hommes sont délicate- 
ment enveloppées. Cette enveloppe pèse 

6 263 000000 000000 000 kilogrammes : 

ce n'est pas la millionième partie du poids de la 
Terre entière. Chacun de nous porte sur ses épaules 
une pression de 16 000 kilogrammes. — Disons en 
passant que si cette pression, toute respectable 
qu'elle est, n'est pas sensible pour nous, c'est 
qu'elle est contre-balancée par une pression égale 
exercée dans tous les sens par le fluide aérien dont 
notre corps est comme imbibé. 

La surface de la Terre est d'environ 510 000 000 
de kilomètres carrés. Il faudrait à peu près mille 
Francespour couvrir la superflcie entière du globe, 
et pourtant, soit dit sans vanité, notre pays repré- 
sente un peu plus que la millième partie de l'im- 
portance du globe: intellectuellement, il en forme 
bien le quart à lui tout seul. De cette étendue, 
l'Océan domine sur 38 320000 kilomètres carrés ; 
12 660000 seulement restent à la terre ferme. Il 
n'y a donc que le quart de la Terre qui soit habi- 
table pour nous; le reste demeure caché dans le 
sein des ondes. 

En nous éloignant dans l'espace, nous pourrions 
mieux juger de la valeur de la Terre comme astre. 

19 



290 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

Dès la distance de laLune, moins de cent mille 
lieues, la Terre nous apparaîtrait comme celle-ci 
nous apparaît, non moins lumineuse, et beaucoup 
plus grande. A dix fois cette distance, ou un mil- 
lion de lieues, la Terre aurait encore à Tœii nu un 
disque appréciable, sa lumière serait intermé- 
diaire entre celle de la Lune et celle des étoiles. 
Dix fois plus loin encore, c'est-à-dire à la dis- 
tance de l'orbite de Vénus, on verrait la Terre 
sous la forme d'une belle étoile de première gran- 
deur, sans disque appréciable, comme un point 
brillant, à peu près dans Téclat dont brille à nos 
yeux Jupiter. Mais si l'on s'éloignait davantage , la 
Terre, élevée du rang de globe obscur à celui d'é- 
toile de première grandeur, descendrait ensuite de 
grandeur ea grandeur jusqu'au dernier ordre de la 
visibilité, et se perdrait enfin pour toujours dans 
les profondeurs de l'invisible. — ^^11 n'est pas néces- 
saire d'ajouter que l'éclat dont elle aurait brillé et 
dont elle resplendit dans l'espace n'est autre que 
la lumière que nous recevons du Soleil, et qu'on la 
verrait sous toutes les phases possibles selon qu'on 
regarderait en plein sa face éclairée, ou par côté, 
ou obliquement en tournant jusqu'à son hémi- 
phère opposé au Soleil. 

La Terre tourne autour du Soleil, dans un mou- 
vement de translation analogue à celui que nous 
avons remarqué chez toutes les planètes. C'est ce 
mouvement qui constitue son année. Son autre 
mouvement de rotation sur elle-même, que Ton 
peut comparer à celui de la toupie qui pirouette 



LE GLOBE TERRESTRE. 291 

tout en décrivant des cercles dans sa marche géné- 
rale, constitue sa période diurne, son jour. C'est à 




Fig. 43. Orbite de la terre. 

ce second mouvement que Ton doit l'illusion du 
mouvement aoparent de tous les astres autour 
d'elle. 

Tout ce que nous avons dit sur le mouvement 
diurne des étoiles autour de l'étoile polaire ,• sera 
facilement compris si Ton réfléchit que cette étoile 
^e trouve dans le prolongement de Taxe de la 
Terre. La Terre tournant , je suppose, de gauche 
à droite de la ligne des pôles, tous les objets situés 
en dehors d'elle, c'est-à-dire les astres, paraî- 
tront tourner de droite à gauche, en sens op- 



292 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

posé du mouvement qui nous emporte^ Quand 
vous vous trouvez en wagon, $i vous oubliez la 
marche du train, les objets de la campagne fui- 
ront en arrière sous vos yeux, et si vous ne saviez 
pas de façon très-ceitaine que c'est vous qui mar- 
chez, vous croyant immobile, vous auriez la con- 
viction que ce sont les arbres et les collines qui 
s'en vont. Une illusion analogue se présente lors- 
qu'on se trouve au sommet d'une tour élevée , et 
que les nuages courent rapidement sur votre tête. 
Il semble que la tour s'avance et marche sous vos 
pieds. Un matin, je me trouvais au sommet du frêle 
clocher de la cathédrale de Strasbourg, le Soleil 
était à peine levé, et des nuages venus du Rhin me 
cachaient entièrement la ville et tout l'espace infé- 
rieur. Ces bandes de nuages étaient poussées par un 
vent d'est et passaient au-dessous de moi. Mal- 
gré la certitude complète que j'avais naturellement 
de la solidité de la haute cathédrale, il me fut im- 
possible de garder dans mon esprit le sentiment de 
la réalité, et l'illusion l'emportant, je me crus en- 
core en chemin de fer : la cathédrale marchait cer- 
tainement vers l'Allemagne. Je fermai les yeux , 
mais le mouvement continua son action dans mon 
esprit, et ce ne fut que dix minutes après que , le 
Soleil ayant éclairé la scène et dissipé les vapeurs, 
les toits de Strasbourg me rendirent le sentiment 
de la réalité. 

Le mouvement apparent de révolution du Soleil 
autour de la Terre, lequel s'effectue d'orient en 
occident, — à l'inverse du mouvement réel de la 



LE GLOBE TÉRRESTÏIB. 293 

Terre, dirigé d'occident en orient, — constitue la 
durée du jour'et celle de la liuit. Le moment où le 
Soleil atteint le milieu de son cours, le point cul- 
minant, est celui qui divise la journée en deux par- 
ties égales. Le moment opposé, où le Soleil est dia- 
métralement sous nos pieds, marque le milieu de 
la nuit. Il est visible par là que notre midi est le 
minuit des peuples qui vivent aux contrées situées 
à Fopposé de la France, aux antipodes, et que, ré- 
ciproquement, lorsqu'ils ont midi, nous avons mi- 
nuit. Le Soleil règle donc l'heure en passant sur lat 
tête de chacun des peuples qui entourent le globe. 

Le jour civil commence à minuit et se compose 
de 4eux périodes: le matin, de minuit à midi ; le 
soir, de midi à minuit. Les astronomes ne suivent 
pas cet usage de la société ; ils comptent leur jour 
à partir de midi, et le laissent composé d'une seule 
période , de heure à 24 heures, qu'ils comptent 
d'un midi au midi suivant. 

Voyons maintenant comment ils étudient la 
Terre, et par quels moyens ils reconnaissent ses 
diverses parties. 

Une sphère quelconque étant donnée, on appelle 
pâles les deux points des extrémités opposées où 
aboutit l'axe idéal autour duquel elle tourne. Si l'on 
trace , perpendiculairement à cet axe , un grand 
cercle à égale distance dps deux pôles, qui coupe- 
rait la sphèrjB en deiïx parties égales, ce cercle est 
Yéquauur. M'âtSàJenant, de l'éqràateur<aux pôles, de 
chaque côté, à égales distancés, on fait dO .divisioBS, ; 
ou 90- tranches transversales : ce sont les degrés de 



29^ 



LES MERVEILLES CÉLESTES. 



latitude. Enfin on a partagé le grandcercle de Téqua- 
teur lui-même, ou la circonférence entière du globe, 



P6Ie 




Fig. 44. Divisions du globe. 

en 360 parties égales , disposées en long sur la 
sphère, comme des tranches de melon : ce sont les 
lignes de longitude. Il y en a, par conséquent^ 180 
dans la moitié de la sphère et 90 dans le quart. — 
Ces noms de longitude et de latitude datent d'une 
époque où la contrée terrestre qu'on avait seule 
mesurée était une figure oblongue dont la longueur 
s'étendait dans le sens des premiers cercles, et la 
largeur dans le sens des seconds. 

Les degrés de latitude sont donc comptés à partir 
de Téquateur, soit au nord , soit au sud, jusqu'au 
pôle boréal et jusqu'au pôle austral. Les de- 
grés de longitude les coupent, et sont comptés à 



LE GLOBE TERRESTRE. 295 

partir d'un point quelconque, soit à Test, soit à 
Touest. 

La ligne des pôles va du nord au sud ou du sud 
au nord, comme on voudra; la ligne de Téquateur 
va de Test à Touest, ou de l'ouest à Test. Quand on 
avance du côté de l'orient ou de l'occident, on ne 
change pas de latitude mais de longitude. Si, par 
exemple, on va de Paris à Vienne en Autriche, on 
aura fait 15 degrés de longitude vers l'orient. 
Comme la T«rre a 9000 lieues de circonférence, on 
voit que chacune des 360 divisions de son équateur 
(en d'autres termes chacun des degrés de longitude) 
équivaut à 25 lieues. De plus, comnje le Soleil em- 
ploie vingt-quatre heures pour le tour qu'il paraît 
faire, il parcourt 15 degrés par heure , l8Qen douze 
heures, ou 360 en vingt-quatre heures : chaque 
heure équivaut donc à 15 degrés. Ainsi, à Vienne 
on a midi une heure plus tôt qu'à Paris. En conti- 
nuant de s'avancer à Test, le voyageur gagnera une 
heure de 15 en 15 degrés, et s'il garde sa montre 
réglée sur le temps de Paris, elle retardera d'une 
heure par 15 degrés. S'il lui arrive de faire le tour 
entier du globe, il arrivera chez des peuples qui 
avancent de six heures, d'un jour, sur son heure 
de Paris. Et s'il met sa montre à l'heure des pays 
qu'il traversera, elle avancera sur Paris, à mesure 
qu'il continuera son voyage, si bien qu'en arrivant 
à Paris après avoir fait le tour du monde, il aura 
gagné vingt-quatre heures et comptera un jour de 
plus que nous : il serait au lundi tandis que nous 
serions encore au dimanche. 



296 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

C'est en raison de cette différence d'heures que 
si, visitant les bords du Rhin, vous prenez le train 
à Kehl pour Strasbourg, comme la gare de Kehl est 
réglée sur le temps de Bade et que celle de Stras- 
bourg Test sur celui de Paris, vous arriverez à 
Strasbourg dix minutes avant l'heure de votre dé- 
part de Kehl. 

C'est pour la même raison que quand Sa Majesté 
prononce un discours à l'ouverture des Chambres, 
ce discours volant à Londres sur le fil télégraphi- * 
que , la conclusion en a été entendue parles Anglais 
avant l'heure où elle est sortie des lèvres de l'Em- 
pereur. 

Un autre observateur, qui s'avancerait du côté de 
l'occident, retarderait comme notre voyageur pré- 
cédent, et revenant à Paris après avoir fait le tour 
du monde, il ne compterait que samedi lorsque nous 
serions au dimanche. On éprouverait cette singu*- 
larité dans la manière de compter , toutes les fois 
qu'on voit arriver un vaisseau qui a fait le tour du 
monde, si l'équipage avait compté les jours dans le 
môme ordre, sans se réformer sur les pays où il a 
passé. Par la même raison, dit Lalande (Astronomie 
des dames) y les habitants des îles de la mer du Sud, 
qui sont éloignés de douze heures de notre méri- 
dien, doivent voir les voyageurs qui viennent des 
Indes, et ceux qui leur viennent de TAmérique, 
compter différemment les jours de la semaine, les 
premiers ayant un jour dç plus que les autres ; car 
supposant qu'il est dimanche à midi pour Paris , 
ceux qui sont dans les Indes disent qu'il y a six ou 



LE GLOBE TERRESTRE. 297 

sept heures que dimanche est commencé , et ceux 
qui sont en Amérique sont encore au samedi soir. 
Ce fait parut très-singulier à nos anciens voyageurs, 
qu'on accusa d'abord de s'être trompés dans leur 
calcul et d'avoir perdu le fil de leur almanach. Dam- 
pierétantallé à Mendanao par l'ouest, trouva qu'on 
y comptait un jour de plus que lui. Varçnius dit 
même qu'à Macao, ville maritime de la Chine, les 
Portugais comptent habituellement un jour de 
plus que les Espagnols ne comptent aux Philip- 
pines, quoique peu éloignées; les premiers sont au 
dimanche tandis que les seconds ne comptent que 
samedi. Cela vient de ce que les Portugais, établis 
à Macao , y sont allés par le cap de Bonne-Espé- 
rance, en avançant toujours du côté de l'occident, 
c'est-à-dire en partant de l'Amérique et en traver- 
sant la mer du Sud. 

On voit par cette esquisse que la Terre, "astre du 
ciel , est réglée par ses mouvements planétaires , 
qu'il n'y a rien d'absolu dans aucune de ces don- 
nées de temps et d'espace, que tout est relatif à la 
condition de chaque planète, et que sur chacun des 
astres ces éléments difièrent suivant leur grandeur 
et les mouvements qui leur donnent naissance. Mais, 
dira-t-on , sur quels fondements ces règles théori- 
ques sont-elles établies, et qui nous prouve qu'au 
contraire la Terre n'est pas le monde absolu, fixe, 
établi comme la base du ciel, et que tous ces mou- 
vements ne sont pas réels comme ils le paraissent? 
Comment peut-on nous prouver qu'il y a là une 
iHusioù de nos sens, et puisqu'on ne raisonne que 



298 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

par l'observation , comment a-t-on su qu'il n'y avait 
là que de simples apparences ? 

Si vous voulez m'écouter quelques instants en- 
core, vous serez à ce sujet aussi bien convaincu 
que moi. 



c^ 



II 



PREUVES POSITIVES QUE LA TERRE EST RONDE 

qu'elle toubnk sur elle-même et autour du soleil. 



J'ai connu des personnes de bonne foi, braves 
gens au fond, qui n'avaient jamais rien de plus em- 
pressé que de m'adresser mille questions d'astro- 
nomie , et qui n'avaient pas plutôt reçu mes ré- 
ponses qu'elles me riaient au nez avec la plus 
grande ingénuité du monde. Sans compter leur 
impolitesse vraiment primitive, on pouvait s'éton- 
ner de les voir à la fois si curieux et si difficiles à 
contenter. A leurs yeux les savants étaient des rê- 
veurs, qui croyaient savoir, mais qui en réalité ne 
pouvaient se prévaloir sur le commun des mortels 
au point de trouver le mot de Ténigme de la na- 
ture; ils vivaient sous l'empire d'une obsession. 
J'ai connu d'autres personnes, un peu plus in- 
struites que les précédentes, et qui considérant les 
différentes phases de l'histoire des sciences, ses 
succès et ses revers, pensaient que nous tournions 



300 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

dans un cercle vicieux^, que nous n'avions point la 
connaissance vraie des choses, et que nos systèmes, 
quelque solidement fondés qu'ils parussent, ne de- 
vaient jamais être reçus qu'à titre d'hypothèses. 

La question cosmographique qui nous touche de 
plus près, celle de l'isolement et du mouvement 
de la Terre dans l'espace, a particulièrement le 
privilège de soulever les doutes dont je parle. 
Pour ceux qui les ont entendu formuler et qui 
n'ont pas toujours eu en main des preuves irré- 
fragables à fournir, je donnerai ici les points 
fondamentaux sur lesquels s'appuie cet élément du 
nouveau système du monde. 

Nous disons d'abord que la Terre est ronde , 
qu'elle a la forme d'une sphère un peu aplatie aux 
pôles. Le premier fait qui en rend témoignage , 
c'est la convexité de l'immense étendue d'eaa qui 
recouvre la plus grande partie du globe. L'obser- 
vation d'un navire en mer suffit pour montrer cette 
courbure. Arrivé à la ligne bleue qui semble for- 
mer la séparation du ciel et des eaux, le navire qui 
s'éloigne paraît à ce moment posé sur l'horizon. 
Un peu plus tard , il disparaît , non par le haut , 
mais par le bas. La mer s'élève d'abord entre le 
pont et l'observateur; ensuite elle cache les voiles 
basses; les sommets des mâts s'évanouissent les 
derniers. Un phénomène semblable se produit 
pour l'observateur placé sur le navire : ce sdfet lès 
côtes basses q li disparaissent les premières porur . 
lui; les édifices, les tours élevées et les phares > 
sont les objets qui restent le plus longtemps sur la 



PREUVES QUE LA TERRE EST RONDE. 301 

ligne de visibilité. Ce double fait démontre d'une 
manière évidente la convexité de la mer. Sic*était 
une surface plane , la distance seule ferait perdre 
de vue un navire, et dans ce cas tout disparaîtrait à 
la fois, les voiles supérieures comme les inférieures. 
Il résulte de plus de ce même ordre d^observa- 




Fig. 45. Courbure des mers. 

tions, que la courbure de l'Océan est la même dans 
toutes les directions : or cette propriété n'appar- 
tient qu'à la sphère. 

La convexité de la mer s'étend en terre ferme. 
Malgré les inégalités du terrain, la surface des 
continents ne diffère pas essentiellement de la sur- 



302 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

face des mers , car on sait que les plus hautes 
chaînes de montagnes sont loin de produire, sur la 
surface générale de la Terre , des protubérances 
comparables aux rugosités delà peau d'une orange. 
Or la surface des fleuves qui coupent en tous sens 
la terre ferme pour se réunir dans l'Océan est peu 
supérieure au niveau de celui-ci, et peut être con- 
sidérée comme la surface prolongée de la mer dans 
toute l'étendue des continents.... Les mesures ba- 
rométriques sur la hauteur des montagnes ont, 
d'un autre côté, confirmé ce fait. Le sol des conti- 
nents s'éloigne donc peu de ce niveau et présente 
dans son ensemble une courbure entièrement pa- 
reille à celle des eaux. Du reste , en terre ferme 
comme en mer, les objets les plus élevés sont tou- 
jours les premiers et les derniers que le voyageur 
aperçoive. 

Les voyages de circumnavigation ont d'autre 
part donné une preuve palpable de la sphéricité de 
la Terre. Le premier des navigateurs qui ait fait 
cette entreprise hardie du tour du monde, le Por- 
tugais Magellan, partit de l'Espagne en 1519, se di- 
rigeant toujours vers Y Occident. Sw[iS avoir changé 
sa direction, l'un de ses vaisseaux (lieutenant Cano) 
retrouva l'Europe trois ans après, comme s'il fût 
venu de VOrienL Les nombreux voyages de cir- 
cumnavigation accomplis depuis cette époque ont 
surabondamment confirmé cette vérité : la Terre 
est arrondie dans tous les sens. 

Une nouvelle preuve de la convexité de la Terre 
est fournie par le changement d'aspect que pré- 



PREUVES QUE LA TERRE EST RONDE, 303 

sente le ciel pendant les voyages. Que l'on se di- 
rige vers le pôle ou que l'on s'approche de Téqua- 
teur , on découvre sans cesse de nouveaux astres, 
de même que l'on perd de vue ceux des lat'tudes 
dont on s'éloigne. Ce fait ne peut s'accorder qu'avec 
celui de la rondeur de la Terre ; si la Terre était 
plane, tous les astres resteraient visibles à la 
fois. 

L'ombre projetée par la Terre sur la Lune pen- 
dant les éclipses est toujours circulaire , quel que 
soit le côté que le disque terrestre présente au dis- 
que lunaire dans les diverses éclipses. Cette ombre 
conique , universellement observée , est une nou- 
velle preuve en faveur de la sphéricité de la Terre. 

Tels sont les faits vulgaires qui démontrent d'une 
manière positive la vérité que nous avons avancée. 
Si nous voulions entrer en géodésie ou en mé- 
canique rationnelle , je présenterais des considé- 
rations plus rigoureuses encore ; mais les preuves 
précédentes nous suffisent ici. Voyons maintenant 
sur quel fondement solide on s'appuie lorsqu'on 
avance que la Terre est isolée et en mouvement 
dans l'espace. 

La difficulté que certains esprits ont manifestée à 
croire que la Terre pût être suspendue comme un 
ballon dans l'espace, et complètement isolée de 
toute espèce de point d'appui, provient d'une fausse 
notion de la pesanteur. L'histoire de l'astronomie 
ancienne nous montre une anxiété profonde chez 
les premiers observateurs qui commençaient, à 
concevoir la réalité de cet' isolement , mais qui ne 



304 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

savaient pas comment empêcher de tomber ce globe 
si lourd sur lequel nous marchons. Les premiers 
Chaldéensavaientfait la Terre creuse etsemblable à 
un bateau ; elle pouvait alors flotter sur Tablme des 
airs. Quelques anciens voulaient qu'elle reposât 
sur des tourillons placés aux deux pôles. D'autres 
supposaient qu'elle s'étendait indéfiniment au- 
dessous de nos pieds. Tous ces systèmes étaient 
conçus sous l'impression d'une fausse idée de la 
pesanteur. Pour s'affranchir de cette antique illu- 
sion , il faut savoir que la pesanteur n'est qu'un 
phénomène constitué par l'attraction d'un centre. 
Un corps ne tombe que lorsque l'attraction d'un 
autre corps plus important le sollicite. Les images 
de haut et de bas ne peuvent s'appliquer qu'à un 
système matériel déterminé , dans lequel le centre 
attractif sera considéré comme le bas; hors de là 
elles ne signifient plus rien. Lors donc que nous 
supposons notre globe isolé dans l'espace, nous ne 
faisons là rien qui puisse donner prise à l'objection 
signalée plus haut qui craint de voir tomber la 
Terre on ne sait où. 

La Terre peut être isolée dans l'espace. Mais 
non-seulement elle le peut , elle l'est en réalité. 
Si elle était appuyée sur un corps voisin par 
quelque point de sa surface, ce support, qui aurait 
nécessairement de très-grandes dimensions, s'aper- 
cevrait certainement lorsqu'on approcherait de lui. 
On le verrait sortir de terre et se perdre dans l'es- 
pace. Nous n'avons pas besoin de dire que les 
voyageurs qui ont fait ' en tous sens le tour du. 



PREUVES QUE LA TERRE EST RONDE. 305 

globe n'ont jamais rien aperçu de pareil : la sur- 
face terrestre est entièrement détachée de tout ce 
qui peut exister autour d'elle. 

Venons maintenant au troisième point de ce 
chapitre, aux preuves positives du mouvement de 
la Terre. 

Remarquons d'abord que les apparences des ob- 
jets extérieurs seront identiquement les mêmes 
pour nous, soit que la'Terre étant en repos ces ob- 
jets soient en mouvement, soit que ces objets étant 
en repos la Terre soit en mouvement elle-même. 
Si la Terre entraîne dans son mouvement toutes 
les choses qui lui appartiennent, les eaux, l'atmo- 
sphère, les nuages, etc., nous ne pourrons avoii 
conscience de ce mouvement auquel nous partici- 
pons que par l'aspect changeant du ciel immobile. 
Or, puisque dans l'un et l'autre cas les apparences 
sont les mêmes, nous allons voir que l'hypothèse 
du mouvement delà Terre explique tout, tandis que 
sans elle on tombe dans une inacceptable compli- 
cation de systèmes. 

Si la Terre tourne en vingt-quatre heures sur 
elle-même , nous pouvons voir immédiatement que, 
son rayon moyen étant de 1432 lieues et sa circon- 
férence de 9000, un point situé sur l'équateur par- 
courra wn dixième de lieue par seconde. Cette vitesse , 
qui parait considérable, a été considérée comme 
une objection contre le mouvement de la Terre. 
Mais nous allons savoir de quelle vitesse sans 
égale il faudrait animer les sphères célestes 
pour leur faire parcourir à chacune la circonfé- 

20 



306 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

rence du ciel dans le même laps de vingt-quatre 
heures. 

Et d'abord, le Soleil étant éloigné de la Terre de 
23 000 fois le rayon terrestre , dans Thypothèse de 
rîmmobilité de la Terre , le Soleil décrirait une 
circonférence 23 000 fois plus grande que les points 
de Téquateur; ce qui donne une vitesse de 2300 
lieues par seconde. 

Jupiter est environ cinq fois plus loin : sa vitesse 
serait de 11 500 lieues par seconde. 

Neptune trente fois : il devrait parcourir 69 000 
lieues par seconde. • 

Telles seraient les vitesses diverses dont les pla- 
nètes devraient être animées pour tourner autour 
de notre globe en vingt-quatre heures, comme elles 
le paraissent faire." On voit que Tobjection contre 
le mouvement de la Terre d'un dixième de lieue 
par seconde n'est plus rien à côté de celle qui naît 
de pareils nombres. 

Que serait-ce si nous considérions les étoiles 
fixes ? Notre voisine , l'étoile a du Centaure , devrait 
parcourir 520 millions de lieues par seconde. Et de 
proche en proche , jusqu'aux étoiles lointaines , 
nous creuserions Tinfini sans trouver un nombre 
qui pût exprimer la vitesse des astres, pour tour- 
ner autour de ce petit point invisible qui s'appelle 
la Terre. 

Ajoutons à cela que ces astres sont, l'un 1400 fois 
plus gros que la Terre, un autre 1 400000 fois , 
d'autres plus volumineux encore ; qu'ils ne sont 
réunis entre eux par aucun lien solide qui pût les 



PREUVES QUE LA TERRE EST RONDE. 307 

attacher à un mouvement des voûtes célestes ; 
qu'ils sont tous situés aux distances les plus diver- 
ses ; et cette effrayante complication du système des 
cieux témoignera par elle-même de sa non-exis- 
tence,— nous pourrions dire de son impossibilité 
mécanique. 

Mais non-seulement le mouvement diurne de la 
sphère céleste ne^ peut se comprendre que par l'ad- 
mission du mouvement de la Terre autour de son 
axe ; les mouvements des planètes dans le zodiaque, 
leurs stations et leurs rétrogradations , réclament 
avec la même rigueur le mouvement de la Terre 
autour du cieL Pour expliquer les apparences pla- 
nétaires en supposant laTerre immobile, lesanciens 
avaient dû imaginer jusqu'à soixante-dix cercles 
enchevêtrés les uns dans les autres, cercles solides 
ou cieux de cristal dont rien n'égalait la complica- 
tion, et qui, s'ils avaient pu exister un instant, au- 
raient été bientôt mis en pièces par les comètes va- 
gabondes ou par les aérolithes qui tournoientdans 
l'espace. 

D'autre part encore , l'analogie venait confirmer 
singulièrement l'hypothèse du mouvement de la 
Terre et changer en certitude sa haute vraisem- 
blance. Le télescope montrait dans les planètes des 
terres analogues à la nôtre, mues elles-mêmes par 
un mouvement de rotation autour de leur axe , 
mouvement de rotation de vingt-quatre heures 
pour les planètes voisines, et d'une durée moindre 
encore pour les mondes lointains de noire système. 
Ainsi la simplicité et l'analogie sont en faveur du 



308 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

mouvement de la Terre. Ajoutons maintenant que 
ce mouvement est rigoureusement voulu et déter- 
miné par toutes les lois de la mécanique céleste. 

La grande difficulté que l'on avait avancée contre 
le mouvement de la Terre/ et qui fut en faveur 
pendant quelque temps, était celle-ci : si la Terre 
tourne sous nos pieds, en nous élevant dans l'es- 
pace et en trouvant le moyen de nous y tenir quel- 
ques secondes ou davantage, nous devrions tomber 
après ce laps de temps en un point plus occidental 
que le point de départ. Celui, par exemple, qui à 
réquateur trouverait le moyen de soutenir im- 
mobile dans l'atmosphère pendant une demi-mi- 
nute , devrait retomber trois lieues à l'occident du 
lieu d'où il serait parti. — Ce serait une excellente 
façon de voyager, et Cyrano de Bergerac prétendait 
l'avoir employée lorsque s'étant élevé dans les airs 
par un ballQn de sa façon , il était tombé quelques 
heures après son départ au Canada au lieu de re- 
descendre en France. — Quelques sentimentalistes , 
Buchanan entre autres, ont donné à l'objection une 
forme plus tendre , en disant que si la Terre tour- 
nait, la tourterelle n'oserait plus s'élever de son nid, 
car bientôt elle perdrait inévitablement de vue ses 
jeunes tourtereaux. 

Le lecteur a déjà répondu à cette objection en 
réfléchissant que tout ce qui appartient à la Terre 
participe, comme nous l'avons dit, à son mouve- 
ment de rotation, et que jusqu'aux dernières limites 
de l'atmosphère notre globe entraîne tout dans son 
cours. 



PREUVES QUE LA TERRE EST RONDE. 309 

L'observation directe de divers phénomènes a 
confirmé la théorie du mouvement de la terre , et 
Ta confirmée par des preuves matérielles irrécu- 
sables. 

Si le globe tourne, il développe une certaine force 
centrifuge; cette force sera nulle aux pôles, aura 
son maximum à l'équateur , et sera d'autant plus 
grande que l'objet auquel elle s'applique sera lui- 
même à une distance plus grande de Taxe de rota- 
tion. Ce sera en grand ce qui existe en petit dans 
uqe fronde ou dans une roue libre en mouvement 
rapide. Or, supposons qu'on fixe un fil à plomb au 
sommet d'une tour, et ^ue le poids qui le tend des- 
cende jusqu'à la surface du sol , la direction de ce 
fil à plomb vers le centre de la Terre , c'est-à-diré 
suivant la perpendiculaire au niveau d'eau, sera un 
peu modifiée par TeSet de la force centrifuge ré- 
sultant de la rotation du globe , mesurée au pied 
de la tour. Si l'on fixe également au sommet de la 
tour, à une petite distance à l'est du premier, un 
second fil à plomb très-court, dont le poids serait 
situé un peu au-dessous du point d'attache, ce 
second fil n'aura pas tout à fait la direction du pre- ' 
mier, car la force centrifuge* due au mouvement de 
la Terre étant plus grande au sommet de la tour 
qu'au pied, fera dévier le fil un peu plus à l'est. — 
Cette observation minutieuse a été faite et répétée 
avec le plus grand soin : elle est, de son côté, une 
preuve du mouvement de la Terre. 

Les oscillations du pendule à secondes appuient 
le fait précédent. Non-seulement elles sont plus 



310 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

lentes à Téquateur qu'aux pôles, parce que le rayon 
équatorial est plus grand que le rayon polaire , 
mais la différence est trop grande pour être attri- 
buée à cette seule cause. A Téquateur, la force 
centrifuge atténue en partie l'effet de la pesanteur. 
Une remarque curieuse à' faire ici, c'est qu'à Féqua- 
teur cette force est ^l-g de la pesanteur. Or , comme 
la pesanteur croît porportionnellement au carré de 
la vitesse de rotation, et que 289 est le carré de 17, 
si la terre tournait 17 fois plus vite, les corps pla- 
cés à l'équateur ne pèseraient plus : une pierre lancée 
dans l'espace ne retomberait pas. 

Voici un autre fait non moins positif que les pré- 
cédents, et plus facile à apprécier dans ses consé- 
quences en faveur du mouvement de la Terre. Si la 
Terre était immobile et que la sphère étoilée tour- 
nât autour d'elle en vingt-quatre heures, les astres 
ne passeraient jamais au méridien , ne se lèveraient 
ni ne se coucheraient jamais, à l'instant où l'in- 
dique la ligne de leur longitude dans le ciel. Les 
rayons lumineux qu'ils nous envoient, mettant des 
intervalles inégaux à nous venir, selon leurs dis- 
tances réciproques , mettraient ^une confusion ex- 
trême dans les heures de leurs passages apparents. 
Tel astre qui , en réalité , passe au méridien main- 
tenant, est situé à une telle distance que sa lumière 
met six heures à nous venir ; il ne paraîtra donc y 
passer que six heures plus tard, c'est-à-dire au 
moment de son coucher. Tel autre astre mettra 
douze heures à se laisser voir, tel autre des mois, 
des années, il y a là une nouvelle preuve matérielle 



PREUVES QUE LA TERRE EST RONDE, 311 

que ce ne sont pas les sphères célestes qui se meu- 
vent, mais bien la Terre elle-même. 

Les mouvements propres annuels des étoiles 
dans le ciel , dont nous avons parlé dans l'exposé 
de la méthode employée pour déterminer la dis- 
tance des étoiles, fournissent également une preuve 
positive du mouvement de la Terre autour du So- 
leil. Il en est de même du phénomène de l'aberra- 
tion de la lumière. 

La physique du globe a, elle aussi, fourni son 
contingent de preuves à la théorie du mouvement 
de la Terre , et l'on peut dire que toutes les bran- 
ches de la science qui se rattachent, de près ou de 
loin, à la cosmographie, se sont unies pour la con- 
firmalion unanime de cette théorie. La forme même 
du sphéroïde terrestre montre que cette planète fut 
une masse fluide animée d'une certaine vitesse de 
rotation, conclusion à laquelle les géologues sont 
arrivés dans leurs recherches personnelles. 

D'autres faits, comme les courants de l'atmo- 
sphère et de l'Océan , les courants polaires et les 
vents alizés, trouvent également leur cause dans la 
rotation du globe ; mais ces faits ont une valeur 
moindre que les précédents , attendu qu'ils pour- 
raient s'accorder avec l'hypothèse du mouvement 
du Soleil. 

Nous terminerons en rappelant la brillante expé- 
rience de M. Foucault au Panthéon. A moins de nier 
l'évidence , cette expérience démontre invincible- 
ment le mouvement de la Terre. Elle consiste, 
comme on sait , à encastrer un fil d'acier par sen 



312 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

extrémité supérieure dans une plaque métallique 
fixée solidement à une voûte. Ce 61 est tendu à soa 
extrémité inférieure p^r une boule de cuivre d'un 
poids assez fort. Une pointe est attachée au-dessous 
de ia boule, et du sable fin est répandu sur le sol 
pour recevoir la trace de cette pointe lorsque le 
pendule est en mouvement. Or, il arrive que cette 
trace ne s'effectue pas dans la même ligne. Plusieurs 
lignes, croisées au centre, se succèdent et manifes- 
tent une déviation du plan des oscillations de To- 
rient vers l'occident. En réalité, le plan des oscil- 
lations reste fixe; la Terre tourne au-dessous 
d'occident en orient. Cette dernière expérience a 
mis le sceau aux preuves positives du mouvement 
de la Terre. 

Ainsi, comme tous les astres du ciel, la Terre 
tourne. Le repos absolu n'existe pas dans l'univers. 
Tout est en mouvement, et c'est dans cette loi uni- 
verselle du mouvement que réside la condition de 
la stabilité du monde. 

Mais une question se présente ici : la Terre 
tourne; fort, bien! mais pourrait-elle s'arrêter! 
Qu'arriverait- il, si, par une cause quelconque, elle 
cessait, subitement ou petit à petit, de rouler dans 
son mouvement rapide? Voyons un peu, le sujet 
en vaut la peine, car il est.fort curieux. 

Ce n'est pas qu'en cherchant à répondre à cette 
curieuse petite question je veuille lui donner plus 
d'importance qu'elle n'en a en réalité. Que notre 
globe cesse un jour subitement de tourner, c'est ce 
que nous pouvons sans crainte déclarer impossible. 



PREUVES QUE LA TERRE EST RONDE. 313 

et cela avec toute Tautorité qui appartient aux prin- 
cipes de la mécanique céleste. De la part de notre 
monde, nous n'avons pas à att ndre, à craindre 
cette fautaisie-là. A craindre, car, en effet, voici 
les conséquences inévitables qui résulteraient du 
simple arrêt de la Terre dans son cours. 

Rappelons d'abord que la vitesse d'un corps situé 
à la surface de la Terre se compose de deux par- 
ties : du mouvement de rotation diurne du globe 
autour de son axe, et de son mouvement de trans- 
lation autour du Soleil. En vertu du premier, 
les corps placés à Téquateur terrestre parcourent 
417 lieues par heure, 6 lieues par minute, un 
dixième de lieue par seconde. Cette vitesse diminue 
de l'équateur, où elle est maximum, aux pôles où 
elle est mille, puisque les corps ont naturellement 
d'autant moins de chemin à parcourir que leur 
cercle de latitude est plus petit. Par suite du se- 
cond mouvement de la Terre, de sa révolution dans 
l'espace autour du Soleil, tousses points indistinc- 
tement parcourent 456 lieues par minute, soit 
7 lieues 6 dixièmes par seconde. On se fera une 
idée de cette vitesse si l'on réfléchit qu'un train 
express lancé à toute vapeur ne fait pas plus de 
16 mètres par seconde, et qu'un boulet de 24 n'a, 
même à sa sortie du canon, qu'une vitesse de 
390 mètres par seconde. 

Tous les points qui appartiennent à un système 
matériel en mouvement étant animés du même 
mouvement que lui, si par un arrêt brusque, ce sys- 
tème est mis subitement en repos, les points qui 



314 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

peuvent se déplacer à sa surface, continueront, en 
vertu de la vitesse acquise, à se mouvoir dans la 
direction primitive. C'est en vertu de ce principe 
que lorsque votre cheval s'affaisse brusquement 
sous le timon de votre rapide calèche, vous vous 
trouvez malencontreusement lancé par-dessus la 
tête de votre pégase; c'est encore en vertu du 
même principe qu'il vous faut prendre certaines 
précautions en descendant d'un omnibus en mar- 
che, afin que vos pieds étant subitement, attachés 
au sol immobile tandis que votre corps est encore 
animé de la vitesse acquise, vous n'alliez pas baiser 
les traces du véhicule. 

La Terre est, comme nous l'avons vu, une voi- 
ture plus rapide que les omnibus, les calèches et 
les wagons. Si elle s'arrêtait subitement, il va sans 
dire que toutes les précautions seraient superflues 
pour éviter une mort instantanée. Tous les objets 
qui ne sont pas implantés et fixés dans le sol, et 
qui n'adhèrent à la surface que par la loi de pe- , 
sauteur, seraient immédiatement et d'un seul trait 
lancés dans l'espace avec une vitesse initiale de 
8 lieues par seconde, rapidité dont nous sommes 
doués présentement. Les promeneurs paisibles, les 
travailleurs et le^ gens en repos, les animaux do- 
mestiques et ceux qui vivent dans les forêts, les 
oiseaux dans le ciel, nos voitures et nos machines, 
tout cela s'élancerait d'un seul bond dans la direc- 
tion du mouvement de la Terre. Quant à l'Océan 
qui recouvre les deux tiers du globe, sa masse li- 
quide s'élançant elle-même par- dessus les rivages 



PREUVES QUE LA TERRE EST RONDE, 315 

submergerait en un clin d'œil les îles et les conti- 
nents dans sa course impétueuse, couronnant l'édi- 
fice de la mort ; bientôt elle dépasserait les plus 
hautes montagnes et ferait subir à notre globe une 
transformation de surface dont n'approche aucune 
des révolutions antiques qui l'ont tourmenté. 

Les théoriciens qui se sont amusés à chercher au 
déluge biblique une cause naturelle, n'ont pas 
manqué de mettre en jeu cette cause puissante et 
d'avancer que le choc d'une comète pourrait facile- 
ment opérer cet arrêt et ses lourdes conséquences. 
Nous savons aujourd'hui qu'une comète pourrait 
passer sur la Terre sans que nous nous en aper- 
cevions. 

Un autre fait bien curieux qui suivrait l'anéan- 
tissement de la vitesse de la Terre est celui-ci : la 
force centripète qui entraîne les planètes vers le 
soleil n'étant plus contre-balancée par la force cen- 
trifuge, la Terre tomberait en ligne droite dans le 
Soleil. S'il y avait encore sur le globe d'autres êtres 
que les poissons pour le voir, cet astre s'agrandi- 
rait à vue d'œil dans un gigantesque épanouisse- 
ment. La Terre arriverait sur lui 64 jours après le 
choc , et disparaîtrait dans sa surface comme un 
aérolithe sur la Terre. 

Il va sans dire que notre globe n'est pas une 
exception à la règle générale, et que le même sort 
serait réservé aux autres planètes si elles se trou- 
vaient dans le même cas. Ainsi, si la vitesse de 
Mercure, de Vénus, de Jupiter ou de Saturne était 
anéantie, ces planètes tomberaient dès lors dans 



316 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

le SoleîU la première en quinze jours, la seconde 
en quarante, la troisième en sept cent soixante- 
sept, la dernière en dix-neuf cents. 

Mais voici une autre conséquence bien plus cu- 
rieuse encore, qui résulterait immédiatement de 
l'arrêt subit de la Terre dans son cours. 

Il est reconnu que le mouvement ne peut s'a- 
néantir, pas plus que nul atome de matière ; il peut 
se communiquer, se diviser, se perdre en une cer- 
taine somme de forces partielles, mais non s'a- 
néantir. Il peut, et c'est là le point important ici, 
il peut se transformer en chaleur, et il s'y trans- 
forme effectivement toutes les fois qu'il paraît se 
perdre comme force motrice. Ainsi vous frappez à 
plujsieurs reprises sur un clou enfoncé et désor- 
mais immobile ; le mouvement du marteau ne se 
communiqtmnt plus au clou, se transforme en cha- 
leur ; vous pourrez facilement vous en apercevoir 
au toucher. Sans multiplier les exemples, chacun 
a constaté par expérience cette transformation mé- 
canique du mouvement en chaleur. 

Or, si par une cause quelconque on suspendait 
instantanément le mouvement multiple qui anime 
notre globe, ce mouvement subirait cette transfor- 
mation dont nous venons de parler. La Terre s'é- 
chaufferait tout à coup, et veut-on savoir à quel 
degré ? La quantité de chaleur engendrée par l'ar- 
rêt du globe terrestre équivalant à un choc co- 
lossal suffirait non-seulement pour fondre la Terre 
entière, mais encore pour en réduire la plus grande 
partie en vapeur. 



PREUVES QUE LA TERRE EST RONDE. 3t7 

Cette consétquence domine toutes les précédentes 
et les absorbe. La Terre ne serait plus une planète ; 
sa niasse, son volume et sa densité, changés du 
tout au tout, ne perpiettraient plus les applications 
que nous signalions tout à l'heure sur le mouve- 
ment désordonné des corps à sa surface, le déver- 
sement des mers et sa chute dans le Soleil; tous 
ces éléments donnés par la mécanique seraient 
modifiés suivant le mode plus ou moins rapide 
dont se serait opéré Tarrêt du mouvement de la 
Terre. 

Si cet arrêt n'était qu'un ralentissement progres- 
sif, dont l'accomplissement demanderait une durée 
de quelques instants, au lieu d'être instantané, la 
Terre pourrait encore devenir assez chaude pour 
que tous les êtres vivants qui existent à sa surface 
périssent subitement. 

Terminons ces réflexions comme nous les avons 
commencées, en disant que la question est plus 
curieuse qu'importante, et que très-certainement 
nous pouvons dormir tranquilles, sans laisser en 
nous les moindres traces des craintes imaginaires 
qu'elle aurait pu momentanément faire naître 
dans notre esprit. 



CJ^J 



III 



LA LUNE. 



Le soir ramène le silence, 
Assis sur ces rochers déserts 
Je suis dans le vague des airs 
Le char de la nuit qui s'avance. 

Tout à coup, détaché des cieux, 
Un rayon de l'astre nocturne 
Glissant sur mon front taciturne. 
Vient mollement toucher mes yeux. 

Doux reflet d'un globe de flamme. 
Charmant rayon, que me veux-tu ? 
Viens-tu dans mon sein abattu 
Porter la lumière à mon âme ? 

Descends-tu pour me révéler 
Des mondes le divin mystère ? 
Les secrets cachés dans la sphère 
Où le jour va te rappeler ? 

Une secrète intelligence 
T'adresse- t-elle aux malheureux? 
Viens tu la nuit briller sur eux 
Gomme un rayon de l'espérance ? 

Viens-tu dévoiler l'avenir 
Au cœur fatigué qui t'implore ? 
Rayon divin, es- tu l'aurore 
Du jour qui ne doit pas finir? 

LAMARTINE. 



Astre par excellence de la rêverie et du mystère, 
le flambeau destiné à l'illumination des nuits ter- 
restres a toujours eu le privilège d'attirer les re- 
gards et les pensées. Il semble que régnant sur 



LÀ LUNE. 319 

l'empire du silence et de la paix, il soit plus mys- 
térieux , plus solitaire que nul autre; sa lumière 
blanche et glacée vient encore affermir l'impres- 
sion première; il reste dans la pensée comme 
représentant la nuit elle-même. Dès les âges an- 
tiques , les anciens avaient nommésouveraine des 
nuits silencieuses Diane au croissant d'argent, 
Phœbé à la blonde chevelure. 

Attachée par les liens indissolubles à l'atlrac- 
tion à la Terre de laquelle elle est issue , la Lune 
gravite autour de nous comme un satellite fidèle. 
Au-moment de sa plus grande clarté, lorsqu'elle est 
arrivée à la phase de sa plénitude, elle ouvre en se 
levant l'heure de l'apparition des étoiles , et sui- 
vant sensiblement leur cours de l'orient à l'occi- 
dent elle semble leur guide céleste : 

Cependant comme elle fait le tour du globe d'oc- 
cident en orient en vingt-sept jours environ , on 
remarque bientôt qu'elle retarde chaque jour sur 
les étoiles qu'elle paraissait conduire, et qu'elle 
possède un mouvement indépendant de celui de la 
sphère céleste. En effet, elle est l'astre le plus rap- 
proché et elle nous appartient à titre de satellite. 
De tous les astres, c'est celui dont la connais- 
sance nous fut la première et la mieux acquise. 
Dès l'invention des premières lunettes d'approche, 
il n'y a guère que 250 ans, ces instruments primi- 
tifs dont la puissance était loin d'atteindre les ré- 
gions stellaires et ne pouvait être efficacement 
appliqué qu'à cet astre voisin , astronomes, astro- 
logues , alchimibtes , tous ceux qui s'occupaient de 



320 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

science se sentirent tourmentés par le plus vif désir 
de pénétrer par la vue dans les régions de cette 
terre céleste. Les premières observations de Galilée 
ne firent pas moins de bruit que la découverte de 
l'Amérique ; un grand nombre voyait là une dé- 
couverte nouvelle d'un nouveau monde bien plus 
intéressantque l'Amérique puisqu'il é^ait en dehors 
de la terre. C'est un des spectacles les plus curieux 
de l'histoire, d'assister au mouvement prodigieux 
qui s'opéra à propos du monde de la Lune. Il n'y a 
que le premier pas qui coûte , dit un vieux pro- 
verbe : à l'époque dont je parle, on n'avait attendu 
que le premier pas de l'optique, à peine fut-il fait, 
qu'on réclama le second avec avidité , puis le troi- 
sième , et comme les progrès de la science n'arri- 
vaient pas aussi vite que les désirs , comme bien 
des années se passaient sans qu'on pût arriver à 
distinguer les royaumes de la Lune el les cités d^ 
ses habitants, l'imagination exaltée prit les devants 
et partit sans tarder davantage pour le nouveau 
monde céleste. On vit paraître alors de fort curieux 
voyages à la Lune, d'étonnantes excursions, d'im- 
pardonnables fantaisies et les études sérieuses se 
trouvèrent bientôt largement dépassées par les vi- 
sions des esprits impatients. 

Cependant elles marchaient rapidement , les dé- 
couvertes astronomiques. Encouragé par les pre- 
mières révélations du télescope on avait entrepris 
l'étude complète de la surface lunaire. L'aspect de 
la Lune vue à l'œil nu , ce visage grossier que l'on 
remarque avec un peu de bonne volonté sur son 



LA LUNE. 321 

disque pftle, s'était transformé dans le champ des 
lunettes, et Ton avait observé tout d'abord des par- 
ties très-brillantes et des parties plus sombres. En 
examinant plus attentivement , et amplifiant les 
grossissements , on reconnut que l'aspect des dé- 
tails changeait suivant que le Soleil se trouvait 
d'un côté ou de l'autre de la Lune , qu'aux jours où 
le Soleil était à gauche des signes brillants, on 
voyait des lignes sombres à leur droite , tandis que 
dans le cas contraire , les lignes sonibres parais- 
saient à gauche. Il fut alors facile de constater que 
les parties brillantes étaient des montagnes , que 
les parties sombres qui les avoisinaient étaient des 
vallons ou des plaines basses, et qu'enfin les larges 
taches grisés qui se voyaient en plaine étaient des 
pays dont le sol réfléchissait moins parfaitement la 
lumière solaire. 

On savait déjà que les phases de la Lune sont 
produites par l'illumination du Soleil, puisque 
lorsque nous voyons entièrement la partie éclairée 
de la Lune, à l'époque de la pleine lune, c'est 
quand nous nous trouvons entre le Soleil et la 
Lune et que nous voyons entièrement le côté 
que le Soleil éclaire; qu'à l'époque de la nou- 
velle lune le Soleil se trouve derrière cet astre et 
éclaire le côté que nous ne voyons pas , et qu'aux 
deux quartiers nous faisons un angle droit avec la 
Lune et le Soleil et rie pouvons voir alors que la 
moitié de la partie que le Soleil éclaire. Les obser- 
vations faites au télescope confirmèrent cette ex- 
plication en montrant que la marche des ombres à 

21 



32S LES MERVEILLES CÉLESTES. 

la surface lunaire est Finverse de la marche du So- 
leil. Plus tard, il y a quelques années seulement, elle 
fut encore confirmée par l'analyse de la lumière dont 
j'ai parlé plus haut, car en analysant les rayons ren- 
voyés par la Lune on trouva identiquement les 
mêmes éléments que dans la lumière directement 
émise par le Soleil. 

On avait donc sous les yeux un globe opaque 
•comme la Terre, éclairé comme elle par le Soleil, 
et accidenté comme sa surface de montagnes et de 
vallées. C'était plus qu'il n'en fallait pour aiguillon- 
ner la curiosité. On s'occupa donc spécialement de 
notre voisine, eton en dressalacarte géographique, 
ou pour mieux dire sélénograpliique , puisque , 
comme vous le savez, lecteur, fn veut dire Terre j 
tandis que SIXtiviq veut dire Lune, 

Gomme les idées astrologiques sur les influences 
physiques et métaphysiques, morales ou immo- 
rales de la Lune étaient encore en pleine vigueur, 
et que l'homme ne peut, qu'avec la plus pénible 
difficulté, s'affranchir de l'erreur, lors même qu'il 
lèvent, ce qui est malheureusement bien rare, 
comme vous savez , , 

L'homme est de glace aux vérités, 
11 est de feu pour le mensonge, 

les astrologues continuèrent à interpréter le lan- 
gage de la Lune suivant les règles de l'horoscopie, 
et les astronomes firent une description qui sen- 
tait les opinions régnantes. Aux grandes taches 
sombres on donna le nom de mers , aux petites le 



LA LUNE. 323 

nom de lacs ou de marais; puis on baptisa mers^ 
lacs, marais, monts, vallées, golfes, presqu'îles, étc . , 
de dénominations liées au souvenir des. vertus plus 
ou moins légitimement attribuées à l'astre des 
nuits. C'est ainsi qu'il y eut, et qu'il y a encore 
présentement sur la Lune : la Mer de la Fécondité, 
le Lac des Songes , la Mer de la Sérénité , le Marais 
des Brouillards, l'Océan des Tempêtes, le Lac de la 
Mort, la Mer des Humeurs , le Marais de la Putré- 
faction , la Presqu'île des Rêveries , la Mer de la 
Tranquillité , etc., etc., et autres noms qui ne 
sont pas tous, comme vous le voyez par ceux qui 
précèdent, d'un goût exquis et d'un sentiment 
toujours gracieux. 

Lorsqu'il s'agit de nommer les montagnes on eut 
d'abord l'idée de leur donner le nom des astro- 
nomes dont les travaux avaient été le plus utiles à 
l'avancement de la connaissance de la Lune et 
avaient le plus brillamment illustré cette beauté 
de l'espace. Mais une considération de prudence 
retint Hévélius , l'auteur de la Sélénographie. La- 
quelle 1" Oh 1 elle ne doit pas être bien longue à de- 
viner : on craignit d'exciter des sentiments de ja- 
lousie. Tel astronome qui n'avait pas eii sa posses- 
sion un coin de terre ici-bas eût été fort honoré de 
recevoir un petit héritage des terres lunaires; 
tel autre, riche propriétaire, eûtété (comme il arrive 
toujours chez les gens de cette profession ) très- 
fâché de ne pas voir augmenter son bien par quel- 
que coin de lune. Alors on leur donna le nom de 
montagnes de la Terre. Il y eut les Alpes, les Apen- 



324 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

nins, les Karpathes , etc.; mais le vocabulaire des 
montagnes ne fut pas suffisant; alors on en revint 
aux savants, mais aux savants morts. Aristote, Pla- 
ton, Hipparque, Ptolémée, Copernic eurent chacun 
leur propriété dans la Lune. Certains voyageurs , 
comme Fauteur du Voyage au monde de Descartes, ont 
constaté, en visitant ces différents pays lunaires , 
que les grands hommes dont ils ont reçu arbitrai- 
rement le nom , en prirent possession dans le 
courant du seizième siècle et y établirent leur ré- 
sidence. Ces âmes immortelles, paraît-il, y conti- 
nuèrent leurs œuvres et leurs systèmes inaugurés 
sur la Terre. C'est ainsi que sur le mont Aristote 
est élevée une véritable cité grecque , peuplée de 
philosophes péripatéticiens , gardée par des senti- 
nelles armées de Propositions , d'Antithèses , de 
Sophismes, et que le maître habite au centre de la 
ville , dans un magnifique palais. C'est ainsi que 
dans le cirque de Platon habitent des ftmes sans 
cesse occupées à la recherche du prototype des 
idées. Il y a deux ans on a fait un nouveau par- 
tage des propriétés lunaires et Ton en a généreu- 
sement enrichi quelques astronomes de nos amis. 
Sans nous occuper à présent si les habitants de 
la Lune sont les âmes de ceux dont les noms illus- 
tres ont servi à qualifier les royaumes de cette 
terre , nous pouvons continuer notre relation en 
disant que les connaissances si satisfaisantes que 
Ton eut rapidement de notre satellite sont dues à sa 
grande proximité de la Terre et à la facilité avec 
laquelle nous voyons tout ce qui se passe à sa sur- 



LA LUNE. , 325 

face. Elle est en effet si rapprochée de nous y • 
qu'après les distances célestes auxquelles nous 
avons dû nous familiariser dans les chapitres pré- 
cédents , l'éloignement qui nous en sépare n'est 
qu*une bagatelle. Même pour ceux dont la pensée 
n'a pas visité les régions ultra-terrestres, le che- 
min d'ici à la Lune n*est pas bien long. Les navi- 
gateurs au long cours qui ont fait quatre ou cinq 
fois le tour du globe ont parcouru une pareille dis- 
tance, car pour faire le tour du globe les irrégula- 
rités de la route donnent bien le double de la cir- 
conférence géométrique. De Torbite lunaire un 
corps qui se laisserait tomber arriverait ici en 
3 jours, 1 heure, 45 minutes et 13 secondes. Pour 
aller d'ici à la Lune on mettrait un peu plus de 
temps; mais si on avait en main la vitesse de la va- 
peur on y arriverait en moins d'un an. A sa distance 
minimum, elle n'est qu'à 28 fois et demie la lar- 
geur de la terre, ou 90650 lieues environ. On voit 
que c'est une distance vraiment insignifiante. 

C'est cette proximité^ sans doute , qui a causé la 
grande réputation de l'astre lunaire parmi nous. 
Aucun astre, sans en excepter le Soleil, n'eut jamais 
pareille influence. Le monde entier fut accessible 
aux influences lunaires, les hommes comme les 
animaux , les plantes comme les minéraux. J'ai dit 
plus haut que les opinions astrologiques fournies à 
l'égard de cet astre étaient des plus singulières. Il 
faut que je me donne le plaisir de vous en citer 
quelques-unes ; elles sont vraiment trop curieuses 
pour être passées sous silence. Choisissons donc 



326 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

deux OU trois bons astrologues, savants sur la 
Lune, et interrogeons-les. Voici d'abord l'action 
générale du satellite sur la Terre. 

Corneille Agrippa, fameux géomancien, s'ex- 
prime ainsi * : « La Lune s'appelle Phœbé, Diane, 
Lucine, Proserpine> Hécate, qui règle les mois, 
demi-formée; qui éclaire les nuits, errante, sans 
parole, à deux cornes, conservatrice, coureuse de 
nuit, porte-cornes, la souveraine des divinitez, la 
reine du ciel, la reine des mânes, qui domine sur 
tous les éléments, à laquelle répondent les astres, 
reviennent les temps et obéissent les éléments; à 
la discrétion de laquelle soufflent les foudres, ger- 
ment les semences, croissent les germes; mère 
primordiale des fruits, cœur de Phœbus, luisante 
et brillante, transportant la lumière d'une des pla- 
nètes à une autre, éclairant par sa lumière toutes 
les divinitez, arrêtant divers commerces des 
étoiles, distribuant des lumières incertaines à cause 
des rencontres du Soleil, reine d'une grande beauté, 
maîtresse des plages et des vents, donatrice des 
richesses, nourrice des hommes, la gouvernante 
de tous les États ; bonne et miséricordieuse, pro- 
tégeant les hommes par mer et par terre ; modé- 
rant les revers de la fortune ; dispensant avec le 
destin, nourrissant tout ce qui sort de terre, cou- 
rant par divers bois, arrêtant les insultes des phan- 
tomes, tenant les cloîtres de la terre fermés, les 
hauteurs du ciel lumineuses, les courants salu- 

1. Philosophie occulte. Voy. les Curiosités des sciences occultes^ 
par P. L. Jacob. 



LA LUNE. 327 

taires de la mer, et gouvernant à sa volonté le dé- 
plorable silence des enfers, réglant le monde, fou- 
lant aux pieds le Tartare; de laquelle sa majesté 
fait trembler les oiseaux qui volent au ciel, les 
bétes sauvages dans les montagnes, les serpents 
cachés sous la terre, et les poissons dans la mer. » 
Selon la Martinière : « Cette planète lunaire est 
humide de soy ; mais, par l'irradiation du Soleil, 
est de divers tempéraments ; comme en son pre- 
mier quadrat elle est chaude et humide, auquel 
temps il fait bon saigner les sanguins ; en son se- 
cond, elle est chaude et sèche, auquel temps il fait 
. bon saigner les colériques ; en son troisième qua- 
drat, elle est froide et humide, auquel temps on 
peut saigner les flegmatiques, et en son quatrième 
elle est froide et sèche, auquel temps il est bon de 
saigner les mélancoliques. C'est une chose entiè- 
rement nécessaire à ceux qui se meslent de la mé- 
decine, de connoistre le mouvement de cette pla- 
nète pour bien discerner les causes des maladies. 
Et comme souvent la Lune se conjoint avec Sa- 
turne, on lui attribue les apoplexie, paralysie, 
épilepsie, jaunisse, hydropisie, léthargie, cataporie, 
catalepsie, catharres, convulsions, tremblement 
de membres, distillations catharrales, pesanteur 
de tête, séronnelles, imbécillité d'estomach, flux 
diarrique et lientérique, rétentions, et générale- 
ment toutes maladies causées d'humeurs froides. 
J'ai remarqué que cette planète a une si grande 
puissance sur les créatures, que les enfants qui 
naissent depuis le premier quartier de la Lune dé-. 



328 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

cliDaht, sont plus maladifs : tellement que les en- 
fants naissant lorsqu'il n'y a plus de Lune, s'ils 
vivent, sont faibles, maladifs et languissants, ou 
sont de peu d'esprit et idiots. Ceux qui sont nés 
sous la maison de la Lune, qui est le Cancer, sont 
d'un tempérament flegmatique. » 

La Lune domine, d'après Eteilla, < sur les comé- 
diens, les joueurs de gibecière, les bouchers, les 
chandeliers et ciriers, les cordiers, les limonadiers, 
les cabaretiers, les paulmiers, donneurs à jouer 
de toute nature, le maître des hautes-œuvres, les 
ménageries d'animaux ; et, dans son contraste, sur 
les joueurs de profession, les espions, les escrocs, 
les femmes de débauche, les filoux, les banque- 
routiers, les faux-monnoyeurs, et les petites mai- 
sons : c'est-à-dire que la Lune domine sur tous 
ceux qui sont de métier à travailler la nuit, par 
état, jusqu'au soleil levant, ou à vendre des den- 
rées pour la nuit; et, dans le contraste, elle do- 
mine sur tout ce qu'on auroit hojite de commettre 
en plein jour, au vu de ceux qui ont des mœurs. 
Ainsi chaque lecteur, en lisant, doit se rendre fa- 
cilement compte sousquelle domination il est, etc.... 
Il est bon de noter que la Lune domine aussi sur 
tous les petits négociants qui ne tirent que des 
ports de la nation ou de la main des accapareurs, 
sur les usuriers, les courtiers, les maquignons, les 
rats de Palais, hommes sans charges, rongeanJb les 
clients, et mettant, par leurs astuces, les honnêtes 
gens dans le péril de perdre. » — t Ce n'est pas sans 
sujet, répondait-on à ces accusations, que la Lune 



LA LUNE. 329 

est si proche de nous; si elle étoit aussi éloignée que 
Saturne, elle ne pourroit pas répondre à tout. » 

Mais les êtres intelligents et les êtres animés 
n'étaient pas seuls soumis à ces pernicieuses in- 
fluences, toute la nature terrestre, jusqu'aux végé- 
taux et aux minéraux étaient sous leur empire. 

Les concombres s'augmentent aux pleines lunes, 
ainsi que les raves, les navets, poreaux, lis,, raiforts, 
safran, etc.; mais les oignons, au contraire, sont 
beaucoup plus gros et mieux nourris surledécline- 
ment et vieillesse de la Lune que sur son croisse- 
ment, jeunesse et plénitude.... ce qui est cause 
que les Égyptiens s'abstenaient d'oignons, à cause 
de leur antipathie avec la Lune.... Les herbes 
cueillies pendant que la Lune croîtra, de grande 
efficacité. « Si on taille de nuit les vignes, pendant 
que la Lune logera dans le signe du Lyon, Sa- 
gittaire, Scorpion ou Taureau, on les sauvera 
des rats champestres, taulpes, limaçons, mou- 
ches et aultres.... Pline assure que les aulx se- 
mez ou transpianttez la Lune estant soubz terre, 
et cueillis le jour qu'e'le sera nouvelle, n'auront 
aucune mauvaise odeur, et ne rendront Taleine 
de ceux qui en auront, ni puante ni malplai- 
sante. » 



^ 



IV 



LA LUNE. SUITE. 



Je salue ta froide et vaporeuse lumière, 6 pâle 

Eèleria du ciel troublé ! Je te salue à travers la 
rume qui t'inonde et qui donne à ton front son 
teint sombre I Comment ton œil pur et paisible 
peut-il assister sans trouble à nos scènes d'en 
jbas, et comment un regard sans larmes peat-il 
envoyer sa lumière sur un monde de guerre et de 
douleur ! 

WALTER Scott, Rokeby. 



Il y a en effet, un grand contraste, non-seulement 
apparent, mais réel, entre la sereine tranquillité du 
disque lunaire et les grands mouvements qui s'o- 
pèrent sans cesse à la surface de notre monde. En 
approchant de la Lune, on ne remarque aucune des 
causes physiques qui font de la terre un vaste labo- 
ratoire où mille éléments se combattent ou s'unis- 
sent. Point de ces tempêtes tumultueuses qui fon- 
dent parfois sur nos plaines inondées, point de ces 
ouragans qui descendent en trombe s'engloutir dans 
la profondeur des mers ! Nul vent ne souffle, aucun 



LA LUNE. 331 

nuage ne s'élève dans le ciel. On n'y voit pas ces 
traînées blanches de vapeurs nuageuses, ni ces 
amoncellements plombés de lourdes cohortes ; ja- 
mais la pluie n'y tombe, jamais la neige ni la grêle 
ni aucun des phénomènes météorologiques ne s'y 
manifestent. Nul globe céleste n'est plus serein ni 
plus pur. 

Hais aussi, on n'y voit pas non plus ces teintes 
magnifiques qui colorent notre ciel de l'aurore ou 
du crépuscule ; on n'y voit pas ces rayonnements 
de l'atmosphère embrasée ; si les vents et les tem- 
pêtes ne soufflent jamais, il en est de même de la 
brise embaumée qui descend de nos coteaux en 
fleur. Dans ce royaume d'immobilité souveraine, le 
plus léger zéphyr ne vient jamais caresser la tête 
des collines; le ciel reste éternellement endormi 
dans un calme incomparablement plus complet que 
ceVui de nos chaudes journées où pas une feuille ne 
s'agite dans les airs. 

C'est qu'à la surface de ce monde étrange, il n'y a 
pas d'atmosphère. De cette privation résulte un sys- 
tème essentiellement difficile à imiter. En premier 
lieu, Tabsence d'air implique par là même l'absence 
d'eau et de tout -liquide, car l'eau et les liquides ne 
peuvent exister que sous la pression atmosphéri- 
que; si l'on enlève 'cette pression, ils s'évaporent 
et laissent leur lit à sec. Ainsi, par exemple, si vous 
placezun vase rempli d'eau sous le récipient d'une 
machine pneumatique, et que, pompant l'air qui se 
trouve dans ce récipient, vous y fassiez le vide, vous 
verrez bientôt l'eau qui s'y trouve bouillir, quand 



332 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

même on gèlerait du froid le plus rigoureux dans 
Fendroît où vous faites l'expérience, puis rébuUi- 
tion dégager des vapeurs et enfin l'eau s'évaporer. 
Or, supposez qu'en une certaine période de son 
existence passée la Lune ait eu, comme la Terre, des 
mers et des fleuves, et qu'à l'aide d'un appareil 
quelconque, on ait soutiré tout l'air qui l'environ- 
nait, ses mers et ses fleuves se seraient mis à bouillir 
et à retomber en vapeur; et, en continuant l'opé- 
ration assez longtemps, on aurait mis la Lune com- 
plètement à sec. C'est précisément ce qui est arrivé. 
Depuis l'époque lointaine de sa formation à l'état 
fluide, elle a perdu tous ses liquides et toutes ses 
vapeurs, et aujourd'hui même, une linotte pourrait 
mourir de soif au milieu des mers de la Lune. 

Ces mers n'ont pas une goutte d'eau. Ce sont là, 
dira-t-on, de singulières mers. Et, en efl'et, nul ne 
soutiendra que leur dénomination soit logique. 
Mais, nous l'avons vu, on les a nommées aune épo- 
que où Ton ne connaissait pas encore suffisamment 
la nature lunaire pour deviner qu'elleexistaitsansat- 
mosphère et sans eau. De Tabsence d'air résulte un 
autre fait bien curieux : c'est l'absence de ciel. A la 
surface de la Lune, lorsqu'on lèvelçs yeux au ciel, 
on n'en voit point. Une immensité, sans profon- 
deur, se laisse traverser par* la vue, sans l'arrêter 
sur aucune espèce de forme, et de jour comme de 
nuit on voit les étoiles, les planètes, les comètes et 
tous les astres de notre univers. Le Soleil passe de- 
vant eux sans les effacer, comme il le fait pour 
nous. Non seulement on ne jouit plus de cette di- 



LA LUNE. 333 

versité perpétuelle que les mouvements des météo- 
res engendrent sur notre monde, mais on n'y con- 
temple même plus cette voûte azurée qui couronne 
la terre d'un dôme si magnifique. Un abtmé noir, 
et perpétuellement noir, s'étend dans l'espace. 

Tandis qu'en haut règne l'obscurité, en bas règne 
le silence. Jamais le moindre bruit ne s'y fait en- 
tendre. Ni le soupir du vent dans les bois, ni le 
bruissement du feuillage, ni le chant de l'alouette 
matinale ou l'harmonieuse causerie du rossignol 
n'éveillent les échos éternellement muets de ce 
monde. Nulle voix, nulle parole n'a jamais troublé 
la solitude immense qui l'ensevelit. Là règne en 
souverain l'immobile silence. 

De hautes montagnes escarpées déchirent sa sur- 
face. Çà et là, on voit des crêtes dénudées s'élever 
vers le ciel, des rochers blancs entassés comme les 
ruines de quelque révolution disparue, des cre- 
vasses traverser le sol comme sur ces terres dessé- 
chées par les rayons ardents des longs jours d'été. 
Ce qui rend le spectacle plus étrange, c'est que Tab- 
sence de vapeurs entraînant l'absence de perspec- 
tive aussi bien que l'absence de toute teinte, on ne 
voit que du blanc et du noir, selon que les objets 
sont au soleil ou à l'ombre, se succéder jusqu'à 
l'horizon sans perdre l'éclat ni le contour. Dans le 
voisinage du pôle auatral, c'est-à-dire du bas de la 
lune vue à l'œil nu, on trouve les plus hautes mon- 
tagnes du satellite : Dœrfel, dont le sommet atteint 
7600 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la 
plaine avoisinante; Gasatus et Gurtius, de 6956 et 



234 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

6769 mètres; Newton, de 7264 mètres de profon- 
deur: ce môtpro/onrfeur peut surprendre ajuste titre 
lorsqu'il s'agit de Télévation d'une montagne; c'est, 
en effet, un si singulier monde que la Lune, que ses 
montagnes peuvent se mesurer aussi bien comme 
profondeur que comme hauteur. Voilà un paradoxe 
difficile à comprendre, n'est-ce pa;sî— Mais non; 
les montagnes de la Lune ne sont pas comme celles 
de la terre : elles sont creuses. Lorsqu'on arrive au 
sommet, on trouve un anneau, dont l'intérieur des- 
cend souvent au-dessous de la plaiûe avoîsinante; 
de sorte que si l'on né veut pas faire le tour des 
talus, qui mesurent parfois jusqu'à 500 kilomètres 
(Ptolémée) et même jusqu'à 680 kilomètres de cir- 
conférence (comme le cirque de Clavius), on est 
obligé de descendre 5, 6 ou 7 kilomètres , de tra- 
verser le fond du cratère et ensuite de remonter à 
la partie opposée de l'anneau pour revenir enfin 
dans la plaine. 

Le dessin du mont Copernic et le paysage lunaire 
ci-après donnent une idée de cette singulière nature 
de montagnes. 

Parmi les montagnes annulaires, on peut citer 
celle d'Aristillus, située dans la mer des Pluies, 
non loin du Caucase, entre les marais des Brouil- 
lards et de la Putréfaction. C'est un fait curieux de 
savoir que la surface de l'hémisphère lunaire a été 
connue avant la surface 3e notre propre terre, et que 
l'on avait pu mesurer la hauteur de toutes ses mon- 
tagnes avant d'avoir pu le faire de celle de toutes les 
nôtres. Le volcan d'Aristillus en particulier fut l'un 



LA LUNE. 



335 



des premiers et des mieux connus. Lecouturier, au- 
teur d'une très-bonne carte de la Lune, en a fait une 
longue description |et cette description peut être 




Fig. 46. Le mont Copernic. 

appliquée à la plupart des monts lunaires. Il se 
compose d'un cratère d'environ 10 lieues de dia- 
mètre, du milieu duquel s'élèvent deux cônes, 



336 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

dont le plus élevé atteint à peu près 900 mètres 
de liauteur : le tout est environné d'un rempairtj 
circulaire, dont le plus haut sommet est de 330#.i| 
mètres. Lorsqu'on examine le fond du cratère aveâ? 
une forte lunette et dans des circonstances favo«^ 
râbles, on y remarque une foule d'aspérités qirf;| 
semblent indiquer des laves durcies et des blœa ' 
de rochers entassés. De cette montagne, prise 
comme centre, partent cinq ou six lignes et ra- 
mifications rocheuses dirigées vers Test et vers le 
sud. Ce sont ces ramifications qui donnent lieu au 
rayonnement d*Aristillus. Elles sont garnies d'une 
énorme quantité d*aiguilles ou de colonnes basalti- 
ques qui s'élèvent de leurs sommets et le font res- 
sembler de loin à cette multitude de clochetons que 
l'on voit sur quelques cathédrales gothiques. L'as- 
pect d'Aristillus donne l'aspect général de la plu^ 
part des montagnes de notre satellite. 

Ainsi la Lune serait fort inhospitalière pour nous. 
Le sens de la parole conune le sens de l'ouïe ne sau- 
raient y jouer aucun rôle, et par conséquent ne sau- 
raient y exister. A la privation de ces deux sens, 
peut-être faudrait-il encore joindre une infériorité 
dans les jouissances que la vue nous procure, at- 
tendu que partout où le regard s'abaisse, il ne ren- 
contre que des montagnes blanches, escarpées et 
stériles, que des crêtes sourcilleuses et dénudées. 
Ces campagnes solitaires et desséchées donnent rai- 
son à Alfred de Musset : 

Va, Lune moribonde, 
Le beau corps de Phœbé 




m 



LA LUNE. * 339 

La blonde 
Dans la mer est tombé. 

Tu n'en es que la face, 
Et déjà tout ridé 

S'efface 
Ton front dépossédé. 

Cette figure me rappelle ce que disait Pontenelle 
à propos des changements survenus à la surface de 
cet astre, causés, non par des mouvements de. vie 
comme ceux qui régissent la nature terrestre, mais 
par de simples éboulements de terrains. « Tout est 
en branle perpétuel, dit-il; il n'y a pas jusqu'à une 
certaine demoiselle que Ton a vue dans la Lune avec 
des lunettes, il y a peut-être quarante ans, qui ne 
soit considérablement vieillie. Elle avait un assez 
beau visage; ses joues se sont enfoncées, son nez 
s'est allongé, son front et son menton se sont avan- 
cés; de sorte que tous ses agréments se sont éva- 
nouis, et que l'on craint même pour ses jours. 

— Que me contez-vous là? interrompit la mar- 
quise. 

— Ce n'est point une plaisanterie, reprend l'au- 
teur. On apercevait dans la Lune une figure particu- 
lière qui avait l'air d'une tête de femme qui sortait 
d'entre les rochers, et il est arrivé des changements 
danscet endroit-là. Il est tombé quelques morceaux 
de montagnes, et ils ont laissé à découvert trois 
points qui ne peuvent plus servir qu'à composer un 
front, un nez et un menton de vieille. » 

Je ne sais si le visage dont parle l'ingénieux écri- 
vain a existé autre part que dans son imagination, 



340 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

mais les changements/méme causés par de simples 
éboulements, sont extrêmement rares, si toutefois 
ils se produisent encore. Depuis cent ans, par 
exemple, période pendant laquelle il ne s'est pas 
écoulé un seul jour sans que la Lune, étant visible, 
ait été observée au télescope, on n*a pas remarqué 
le moindre mouvement. Au commencement du siè- 
cle, il est vrai, on crut observer parfois des volcans 
en ignition, mais on a reconnu depuis que très- 
probablement ce que l'on avait pris pour des vol- 
cans n'est autre chose que la crête blanche de 
certaines montagnes, dont la forme ou la structure 
sont plus favorablement agencées pour réfléchir la 
lumière. Ainsi l'astre des nuits reste muet et silen- 
cieux, circulant dans le ciel comme un astre dé- 
laissé. Pourquoi cette destinée triste et solitaire? 
Pourquoi toute privation de mouvement et de vie ? 
C'est la question que lui posait le poète anglais 
Shelley: 

Es-tu pâle de lassitude, 
Fatiguée d'escalader les deux et de contempler la terre? 
Errant sans compagnon 
Parmi des astres de familles différentes, 
— Et toujours changeante, comme un œil sans gaieté 
Qui ne trouve aucun objet digne de sa fidélité? 

Maintenant que je vous ai exposé comment la 
Lune est un monde inhospitalier, pauvre et déshé- 
rité des dons de la nature, il faut que je revienne 
sur mes pas, et que j'arrive à vous montrer en lui 
un monde magnifique, digne de toute notre admira- 
tion et de toute notre estime. Ce n'est pas que je 



LA LUNE. 341 

veuille contredire mes paroles précédentes, à Dieu 
ne plaise ! mais pour ne pas laisser une mauvaise 
impression à l'égard de notre fidèle amie, je veux 
rappeler que la nature, lors même qu'elle parait 
disgracier quelques-unes de ses œuvres à certains 
points de vue, les favorise sous d'autres aspects de 
richesses très-désirables. 

Pour un astronome, la Lune serait un n\agni- 
fique observatoire. Pendant le jour on peut obser- 
ver les étoiles en plein midi et reconnaître ainsi 
sans effort qu'elles demeurent éternellement dans 
le ciel. Chez nous, au contraire, parmi les anciens 
on en voit un grand nombre qui s'imaginaient 
qu'elles s'allumaient le soir pour s'éteindre le ma- 
tin. Si donc on fait des études astronomiques sur la 
Lune, le Soleil n'est pas un tyran qui vienne domi- 
ner le ciel dans sa souveraineté absolue, il laisse 
paisiblement les étoiles trôner avec lui danâ l'es- 
pace; et les études commencées pendant la nuit 
peuvent être sans difficulté poursuivies pendant 
le jour jusqu'à la nuit suivante. Sur notre satellite 
les nuits sont de 15 fois 24 heures, et les jours de 
même durée; mais il y a une différence essentielle 
à remarquer entre les nuits de l'hémisphère lu- 
naire qui nous regarde et celles de l'hémisphère 
que nous ne voyons pas. 

Vous n'avez pas été sans remarquer, en effet, 
que la Lune nous présente toujours la même face. 
Depuis le commencement du monde elle ne nous a 
jamais montré que ce côté-là. Nous lisons dans 
Plutarque, qui écrivait il y a près de deux mille 



342 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

ans, mille conjectures relatives à cette face de la 
Lune éternellement tournée vers nous. Les uns 




Eig. 48. Aspect de la pleine lune. 

disaient que c'était un grand miroir, bien poli et 
excellent, qui nous renvoyait de loin l'image de la 
Terre : les parties sombres représentaient TOcéan 
et les mers; les parties brillantes représentaient 
les continents. D'autres croyaient que les taches 
étaient des forêts où quelques-uns plaçaient les 
chasses de Diane , et que les parties plus bril- 
lantes étaient les pays en plaine. D'autres voyaient 
encore en elle une terre céleste très-légère, as- 
sez semblable à notre vif-argent; ils disaient que 
ses habitants devaient prendre en pitié la Terre 
qui se trouve au-dessous d'eux et qui n'est qu'un 
amas de boue. D'autres encore, et leur opinion 
singulière fut très -répandue, ajoutaient que les 
êtres qui la peuplaient étaient quinze fois plus 
grands que ceux de notre monde, et qu'à côté 
des arbres lunaires nos chênes n'étaient que de 



LÀ LUNE. 343 

petits buissons. Tout cela pour expliquer là na- 
ture de la face lunaire éternellement tournée vers 
nous. 

Or, si nous ne voyons jamais qu'un côté de la 
Lune, réciproquement, il n'y a jamais qu'un côté de 
cet astre qui nous voit, de sorte que la moitié de la 
Lune a une lune qui est notre Terre, et que l'autre 
moitié en est privée. S'il y a des habitants sur Thé- 
misphère qui nous est opposé, ils ne se doutent pas 
de ce que c'est qu'un astre préposé à l'illumination 
des nuits, et ils doivent grandement s'étooner lors- 
que le récit des voyageurs leur rapporte l'existence 
de notre Terre dans le ciel. Pour peu que les voya- 
geurs de là-bas ressemblent à ceux d'ici, quels 
contes ne doit-on pas débiter à notre propos? Mais 
aussi combien la Terre est utile aux nuits lunaires 
et comme nous sommes beaux.... de loin! Repré- 
sentez-vous quatorze lunes comme celle qui nous 
éclaire, ou pour parler plus exactement une lune 
quatorze fois plus étendue en surface, et vous aurez 
une idée du spectacle de la Terre vue de la Lune. 
Tantôt elle n*offre qu'un croissant effilé, quelques 
jours après la Nouvelle-Terre; tantôt elle offre un 
premier quartier; tantôt elle resplendit dans un 
disque plein i épandant à grands flots sa lumière 
argentée. Ce qu'il y a de mieux, c'est qu'elle s'al- 
lume précisément le soir, qu'elle brille de son plus 
vif éclat, de son disque plein, précisément à minuit, 
et qu'elle s'éteint le matin, au moment où l'on n'a 
plus besoin d'elle. Et l'on sait que du soir au 
matin on compte 15 fois 24 heures chez nos voi- 



344 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

sins les Sélénites. Aussi combien ces habitants sont* 
ils plus fondés que nous de croire que la Lune a été 
créée et mise au monde tout exprès pour eux et que 
nous ne sommes que leurs très-humbles serviteurs ! 

Sous certains aspects la Lune parait donc mieux 
favorisée que la Terre. Cependant , comme impor- 
tance planétaire, elle ne mesure guère que le quart 
du diamètre de la Terre : 869 lieues; sa surface 
mesure 38 millions de kilomètres carrés, c'est-à- 
dire à peu près la treizième partie de la sur- 
face terrestre; son volume est le quarante-neu- 
vième du volume du globe terrestre. Cela n'em- 
pêche probablement pas que ses habitants (si elle 
en a) ne se croient supérieurs à nous et ne 
nous croient leurs domestiques plutôt que leurs 
maîtres; car on sait que généralement les gens 
ont d^autant plus de vanité qu'ils sont plus pe- 
tits.... 

Les habitants de l'hénrisphère invisible ont les 
plus belles nuits qui soient au monde, et ceux qui 
vivent sur l'hémisphère visible l'une des plus belles 
lunes qu'on ait jamais vues. Tout au plus les habi- 
tants des premières lunes de Jupiter et de Saturne 
pourraient-ils leur revendiquer la supériorité de 
leurs planètes réciproques. Jamais aucuns nuages, 
jamais aucunes tempêtes ne viennent troubler ces 
nuits longues et silencieuses; le calme profond, la 
paix inaltérable habitent en ces lieux. De plus, tan- 
dis que nous ne connaissons qu'une partie de leur 
monde, le nôtre, tournant en vingt-quatre heures 
sur lui-même, se dévoile entièrement à eux, de 



LA» LUNE. 345 

sorte qu'avec de bons yeux ou l'aide d'instruments 
d'optique, ils peuvent contempler de là-bas notre 
terre roulant sur leurs têtes, et leur présentant 
tour à tour If s diverses contrées de notre séjour. 
Là, le nouveau monde qu'ensanglantent de cruelles 
batailles ^; plus loin des tles ténébreuses où l'on sa- 
crifie des têtes humaines au serpent Vaudoux-, ici, 
la Russie étouffant la Pologne qui se débat affreu* 
sèment; et à gauche, un petit point verdoyant où 
trente-huit millions de Français regardent de di- 
verses façons un trône qui s'élève au sein d'une 
grande ville. 

Et nous, nous contemplons la Lune pensive dans 
la sérénité des nuits , espérant que ses peuples et 
ceux des autres mondes sont plus unis que notre 
famille. Oui, lumière bien-aimée des nuits soli- 
taires, nous pensons que la nature t'a donné quel- 
que compensation pour les choses dont elle Va 
privée, et que les richesses inconnues de ton séjour 
. surprendraient étrangement ceux qui pour toi s'éva- 
deraient de notre monde. Nous avons vu que tu 
manques d'air, et que tu n*as pas une goutte d'eau 
pourétancher ta soif; mais cela n'empêche pas que 
nous revenions à notre ancienne sympathie pour 
ta beauté. Si tu n'as pas les éléments qui nous con- 
viennent, si l'eau et la terre, l'air et le feu ne rési- 
dent pas dans ton sein, ta nature est différente et 
tu n'es pas moins complète dans ta création. 

1. Cette ligue était écrite en 1865. La guerre d'Amérique est 
tenninée, après avoir couché dans la mort près de un million de 
combattants, et dépensé pour cela Tingt-huit milliards. 



346 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

Reste dans le ciel de nos rêveries, renouvelle 
ces phases qui font nos mois, verse ta rosée de 
lumière dans l'air limpide;. le voyageur aimera 
toujours te choisir pour guide aux heures noc- 
turnes dans les sentiers de la mer ou des cam- 
pagnes désertes.... 

T'aimera le pilote 

Dans son grand bâtiment 

Qui flotte 
Sur le clair firmament. 
T'aimera le vieux pâtre 
Seul, tandis qu'à ton front 

D'albâtre 
Ses dogues aboieront. 
Et, toujours rajeunie, 
Tu seras des passants 

Bénie, 
Pleine lune ou croissant. 



e^ 



ÉCLIPSES. 



Dans la circonférence qu'elle décrit autour de la 
Terre, la Lune passe tous les quinze jours entre le 
Soleil et nous,— c'est Tépoquedela nouvelle Lune, 
— et tous les quinze jours, à Topposé du Soleil (la 
Terre se trouvant entre elle et lui), — c'est Tépoque 
de la pleine lune. Or, il arrive parfois qu'elle 
passe justement devant le Soleil, au lieu de passer 
un peu au-dessus ou un peu au-dessous, comme 
dans la majorité des cas. Lorsque ce passage arrive, 
la lumière de l'astre radieux se trouve naturelle- 
ment arrêtée, en partie ou tout à fait, selon que le 
disque lunaire nous cache une partie ou la totalité 
du disque solaire. Il y a alors éclipse de soleil ^ par- 
tielle ou totale. Ainsi quand elle passe devant la 
Terre, dans la direction du Soleil, cet astre est éclipsé 
par elle. 

A l'opposé, il. arrive aussi que la Lune, pas- 
sant derrière la Terre, arrive juste dans l'ombre 



348 L£S MERVEILLES CÉLESTES. 

qui reste toujours derrière elle — comme derrière 
tout objet éclairé. Lorsqu'elle se trouve dans cette 
ombre, elle ne reçoit plus la lumière du Soleil, et 
comme elle ne brille que par cette lumière , elle 
perd son éclat. Son disque plein voit complètement 
s'évanouir sa lumière s'il se trouve entièrement 
compris dans le cône d'ombre de la Terre; il reste 
moitié éclairé si, passant au bord du cône, il n'y 
entre que d'une moitié. C'est en ces circopstancos 
qu'il y a éclipse de lune, totale ou partielle. 

Ainsi rien n'est si simple qu'une éclipse. Lorsque 
vous avez devant vous une lampe au globe radieux, 
si vous passez la main devant vos yeux, vous inter- 
ceptez momentanément la lumière qui vous éclaire ; 
il y a pour vous éclipse de la lampe par votre main. 
C'est le même fait qui se produit lorsqu'il y a pour 
la Terre éclipse de soleil par la Lune. Si maintenant 
vous vous retournez, laissant alors la lampe der- 
rière vous, et que vous passiez de nouveau votre 
main éclairée devant votre visage, cette main se trou- 
vera momentanément dans l'ombre. C'est ici l'image 
de l'éclipsé de lune passant dansFombre de la Terre. 

Si le mouvement de la Lune s'opérait justement 
dans un plan dont le prolongement passât par le 
Soleil, il y aurait éclipse de Soleil à toutes les nou- 
velles Lunes, et éclipse de Lune à toutes les pleines 
lunes. Mais le cercle dans lequel elle se meut 
est un peu penché sur ce plan, et oscille de part et 
d'autre, de sorte que les éclipses sont très-varia- 
bles, dans leur nombre et dans leur grandeur. Ce- 
pendant cette variété a ses limites. 11 ne peut y 



ÉCLIPSES. 349 

avoir moins de deux éclipses par an, ni plus de 
sept. Lorsqu'il n'y en a que deux, ce sont des 
éclipses de lune. — Ces phénomènes reviennent à 
peu près dans le même ordre au bout de dix-huit 
ans et dix jours : période connue chez les Grecs 
sous le nom de Cycle de Méton, et dont les Chinois 
eux-mêmes se servaient il y a plus de trois mille 
ans pour la prédiction de leurs éclipses. 

Quelque simple que soit la cause de ce phéno- 
mène, aujourd'hui qu'on la connaît, — et les causes 
connues sont toujours si simples qu'on se demande 
comment on ne les a pas devinées plus tôt, — quel-^ 
que facile que cette explication paraisse à trouver, 
longtemps l'humanité s'étonna de l'absence passa- 
gère de la lumière du Soleil pendant le jour; long- 
temps elle se sentit pleine de crainte et d'inquiétude 
devant cette merveille inexpliquée. La lumière du 
jour s'afifaiblissant rapidement, et arrivant à dis- 
paraître soudain, sans que le ciel fût obscurci 
d'aucun nuage, les ténèbres succédant à cette lu- 
mière, les étoiles s'allumant dans le ciel, la nature 
entière paraissant surprise et consternée : la réu- 
nion de ces événements insolites est plus que suffi- 
sante pour expliquer la terreur momentanée dont 
les hommes et les peuples se sont laissés emparer 
en ces instants solennels. En raison de la rapidité 
du mouvement delaLuneJamaisTéclipsetotalene 
dure plus de cinq minutes; mais cette faible pé- 
riode est suffisante pour permettre à mille senti- 
ments de se succéder dans l'esprit craintif. La dis- 
parition seule de la lumière de la Lune causa 



350 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

parfois de grands troubles chez les esprits peu 
avancés ; combien à plus forte raison la disparition 
de celle de l'astre du jour peut-elle faire naître 
d'inquiétudes et de craintes! 

L'histoire est pleine des exemples de l'effroi 
causé par les éclipses^ dit Francœur, et des dangers 
que produisent l'ignorance et la superstition. Nicias 
avait résolu de quitter la Sicile avec son armée : 
effrayé par une éclipse de lune et voulant tempori- 
ser plusieurs jours, pour s'assurer si i'astre n'avait 
rien perdu après cet événement, il manqua ainsi 
l'occasion de la retraite : son armée fut détruite, 
Nicias périt, et ce malheur commença la ruine 
d'Athènes. 

Souvent on a vu des hommes adroits tirer parti 
dé la frayeur du peuple pendant les éclipses, soit 
de soleil, soit de lune, pour l'amènera leurs desseips. 
Christophe Colomb, réduit à faire subsister ses sol- 
dats des dons volontaires d'une nation sauvage et 
indigente, était prêt à voir manquer cette ressourcé 
et à périr de faim, il annonce qu'il va priver le 
monde de la lumière de la Lune. L'éclipsé com- 
mence, et la terreur s'empare des Indiens, qui re- 
viennent apporter aux pieds de Colomb les tributs 
accoutumés. 

Drusus apaisa une séditiondans son armée en pré- 
disant une éclipse de lune; et, selon Tite Live, Sul- 
picius Fallus, dans la guerre de Paul-Émile contre 
Persée, usa du même stratagème. Périclès/Âgatocle, 
roi de Syracuse, Dion, roi de Sicile, ont failli être 
victimes de l'ignorance de leurs soldats. Alexandre, 



ÉCLIPSES. 361 

près d*Arbelles, est réduit à user de toute son adresse 
pour calmer la terreur qu'une éclipse avait jetée 
parmi ses troupes. C'est ainsi que les hommes supé- 
rieurs, plutôt que de plier sous les circonstances, 
qui les maîtrisent, mettent leur art à les faire tour- 
ner à leur profit. 

Combien de fables établies d'après Topinion que 
les éclipses sont l'effet du courroux céleste, qui se 
venge des iniquités de l'homme en le privant de la 
lumière ! Tantôt Diane va trouver Endymion dans 
les montagnes de Carie; tantôt les magiciennes de 
Thessalie font descendre la Lune sur les herbes 
qu'elles destinent aux enchantements. 

Ici c'est un dragon qui dévore l'astre et qu'on 
cherche à épouvanter par des cris; là. Dieu tient le 
Soleil enfermé dans un tuyau, et nous ôte ou nous 
rend la vue de cet astre avec un volet.... etc. Le 
progrès des sciences a fait reconnaître le ridicule 
de ces opinions et de ces craintes, depuis qu'on a vu 
qu'il était possible de calculer par les tables astro- 
nomiques, et de prévoir longtemps d'avance l'in- 
stant où la colère du ciel devait éclater. Cependant, 
naguère encore, l'épouvante a causé des revers dans 
l'armée de Louis XIV, près de Barcelone, lors de 
l'éclipse totale de 1 706 ; et la devise de ce monarque: 
Nec pluribusimpar, aprêtéauxallusions injurieusesl 

J. B. Biot, nous donne, dans ses Études sur Pas- 
tronomie indienne et chinoise y de fort curieux dé- 
tails sur les rites qui présidaient et qui président 
encore à la réception des éclipses dans le Céleste 
Empire. 



352 XiES MERVEILLES CÉLESTES. 

L'empereur était considéré comme le fils du-ciel, 
et, à ce titre, son gouvernement devait offrir l'image 
de l'ordre immuable qui régit les mouvements cé- 
lestes. Quand les deux grands luminaires, le Soleil 
et la Lune, au lieu de suivre séparément leurs routes 
propres, venaient à se croiser dans leur cours, la 
régularité de l'ordre du ciel semblait être dérangée; 
et la perturbation qui s'y manifestait devait avoir 
son image, ainsi que sa cause, dans les désordres 
du gouvernement de l'empereur. Une éclipse de 
soleil était donc considérée comme un avertissement 
donné par le ciel à l'empereur d'examiner ses fautes 
et de se corriger. 

Lorsque ce phénomène avaitété annoncé d'avance 
par l'astronome en titre, l'empereur et les grands 
de sa cour s'y préparaient par le jeûne, et en revê- 
tant des habits de la plus grande simplicité. Au 
jour marqué, les mandarins se rendaient au palais 
avec l'arc et la flèche. Quand Téclipse commençait, 
l'empereur lui-même battait ^wr le tambour du ton- 
nerre le roulement duprodige^ pour donner l'alarme; 
et, en même temps, les mandarins décochaient leurs 
flèches vers le ciel pour secourir l'astre éclipsé. Gaubil 
mentionne ces particularités d'après les anciens 
livres des rites, et les principales sont énoncées 
dans le Tcheov^li. D'après cela, on peut se figurer 
le mécontentement que devait causer une éclipse de 
soleil qui ne se réalisait pas après avoir été prédite, 
et pareillement celle qui apparaissait tout à coup 
sans avoir été prévue. Dans le premier cas, tout le 
cérémonial se trouvait avoir été inutilement pré- 



ÉCLIPSES. 353 

paré; et les efforts désespérés qui, par suite de 
manque de préparatifs, se faisaient dans le second 
cas, produisaient inévitablement une scène de dés- 
ordre compromettante pour la majesté impériale. 
De telles erreurs , pourtant si faciles, mettaient les 
pauvres astronomes en danger de perdre leurs 
biens, leur charge, leur honneur, quelquefois leur 
vie. Par suite d'une disgrâce pareille, arrivée en 
Tan 721 de notre ère, l'empereur Hiouen-Tsong fit 
venir à sa cour un bonze chinois appelé Y-Hang, 
renommé pour ses connaissances en astronomie. 
Après s'y être montré effectivement fort habile, il 
eut le malheur d'annoncer d'avance deux éclipses 
de soleil, qu'on ordonna d'observer dans tout l'em- 
pire. Mais on ne vit, ces jours-là, nulle part au- 
cune trace d'éclipsé, quoique le ciel se montrât 
presque partout serein. Pour se disculper, il publia 
, un écrit dans lequel il prétendit que son calcul était 
juste, mais que le ciel avait changé les règles de 
ses mouvements, sans cloute en considération des 
hautes vertus de l'empereur. Grâce à sa réputation, 
d'ailleurs méritée, peut-être aussi à ses flatteries, 
on lui pardonna. 

Les mêmes idées sur l'importance et la significa- 
tion des éclipses de Lune et de Soleil, qui existaient 
chez les Chinois il y a plus de quatre mille ans, et 
subsistent encore, aujourd'hui, sont aussi fortes, 
et elles engendrent les mêmes exigences, devenues 
seulement moins périlleuses pour les astronomes, 
puisque ces phénomènes sont maintenant prévus 
plusieurs années d'avance, avec une certitude ma- 

23 



354 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

thématique, dans les grandes éphémérides d'Eu- 
rope et d'Amérique, qu'ils peuvent aisément se pro- 
curer. 

M. Stanislas Julien a trouvé dans le Recueil des lois 
de Chine la description complète des cérémonies 
prescrites et pratiquées encore aujourd'hui à cette 
occasion. En voici un spécimen : 

« Toutes les fois qu'il arrive une éclipse de soleil, 
on attache des pièces de soie à la porte du ministère 
des rites appelée l-men; et dans la grande salle on 
place une table pour brûler des parfums au haut 
de la tour appelée Lou-thaï (tour de la Rosée). La 
garde impériale place vingt-quatre tambours des 
deux côtés, à Tintérieur de la porte I-men; le Kiao- 
fan-sse place les musiciens au bas de la tour Lou- 
thaï. Il place chaque magistrat au bout de cette 
tour, à l'endroit où ils doivent s'incliner pour sa- 
luer. Tous sont tournés du côté du Soleil; quand le 
président de l'astronomie a annoncé que le Soleil 
commence à être entamé, tous les [magistrats, en 
habit de cour, se rangent et se tiennent debout. A 
un signal donné ils se mettent à genoux, et alors 
la musique commence à se faire entendre. 

« Chaque magistrat fait trois prostrations et neuf 
révérences, après quoi la musique s'arrête. Quand 
les magistrats du tribunal des rites pnt Uni d'offrir 
des parfums, tous les autres s'agenouillent. LeKiao- 
sse-Kouan s'avance avec un tambour et la ba- 
guette de tambour; ensuite il frappe le tambour 
pour délivrer le Soleil. Le président du ministère 
des rites frappe trois coups de tambour, et alors 



ÉCLIPSES. 355 

on frappe tous les tambours ensemble. Quand le 
président du bureau de l'astronomie- a annoncé 
que Tastre a recouvré sa forme arrondie, les tam- 
bours s'arrêtent. Chaque magistrat s'agenouille 
trois fois, et frappe neuf fois la terre de son front. 
La musique recommence; quand ces cérémonies 
sont finies, la musique s'arrête. Puis tous les ma- 
gistrats se retirent chacun de leur côté, 

< Quand la lune est éclipsée, on se réunit dans 
le bureau des Taï-tch'ang (présidents des cérémo- 
nies) et l'on observe les mêmes rites pour délivrer 
l'astre. » 

En France et dans les^ pays civilisés, il n'en est 
pas ainsi : on ne redoute plus l'arrivée des éclipses, 
on ne craint plus qu'une éternelle nuit s'étende sur 
la Terre. On sait que ce sont là des phénomènes 
célestes, étudiés et connus comme tant d'autres, 
résultant de mouvements connus et déterminés 
d'avance. Dès lors elles perdent entièrement leur 
caractère surnaturel et rentrent dans l'ordre pure- 
ment physique. On prédit aujourd'hui les éclipses 
de Soleil et de Lune , de la même manière qu'on 
retrouve par le calcul les éclipses passées, et qu'on 
assigne ainsi plus rigoureusement certaines dates 
à l'histoire. On sait à quelle époque la Lune pas- 
sera devant le Soleil, et nous dérobera une partie 
plus ou moins grande de son disque; et la preuve, 
c'est que je puis aujourd'hui même, en 1865, vous 
donner l'époque de toutes les éclipses qui nous 
arriveront d'ici à la fin de ce siècle. — Je ne veux 
pas faire de liste, et couvrir ces pages de dates, 



356 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

mais pour vous convaincre je vous indiquerai seu- 
lement les éclipses totales de Soleil qui seront visibles 
aux lieux indiqués d'ici à Tan 1900. Elles ne sont 
pas nombreuses, comme vous voyez : 

Le 22 décembre 1870, éclipse de Soleil totale aux 
lies Âçores, dans le midi de l'Espagne et de Tltalie, 
en Algérie et en Turquie; 

Le 19 août 1887, éclipse de Soleil totale pour le 
nord-est de l'Allemagne, la Russie méridionale et 
l'Asie centrale; 

Le 9 août 1896, éclipse de Soleil totale pour la 
Sibérie, la Laponie et le Groenland ; 

Enfin, le 28 mai 1900,» éclipse de Soleil totale 
pour les États-Unis d'Amérique, l'Espagne, l'Al- 
gérie et l'Egypte. 

Je ne doute pas que vous n'en soyez témoins avec 
moi jusqu'à la dernière, et vous serez à même de 
constater la vérité de cette prédiction. Malheureu- 
sement pas une d'entre elles ne sera visible à Paris; 
mais pour peu que nos inventions de vapeur et d'é- 
lectricité continuent, et que d'autres leur viennent 
en aide, la Terre ne sera bientôt plus qu'un seul 
pays et l'on voyagera d'ici à Pékin comme on allait 
au siècle dernier de Paris à Saint-Cloud. 

En disant que les éclipses de Soleil et de Lune ne 
sont plus un objet de terreur pour nous, je ne veux 
pas dire qu'elle:^ ne nous causent plus aucune im- 
pression. Non; les impressions soudaines causées 
par le spectacle des phénomènes les plus rares de 
la nature sont indépendantes de notre réflexion, et 
l'absence subite de la lumière solaire au milieu de 



ÉCLIPSES. 357 

la journée cause à tous les êtres une émotion dont 
ils ne peuvent s'affranchir. La relatioa de l'effet 
produit par les écRpses sur Thomme et même sur 
les animaux est trop intéressante pour que je ne 
vous l'offre pas en conclusion de mon chapitre. Je 
choisirai pour rapporteur un témoin oculaire de 
l'éclipsé totale de juillet 1842, dont le talent de 
narrateur est trop bien connu pour qu'on en fasse 
l'éloge : c'e^t François Arago lui-même qui va nous 
communiquer ses impressions , enrichies encore 
d'autres témoignages auxquels il attribue une as- 
sez haute valeur pour les réunir aux siens. (Voir 
Astronomie populaire^ t. III.) 

« Riccioli rapporte qu'au moment de l'éclipsé 
totale de 1415 on vit en Bohême des oiseaux tom- 
ber morts de frayeur. La même chose est rapportée 
de l'écIipse de 1560. « Les oiseaux, chose merveil- 
leuse (disent des témoins oculaires), saisis d'hor- 
reur, tombaient à terre. » 

« En 1706, à Montpellier, disent les observateurs, 
les chauves-souris voltigeaient comme à l'entrée 
de la nuit. Les poules, les pigeons coururent pré- 
cipitamment se renfermer. Les petits oiseaux qui 
chantaient dans les cages se turent et mirent la 
tête sous l'aile. Les bêtes qui étaient au labour s'ar- 
rêtèrent. » La frayeur produite chez les bêtes de 
somme par le passage subit du jour à la nuit est 
constatée aussi dans le mémoire de Louville relatif 
à Téclipse de 1715. « Les chevaux, y est-il dit, qui 
labouraient ou marchaient sur les grandes routes 
se couchèrent, ils refusèrent d'avancer. » 



358 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

« Pontenelle rapporte qu'en l'année 1654, sur la 
simple annonce d'une éclipse totale, une multitude 
d'habitants de Paris allèrent se cacher au fond des 
caves. Grâce au progrès des sciences, l'éclipsé totale 
de 1844 a trouvé le public dans des dispositions 
bien différentes de celles qu'il manifesta pendant 
l'éclipsé de 1654. Une vive et légitime curiosité 
avait remplacé des craintes puériles. 

« Les populations des plus pauvres villages des 
Pyrénées et des Alpes se transportèrent en masse 
sur les points culminants d'où le phénomène devait 
être le mieux aperçu; elles ne doutaient pas, sauf 
quelques rares exceptions, que l'éclipsé n'eût été 
^ exactement annoncée; elles la rangeaient parmi les 
événements naturels, réguliers, calculables, dont 
le bon sens commandait de ne point s'inquiéter. 

« A Perpignan, les personnes gravement malades 
étaient seules restées dans leurs chambres. La po- 
pulation couvrait dès le grand matin les terrasses, 
les remparts de la ville, tous les monticules exté- 
rieurs d'où Ton pouvait espérer de voir le lever du 
Soleil. A la citadelle, nous avions sous les yeux, 
outre des groupes nombreux de citoyens établis 
sur les glacis, les soldats qui, dans une vaste cour, 
allaient être passés en revue. 

« L'heure du commencement de l'éclipsé appro- 
chait. Près de vingt mille personnes examinaient, 
des verres enfumés à la main, le globe radieux se 
projetant sur un ciel d'azur. A peine, armé de nos 
fortes lunettes, commencions-nous à apercevoir la 
petite échancrure du bord occidental du Soleil, 



ÉCLIPSES. 359 

qu'un cri immense, mélangé de vingt mille cris 
différents, vint nous avertir que nous avions de- 
vancé seulement de qiielques secondes l'observa- 
tion faite à Tœil nu par vingt mille astronomes im- 
provisés dont c'était le coup d'essai. Une vive 
curiosité, l'éûiulation, le désir de ne pas être pré- 
venu, semblaient avoir eu le privilège de donner 
à la vue naturelle une pénétration, une puissance 
inusitées. 

« Entre ce momentet ceuxqui précédèrentde très- 
peu la disparition totale de l'astre, nous ne remar-: 
quâmes dans la contenance de tant de spectateurs 
rien qui mérite d'être rapporté. Mais lorsque le 
Soleil, réduit à un étroit filet, commença à ne plus 
jeter sur notre horizon qu'une lumière très-affair 
blie, une sorte d'inquiétude s'empara de tout le 
monde; chacun se sentit le besoin de communi- 
quer ses impressions à ceux dont il était entouré: 
De là, un mugissement sourd, semblable à celui 
d'une mer lointaine après la tempête. La rumeur 
devenait de plus en plus forte à mesure que le 
croissant solaire s'affaiblissait. Le croissant dispa- 
rut enfin ; les ténèbres succédèrent subitement à 
la clarté, et un silence absolu marqua cette phase 
de Téclipse, tout aussi nettement que l'avait fait le 
pendule de notre horloge astronomique. Le phéno- , 
mène, dans sa magnificence, venait de triompher 
de la pétulance de la jeunesse, de la légèreté que 
certains hommes prennent pour un signe de supé- 
riorité, de l'indifférence bruyante dont les sol- 
dats font ordinairement profession. Un calme pro- 



360 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

fond régna dans l'air; les oiseaux ne chantaient 
plus. 

« Après une attente solennelle d'environ deux mi- 
nutes, des transports de joie, des applaudissements 
frénétiques saluèrent avec le même accord, la 
même spontanéité, la réapparition des premiers 
rayons solaires. Au Tecueillement mélancolique 
produit par des sentiments indéfinissables, venait 
de succéder une satisfaction vive et franche, dont 
personne ne songeait à contenir, à modérer les 
élans. Pour la majorité du public, Je phénomène 
était à son terme. Lçs autres phases de Téclipse 
n'eurent guère de spectateurs attentifs, en dehors 
des personnes vouées aux études de l'astronomie. 

« Ceux-là même qui, au moment de la disparition 
subite du Soleil, s'étaient montrés le plus vivement 
émus, s'égayèrent le lendemain, et ce me semble 
outre mesure, au récit des frayeurs que bon 
nombre de campagnards avaient éprouvées et dont, 
au reste, ils ne cherchaient pas à faire mystère. 
Pour moi, je trouvai tout naturel que des hommes 
illettrés, à qui personne n'avait dit qu'une éclipse 
devait avoir lieu dans la matinée du 8 juillet, 
eussent montré une grande inquiétude çn voyant 
les ténèbres succéder si brusquement à la lumière. 
Qu'on ne s y trompe point, l'idée d'une convulsion 
de la nature, l'idée que le moment de la lin du 
monde venait d'arriver, n'est pas ce qui bouleversa 
le plus généralement ces hommes incultes et neufs. 
Lorsque je les questionnai sur la cause réelle de 
leur désespoir, ils me répondaient sur-le-champ : 



ÉCLIPSES. 361 

« Le ciel #tait serein et, cependant, la clarté du 
jour diminuait, et les objets s'assombrissaient, et 
tout à coup nous nous trouvâmes dans les ténèbres: 
nous crûmes être devenus aveugles. » 

Le Journal des Basses-Alpes rapporte, dans le nu- 
méro du 9 juillet 1 842, une anecdote qui me semblé 
mériter d'être conservée. Je laisse parler le jour- 
naliste. 

« Un pauvre enfant de la commune des Sièges 
gardait un troupeau. Ignorant complètement Tévé- 
nement ([ui se préparait, il voit avec inquiétude le so- 
leil s'obscurcir par degrés, car aucun nuage, aucune 
vapeur ne lui donnait Teiplication de ce phéno- 
mène. Lorsque la lumière disparut tout à coup, le 
.pauvre enfant, au comble de la frayeur, se mit à 
pleurer et à appeler ausecowrsL., Ses larmes cou- 
laient encore lorsque le soleil donna ses premiers 
rayons. Rassuré à cet aspect, l'enfant croisa les 
mains en s'écriant : beou souleou ! (0 beau soleil!)» 

Arago signale ensuite quelques traits curieux 
sur l'influence des éclipses sur les animaux. 

Un habitant de Perpignan priva, à dessein, son 
chien de nourriture, à partir de la soirée du 7 juil- 
let. Le lendemain matin, au moment où Téclipse 
totale allait avoir lieu, il jeta un morceau de pain 
au pauvre animal qui commençait à le dévorer, 
lorsque les derniers rayons du Soleil disparurent. 
Aussitôt le chien laissa tomber le pain; il ne le re- 
prit qu*au bout de deux minutes, après la fin de 
Tobscurité totale, et le mangea alors avec une 
grande avidité. 



362 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

Un autre chien se réfugia entre les jambes de son 
maître, au moment où le Soleil s'éclipsa. 

Dans une campagne, des poules, au moment de 
Téclipse totale, abandonnèrent subitement le millet 
qu'on venait de leur donner et se réfugièrent dans 
une étable. 

Au bas de TAsparron, les poules se trouvant loin 
de toute habitation, allèrent se grouper sous le 
ventre d'un cheval. 

Une poule entourée de poussins s'empressa de 
les appeler et de les couvrir de ses ailes. 

Des canards qui nageaient dans une mare ne se 
dirigèrent pas, au moment de la disparition du 
Soleil, vers la métairie assez éloignée d'où ils étaient 
sortis deux heures auparavant; ils se massèrent et 
se blottirent dans un coin. 

A la Tour, chef-lieu de canton dans les Pyrénées- 
Orientales, un habitant avait trois linottes. Le 8 juil- 
let, de grand matin, en suspendant à la fenêtre de 
son salon la cage qui renfermait les trois petits oi- 
seaux, il remarqua qu'ils paraissaient très-bien 
portants ; après l'éclipsé, un d'entre eux était mort. 
Faut-il croire que la linotte se tua en heurtant 
avec force, dans un moment de frayeur, les bar- 
reaux de sa cage? Quelques faits observés ailleurs 
rendront cette supposition probable. 

Enfin il n*est pas jusqu'aux insectes qui n'aient 
ressenti une pareille impression. 

M. Praisse aine, de Perpignan, raconte qu'il était 
assis devant un petit sentier, tracé par des fourmis 
que le hasard lui fit rencontrer. Elles travaillaient 



ÉCLIPSES. 363 

avec leur vivacité accoutumée ; toutefois, à mesure 
que le jour diminuait, leur marche se ralentissait ; 
ellesparaissaientéprouver de l'hésitation. A Tinstant 
où le soleil disparaissait entièrement, les fourmis 
s'arrêtèrent, m'ais sans abandonner les fardeaux 
qu'elles traînaient. Leur immobilité cessa dès que 
la lumière eut repris une certaine force, et bientôt 
elles se remirent en route. 

M. Lenthérie, professeur à Montpellier, a donné 
aussi quelques détails concernant les effets queTé- 
clipse totale produisit sur diverses espèces d'ani- 
maux. Des chauves-souris, croyant la nuit venue, 
quittèrent leurs retraites; un hibou, sorti d'une 
tour de Saint-Pierre, traversa, en volant, la place 
du Peyrou; les hirondelles disparurent; les poules 
rentrèrent; des bœufs, qui paissaient librement près 
de l'église de Maguelonne, se rangèrent en cercle, 
adossés les uns aux autres, les cornes en avant 
comme pour résister à une attaque. 

Des observateurs de Crémone disent qu'il tomba 
à terre une immense quantité d'oiseaux. M. Zam- 
boni, l'auteur des piles sèches, est cité pour avoir 
vu tomber à côté de lui unpassere (un moineau). 

M. Piola, qui était sous un arbre près de Lodi, 
remarqua que les oiseaux cessèrent de chanter au 
moment de l'obscurité, mais aucun ne tomba. 

Dans la relation que Tabbé Zantedeschi adressa 
de Venise à Arago, on lit qu'au moment de l'obs- 
curité totale, « des oiseaux voulant s'enfuir et n'y 
voyant pas, allaient se heurter contre les cheminées 
des maisons ou contre les murs, et qu'étourdis du 



364 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

coup ils tombai'^nt sur les toits, dans les rues ou 
dans les lagunes. Parmi les oiseaux qui éprouvèrent 
de ces accidents on peut citer des hirondelles et un 
pigeon. Des hirondelles furent prises dans les rues, 
répouvante qui les avait saisies leur ayant à peine 
laissé la faculté de voleter (svolazzaré). » 

Une brochure de M. Majocchi rapporte encore que 
« des abeilles qui avaient quitté leur ruche en grand 
nombre, au lever du soleil, y rentrèrent même avant 
le moment de Téclipse totale, et qu'elles attendirent, 
pour en sortir de nouveau, que Tastre éclipsé eût 
repris tout son éclat. » 

Ces relations donnent une idée suffisante de 
Teffet produit par des phénomènes insolites sur les 
facultés de Thomme et des animaux. La nécessité 
de Tordre est si profondément attachée à la créa- 
tion, qu'une apparence de trouble nous jette hors 
de notre sécurité normale et nous remplit de 
crainte. 



^ 



ASPECT PHILOSOPHIQUE 

DE LA CRÉATION 



PLURALITÉ DES MONDES HABITÉS- 



Mais à ce cercle étroit de la terre où nous sommes 
Garde -toi de borner tant de bienfaits divers, 
Et de ne voir en toi que le Seigneur des hommes, 
Quand tu créas mille univers. 

Pope, Universal Prqyer, 



Les vérités astronomiques qui viennent de faire 
l'objet de nos conversations manifestent sans doute 
la haute valeur de l'esprit humain qui s'est élevé 
jusqu'à elles et qui, scrutant les lois organisatrices 
de l'univers, est parvenu à déterminer les causes 
qui président à l'harmonie du monde et à sa perpé- 
tuité. Sans doute, il est beau pour l'homme, cet atome 
spirituel habitant d'un atome matériel, d'avoir péné- 
tré les mystères de la création et de s'être élevé à la 
connaissance de ces sublimes grandeurs dont la 
seule contemplation nous atterre et nous anéantit. 
Mais si l'univers ne restait pour l'homme qu'un 
grand mécanisme matériel mû par les forces phy- 



368 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

siqueSy si la nature n'était à ses yeux qu'un gigan- 
tesque laboratoire où les éléments s'associent aveu- 
glément sous les formes fortuites les plus variées ; 
en un mot, si cette admirable et magnifique science 
du ciel bornait éternellement les efforts de l'esprit 
humain à la géométrie des corps célestes, la science 
n'atteindrait pas son but véritable, et elle s'arrê- 
terait au moment de recueillir le fruit de ses 
immenses travaux. Elle resterait souverainement 
incomplète si l'univers n'était jamais pour elle qu'un 
assemblage de corps inertes flottant dans l'espace 
sous l'action des forces matérielles. 

Le philosophe doit aller plus loin. Il ne doit pas 
se borner à voir sous une forme plus ou moins dis- 
tincte le grand corps de la nature. Mais, étendant la 
main, il doit sentir sous l'enveloppe matérielle la 
vie qui circule à grands flots. L'empire de Dieu 
n'est pas l'empire de la mort : c'est l'empire de la 
vie. 

Nous habitons sur un monde qui ne fait point 
exception parmi les astres et qui n'a pas reçu le 
moindre privil^^ge. Il est la troisième des planètes 
qui circulent autour du soleil et l'une des plus pe- 
tites d'entre elles ; sans sortir de notre système , 
d'autres planètes sont beaucoup plus importantes 
que lui: Jupiter, par exemple, est 1414 fois plus volu- 
mineux, et Saturne 734 fois plus. Tandis qu'il nous 
paraît le plus important de l'univers, il est en réalité 
perdu dans l'immensité des mondes qui peuplent le 
ciel, et la création tout entière ne se doute pas 
même de son existence. Des planètes de notre propre 



PLURALITÉ DES MONDES. 369 

système, il n'y en a que quatre qui puissent savoir 
qu'il existe, ce sont : Mercure, Vénus, Mars et Jupi- 
ter; encore, pour cette dernière, est-il la plupart du 
temps invisible dans l'auréole solaire. Or, tandis 
qu'il est ainsi perdu parmi des mondes plus im- 
portants que lui, les autres mondes sont dans les 
mêmes conditions d'habitabilité que celles que nous 
observons sur la Terre. Sur ces planètes comme sur 
la nôtre, les rayons générateurs du même soleil 
versent la chaleur et la lumière, à des degrés di- 
vers; sur elles comme ici les années, les mois et 
les jours se succèdent, entraînant à leur suite la 
marche des saisons qui, de période en période, en- 
tretiennent les conditions de l'existence; sur elles 
comnàe ici, une atmosphère transparente enveloppe 
d'un climat protecteur la surface habitée, donne 
naissance aux mouvements météoriques et déve- 
loppe ces beautés ravissantes qui célèbrent l'au- 
rore des jours et le crépuscule des nuits. Sur elles 
comme ici, des nuées vaporeuses s'élèvent de l'o- 
céan aux vagues profondes et se répandant sous les 
cieux, vont porter la rosée féconde aux campagnes 
altérées. Ce grand mouvenâent de vie qui circule 
sur la Terre , n'est pas conflné à cette petite pla- 
nète; les mêmes causes développent là -bas les 
mêmes effets, et sur beaucoup d'entre ces mondes 
étrangers, loin de remarquer une privation des ri- 
chesses dont la Terre est revêtue, on observe une 
abondance de biens dont notre séjour ne possède 
que les prémices. A côté de certains astres, la Terre 
est un monde inférieur sous des rapports essentiels, 

24 



370 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

depuis les conditions de sta})iiité géologique , qui 
nous sont fort mal assurées par Tétat d'incandesceace 
du sphéroïde terrestre dont la surface n'est qu'un 
mince pellicule, jusqu'aux lois fatales qui régissent 
la vie sur cette terre où la mort règne en souve- 
raine. 

Si d'un côté les autres mondes ont des conditions 
d'habitabilité tout aussi puissantes— si ce n'est da- 
vantage— que les conditions terrestres, d'un autre 
côté, la terre, envisagée en elle-même, nous parait 
semblable à une coupe trop pleine d'où la vie dé- 
borde de toutes parts. En notre seul séjour nous 
avons rinfini dans la vie. Il semble que créer soit 
si nécessaire à Tordre de la nature, que le plus petit 
espace de matière réunissant les conditions suffi- 
santes, ne reste pas sans servir de demeure à des 
êtres vivants. Tandis que le télescope ouvrait dans 
les cieux de nouveaux champs à la création, le mi- 
croscope ouvrait au-dessous du visible le champ 
de la vie invisible, et montrait que, non content de 
répandre la vie partout où il y a matière pour la 
recevoir, depuis les époques primitives où ce 
globe sortait à peine de son berceau brûlant 
jusqu'à nos jours, la nature entasse encore l'exis- 
tence au détriment de l'existence elle-même. Les 
feuilles des plantes sont des prairies de troupeaux 
microscopiques dont certaines espèces, quoique in- 
visibles à l'œil nu, sont de véritables éléphants à 
côté d'autres êtres dont la petitesse extrême n*a pas 
interdit un système admirable d'organisation pour 
l'entretien de leur vie éphémère. Les animaux eux- 



PLURALITÉ DES MONDES. 371 

mêmes servent de séjour à des races de parasites • 
qui, à leur tour, sont elles-mêmes la demeure de 
parasites plus petits encore. Sous un autre aspect, 
l'infinité de la vie oflFre un caractère corrélatif dans 
sa diversité. La force est si puissante que nul élé- 
ment ne semble capable de lutter avec avantage 
contre la vie, tendant à se répandre en tous lieux, 
et qu'aucune cause ne -puisse interdire son action. 
Depuis les hautes régions de Tair, où les vents 
charrient des germes, jusque dans les profondeurs 
océaniques où Ton reçoit la pression de plusieurs 
centaines d'atmosphères, où Ja nuit la plus com- 
plète étend son éternelle souveraineté ; depuis les 
climats brûlants de la ligne équatoriale et les 
sources chaudes des terrains volcaniques, jusqu'aux 
régions glacées du pôle, jusqu'aux mers solides du 
cercle polaire, la Vie a étendu son empire comme 
un réseau immense, enveloppant la terre entière, 
se jouant de tous les obstacles et passant les abîmes, 
afin qu'il n'y eût au monde aucun district qui pût 
se prétendre en dehors de son absolue souveraineté. 
C'est par des études fondées sur cette double con- 
sidération : l'insignifiance de la Terre dans la créa- 
tion idéale, et l'abondance de la vie à sa surface, 
que Ton a pu s'élever aux premiers principes véri- 
tables sur lesquels la démonstration de l'habita- 
tion universelle des astres devait être assise. Pen- 
dant longtemps, l'homme put se borner à Tétude 
des phénomènes, pendant longtemps même il dut 
s'astreindre à l'observation directe et unique des 
apparences physiques, afin que la science acquit la 



372 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

précision rigoureuse qui constitue sa valeur. Mais 
aujourd'hui ce vestibule de la vérité peut être fran- 
chi, et la pensée, traversant la matière, peut s'éle- 
ver jusqu'à la notion des choses intellectuelles. 
Dans le sein de ces mondes lointains, elle sent la 
vie universelle plonger ses racines immenses; à 
leur surface, elle voit cette vie s'épanouir et l'in- 
telligence y établir son trône. 

Fondées sur la base astronomique, seule fonda- 
tion possible, les recherches faites dans le domaine 
des sciences physiques, depuis la mécanique céleste 
jusqu'à ]a biologie, et dans celui des sciences philo- 
sophiques depuis l'ontologie jusqu'à la morale, ont 
permis d'élever au rang d'une doctrine l'idée anti- 
que de la pluralité des mondes. L'évidence de cette 
vérité s'est révélée aux yeux de tous ceux qui se 
sont impartialement et librement adonnés à l'étude 
de la nature. Il n'entre pas dans les termes du pré- 
sent entretien de nous étendre longuement sur cet 
aspect philosophique de la création; mais si je le 
considère en lui-même comme la conclusion logique 
des études astronomiques, je dois au moins à mes 
auditeurs de leur offrir comme une modeste péro- 
raison des causeries qu'ils ont bien voulu suivre 
jusqu'ici, les principaux résultats auxquels nous 
sommes arrivés, sur cette grande et belle question 
de l'existence de la vie à la surface des astres. 

Voici d'abord une première considération établie 
sur le caractère astronomique des Mondes et sur 
son histoire : 

« Que le lecteur suive la marche philosophique 



PLURAUTÉ DES MONDES. 373 

de Tastronomie moderne, il reconi^altra que du mo- 
ment où le mouvement de la Terre et le volume du 
Soleil furent connus, les astronomes et les philo- 
sophes trouvèrent étrange qu'un astre aussi ma- 
gnifique fût uniquement employé à éelafrer et à 
échauffer un petit monde imperceptible rangé en 
compagnie d'un grand nombre d'autres sous une 
domination suprême. L'absurdité d une telle opi- 
nion fut plus éclatante encore, lorsqu'on trouva 
que Vénus était une planète de mêmes dinaensions 
que la Terre, avec des montagnes et des plaines, 
des saisons et des années, des jours et des nuits 
analogues aux nôtres; on étendit cette analogieà la 
conclusion suivante, que^ semblables par leur con- 
formation, ces deux mondes l'étaient aussi parleur 
rôle dans l'univers : si Vénus était sans population, 
la Terre devaitTêtre également et réciproquement; 
si la Terre était peuplée, Vénus devait l'être aussi. 
Mais lorsque ensuite on observa les mondes gigan- 
tesques de Jupiter et de Saturne, entourés de leurs 
splendides cortèges, on fut invinciblement conduit 
à refuser des êtres vivants aux petites planètes pré- 
cédentes, si l'on n'en dotait celles-ci, et par contre, 
à donner à Jupiter et à Saturne des hommes bien 
supérieurs à ceux de Vénus et de la Terre. Et, en 
effet, n'est-il pas évident que l'absurdité de l'immo- 
bilité de la Terre s'est perpétuée, mille fois plus 
extravagante, dans cette causalité finale mal enten- 
due dont la prétention est de placer notre globe au 
premier rang des corps célestes? N'est-il pas évident 
quq ce monde est jeté sans aucune distinction dans 



374 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

l'amas planétaire, etqu'll n'est pas mieux établi que 
les autres pour être le siège exclusif de la vie et de 
l'intelligence?... Combien peu fondé est le sentiment 
qui nous anime lorsque nous pensons que l'univers 
est créé* pour nous, pauvres êtres perdus sur un 
Monde, et que si nous disparaissions de la scène, ce 
vaste univers serait décoloré, comme un assem- 
blage de corps inertes et privés de lumière! Si de- 
main nul de nous ne se réveillait, et si la nuit qui, 
dans une période diurne fait le tour du monde, 
scellait pour l'éternité les paupières closes des êtres 
vivants, croit-on que désormais le Soleil ne renver- 
rait plus ses rayons et sa chaleur, et que les forces 
de la nature cesseraient leur mouvement éternel? 
Non? ces Mondes lointains que nous venons de 
passer en revue, continueraient le cycle de leur 
existence, bercés sur les forces permanentes de la 
gravitation et baignés dans l'auréole lumineuse 
que l'astre du j our engendre autour de son brillant 
foyer. La Terre que nous habitons n'est qu'un des 
plus petits astres groupés autour de ce foyer, et son 
degré d'habitation n'a rien qui la distingue parmi 
ses compagnes.... Éloignez-vous un instant par la 
pensée, lecteur, en un lieu de l'espace d'où l'on 
puisse embrasser l'ensemble du système solaire, et 
supposez que la planète où vous avez reçu le jour 
vous soit inconnue. Soyez bien convaincu que pour 
• vous livrer librement à l'étude présente, vous ne 
devez plus considérer la Terre comme votre patrie 
ni la préférer aux autres séjours, et contemplez 
maintenant sans prétention et d'un œil ultra-ter- 



PLURALITÉ BES MONDES. 375 

restre les Mondes planétaires qui circulent autour 
du foyer de la vie ! Si vous soupçonnez les phéno- 
mènes de l'existence, si vous imaginez que cer- 
taines planètes sont habitées, si Ton vient vous ap- 
prendre que la vie a fait choix de certains Mondes 
pour y déposer les germes de ses productions, son- 
gerez-vous» de bonne foi, à peupler ce globe infime 
de la Terre avant d*avoir établi dans les mondes 
supérieurs les merveilles de la création vivante? Ou 
si vous formez le dessein de vous fixer sur un astre 
d'où l'on puisse embrasser la splendeur des deux 
et sur lequel on puisse jouir des bienfaits d'une 
nature riche et féconde, choisirez- vous pour séjour 
cette terre chétive qui est éclipsée par tant de 
sphères resplendissantes?... Pour toute réponse, 
lecteur, et c'est la plus faible et la plus rigoureuse 
conclusion que nous puissions tirer des considéra- 
tions précédentes, établissons que « la Terre n'a 
aucune prééminence marquée dans le système so- 
laire de manière à être le seul monde habité, et que, 
astronomiquement parlant, les autres planètes sont 
disposées aussi bien qu'elle au séjour de la vie. > 

Une seconde considération, fondée sur la diver- 
sité des êtres vivant à la surface du^lobe terrestre, 
sur la puissance infinie de la nature, qu'aucun ob- 
stacle n'a jamais arrêtée, et sur le spectacle élo- 
quent de l'infinité de la vie elle-même dans le 
monde terrestre, conduit l'argumentation dans un 
nouvel ordre d'idées.: 

« La nature connaît le secret de toutes choses, 
met en action les forces les plus infimes comme les 



376 LES MERVEILLES CÉLESTES.- 

pluspuissanteSy rend toutes ses créations solidaires^ 
et constitue les êtres suivant les mondes et suivant 
les âges, sans que les uns ni les autres puissent 
mettre obstacle à la manifestation de sa puissance. 
Il suit de là que Thabitabilité et l'habitation des 
planètes sont un complément nécessaire de leur 
existence, et que, de toutes les conditions énumé- 
rées, aucune ne saurait arrêter la manifestation de 
la vie sur chacun de ces mondes.... Hais ajoutons 
une observation particulière qui complétera les 
précédentes : parlons un instant de notre ignorance 
forcée dans cette petite lie du grand archipel où la 
destinée nous a relégués et de la difficulté où nous 
sommes d'approfondir les secrets et la puissance de 
la nature. Constatons que d'un côté nous ne con- 
naissons pas toutes les causes qui ont pu influer et 
qui influent encore aujourd'hui sur les manifesta- 
tions de la vie, sur son entretien et sa propagation 
à la surface de la terre; et que d'un autre côté, 
nous sommes bien plus loin encore de connaître 
tous les principes d'existence qui propagent sur les 
autres mondes des créations très-dissemblables. Ce st 
à peine si nous avons pénétré celles qui président 
aux fonctions journalières de la vie ; c'est à peine 
si nous avons pu étudier les propriétés physiques 
des milieux, l'action de la lumière et de l'électricité, 
les effets de la chaleur et du magnétisme.... 11 en 
existe d'autres qui agissent constamment sous nos 
yeux et que l'on n'a pas encore pu étudier ni même 
seulement découvrir. Combien donc serait-il vain 
de vouloir opposer aux existences planétaires les 



PLURALITÉ DES MONDES. 377 

principes superficiels et bornés de ce que nous ap- 
pelons notre science? Quelle cause pourrait lutter 
avec avantage contre le pouvoir effectif de la nature, 
et mettre obstacle à l'existence des êtres sur tous ces 
globes magnifiques qui circulent autour du radieux 
foyer! Quelle extravagance de regarder le petit 
monde où nous avons reçu le jour comme le temple 
unique ou comme le modèle de la naturel... » 

Animées par la valeur du dessein providentiel 
de la création, ces considérations deviennent plus 
impérieuses encore. « Que notre planète ait été faite 
pour être habitée, cela est d'une évidence incon- 
testée, non-seulement parce que les êtres qui la 
peuplent sont là sous nos yeux, mais encore parce 
que la connexion qui existe entre ces êtres et les 
régions où ils vivent amène pour conclusion inévi- 
table que l'idée d'habitation se lie immédiatement à 
Vidée d'habitabilité. Or ce fait est un argument rigou- 
reux en notre faveur : sous peine de considérer la 
puissance créatrice comme illogique avec elle-même, 
comme inconséquente avec s;a propre manière d'agir, 
il faut reconnaître que Tbabitabilité des planètes 
réclame impérieusement leur habitation. Dans quel 
but auraient-elles donc reçu des années, des sai- 
sons, des mois, des jours, et pourquoi la vien'éclo- 
rait-elle pas à la surface de ces mondes qui jouis- 
sent comme le nôtre des bienfaits de la nature 
et qui reçoivent comme lui les rayons fécondants 
du même soleil ? Pourquoi ces neiges de Mars qui 
fondent à chaque printemps et descendent abreu- 
ver ces campagnes? Pourquoi ces nuages de Jupi- 



378 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

ter qui répandent Tombre et la fraîcheur dans ces 
plaines immenses? Pourquoi cette atmosphère de 
Yénus qui baigne ses vallées et ses montagnes? O 
Mondes splendides qui voguez loin de nous dans 
les.cieuxf serait-il possible que la froide stérilité 
fût à jamais l'immuable souveraine de vos campa- 
gnes désolées? serait-il possible que cette magni- 
ficence, qui semble être votre apanage, fût donnée 
à des régions solitaires et nues, où les seuls rochers 
se regarderaient éternellement dans un morne si- 
lence? Spectacle affreux dans son immense immu- 
tabilité et plus incompréhensible que si la Mort en 
furie venant à passer sur la Terre fauchait d'un seul 
coup la population vivante qui rayonne à sa surface, 
enveloppant ainsi dans une même ruine tous les en- 
fants de la vie, et laissantla Terre rouler dans l'espace 
comme un cadavre dans une tombe éternelle ! » 

C'est ainsi que sous quelque aspect qu'on ait 
envisagé la création, la doctrine de la pluralité 
des Mondes s'est formée et s'est présentée comme 
la seule explication du but final, comme la justifi- 
cation de l'existence des formes matérielles, comme 
le couronnement des vérités astronomiques. Les 
conclusions sommaires que nous venons de citer se 
sont trouvées établies, logiquement et sans effort, 
sur le spectacle même des faits observés, et lors-r 
que ayant contemplé l'univers sous ses différents 
aspects l'esprit s'étonne de n'avoir pas conçu plus 
tôt cette vérité vivante, il sent en lui-même que la 
démonstration d'une telle évidence n'est plus né- 
cessaire, et qu'il devrait l'accepter lors même qu'elle 



PLURALITÉ DES MONDES. 379 

n'aurait d'autres raisons en sa faveur que l'état com- 
paratif de l'atome terrestre avec k reste de l'im- 
mense univers. Subjugué par ce spectacle, il ne 
peut plus que proclamer d'instinct la vérité lumi- 
neuse, dans un transport dédaigneux de toutes re- 
cherches à son appui. . 

«... Ah I si notre vue était assez perçante pour 
découvrir, là où nous ne voyons que des points 
brillants sur le fond noir du ciel, les soleils res- 
plendissants qui gravitent dans l'étendue, et les 
mondes habités qui les suivent dans leurs cours, 
s'il nous était donné d'embrasser sous un coup 
d'œil général ces myriades de , systèmes soli- 
daires, et si, nous avançant avec la vitesse de la 
lumière, nous traversions pendant des siècles de 
siècles ce nombre illimité de soleils et de sphères, 
sans jamais rencontrer nul terme à cette immen- 
sité prodigieuse où Dieu fit germer les mondes et 
les êtres ; retournant nos regards en arrière, mais 
ne sachant plus dans quel point de l'infini retrou- 
ver ce grain de poussière que l'on nomme la Terre, 
nous nous arrêterions fascinés et confondus p^ un 
tel spectacle, et unissant notre voix au concert de 
la nature universelle , nous dirions du fond de 
notre âme : Dieu puissant ! que nous étions in- 
sensés de croire qu'il n'y avait rien au delà de la 
Terre, et que notre séjour avait seul le privilège de 
refléter ta grandeur et ta puissance * I » 

1. Camille Flammarion, La Pluralité des Mondes habita, 
t. Il, III et IV. 



II 



LA CONTEMPLATION DES CIEUX. 



Qu'elle est belle, qu'elle est digne de l'esprit hu- 
main, cette contemplation des splendeurs visibles 
de l'œuvre créée I Combien ces études sont supé- 
rieures aux préoccupations vulgaires qui captivent 
nos jours et emportent nos années I Combien elles 
élèvent l'âme vers les véritables grandeurs I Dans le 
monde artificiel que nous nous sommes formé par 
nos habitudes citadines, nous sommes devenus tel* 
lement étrangers à la nature, que lorsque nous re- 
venons à elle il semble que nous entrions dans un 
nouveau monde. Nous avons perdu le sentiment de 
sa valeur, et nous nous sommes ainsi privés des 
jouissances les plus pures. En nous affranchissant 
de la vie tumultueuse, en revenant à la paix, nous 
ressentons une impression inconnue, comme si la 
sptfëre d'harmonie dans laquelle nous entrons était 
toujours restée loin des voyages de notre pensée. 

Les études de la nature offrent ce caractère pré- 



LA CONTEMPLATION DES CIEUX. 381 

deux, qu'étant appliquées à la vérité, elles nous 
rappellent à notre origine, à' notre berceau mater- 
nel. La vie mondaine est un véritable exil pour 
l'âme. Insensiblement on s'accoutume à se conten- 
ter d'apparences, à ne plus chercher le fond et la 
substance des choses ; insensiblement on perd son 
prix et sa grandeur en se laissant bercer à la surface 
de cet océan insondé sur lequel flottent les barques 
humaines. Les objets qui nous entourent frap- 
pent seuls nos regards et nous oublions le passé 
comme l'avenir. Mais il est des heures de solitude 
où l'âme, faisant un retour sur soi-même, sent le 
vide de toutes ces apparences, où elle reconnaît com- 
bien peu elles peuvent la satisfaire, où elle cherche 
avec anxiété et revient avec amour aux véritables 
grandeurs, seules capables de donner à son repos 
une terre ferme au lieu des fluctuations qui l'ont 
ballottée. Alors l'âme a la nostalgie de son pays na- 
tal ; elle demande le vrai, elle veut le beau, et donne 
un regard d'adieu aux affections passagères. Qu'il 
lui soit permis, à ces heures de réflexion, de con- 
templer les beautés delà nature; qu'il lui soit donné 
d'admirer et de comprendre les merveilles de la 
création ; s'adonnant tout entière à la contemplation 
qui la captive, se laissant suspendre au charme des 
splendeurs étudiées, elle se livrera sans réserve au 
spectacle qui l'absorbe, oublieuse des fausses jouis- 
sances de la terre, avide des véritables et profondes 
jouissances que la nature, cette jeune mère dont 
rage est immobile, sait verser dans Tâme des en- 
fants qui la chérissent. Les beautés du ciel la capti- 



382 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

verônt SOUS leur charme; elle demandera que cette 
contemplation ne finisse jamais ; que la nuit lui ré- 
vèle merveille sur merveille, et qu'il lai soit permis 
de ne point quitter cette scène avant que son admi- 
ration soit satisfaite : comme aux plus douces heures 
de la vie, elle sera portée à s'écrier avec le poète: 

c temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices, 

Suspendez votre cours ! 
Laissez-moi savourer les rapides délices 

Des plus beaux de nos jours ! 

Mais je demande en vain, quelques moments encore, 

Le temps m'échappe et fuit; 
Je dis à cette nuit : sois plus lente ; et Paurore 
■ Va dissiper la nuit. » 

Lorsqu'on se livre à ces hautes et magnifiques 
études, on sent bientôt la grande harmonie, l'unité 
admirable en laquelle toutes choses sont confon- 
dues ; on sent que la création est une, que nous en 
'sommes une partie constitutive et qu'une vie im- 
mense, à peine soupçonnée, nous enveloppe. Alors 
tous les phénomènes prennent leur place dans le 
concert universel. L'étoile d'or qui brille dans la 
profondeur des cieux, et le petit grain de sable 
cristallisé qui reflète le rayon solaire unissent leur 
lumière; la sphère majestueuse qui roule avec har- 
monie sur l'orbite gigantesque et Je petit oiseau qui 
chante squs les feuilles; la nébuleuse immense 
qui dispose ses systèmes de soleils dans la vaste 
étendue, et la ruche qui reçoit les rhomboèdres 
d'une république en éternel accord ; la gravitation 



LA CONTEMPLATION DES CIËUX. 383 

universelle qui emporte dans l'espace ces globes 
formidables et ces systèmes de mondes, et Thumble 
zéphyr qui transporte d'une fleur à l'autre des par- 
fums aimés : les grands phénomènes et les actions 
insensibles s'unissent dans le mouvement général, 
l'infiniment grand et l'infiniment petit s'embras- 
sent. Car l'univers est l'action d'une seule pensée. 

Nulle parole humaine, nul ouvrage formé de la 
main des hommes, ne saurait rivaliser avec l'harmo- 
nie de lanature, avec l'œuvre de la création. Compa- 
rez un instant le plus admirable des chefs-d'œuvre 
parmi les merveilles de l'art aux plus simples 
d'entre les productionsde la nature. Comme l'expri- 
mait déjà une parole antique, comparez lesrichesses 
de^ ornements royaux, le tissu oriental des vête- 
ments de Salomon dans sa gloire, les lames d'or de 
son temple, les mosaïques de ses palais, à la blan«' 
cheur des lis, à l'incarnat des roses, et cherchez si 
la comparaison peut un seul instant se soutenir. 
Le grand caractère qui sépare à jamais ces œuvres, 
c'est que dans l'une, une puissance bornée y marque 
le terme de sa faculté, tandis que dans l'autre l'em- 
preinte d'une puissance infinie y reste toujours. 
Amplifiez le pouvoir de nos sens, prenez cette len- 
tille étonnante qui fait dresser des géants là où res- 
taient invisibles les' êtres les plus infimes; à son 
foyer le plus fin tissu, l'œuvre la plus délicate de 
l'art humain se traduit en un objet informe et gros- 
sier; au contraire, le plus modeste tissu formé par 
les mains de la nature révèle des richesses cachées 
à mesure que le pouvoir amplificateur augmente. 



384 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

Essayez maintenant de mettre en regard nos appa- 
reils les plus merveilleux, depuis nos machines for- 
midables dont le sein renferme ces foyers puissants 
dont l'homme s'est rendu maître, jusqu'à ces ins- 
truments de précision si élégants, si sensibles — avec 
les forces indomptables dont la matière est animée, 
avec ces lofs admirables et rigoureuses qui régissent 
dans une perfection incompréhensible les mouve- 
ments harmonieux des sphères étoilées au concert 
du ciel, et dites de combien Tart est surpassé par 
la nature.... 

Et l'œuvre de la nature est ravissante dans l'infi- 
niment petit comme dans Tinfiniment grand. Les 
spectacles sublimes que la contemplation des cieux 
nous dévoile sont sans doute les plus frappants, et 
ceux dont la magnificence s'impose le plus souve- 
rainement à notre pensée émerveillée; mais si nous 
savons examiner les petites choses, notre imagina- 
tion restera confondue devant elles comme devant 
les plus grandes. Sur ce pauvre petit papillon blanc 
qui, né d'hier, sera en poussière avant que le jour, 
de demain soit éteint, l'œil analysateur du micro- 
scope nous montrera de magnifiques plumes d'un 
blanc de neige ou d'un jaune mat, symétriquement 
rangées, avec autant de soin que celles de l'aigle 
appelé à franchir les cieux; pourtant à Tœil nu il n'y 
a sur ces ailes qu'une poussière impalpable, qui reste 
adhérente au doigt. Sur son front, vous compterez 
vingt mille yeux. Que les fines gouttelettes de rosée 
suspendues par l'aurore aux feuilles des branches 
abaissées tombent sous la secousse d'un oiseau qui 



LA CONTEMPLATION DES CIEUX. 385 

passe, et vous verrez se peindre au passage de cette 
pluie fine un arc-en-ciel non moins riche que 
Tarche gigantesque élevée à la fin d'un orage dans 
les campagnes de l'atmosplière ; ravissant petit arc- 
en-ciel, formé pour une vie de quelques dixièmes 
de secondes, et disparu comme il était né. Exami- 
nez ces humbles fleurs des champs, aux pétales 
colorés ; l'émeraude et le rubis s'y succèdent, l'or 
et le saphir y marient leurs tendres nuances : c'est 
en petit les magnificences de couleurs qui resplen- 
dissentdans les étoiles doubles, etc., etc. Nous pour- 
rions continuer sans termes ces appréciations com- 
paratives, qui nous montreraient sans cesse, dans 
l'un et dans l'autre sens , l'infini de la puissance 
créatrice. 

Cependant nous n'y songeons pas; cependant 
nous passons indifférents à côté de ces merveilles. 
Si, la nuit étant privée d'étoiles, disait un philo- 
sophe, il y avait sur la terre un lieu unique d'où 
les constellations et les astres fussent visibles, les 
pèlerinages à ce lieu ne cesseraient pas, et chacun 
voudrait admirer ces merveilles. Or ce qui nous 
entoure journellement perd sa valeur, l'habitude 
assoupit l'attention, et Ton oublie la nature, pour 
des séductions certainement infiniment moins di- 
gnes de notre pensée. 

Si parfois on se laisse un instant exalter par ces 
merveilles de la science du ciel, on revient vite aux 
choses du monde pour ne plus songer à nos grandes 
questions. La terre a le don de nous captiver si fort 
qu'on oublie volontiers le ciel pour elle. Combien 

25 



386 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

de personnes ont dit en prose cette ode de Lebrun 
à un convive astronome : 

Ami, laisse rouler la Terre 
Autour de l'astre des saisons; 
Ris et bois : j'aime mieux ce verre 
Que Tastrolabe des Newtons. 
Qu'importe qu'au centre du monde 
Le soleil fixe ses destins^ 
Pourvu que sa chaleur féconde 
Mûrisse toujours nos raisins? 
Tout son plaisir, toute sa gloire, 
C'est de colorer ce doux jus ; 
Le nôtre, ami, c'est de le boire : 
Boire, aimer, que faut-il de plus? 
Crois-moi, sous l'ombre de la treille 
Goûte le charme des beaux jours : 
Chaque heure en fuyant nous conseille 
De ravir des moments si courts.... 

Ce sont là sans doute de charmantes pensées ; 
mais doit-on ne vivre que pour elles, et l'âme ne 
se sent-elle pas quelquefois le désir impérieux de 
s'élever au-dessus des fonctions ordinaires de la 
vie? Que tout le plaisir et toute la gloire du soleil 
soit de colorer le i*aisin, c'est ce qui est fort contes- 
table, n'est-ce pas? mais que la nôtre soit de le 
boire, c'est ce qui est de plus un peu trop matériel. 
Faisons donc sa part à chaque chose, embellissons 
l'existence par les fleurs de la contemplation, et 
prenons pour but de nous rendre de plus en plus 
spirituels. 

Songeons, rêvons, pensons quelquefois à la belle 
nature. Laissons-nous entraîner par ces rêveries 



LA CONTEMPLATION DES CIBUX. 387 

délicieuses qui nous éloignent des bruits terrestres 
pour nous envelopper de calme et de silence. 
Remontons à la source limpide et jamais troublée 
d'où descendent toute consolation dans la douleur, 
tout rafraîchissement dans la fatigue des jours , 
toute paix dans l'inquiétude; quand nos lèvres sont 
desséchées par les vents du monde, retrempons-les 
à cette source candide, demandons un baiser aux 
lèvres de la Nature, — et que cette aspiration d'une 
liqueur si pure nous garde des coupes empoisonnées. 

Heures de poésie, heures trop tôt passées 
Que l'étoile du soir m'apporte avec la nuit, 
Ohl ne me quittez pas sans porter quelque fruit, 
Sans éveiller en moi quelques nobles pensées*. 

< La plénitude et le comble du bonheur pour 
l'homme, disait Sénëque le philosophe, c'est de 
fouler aux pieds tout mauvais désir, de s'élancer 
dans les cieux, et de pénétrer les replis les plus 
cachés de la nature. Avec quelle satisfaction, du 
milieu de ces astres où vole sa pensée, il se rit des 
mosaïques de nos riches, et de notre terre avec tout 
son or! Pour dédaigner ces portiques, ces plafonds 
éclatants d'ivoire, ces fleuves contraints de traver- 
ser des palais, il faut avoir embrassé le cercle de 
l'univers, et laissé tomber d'en haut un regard sur 
ce globe étroit, en grande partie submergé, tandis 
que ce qui surnage est.au loin sauvage, brûlant ou 
glacé. Voilà donc, se dit le sage, le point que tant 

4. Klopstock, par J. J. Ampère. 



388 LES MERVEILLES CÉLESTES. 

de Dations se partagent, le fer ,et la flamme à la 
main ! Voilà les mortels avec leurs risibles fron- 
.tiëres I Si Ton donnait aux fourmis Tintelligence de 
l'homme, ne partageraient-elles pas aussi un carré 
de jardin en plusieurs provinces? Quand tu te seras 
élevé aux objets vraiment grands dont je parle, 
chaque fois que tu verras des armées marcher en- 
seignes levées» et comme si tout cela était chose 
sérieuse, des cavaliers tantôt voler à la découverte, 
tantôt se développer sur les ailes, tu seras tenté 
de dire : < Ce sont des évolutions de fourmis , 
grands mouvements sur peu d'espace. » — Oh 1 que 
rhomme' est petit s'il ne s*élève pas au-dessus des 
choses humaines! Il est là-haut des régions sans 
bornes, que notre âme est admise à posséder, 
pourvu qu'elle n'emporte avec elle que le moins 
possible de ce qui est matière, et que, puriûée de 
toute souillure, libre d'entraves, elle soit digne de 
voler jusque-là. Dès qu'elle y touche, elle s'y nour- 
rit et s'y développe : elle est comme délivrée de ses 
fers et rendue à son origine; elle se reconnaît fille 
du ciel au charme qu'elle trouve dans les choses 
célestes ; elle y entre, non comme étrangère, mais 
comme chez elle. Avide spectatrice, il n'est rien 
qu'elle ne sonde et n'interroge. £h ! qui l'en empê- 
cherait? Ne sait-elle pas que tout cela est son do- 
maine?» 

L'homme ne vit pas seulement de l'élément ma- 
tériel ; il lui faut la pensée. C'est en s'élevant à ces 
nobles contemplations qu'il est digne de son rang ; 
c'est en occupant son esprit de ces beaux et féconds 



LA CONTEMPLATION DES CIEUX. 389 

sujets d'étude, que son front gardera l'empreinte 
divine de sa destinée et s'éclairera/^de plus en plus. 
N'oublions pas les enseignements de la nuit et 
venons quelquefois méditer sous son ombre silen- 
cieuse. Au lieu d'une rêverie flottante, maintenant 
que nous avons levé une partie du voile qui nous 
cachait les mystères célestes, notre pensée aura 
pour objet un spectacle mieux compris ; nous con- 
naîtrons ce que nous admirons, et nous apprécie- 
rons mieux ces créations lointaines. Les heures 
nocturnes auront un double prix à nos yeux, puis- 
qu'elles nous mettront désormais en communica- 
tion avec des mondes dont la nature ne nous est 
plus inconnue. Et c'est avec une effusion plus in- 
time encore que nous adresserons à la Nuit cette 
salutation, par laquelle nous avons ouvert notre 
entrevue avec le ciel : 

c Nuit ! que ton langage est sublime pour moi, 
Lorsque seul et pensif, aussi calme que toi, 
Contemplant les soleils dont ta robe est parée, 
J'erre et médite en paix sous ton ombre sacrée I > 

Écrit à Paris (bois de Boulogne), au mois de juillet 1865. 



FIN. 



TABLE DES GRAVURES. 



Figures. Pages. 

1. La nuit et le jour : . 11 

2. Nébuleuse ou amas du Centaure w. . . 29 

3. Nébuleuses globulaires 31 

4. Amas stellaire 32 

5. Nébuleuses annulaires 33 

6. Nébuleuse du Lion 34 

7. Nébuleuse du Taureau — 38 

8. Le Navire 39 

9. ECU de Sobieski 40 

10. Nébuleuses doubles et multiples 42 

11 . Nébuleuse des Cbiens de chasse 45 

12. La Vierge 4.9 

13. La Voie lactée 58 

14. Constellation de la Grande Ourse 78 

15. Grande Ourse, Petite Ourse, Étoile polaire 83 

16. Cassiopée, Andromède, Pégase 87 

n. Chèvre, Pléiades 88 

18. Couronné boréale, le Bouvier, Arcturus 89 

19. Les Pléiades 98 

20. Orion, Aldébaran, Sinus 112 

21. Un coin de la constellation du Cygne vu au télescope. . 131 

22. Le même vu à Toeil nu 132 

23. Mesure des distances célestes 140 

24. Étoiles multiples colorées 159 

25. Les taches du Soleil 187 

26. Tache en forme de tourbillon 188 



392 TABLE DES GRAVURES. 

Figures. Pages. 

27. Rotation du Soleil 19S 

28. Phases de Mercure 207 

29. Variations du disque apparent de Vénus 215 

30. Ëchancrures du croissant de Vénus 216 

ai. Mars 221 

33. Jupiter et la Terre 233 

33. Saturne et ses satellites 236 

34. Saturne 241 

35. Uranus 252 

36. Comêtede 1680 263 

3.7. Comète de 1 .577 269 

38. Comêtede 1769 270 

39. Comète de 1811 278 

40. Tète d^ la comète de 1861 *. 279 

41. Ck)mètedel862. Aspect delà tète 280 

42. Comète de Donati ; . . . 283 

43. Orbite de la terre 291 

44. Divisions du globe. 294 

45. Courbure des mers 301 

46. Le mont Copernic 335 

47. Paysage lunaire 337 

48. Aspect de la pleine lune 342 



FIN DE LA TABLE DZS GRAVURES. 



TABLE DES MATIÈRES. 



L'ENSEMBLE. 

Chapitres. Pages. 

I. La nuit 3 

IL Le ciel 10 

III. L'espace universel 20 

lY. Disposition générale de l'univers 35 

V. Nébuleuse, suite 37 

VI. Là Voie lactée 54 

NOTRE UNIVERS. 

I. Le monde sidéral 69 

II. Les constellations du nord 85 

m. Le zodiaque 94 

rv. Les constellations du sud 111 

V. Le nombre des étoiles. Leurs distances 127 

VI. Etoiles variables, temporaires, éteintes ou subite- 

ment apparues ; 144 

Vn. Les univers lointains. Soleils doubles, multiples, co- 
lorés 154 

LE DOMAIT^E DU SOLEIL. 

I. Le système planétaire 171 

II. Le Soleil 180 

m. Le Soleil, suite 193 

lY. Mercure 205 

V. Vénus 211 



394 ^ TABLE. 

chapitres. Pages. 

VI. Mars 220 

VII. Jupiter 227 

VIII. Saturne 235 

IX. Uranus 248 

X. Neptune 254 

XI. Les Comètes 260 

XII. Les Comètes, suite ;. 273 

LA TERRE. 

I. Le globe terrestre 287 

II. Preuves positives que la Terre est ronde, qu'elle tourne 

sur elle-même et autour du Soleil 299 

m. La Lune 3t8 

IV. La Lune , suite 330 

V. Éclipses 347 

ASPECT PHILOSOPHIQUE DE LA CRÉATION. 

I. Pluralité des mondes habités 367 

II. La contemplation des deux ;- 80 



FIN DE LA TABLE DBS MATIERES. 



9125. —IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE 
Rue de Fleurus, 9, à Paris 






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